I. — Palais des Thermes et hôtel de Gluny
BOULEVARD SAINT-MICHEL ET' RUE DU SOMMERARD, ANCIENNE RUE DES MATHURINS-SAINT-JACQUES, V» ARRONDISSEMENT.
(Ouverts au public, le dimanche de a h. à 4 h. 1/2, et tous les jours, sur billet ou passe-port, de ii h. à 4 h. i/2, le lundi oxcepté. Jardin ouvert tous les jours, de il h. a ^ h. 1/2.)
Le palais des Tliermes, où résida Fempen 355 à 361 de notre ère, ne montre plus aux, ^
salle majestueuse et quelques souterrains qui descendent jusqu'aux bords de la Seine. Il avait pour limite, à Test, une voie romaine qu'à remplacée la rue Saint-Jacques, et il offrait, au nord, près de la rivière, sur le quai Saint- Michel, une grosse tour qui le mettait de ce côté à Tabri d'un coup de main. Les jardins du palais s'étendaient, à
Palais des Thermes.
l'ouest, jusqu'à l'emplacement de l'abbaye Saint-Germaindes-Prés, qui fut bâtie à l'extrémité sud-ouest des murailles, lesquelles étaient également protégées par une tour. Un aqueduc, dont il subsiste encore deux arches, amenait de
Rungis, village situé à 8 kilomètres au delà d'Arcueil, les eaux de source au palais même.
La salle encore debout, près du boulevard Saint-Michel, a ses murs formés de trois rangs alternatifs de moellons régulièrement taillés, et de briques recouvertes par une couche de stuc. En fouillant dans la partie nord, on a trouvé une plaque de fonte qui offre quelque rapport avec nos anciennes plaques de cheminées; et, dans la partie occidentale, un escalier pour descendre aux souterrains, qui sont à deux étages Tun sur l'autre : le premier, à 3 mètres au-dessus du sol, et le second, à 2 mètres audessus du premier. Chaque étage est divisé en trois berceaux parallèles, soutenus par des murs de 1 mètre d'épaisseur, et communiquant entre eux par des portes. L'empereur Julien y fut proclamé Auguste; ensuite les rois de la première et de la seconde race y ont demeuré. Mais son emplacement en dehors de la cité et son peu de sûreté à l'époque des incursions des Normands et autres peuples du Nord le firent abandonner pour le Palais de Justice, et sur une partie du terrain du palais des Thermes s'éleva l'hôtel de Cluny, dont il va être question.
Ce qui reste du palais des Thermes a été en par.tie restauré en i819 et 4820, sous le ministère Decazes. Un tonnelier occupait avant 1819 les ruines de ce palais. La principale entrée est rue du Sommerard.
VHotel de\ Cluny, situé rue du Sommerard (anciennement rue des Mathurins-Saint-Jacques), est l'un des monuments particuliers les plus complets qui nous restent du Moyen Age. L'emplacement qu'il occupe appartenait au palais des Thermes, qui avait été partagé au xiii® siècle entre plusieurs seigneurs. Ce môme emplacement fut acheté, en 1243, par Raoul de Meulan, qui le céda ensuite à Robert de Courtenay. Au commencement du xiv« siècle, Jean de Courtenay vendit ce terrain à Tévôque de Rayeux, qui le transmit à son tour à Pierre de Chalus, évéquede Cluny. L'hôtel fut rebâti entièrement en 1490, par les soins de Jacques d'Amboise, abbé de Cluny, évoque de Clermont,
et neveu du cardinal d'Amboise, minisire de Louis XIÏ. La maison prit alors le nom d'Hôtel de Cluny, et devint la résidence des abbés de Cluny, lorsque leurs affaires les appelaient à Paris. En 1505, Jacques d'Amboise, un des neuf frères du cardinal-ministre, fit encore restaurer l'édifice, qui avait été implanté sur des murs de maçonnerie romaine du Palais des Thermes.
