GUILLAUME DE CHAMPEAUX ET SAINT BERNARD
voirs. « Appeler le médecin, dit-il, prendre des remèdes, est chose indécente pour un religieux et contraire surtout à la pureté de notre ordre*. A qui mène une vie prudente et sobre, le sel et l’appétit suffisent pour assaisonnement’.» De là cet homicide lent auquel il s’était voué pour la gloire de Dieu et que Guillaume de Champeaux s’efforça d’em- ' pécher. De là aussi les invectives lancées par lui contre Abélard et contre tous ceux qui revendiquaient avec les mêmes accents les droits de la raison et de la liberté. Delà enfin cette impatience d’agir, qui ne lui permettait pas toujours d'interroger les différents partis, de se renseigner avec exactitude, de voir parfaitement le côté positif et le côté défectueux des questions , d’admettre ou d’éliminer avec impartialité ce que la froide raison disait devoir être admis ou éliminé. Ce défaut était, du reste, singulièrement favorisé par les circonstances. Saint Bernard était accablé d’affaires ; rien de ce qui louchait gravement à l’Église, à la société et à son Ordre, ne lui élait étranger. Comment dès lors aurait-il pu juger de tout par lui-même? Il fallait donc qu’il s’en rapportât souvent aux récits et aux appréciations des hommes qui lui fournissaient les détails, particulièrement de Guillaume de Saint-Thierry, cet ami qui lui écrivait sans cesse et venait même jusqu’à Clairvaux le voir et l'inspirer. Or, Guillaume de Saint-Thierry était-il impartial et infaillible?
Comme cistercien, saint Bernard fut-il irréprochable? Nous ne saurions l’affirmer, bien que nous ne partagions nullement l’opinion exagérée émise par M. Duparay à ce sujet*.
1 s Uuicrerc mcdicos, act'iporc potionem, rcligioni indecens est et conlrariuin puritnti maximegue ordinis nostri. » S. Bernardi Epist. 345.
4 CÎ. Epitl. ad Robert.
* Ouvr. cité, 1™ partie, cli. ui, p. 20 : < S’il faut respecter le saint, il faut
Comment trouver bon que saint Bernard traitât i’abbé de Cluny de loup vêtu d'une peau de brebis, de ravisseur, de séducteur, de prédicateur d'un nouvel Évangile, recommandant la gourmandise, condamnant l’abstinence, appelant sagesse les excès de toutes sortes 1 ? Comment approuver qu’il accuse d’adroit charlatanisme les cérémonies pompeuses de Cluny et qu’il leur suppose un but lucratif*?
En outre, lui donner raison n’est-cc pas condamner Pierre le Vénérable, cet homme qui, au lieu de s'emporter contre Abélard, l’aima avec tendresse, le chargea souvent de faire des conférences à ses religieux, le compara, dans une lettre à lléloise5, à saint Germain et à saint Martin, disant qu’il égalait le premier en humilité et le second en pauvreté ; ajoutant que son âme ne méditait, que sa bouche ne proférait, que sa vie entière n'exprimait que des choses
fc défier du cistercien, et je crains que, dans cette attaque contre Cluny, l’abbé de Clairvnux n'ait cédé, à son insu, plutôt au désir d'abaisser Cluny et de grandir son ordre qu'au désir de fortifier la discipline monastique; plutôt à des mobiles humains qu’à des mobiles religieux. En effet, pourquoi saint Bernard se plaignait-il que, lorsqu’il travaillait à ces sortes d’ouvrages, sa dévotion s’affaiblissait?... Pourquoi, au lieu d’attendre que la réforme du nouvel abbé ait porté ses fruits, choisit-il, pour lancer son factum, précisément le moment où cette réforme a divisé les clunistes et jeté lu perturbation dans l'ordre tout entier ? Pourquoi enfin ces louanges outrées, ces protestations d'amitié, et ensuite ces attaques passionnées, ces violentes invectives? » Voir les deux parties de son Apologie : dans la première partie, les clunistes sont les flambeaux de l'univers ; dans la seconde, ce sont des mondains et des prévaricateurs.
* Cf. S. Bernard. EpUl. ad Robert.
