ÉCOLE ET [.'ABBAYE DE SAINT-VICTOR
Dei, pour attirer à Saint-Victor la grande majorité des étudiants de Taris.
Le caractère que Guillaume de Champeaux donna à l'école deSaint-Viclor fut un caractère d'universalisme qu elle ne perdit jamais, mais dans lequel dominait la théologie soit dogmatique, soit morale, soit mystique. 11 commença lui-même par enseigner la rhétorique et la philosophie comme à Notre-Dame, et surtout la théologie1. Pendant qu'llugues étudiait cette dernière science avec un talent et une activité qui devaient bientôt le placer au premier rang, Garnier composait un livre de médecine, et Simon Chèvre d’Or (capt a aurea), plusieurs pièces de poésie, entre autres une Iliade en vers élégiaques, en attendant que Sanleuil parût à son tour. Aussi, disent dom Félibien et doin Lobincau, en parlant des religieux de Saint-Victor, « ils ne regardaient pas l'élude des lettres comme un obstacle à la sainteté et aux devoirs de leur étal ; ils étaient persuadés, au contraire, que la science, quand elle est solide, est un des moyens les plus propres pour soutenir la régularité des cloîtres: c'est pourquoi ils tirent profession d étudier, et même d'enseigner, dès l’origine de leur établissement; et leur école devint une des plus fameuses de toute la chrétienté*. » Et pendant qu'ils se dévouaient ainsi .à la recherche et à la communication de la vérité, d’autre part ils célébraient avec une grande exactitude l’office divin aux différentes heures du jour et de la nuit, travaillaient des mains et gardaient un silence, qui, en leur faisant oublier les choses créées, élevait leur intelligence et leur cœur vers Celui qui est dans une mesure infinie la vérité, la beauté et la bouté.
‘ Voir Pubois, llisl. de Varie, t. I, p. 79.">. — Villcforc, Vie de S, Iteri tard, p. 42.
* llisl. de Paris. 1. 1, p. I4S.
La théologie de l'école de Saint-Victor, au douzième siècle, eut cela de remarquable que, tout en prenant des nuances diverses selon les goûts et les courants de l'époque, elle s’inspira toujours de saint Augustin, tellement qu’Hugues mérita d’être surnomme « le second Augustin. » Ce fut comme la dernière époque du règne du platonisme chrétien : en effet, saint Thomas approchait, et avec lui l’aristotélisme devait monter sur un trône que Ücscartes lui-meme n’a pas complètement renversé.
Mais ne nous bornons pas à cet aperçu général. De même que nous avons essayé, en étudiant Guillaume de Champeaux à Notre-Dame, de préciser sa méthode et son système philosophiques, de même, en l'étudiant à l'abbajc et à l’école de Saint-Victor, essayons de préciser d’abord son système de théologie, ensuite sa méthode Ihéologique, enfin sa méthode mystique.