LE RÉALISME APPLIQUÉ A LA PSYCHOLOGIE
tre que Dieu ; donc Dieu a été avant d’être juste et Tort. D’autre part, il est clair qu'ils ne peuvent être créateur. Donc le réalisme des genres et des espèces est une contradiction — Laissons ces arguties de parti pris, et maintenons-nous en dehors de tout préjugé, dans des idées toujours sérieuses et toujours loyales.
Cependant, avec toute sa grandeur, le réalisme a failli, sinon en lui- même, du moins dans quelques-uns de ses partisans. C’est un fait, illogique il est vrai, mais historique et par conséquent irrécusable, que de lui sont sorties deux erreurs considérables, à savoir : la réalisation absolue des abstractions, enseignée, même avant 1148, par Gdhert de la Porrée, et le panthéisme, professé par David de Dinanl et Amaury de Bène. — Gilbert de la Porrée, en effet, malgré sa vaste érudition* et son travail opiniâtre, n’avait pas compris que, pour éviter le scepticisme, il suffisait de donner à toutes nos idées subjectives lin fondement équivalent dans la réalité objective des choses ; il croyait, au contraire, qu'il devait exister entre l'idée et l’objet une équation complète, pour ne pas dire une relation d’identité, de telle sorte qu’à chaque idée distincte, ne lût-elle qu’uneabstraction et une chimère, correspondit une réalité algébriquement identique, Et, uppliquant celte philosophie exagérée aux dogmes de la religion, « il regardait tous les attributs
' Ouvrages inédits d'Abélard. |>. 517.
- Voir son Commentaire sur les livres Je Douce louchant la Trinité, son Traité des six principes, son livre inédit de Cousis, son Commentaire sur l'Apocalypse, plusieurs Gloses inédites sur l'Écriture sainte.
ET A LA THÉOLOGIE. 'Jll
divins comme des formes réelles dont la collection constituait la divinité, et celle-ci était de même selon lui une forme réelle distincte de Dieu. De là il concluait que si les trois personnes divines, le Dère, le Fils et le Saint-Esprit, sont une même chose, comme ayant la même divinité, on ne pouvait pas dire réciproquement qu’un seul Dieu ou une même substance est Père, Fils et Saint-Esprit. Il soutenait aussi que l’essence divine n’est pas Dieu, que les propriétés des personnes divines ne sont pas les personnes mêmes, et qu’cnlin la nature divine ne s’est pas incarnée, mais seulement la personne du Fils *. » Parler ainsi était évidemment abuser du réalisme, et l’on comprend que saint Bernard se soit élevé contre lui au concile de Reims, non pas parce que Gilbert de la Porréc était lié à Abélard, mais par un amour sincère de la vérité philosophique et de I Église. — Un autre abus, beaucoup plus grave, se produisit par suite des élans immodérés et de 1 esprit systématique qui caractérisaient Amaury de Bène et David de Dinant. Celui-là renouvela le panthéisme dans sa forme idéaliste, et cpluici, dans sa forme matérialiste. « Dieu est tout, disailAmaury de Bène, et tout est Dieu ; la créature et le créateur sont un mémo être; les idées sont créatrices et créées ; ce qui existe appartient à Dieu comme la partie appartient au tout. » Et pour David de Dinant, a Dieu était la matière universelle, et les formes, des accidents imaginaires’. »
1 Voir les Actes du Concile de Pari», en 1147. — « Emnl inter codera quæ illi objiciebaiitiir de divina Majeslate quatuor capitula, nempe : Divi— nam essentiam non esse Deum ; proprietates personarum non esse ipsas personas ; tbeologicas personas in nulli pnrdicari propositione ; divinam naturnm non esse imamainm. » Otto Frising. De Ftid., lib. I, cap. xlvi, l. — « Minora capitula item alia jactitabat, videlicet : ntillum mercri præterChriatum, nullani bapliiari nisi salv.mdum, et alia cjusdetn generis, quæ Gaufridus commémorât. » Ubell. contra capitula Gilberti. — Cf. Patrol. curs.> Migne, t. CLXXXII, col 45-44.
* Voir Cantu, Histoire universelle, t. X, p. 508.