4 On dépense lea richesses, dit-il, avec tant d’art qu'elles se multiplient. On les dissipe pour les augmenter, et la prodigalité amène l’abondance. A la vue de ces vanités somptueuses, mais admirables, les hommes s’enflamment à la libéralité plus qu’à la prière. Ainsi, les richesses épuisent les richesses, l'argent attire l’argent, car je ne sais pourquoi on donne plus volontiers là où l'on aperçoit déjà plus de splendeur. Les yeux sont éblouis de reliques couvertes d'or, et les bourses «ouvrent. On expose les magnifiques représentations d'un saint, et plus elles éclatent en couleur, plus on croit à leur sainteté. Les populations courent embrasser «les reliques et sont excitées à faire des dons. ■ Voir M. Duparay, ouvr. cité, p. 40-47.
* Petr. Venerab., lib. IV, epist. 21.
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divines, savantes et vraiment philosophiques ; puis, après sa mort, conduisant à Héloïse ses dépouilles mortelles, et proclamant sur son sépulcre l’estime profonde et la vive amitié qu’il avait eues pour lui?
Mais ce n’était là qu’une divergence sur un fait ; et encore cette divergence ne devait-elle pas durer toujours, puisque saint Bernard et Abélard se réconcilièrent. Il en était une autre qui portait sur les principes mêmes de la vie monastique. Pendant que saint Bernard appliquait partout la rigidité, Pierre le Vénérable appliquait partout la douceur, appuyé sur cette parole d’un de ses prédécesseurs, saint Hugues de Clunv : « Si je dois être condamné, je préfère l’être par excès de miséricorde plutôt que par dureté et cruauté l. » Il est donc manifeste que l'on ne saurait innocenter saint Bernard dans le débat qui nous occupe, sans condamner Pierre le Vénérable.
Or, est-il facile de condamner Pierre le Vénérable, si l’on veut se maintenir dans une impartialité complète?
Vous nous reprochez, dit-il à saint Bernard et aux Cisterciens, de ne point prolonger assez le noviciat. Mais Jésus n’a-t-il pas dit à un jeune homme : Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez et donnez-Ie aux pauvres? Jésus a-t-il attendu que la vocation du jeune homme fut perdue?
Vous nous reprochez de porter des fourrures. Mais la règle de saint Benoit n'a-t-elle pas prescrit d’habiller les frères selon les saisons et la qualité des lieux?
Vous nous reprochez nos habits, nos lits, notre nourriture. Mais tout cela n’est-il pas laissé par saint Benoit à la discrétion de l'abbé? En quoi doue violons-nous la règle?
Vous nous reprochez de recevoir les moines fugitifs,
* tlibl. Cluny, col. SIX.
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même après leur troisième fuite. Mais qui peut imposer des bornes à la miséricorde?
Vous nous reprochez de négliger le travail des mains. Mais l’oisiveté ne s’évite-t-clle pas aussi bien par la prière, la lecture et les saints exercices?
Vous nous reprochez de ne point nous prosterner devant les hôtes et de ne point leur laver les pieds. Mais si chaque fois qu’il arrive des hôtes, notre communauté s’assemblait pour faire ce que vous exigez, lui resterait-il le temps nécessaire pour suivre les autres points de la règle?
Vous nous reprochez que l’abbé de Cluny ne mange point avec les hôtes. Mais cette table séparée ne pourraitelle pas devenir une occasion de luxe et de gourmandise, cl n’est-il pas plus digne de la vie et de la surveillance monastiques que l'abbé mange avec les frères et comme les frères?
