‹ Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au 12e siècleChapitre 52 sur 162 · SI · texte numérisé non relu

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en Bernard, le saint fut admirable, héroïque même: nul , ne le niera. Mais l’homme et le cistercien le furent-ils également?

Comme homme, saint Bernard avait un caractère passionné. Quoique doué d'une intelligence supérieure, il avait au cœur sa plus grande force: c’est là surtout qu'il vivait et déployait, dans des ardeurs quelquefois sublimes, les magnificences de sa nature. De là, dans sa méthode de conduite, soit envers lui, soit envers les autres hommes, la prédominance du cœur sur la raison et de la piété affective sur la piété rationnelle'. Il est tout entier dans la définition qu’il a donnée de la conscience : a La conscience, a-t-il dit, est la science du cœur, mise dans notre âme pour en régler tous les mouvements. » Saint Bernard, en effet, règle tout par le cœur : « il fonde la science sur l’amour1 * 3; » d’après lui, « c'est celui qui aime le plus purement qui connaît le plus parfaitement5. » Dans l’enthousiasme auquel cette méthode conduit infailliblement toute âme qui n'est pas inerte, saint Bernard, sans attaquer l’ordre naturel, cependant l’oublie la plupart du. temps. La grâce ne l’absorbe pas, car elle n'absorbe personne; mais il s’absorbe tellement lui-même dans la grâce, qu’au fond des régions où il habite il ne sait plus voir directement que les choses purement divines. Les droits de la raison, de la volonté, de la nature tout entière, ne lui apparaissent guère, en pratique, que commedesformcsdissimuléesderégoïsmc, cl il est heureux de les battre en brèche au nom des de-

1 Saint Bernard, sans être l'ennemi de la science, cherche à développer dans l'homme la conscience de la vérité bien plus par l'expérience intime de cette vérité divinement révélée que par les investigations curieuses de la raison. » Alzog, Hist. ecclés., 8 256, t. II, p. 438.

* Histoire de saint Bernard , par le B. P. Ratisbonne, t. II, p. 81.

3 Ibidem, p. 85.

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