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avec sa vaillante escorte dans la rue de Grenelle, lorsqu’un coup de feu, parti du n° 81, le frappa au cou et à l’épaule. Il fallut le transporter dans une ambulance provisoire, rue des Dames-de-la-Yisitation-Sainte-Marie.

Lorsque ses compagnons revinrent au carrefour des rues du Bac et de Grenelle, ils y trouvèrent une poignée d’hommes accourus pour la défense de l’ordre, notamment le lieutenant Blamont , du 17° bataillon, qui avait planté le drapeau tricolore au milieu du carrefour.

Le ? gardes nationaux et les volontaires, au nombre de vingt-cinq environ, occupèrent les quatre maisons formant le carrefour. Un feu qui ne s’est guère ralenti pendant deux jours s’engagea entre cette poignée d’hommes et les fédérés établis à la grande barricade de la rue du Bac, en face du Petit- Saint- Thomas, à celle des rues du Bac et de Varennes ; puis, plus tard, rue du Bac, à la hauteur de la rue de Babylone, et soutinrent pendant toute la journée une vive fusillade contre les fédérés établis à la barricade de la rue Bellechasse, à l’hôtel du ministère des travaux publics, enfin à l’hôtel de Chanaleilles.

L’exemple ainsi donné fut suivi par les gardes

nationaux du quartier qui avaient conservé leurs armes, ou qui ayant pu s’en procurer, vinrent se grouper autour de leurs camarades.

Ce point de la rive gauche, en attendant l’arrivée des troupes, a pu tout d’abord être dégagé de l’occupation insurrectionnelle ; afin de le défendre contre un retour offensif, une barricade fut élevée rapidement au coin de la rue de Babylone.

Vers une heure, un premier détachement d’infanterie, appartenant au 39e de ligne et faisant partie de la division du général Lacretelle, vint se joindre aux gardes nationaux.

De toutes les fenêtres on battait des mains, et des cris de « Vive la ligne! à bas la Commune ! » retentissaient sur son passage.

En même temps, des arrestations de fédérés et d’agents de la Commune s’opéraient dans le quartier.

Un premier convoi, composé de dix-sept prisonniers , en tête duquel marchaient un commandant d’artillerie et un officier d’état-major, fut conduit à la caserne Babylone.

Ces deux officiers et bon nombre de leurs codétenus y ont été fusillés sur-le-champ.

Pendant une partie de la journée, une fusillade

très nourrie a été échangée entre les défenseurs du quartier et des fédérés postés, les uns rue de Varennes, les autres sur le parcours de la rue du Bac.

Cette fusillade, sans être très meurtrière , a fait quelques victimes, parmi lesquelles un artilleur de la Commune qui était venu spontanément se joindre aux soldats de l’ordre.

A la fin de la journée, des troupes de ligne, en plus grand nombre, sont venues occuper militairement le quartier; elles appartenaient au corps d’armée du général de Cissey, chargé du commandement supérieur de la rive gauche, et qui, ainsi que nous l’avons dit, étant entré, la veille, parla porte de Sèvres, avait, dès le matin, établi son quartiergénéral à l’Ecole militaire, ayant sous ses ordres deux divisions, celle du général Lacretelle, quartier-général place Breteuil, et celle du général Levasseur, quartier-général chaussée du Maine. Les troupes occupèrent aussi les Invalides et la caserne Babylone.

La nuit vint, et sur la rive gauche tout fut relativement tranquille.

MMPI 23 MAI 1871

RIVE DROITE

Depuis minuit, le canon n’a cessé de se faire entendre; Montmartre essayait de démonter les batteries du parc Monceaux, qui répondaient formidablement.

Vers sept heures du matin, une partie du corps du général Glinchant, ayant en tête le 3e régiment provisoire de ligne, colonel Bréard, un vrai soldat et un très habile officier, traversait la place de l’Europe, établissait sous le feu de l’ennemi une barricade pour combattre celle de la rue Saint-Pétersbourg, qui ne tarda pas à être enlevée, ainsi

que toutes les autres successivement jusqu’à la place Clichy.

Alors la barricade fédérée de la place Blanche se mit à balayer furieusement la rue Blanche et la rue Pigalle, pendant que celle établie près du Yaude ville balayait la chaussée d’Antin et tirait à toute volée sur la Trinité ; la balustrade du balcon de cette église, placée sous le cadran de l’Horloge, a été entièrement brisée; l’entablement a une des ses corniches emportées, et la façade est frappée de nombreux projectiles.

Pour avancer sur le boulevard et pénétrer jusqu’à la place Vendôme, il fallait enlever la barricade de la chaussée d’Antin. Sous le feu même de cette barricade, des canons et des mitrailleuses furent établis sous le porche de la Trinité, et réduisirent bientôt au silence la canonnade ennemie, pendant que, placés avec leurs petites pièces de montagne près des magasins de la Capitale, les marins contribuaient puissamment à la rendre intenable.

Vers cinq heures et demie, elle était enlevée par un bataillon de la colonne du général L’Hérillier.

La barricade du nouvel Opéra, prise par derrière, fut évacuée, et les troupes s’emparèrent également sans trop de peine delà place Vendôme.