Ne savez-vous pas qu’il y a des règles qui ne changent jamais, et d'autres qui sont variables selon les temps et les lieux? Entre les préceptes immuables je compte l'amour du prochain, l’humilité, la chasteté, la véracité et plusieurs autres principes qui ne peuvent jamais fléchir. Mais à côté de ceux-là n’y a-t-il pas des règles variables? N’cst-ce pas la charité et les nécessités du bien qui doivent l'emporter toujours? N’’est-ce pas l’intérêt de l’Eglise qui a permis, contre les vieilles coutumes, aux enfants des évêques de devenir évêques eux-mêmes? Pourquoi saint Grégoire le Grand a-t-il permis d’abord aux prêtres anglais de conserver leurs femmes, si ce n’est par la crainte charitable de les faire chanceler dans leur foi nouvelle? La charité, la charité, voilà la grande loi de tous les changements humains, soit pour les ordres monastiques, soit pour tout
m GUILLAUME DE CHAMPEAUX ET SAINT BERNARD.
le reste. Et puisque Dieu a dit que la charité contenait la loi et les prophètes, pensez-vous que la règle de saint Benoit soit seule au-dessus de la charité'?
Et si deg arguments intrinsèques de celte thèse nous passons aux témoignages d'approbation qui lui ont été donnés, que voyons-nous? Pierre surnommé le Vénérable, après avoir été appelé dès sa jeunesse « le docteur et le maître des vieillards’. »
En quittant Rome, après la condamnation de Ponce, il rapporte àCluny, avec les insignes apostoliques, cumapicibus apnstoliris , un bref du pape qui lui confie In réforme des monastères de Saint-Berlin, de Saint-Kgidius et de Saint-Benoit sur le Pô (H26). — Mathieu, prieur de Saint- Martin des Champs, qui s’était distingué dans cette affaire, est nommé par le pape Honorius II , cardinal et évêque d'Albano (1127). Hugues, son frère, prélat instruit et éclairé, abbé du monastère cluniste de Reading, en Angleterre, est, vers la même époque, aux acclamations unanimes, appelé par le peuple et le clergé au siège archiépiscopal de Rouen. L’année suivante, un autre cluniste, Henri, frère d'Étienne de Boulogne, futur roi d'Angleterre, est élevé à l'évèché de Winchester, l'un des principaux sièges d'Angleterre. C’est aussi vers ce tempb que le comte Amédée de Haute-Rive, ne trouvant pas au monastère cistercien de Bonneval, où il avait pris l’habit monastique, des ressources qui suffisent à l’instruction de son fils, s'enfuit de Bonneval et vient placer l’enfant sous la direction des maîtres de Cluny. Enfin vers la même époque, l'archevêque de Reims, Renaud, parvient à arracher des mains de la puissante famille des Plagiolri, l’autel de Tours-sur-Marne; les
1 M. Lorain, ouvr. cil /, ch. «iv, p. H9-12I.
* Ibidem, p. SI.
Plagiotri consentent à restituer ! autel, niais à la condition que l’archevêque le cédera à la sainte église de Cluny, qui est, porte Pacte de concession, comme le phare et le (lambeau de l'univers entier, quæ est quasi mmjnum totius orbis luminare1.
Tels sont les témoignages du douzième siècle qui parlent en faveur de Pierre le Vénérable, et qui nous le montrent si digne de son surnom. Quant aux témoignages modernes, celui de doin Ccillier est d’autant plus précieux que nous avons constaté son admiration si absolue pour saint Bernard : il reconnaît en effet à Pierre le Vénérable « un naturel doux, un esprit élevé avec des talents propres à inspirer l'estime et la vénération, des pensées fines et délicates, des réflexions solides et judicieuses, du nerf dans ses ouvrages pour la défense de la religion » — Mais résumonsles tous dans cette belle page de M. Lorain :
« Saint Bernard, fondateur de monastères nouveaux, enfant lui-même d’un nouvel ordre plus austère, comme le sont nécessairement les institutions naissantes ; saint Bernard, d une santé maladive, d'une grande exaltation nerveuse, homme de privations, de zcle ardent, de caractère absolu, n'était pas fait pour ressembler à Pierre le Vénérable, homme laborieux, actif, vertueux sans rudesse, abstinent sans vigueur, apportant à tout les tempéraments de son caractère , d'une humeur égale et clémente, d’une bienveillance universelle, d’une miséricorde sans mesure, prudent et sage maintencur d'un vieil institut monastique, mais ne se départant jamais des règles d'une raison douce cl judicieuse, n'aspirant point aux nouveautés périlleuses,
' Ann.Bcnedicl., t. VI, p. 125. — Cf. M. Duparay, ouvr. cite, p. 55. * Dorn Ccillier, aller. ciÙ, l. XIV, ch. xmx, p. 525, n. 88.
