‹ Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au 12e siècleChapitre 56 sur 162 · DANS IA QUERELLE DES INVESTITURES · texte numérisé non relu

DANS IA QUERELLE DES INVESTITURES

publics. C'était bien là détruire (oulc l’économie divine de l’Église, et faire de l’institution spirituelle de Jésus- Christ une institution purement politique, une branche de l’administration civile. C'est un fait incontestable que, dans le choix qu’ils faisaient des évêques, les princes d’alors avaient moins égard au mérite et à la vertu qu’à l’argent et aux intrigues. L anneau et le bâton pastoral étaient par eux mis à l'enchère et adjugés au plus offrant. Les bénéfices étaient une marchandise; ceux qui les avaient achetés, au lieu de s’appliquer aux fonctions ecclésiastiques qui y étaient attachées, ne songeaient qu’à piller leurs vassaux et à taxer, au prix le plus élevé possible, toutes les cérémonies religieuses, afin de rentrer dans les fonds qu’ils avaient déboursés ou de leur faire produire de plus gros intérêts. Ces spéculations sacrilèges, désignés sous le nom général de simonie , étaient comme une lèpre qui couvrait le corps entier de l’Église.

L’Angleterre et la Normandie n’étaient pas moins désolées que l’Allemagne. Qui ne sait comment le droit que réclamaient les souverains était exercé parGuillaume le Roux? Ce prince, afin de favoriser ses intérêts, refusa plusieurs fois de nommer aux bénéfices vacants et déshonora les dignités ecclésiastiques en les prostituant à qui en offrait davantage. Qui ne voit, s’écriait saint Anselme, que les investitures sont la source de la simonie et la ruine de la religion? Quand ils espèrent obtenir du prince la dignité épiscopale, les clercs méprisent leurs évêques et abandonnent l’Église. Les uns répandent beaucoup d’argent parmi les hommes du palais pour acheter leur recommandation ; les autres s’imposent d’énormes dépenses pour vivre à la cour dix ans et plus, et souffrent avec patience le froid et le chaud, la pluie et les autres incommodités des

ROLE DE GtilLLVl'ME 1)E CHAMPEAUX

voyages. Ils souhaitent la mort de celui dont ils brigucntla place, et sont jaloux de ceux q u'ils regardent comme leurs compétiteurs1. — En Normandie , l’indigence de Robert avait amené des changements dans la méthode ordinaire : il vendait la réversion des évêchés en faveur d'individus dans l’enfance, cl accordait pour des sommes proportionnées plus d'un diocèse au meme prélat. Les hommes probes désiraient vivement la suppression de cet abus, et le zèle des pontifes était excité parles conseils des membres les plus vertueux de l’épiscopat*.

En France, on ne voit pas que les4 rois aient poussé si loin leurs prétentions, et la seule réforme qui semble y avoir été nécessaire sur ce point, fut de tenir à ce que l’élection canonique précédât l’investiture, et que la royauté gagnée par argent n'abusât pas de son autorité pour peser sur l'élection.

Parmi les évêques de France qui ont pris une part considérable à ce débat, il faut citer Yves de Chartres et Guillaume de Champeaux.

Guillaume de Champeaux, lorsqu'il n'était encore qu’archidiacre de Paris et écolâtre de Notre-Dame, avait été envoyé par Galon, son évêque, au nombreux concile que Pascal II tint à Troycs en 1107. La question des investitures était tendue alors plus que jamais, par suite des paroles amères qui avaient été échangées à l’évêché de Chàlons entre le pape et les quatre députés de l’empereur Henri V. Ces députés étaient Brunon, archevêque de Trêves,

1 évêque d’Halberstadt, celui de Munster, et Welf, duc de Bavière. Le pape ayant soutenu que l'investiture était un

* S. Aiisclm. Serin. II.

1 Voir Linganl, ouvr. cité, t. II. — Pouvoir du Pape au moyen âge, par M. Gosselin; Paris, 1845, p. US) et suiv.

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