I.ATTAQIE D’ABELABI
ïiï
Mais qui nous dira la siguilication précise que Platon attachait à ces idées typiques, et surtout à l’union qu'il admettait entre elles et la matière universelle et qui avait pour résultat la variété des êtres? Peut-être conviendrait il de grouper ici les éléments de solution que peuvent nous fournir les sciences modernes.
Une école assez considérable fait consister dans les milieux le principe générateur de la variété, prétendant que l'influence des milieux est capable de modifier les espèces jusqu’au point de les transformer en espèces différentes1. Mais les faits s’élèvent en foule contre cette théorie. Les milieux, en effet, ne créent pas les types , ils influent seulement sur leur développement. Ils produisent des variétés accidentelles, mais nullement des variétés essentielles, soit génériques, soit spécifiques. Du reste, ne voit-or. pas se former dans le même milieu des êtres spécifiquement différents? Et puis, des milieux différents ne supposent-ils pas déjà la variété? Donc placer dans les milieux la cause delà
capacilas nec terminus nec limitibus circurnscripta tantos sinus lantumque a principio contiuenliam ex plicn vit qu.minm rerum umvemtas expooc^bat..» Illud igitur inconsislens et convertibile bnjiis cl illius condition^, qualitalis et forma? cum propria; docripîionis judicium non expertet. elabilur vultus viennes oHcrtiando, et quod iiguinrum omnium susceplione converliiur, nullius suæ lormæ signa ulo speoalius insignitur. »
C'est à cette matière que la Providence, pour tonner la variété des êtres, applique les empreintes des Idées : « Cumque quain fer 1 sylva grossitieni elimaliu* expurgasret, ad æternas introspi* iens nolioncs, germann et proximante similitudine rerurn spccies rtTormavit. Ylc csecilatis tub vetemo quo: jacuerat obvoluln, vultus vestivit alios, idcarum si^naculis circurnscripta. »
De la masse primitive sortit d’abord le feu, puis la terre, ensuite l’eau, enfin l’air. Puis vint la création de Pâme du monde. Cf. Ms. 0415 in- fol. de la Biblioth. impériale; Ouvr. inédit» d Abélard, publiés par M. Cousin; p. 0*27-039.
4 C’est ainsi que Lainarck expliquait les différences spécifiques par les changements d’actions et d’habitudes des animaux (cl. Philo», zool., t- 1, p. 218, 221), et que Geoffroy Saint-Hilaire les expliquait par l intluencc des variations du milieu ambiant (cf. Etude » proyre»»., p. 107).
tT LA NOUVELLE THÈSE DE GUILLAUME DE CHAMI’EAUX.. 225
variété, c'est, pour le moins, résoudre lu question par la question.
Aussi, à côté de celle école, y a-t-il une école vraiment plus sérieuse et plus philosophique: c'est l’école dynamiste, dont nous avons déjà parlé1. Pour expliquer le monde, il lui suffit d’avoir des forces et des lois. — Ainsi, selon elle, le règne inorganique est composé de forces, simples et identiques, mais groupées ensemble. Ces groupes de forces ont évidemment des axes. Et selon que ces axes prennent une inclinaison dilféiente, soit en vertu des diflérents degrés de densité des forces, soit en vertu des lois établies par Pieu pour régler les mouvements de ces mêmes forces, il est manifeste qu’il se fait d’elh s un déploiement dilférent; et selon que les déploiements des forces sont différents, les corps, qui en sont les résulLits et les manifestations, sont aussi différents. D’après ce système, les diverses propriétés sont produites par lesdilferentes situai ions de> axes dans les groupes de forces; et il laut avouer que bien des faits récemment découverts, conliruu nlsingulièremtnl celte théorie. — Et ce qu’on alfirmedes lois chimiques, pourquoi ne l’affirmerait-on pas des lois biologiques? Si celles-là, en réglant les mouvements et les opérations, non-seulement de molécules similaires, mais de forces minérales identiques, constituent avec ces forces des corps différents, « doués de propriétés différentes, pourquoi celles-ci, en réglant les mouvements et les opérations de fores vivantes, soit végétales, soit animales, ne constitueraient-elles pas avec ces forces des individus différents, doués de propriétés dilférentes, soit dans le règne végétal, soitdans le règne animal?
M. Clievreul est-il bien éloigné de celle doctrine, lorsqu'il dit: « Une cause de différence dans les propriétés des
1 Voir ch. vi, p. 155- 150.