158 GUILLAUME DE CHAMPEAUX ET SAINT UE R N AH l> et préférant à des faveurs inconnues les circonsopcctions de la tolérance.
« Pour Bernard, le parti décisif et absolu était toujours le parti à suivre : il l'emporta souvent par la passion même de ses entreprises et la chaleur de ses convictions brûlantes. Chez Pierre le Vénérable, l’habitude des ménagements, la bénignité des procédés, devaient le faire échouer dans les résolutions qui s’adressaient surtout aux passions véhémentes de l’époque.
« Dans les conciles, auprès des souverains pontifes et des rois, la parole de saint Bernard exigeait, obtenait impérieusement. Sa fougue éloquente entraînait les masses, bouleversait les esprits. Il avait les qualités et les defauts des âmes passionnées et fortes. Pierre le Vénérable attirait à lui pardes qualités moins ardentes, par des vertus moins rigides, par des sollicitations moins impétueuses. On admirait Bernard, on vénérait Pierre. Dans ces mots sont leurs deux existences ; et le surnom que mérita l’abbé de Clunv le peint mieux qu’un parallèle1. »
Telle paraît être l’appréciation modérée et exacte des débats qui se sont livrés entre saint Bernard et ses adversaires sur la méthode mystique. Les esprits enthousiastes, qui veulent que l'objet de leur admiration soit toujours parfait, nous blâmeront peut-être : nous aurons du moins contre leur blâme l’honneur et la joie de n’avoir cherché que la vérité. Du reste, quand l’Eglise canonise un saint,
' M. Lorain, onvr. citif, p. 127-128.
elle ne songe nullement à le proclamer sans reproches ; elle déclare seulement qu’à côté de ses défauts plus ou moins effacés il y a eu des qualités plus ou moins extraordinaires qui lui ont mérité le ciel. De même donc qu’en parlant des défauts de saint Bernard nous n'attaquons nullement ses vertus; ainsi, en ne condamnant pas les personnages vénérables qui refusèrent d’entrer à son école, nous ne nous élevons nullement contre l’estime que l'Église lit de lui en le canonisant. Saint Bernard est trop grand pour avoir besoin d'être flatté ; et celui qui confondrait dans son admiration ses défauts avec ses qualités, loin de l’honorer, l’abaisserait.
Sans aucun doute ces débats n'avaient pas à l’époque de Guillaume de Champeaux la précision que les événements leur ont donnée quelques années plus tard. Ce n'étaient alors que des nuages qui s’amoncelaient, nuages encore pacifique, s il est vrai, mais qui devaient bientôt faire éclater uue tempête. Nous trouvons, dans la conduite de Guillaume envers saint Bernard, le fond parfaitement exact de l’appréciation que nous venons de formuler. Il avait appris à juger les hommes, soit lorsque ses fonctions d’archidiacre de Paris l'obligeaient à prendre connaissance de l'état religieux des couvents du diocèse, soit lorsqu’il voulut regarder de plus près dans le fond de la vie religieuse en la pratiquant lui-même à Saint-Victor. Aussi, quand il se trouva en face de saint Bernard, sut-il voir en lui tout ce que la nature y avait mis, les défauts comme les qualités. Et pendant qu'il se laissait séduire par les qualités, il restait inébranlable contre les défauts; pendant qu’il avait assez de tendresse pour unifier son àine à celle de Bernard, il avait assez de sagesse pour ne pas s’aveugler sur les élans de son jeune ami et assez de force pour leur résister. Son voyage à
400 GUILLAUME DE CHAMPEAUX ET SAINT BERNARD. Clairvaux, la séquestration qu'il imposa sans pitié à Bernard, son silence pendant la seconde maladie de celui-ci, nous en sont des preuves manifestes. D'autres événements nous confirment encore dans cette manière de voir.