La plupart des ornements extérieurs de THôtel de Cluny se font remarquer par la légèreté des sculptures ; les fenêtres des mansardes, décorées chacune d*après des dessins différents, sont surtout d'un travail de la plus rare délicatesse. La tourelle qui se détache en avant du principal corps de logis est d'un aspect élégant et pittoresque ; elle renferme un très-bel escalier à vis, qui conduit aux appartements. La chapelle, située au premier étage sur le jardin, est un chef-d'œuvre du genre gothique. 'La voûte, richement ornée, est soutenue par un pilier de forme octogone, élevé dans le centre, et auquel viennent aboutir toutes les arêtes. Contre les murs étaient placés par groupes, en forme de mausolées, les figures de toute la famille de Jacques d'Amboise : c'était donc une sépulture de cette famille, dont les portraits n'existent plus. Les armes de Jacques d'Amboise, ainsi que les attributs de son patron, représentés par des coquilles et des bourdons de pèlerins, se remarquent en plusieurs endroits de l'hôtel, et notamment sur l'extérieur de la tourelle, située dans la cour d'entrée.
On a restauré en 1869, en arrière de la muraille crénelée qui ferme la cour de l'Hôtel de Cluny, l'élégante balustrade à jour qui, avec une frise finement ouvragée, termine les murailles de l'hôteL Les deux gorges de cette frise, toutes découpées en feuillages, sont occupées par une foule de petits animaux de l'exécution la plus ingénieuse. Les hautes fenêtres de pierre, qui coupent le comble, sont parées d'arcatures, de gargouilles, de clochetons et de culs-de-lampe.
Peu de temps après sa réédification, cet hôtel^devint la
demeure de la veuve de Louis XII, sœur de Henri Vlir roi d'Angleterre. Cinquante ans plus tard, il servit de refuge au célèbre cardinal Charles de Lorraine, à la suite de son échauffourée, c'est-à-dire de son entrée triomphale manquée, dans la rue Saint-Denis, en 1565. Sous le règne de Henri HI, des comédiens récemment arrivés d'Italie s'établirent dans l'hôtel de Cluny ; mais ils durent, par un arrêt du Parlement, y suspendre leurs représentations en 1584. Des nonces du pape habitèrent souvent, et surtout depuis 1601, l'hôtel de Cluny, où l'abbesse de Port-Royal, Marie- Angélique Arnaud, vint se fixer à son tour, en 1625, avec ses religieuses. Elles y restèrent jusqu'à ce qu'on leur eût construit un monastère rue de la Bourbe. Jusqu'à la révolution de 1789, les abbés de l'Ordre de Cluny n'avaient pas cessé d'être propriétaires de cette maison.
L'Hôtel de Cluny devint sous la Révolution une propriété nationale. Les administrateurs du département de la Seine l'aliénèrent. Il fut longtemps et successivement habité par les astronomes Delisle, Lalande et Messier. Le premier y avait fait construire, en 1747, un observatoire qui a subsisté jusqu'à la mort de Messier, en 1817. Le dernier propriétaire était encore un savant, M. du Sommerard, qui en avait fait un musée, et en permettait la visite aux amateurs. Sa collection et l'hôtel môme ont été achetés par l'Etat, en vertu d'une loi promulguée le 29 juillet 1843, pour former un musée d'antiquités nationales ; afin de donner plus d'espace à l'entrée principale, on a élargi la rue des Mathurins-Saint-Jacques. Le percement des boulevards Saint-Germain et Saint-Michel ont, avec la rectification de la rue des Mathurins, dégagé les Thermes et le Musée de Cluny, qui se trouvent actuellement entourés d'un square.
A la collection de meubles antiques de du Sommerard, œuvre de près de cinquante ans d'étude et d'investigations, sont réunis les fragments de monumei^^^^^ l'on a trouvés sur le sol de Paris. Une f^^jQ^^^^^y,^^ rassemblée sous les voûtes romaines du pal
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et l'édifice du xv« siècle sert de dépôt aux objets d'art du Moyen Age et de la Renaissance.