‹ Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au XIIe siècle, d'apres des documents inéditsChapitre 10 sur 62 · HO DÉBRIS DU SYSTÈME PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

HO DÉBRIS DU SYSTÈME PHILOSOPHIQUE

tirer avec concupiscence : c’est pourquoi la substance par laquelle il engendre est corrompue à son tour. Or, de cc que l’homme a mal dispense ce qui lui appartenait pour la génération , résulte-t-il que Dieu, être immuable, ait dû changer son plan et renoncer à unir de nouvelles âmes à la substance séminale, en quelque état qu elle procédât des parents? Nullement. Dieu ignore l’inconstance ; il fait donc ce qu’il avait résolu dès l’éternité : il unit de nouvelles âmes à des corps souillés, et cela sans cruauté, mais suivant une juste providence; en sorte que l’âme n’a rien qui lui permette de se plaindre de Dieu. 11 l’a faite pour l’unir au corps qu’elle doit animer : que si elle trouve un vase corrompu, elle-même en est corrompue à son tour, et elle a besoin d’être purifiée. Si donc l’âme peut accuser justement quelqu’un du mal qu’elle souffre, ce sont nos premiers parents, qui par leur péché ont introduit la mort dans le inonde: car, comme je l’ai dit, Dieu n’était pas tenu de changer son plan d’animation à cause de la sottise de l’homme1. »

1 « Ilac ergo loge créât us est liomo , ut homiitibus per successionem creandis seminarium liaberet quantum ad corpus, Deus auteni infundercl novas animas. Si ergo liomo in obedientiu perseveraret, sicut ipse sanclus et mundus esset, ila et seminarium prolis quod ab eo proccderct. Scd quia ipse primus per inobedienliam corruplus est, pœnam suscepii, ut in coucupiscentia generaret. Quæ ergo particula ad vim generationis procedit, ipsa quoque corrupta est. Üed si liomo quod ad eum pertinebat de generatione male dispensavit, debuitne Deus incommutabilis idcirco consilium suum mutare ut novas animas non infundcrel semini, qualccunque ex parentibus procederet? Non est penes quem sit inconslanlia. Facit itaque Deus quod ab æterno proposuerat : novas animas immundis corporibus iniundit , non utens crudeiilate, sed jus tain providenliam implens : nec anima habet quid queratur de Deo. Idcirco eam t'ecit ut animaudo corpori eam infundcrel : quod si corruptum vas invenit, ipsa quoque indc corrumpilur, idcirco necesse est ut purgelur. Nec habet anima quem posait juste accusare de malo quod patitur, nisi priores parentes quorum peccalo mors intravil in iiiundum, quia, ut dictum est, non debuit Deus propler stultitium hominis mutare consilium animandorum hominum. » De origine animæ, u° 3.

Aussi, à partir de Guillaume de Champeaux, le créatianisme successif fut-il non plus seulement la doctrine commune, mais la doctrine universelle des écoles. Saint Thomas lui consacra dans sa Somme sept articles en deux questions1, et désormais la difficulté passa pour être résolue, sinon avec évidence, du moins avec certitude, dans cette sentence que M. Ubaghs en ces derniers temps a remise en suspicion * : « Dieu crée les âmes quotidiennement et les infuse dans les corps, au sein des mères, lorsque les corps sont prêts à l’animation. » Quand les corps ont-ils cette préparation requise? Saint Anselme de Cantorbéry, en 1099, avait ainsi répondu à cette question : « Que l’enfant ait une âme raisonnable immédiatement après la conception, cela est contraire à tout sentiment humain. Car de là il suivrait que, chaque fois que le germe humain périt, même dès l’instant de la conception, avant d’être parvenu à la forme humaine, une âme humaine serait damnée en lui, puisqu’elle n’aurait pas été réconciliée par le Christ ; ce qui est par trop absurde5. » Peu ému de cette solution qui avait été écrite en France 4 et qu’il ne pouvait conséquemment ignorer, Guillaume de Champeaux se souvint de Grégoire de Nazianze « qui, disait-il, était un homme sage, » et qui cependant enseignait la présence de l’àmedès la conjonction des deux substances génératrices, disant qu’alors l’àmc n'exerce pas ses puissances, de même que, lorsque l’enfant est né, il ne discerne ni ne juge immédiatement, ce qu’il fait plus tard à l’âge adulte 5. Et, fort de cette autorité,

1 Summ. theol , I, q.q. xc et cxvm.

* M Ubaghs, du Réalisme en théologie et en philosophie, Louvain, 1850.

5 S. Anselm. liber de conceplu virginali et oriyinali peccato, c. vu ;

traduction de M. Ubaghs, ouvr. cité, p. 117-1 19.

* Saint Anselme, en effet, composa son livre de Conceptu, etc., pendant son séjour à Lyon.

* De Origine animæ, n* 2.

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