Jamais Guillaume de Champeaux ne retira à saint Bernard l'affection qu’il lui avait donnée. Il allait à Clairvaux pour le voir et pour méditer, lui aussi, sous ces hêtres et ces chênes que Bernard appelait, avec une liberté trop oubliée, ses maîtres dans l'intelligence des saintes Écritures'. Bernard, à son tour, venait à Châlons, et Guillaume profitait de sa jeunesse et de sa sainteté pour le faire prêcher dans les églises de son diocèse. « Saint Bernard, est-il dit dans le manuscrit de Pierre Garnier, fréquentoit fort à Chaalons ; y ayant presché plusieurs jours de suitlc, il loucha si vivement les cœurs qu'il emmena avec iuy un nombre considérable de personnes, tant ecclésiastiques que séculiers, qui se firent religieux. » Guillaume de Champeaux, qui voulait à la fois se rapprocher de saint Bernard* et ne pas faire perdre à son diocèse les fidèles qui le quittaient pour embrasser la vie religieuse à Clairvaux, songea à établir pour eux un couvent entre Châlons et Clairvaux. Or, il y avait à Trois-Fontaines une maison à pdu près délaissée, qui appartenait à des chanoines réguliers. Guillaume la leur demanda dès l’année 1116, et l'obtint. Aussitôt il fit construire à ses dépens tous les lieux réguliers qu’exigeaient les exercices religieux. Le comte Hugues fit une dotation èn 1 H 6, ainsi que Benoît, abbé de Saint-Pierre de Châlons, en 1117, Adon de St-Eugcnde entre 1121 et il 26 sous Ebalc, Pierre le Vénérable en 1128, elles chanoines de Compiègnc
1 Guill. île Saint-Thierry, ch. iv, n. 2"’, p, 1087.
* Dom Ceillier, ouvr. cité, t. XIV, ch. xxxvn, p. 419. n. 5.
en 1130*. C'esl ainsique dès 1118, saint Bernard quiétait alors rétabli dans sa santé et dans ses fonctions abbatiales, put envoyer à Trois-Fontaines les religieux demandés par son ami. Selon la coutume de l'ordre, il envoya douze frères, et leur donna pour abbé un de ses fidèles disciples, ltoger 1er, celui-là même qu’il avait converti à Chàlons pendant son premier voyage et qui était généralement estimé comme un homme de science et de haute piété*.
Mais, si l'amitié de Guillaume était satisfaite, son zèle ne l’était pas. Après avoir fondé avec saint Bernard l’abbaye de Trois-Fontaines, il entreprit la fondation des Augustins de Chàlons. Rassemblant tous les ermites dispersés dans les différents endroits de son diocèse, il en fit une communauté qu’d plaça au cimetière de Saint-Georges, dit anciennement de Sainte-Marthe. Cette communauté comptait trente-six membres; et, chose maintenant curieuse, il plaça à leur tête, non pas seulement pour les honorer, mais pour les gouverner, un archiprêtre du diocèse*.
Toutefois Guillaume de Champeaux ne se laissa absorber, dans son œuvre de réforme, ni par Clairvaux ni par Trois- Fontaines. Placé entre Saint-Bernard et Roger, il sut par sa sagesse et sa fermeté rester indépendant dans son amitié et dans l’exercice de son épiscopat. De même que quelques années après on devait à Paris réformer l'abbaye de Sainte-
* Voir l’histoire manuscrite de dom J. François, liv. III, p. 229.
* Voir Y Histoire de saint Bernard, par le R. P. Ratisbonne, t. I, p. 179. — Telle fut l'origine de l'abbaye de Trois-Fontaines. Il est curieux de rapprocher de ces documents historiques l’opinion naïve de M. Rousselet sur ce sujet. Voici ses propres paroles : a Kcolâtrc et archidiacre de Notre-Dame, Guillaume de Champeaux y professa avec un immense succès, jusqu’en 1108, époque à laquelle il se retira dans un monastère de Saint-Victor, où il prit l’habit monastique : DR LA VIENT que plusieurs l'ont regardé connue le fondateur de l'abbaye de Trois-Fontaines, de l'ordre de Citcaux. » Eludes sur la philosophie dans le moyen âge , t. I, p. 251.
3 Voir l'histoire manuscrite de Pierre Garnier.