Malgré de pareils combats, les troupes cheminaient promptement , mais avec la plus grande prudence ; elles traversèrent successivement la rue Moncey, la rue Labruyère, la rue Léonie et la rue Chaptal ; au moment même où elles allaient s’élancer par la rue Pigalle sur la place Blanche, un autre corps s’emparait de la barricade par le boulevard extérieur.

L’armée s’engagea immédiatement dans la rue Notre- Dame-de-Lorette; mais pour enlever la barricade qui la fermait près de l’église, il a fallu percer deux maisons et l’attaquer d’en haut. Elle put enfin être enlevée après un combat très vif, dont l’église et les maisons voisines portent de nombreuses traces : les devantures des magasins sont trouées, les. glaces sont pulvérisées, et l’église, jusqu’au haut du clocher, est ‘criblée de balles.

C’est à cette barricade, et en la défendant jusqu’au dernier moment, que Brunereau, marchand de fourrures et commandant du 117e bataillon de la garde nationale, a été fusillé. Sa fille et son gendre, qui tiraient sur la troupe, étant placés à l’entresol au-dessus de leur magasin, y ont été également passés par les armes.

Pou après, l'attaque du faubourg Montmartre commençait. L’on s’empara d’une formidable barricade établie rue de Clniteaudun; mais la résistance fut longue et le combat se prolongea jusqu’à la fin de la journée.

Vers deux heures de l’après-midi, le bruit s’était répandu que la terrible position de Montmartre était enlevée . On voyait, en effet, le drapeau tricolore flotter sur le moulin de la Galette et la tour Solférino .

Les Batignolles ayant été occupées dans la matinée, une division avait tourné Montmartre et l’attaquait à l’ouest par le cimetière, pendant qu’une autre division l’abordait de front par la rue Lepic. Tout le parc d’artillerie tomba au pouvoir des troupes. Les fédérés, surpris, s’enfuirent en toute hâte du côté de la Villette, car ils ne supposaient nullement que les buttes Montmartre seraient le premier objectif de l’armée ; ils espéraient, au contraire, pouvoir les conserver comme dernière retraite, et, avec l’immense artillerie qu’ils y avaient accumulée, s’y défendre à outrance; mais alors c’en était, fait des habitants du centre de Paris, tous y auraient infailliblement péri. C’est donc un grand bonheur pour cette partie de

la grande cité que l’attaque de cette position stratégique si importante ait eu lieu tout d’abord.

Nous avons vu, vers les cinq heures du soir, les soldats se répandre autour du collège Rollin, la baïonnette en avant, et livrer une dernière lutte à ceux des fédérés qui s’y étaient réfugiés. Parmi eux, un capitaine, qui persista à ne vouloir pas se rendre, fut fusillé sur-le-champ; il mourut bravement, agitant son képi au bout de son sabre, et criant : Yive la Commune ! Sa malheureuse femme est venue le reconnaître deux jours après à la même place.

Au faubourg Montmartre et rue Drouot le combat, toujours acharné, se prolongea fort avant dans la soirée , ainsi qu’au boulevard Rocliecliouart,

RIVE GAUCHE

Dès le matin, les fédérés s’étant fortifiés dans le passage Sainte-Marie, et ayant occupé les maisons voisines, notamment celles qui font le coin de la rue Saint-Dominique-Saint-Germain , engagèrent

une fusillade très vive, à laquelle, n’étant pas en nombre, on ne pouvait riposter que faiblement ; prévenu de ce fait, le général Lacretelle envoya, vers midi, deux régiments, les 39e et 41e de ligne, soutenus par trois pièces d’artillerie; ces pièces, mises en position, entretinrent pendant toute l’aprèsmidi, contre le passage Sainte-Marie, une vigoureuse canonnade, qui, jointe aux feux de l’infanterie, rendit, vers le soir, le poste intenable pour les fédérés; ceux-ci avaient pourtant l’avantage d’une situation dominante, tirant soit des fenêtres, soit même des toits sur lesquels ils étaient montés.

En même temps, tant par la rue de Sèvres que par les autres issues, une première tentative était faite par la troupe contre une barricade formidable, établie à la Croix-Rouge.

Les soldats, auxquels les habitants ont fait le plus chaleureux accueil, leur distribuant des vivres et des rafraîchissements, ont passé la nuit dans les rues mêmes qu’ils avaient occupées la veille et dans les cours des maisons.

A la fin de la journée, l’armée était maîtresse de toute la rive gauche, 4ePuis l’Ecole-Militaire jusqu’à la rue du Bac; mais avant d’évacuer leurs positions, les fédérés y a vaient laissé des traces de

leur passage ; dans les premières heures de la soirée, un incendie, qui n’était pas encore éteint le lendemain, s’attaquait à tout le pâté de maisons comprises entre les rues du Bac, de Verneuil, de Beaune, le quai d’Orsay, le Conseil d’Etat et la Légion d’honneur.

D’ailleurs, des nuages de fumée, envahissant le ciel dans la direction du quai, apprenaient aux habitants de la rive gauche qu’ils n’avaient point seuls à lutter contre le feu et que la rive droite n’était pas davantage épargnée.

Autant qu’on pouvait en juger, ces sinistres lueurs provenaient de la rue Royale, du Ministère des finances, des Tuileries et du Louvre qui étaient en flammes.

Des détonations d’artillerie, plus ou moins lointaines, ont attesté, pendant toute la nuit, l’acharnement du combat.

11 est tombé de nombreux projectiles dans le quartier.

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