‹ Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au 12e siècleChapitre 54 sur 162 · MB GUILLAUME DE CHAMPEAUX ET SAINT BERNARD · texte numérisé non relu

MB GUILLAUME DE CHAMPEAUX ET SAINT BERNARD

Geneviève par Pabbayc de Saint-Victor, de même Guillaume de Champeaux pouvait mettre à la tête de sa nouvelle maison d Augustins lin ou plusieurs religieux de Trois- Fontaines. Il ne le fit pas.

D autre part dans une lettre écrite à Ehalc au sujet de la mort de l'abbé de Toussaint, à Cbâlons, saint Bernard luimême nous apprend que Guillaume de Champeaux ne craignit pas de sc rendre, pendant les rigueurs de l’hiver, deux fois à Cluny et une fois à Dijon, pour y chercher des religieux capables de gouverner les couvents de sa ville épiscopale. De Cluny il ramena le vénérable Raoul qu'il plaça en tète du couvent de Saint-Urbain, et de Dijon, Hugues, cet homme excellent qu’il établit prieur de l'abbaye de Saint-Pierre1. Ces voyages dont on ignore la date précise’, sc firent certainement sous le gouvernement de Ponce à Cluny, et peut-être sous celui de l’abbé Herbert à Dijon. Or, on sait quelles idées dominaient alors à Cluny et à Saint- Etienne de Dijon. A coup sûr ce n 'étaient pas les idées de saint Bernard : car à Cluny, Ponce était encore plus oppose à saint Bernard que ne devait l'être Pierre le Vénérable, et à Dijon, Herbert devait permettre à l’un de ses religieux, le frère Jcart, de lancer contre saint Bernard une lettre qui eut la réputation d'être violente. 11 est donc évi-

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dent que, si Guillaume de Champeaux, lorsqu'il avait à sa pleine disposition les religieux de Clairvaux, n’en a pris aucun pour réformer et gouverner scs couvents, et que, s’il leur a préféré des religieux de Cluny et de Dijon, c’est qu'il ne partageait pas en tout la méthode mystique qui régnait à Clairvaux.

Du reste, rien n'est plus conforme à son caractère que cette conclusion. Tandis que saint Bernard, tout en vivant dans son intelligence, vivait par son cœur, Guillaume de Champeaux, au contraire, tout en vivant dans son cœur, vivait par son intelligence; là c’était surtout l’ardeur, ici surtout la prudence ; là on se complaisait dans les élans enthousiastes, ici l’on s’en déliait pour ne se complaire que dans les mouvements réfléchis. Bernard accablait tout d'abord ses ennemis, quels qu’ils fussent, Abélard, Henri de Cluny ou Pierre le Vénérable ; Guillaume n’a pas laissé dans l’histoire une seule parole d’amertume contre Abélard, malgré les discussions qui se sont élevées entre eux. En un mot, si Bernard et Guillaume se chérissaient, ce n’était pas parce qu’ils se ressemblaient, mais parce qu’ils se complétaient. Quand l’amitié était en eux plus vive que la pensée, ils avaient beau être deux, à eux deux ils n’étaient qu’un ; mais lorsque la pensée reprenait le premier rang, d’un ils redevenaient deux.

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