‹ Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au XIIe siècle, d'apres des documents inéditsChapitre 9 sur 62 · DÉ [IRIS DU SYSTÈME PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

DÉ [IRIS DU SYSTÈME PHILOSOPHIQUE

une existence qui répugne à l’essence de l’homme lui même; de plus, elle attaquait le sens intime en faisant l’âme responsable d’une existence dont nous n’avons nulle conscience. — De là, une quatrième opinion se formula, enseignant la création de l’âme par Dieu , sinon dès le moment de la conception, du moins pendant le temps de la formation. Mais alors, comment justifier Dieu dans le cas de l’adultère? Si c’est Dieu lui -même qui crée l’àmc, étant posé l’acte générateur, il coopère donc à cet acte, même lorsque cet acte est adultère? Et encore, si c’est Dieu qui crée l’âme, comment le péché originel, qui est dans l’âme, peut-il venir d’Adam à ses descendants? Ne vient-il pas plutôt de Dieu, créateur de l’âme? Ce sont ces difficultés qui ont tant tourmenté saint Augustin 1 et après lui tous les docteurs du moyen âge. De nos jours même, elles ont été agitées de nouveau par un puissant esprit, mais dans un sens certainement plus difficile et plus inextricable que les difficultés auxquelles il voulait échapper*.

A l’époque de Guillaume de Champeaux, l’opinion de Terluliien et celle d’Origène avaient complètement disparu du monde scientifique. Toute la lutte se livrait donc entre le traducianisme spirituel et le créatianisme. Guillaume de Champeaux mentionne le traducianisme spirituel comme

1 S. August. Epist.CXC, Oplato (4 1 8) , c. i : <t De anima: origine anlequam aliquid admoneam sinceritatem tuaiu, scire te volo in tain mullis opusculis meis numquam me fuisse ausum de liac quæstionc dcfinitam proferre sentenliam, et impudenter referre in lilteras ad alios inlbrmandos, quod apud me non fuerit cxplicatuni. » Cf. ctiam De Anima et ejus origine; De libero arbitrio, I. III, e. xx et sq.; Episl. CLXVI, Hieronymo; Confessionum, I.I, c. vu. — Beaujolire, Histoire critique de Manichée et du manichéisme, Amsterdam, 1734 ; 2 vol. in-'. — Dom Martin, Comment . sur les Confessions, t. II, p. 72. — M. Nourrisson, ta Philosophie de saint Augustin, ouvrage couronné par l’Institut de France, 1. 1, c. n, 1. 1, p 199-220; Paris, 1805.

* Jean Reynaud, Terre et ciel, 1854; 3° partie : le Premier homme.

une opinion admise par quelques-uns, mais n’entre dans aucun détail de réfutation, comme si cette opinion se réfutait d’elle- même1. C’est donc pour le créatianisme successif qu’il se prononça, malgré les hésitations d’Anselme de Cantorbéry* et les réfutations d’Odon de Cambrai*. Comprenant' que toute la difficulté, dans celte dernière opinion, était de sauver la sainteté de Dieu et d’expliquer suffisamment le péché originel, il dirigea à plusieurs reprises tous ses efforts de ce côté. Son manuscrit des Sentences et ses Fragments inédits nous en donnent maintes fois la preuve. Qu’il nous suffise de citer cet extrait de l'Origine de l’âme: « La loi que Dieu a établie dès le principe pour gouverner la création successive des hommes, c’est qu’elle se ferait, quant au corps, par un réservoir séminal, et quant à l’âme, par l’infusion de Dieu ; en sorte que, si l’homme persévérait dans l’obéissance, la semence génératrice qui procéderait de lui serait sainte et pure comme lui-même. Mais le premier homme, s’étant corrompu par la désobéissance, a dû subir la peine d’engen-

* « Quidam impclluntur ut dicant animam quoquc ut corpus ex traduce desccnderc : et sic a culpa immunis est creator, quia anima quoque a corrupta anima patris, ut corpus a corpore, descendit. » De Origine aniinæ, n° 2.

* Eadmer, disciple et biographe de saint Anselme, nous rapporte cette réponse qu’il fit à un de ses frères trois jours avant de mourir : « Si (Deus) mallel me adliuc inter vos sallem tamdiu manere, donec quæstionem quam de anirnx origine mente revolvo absolvere possem, graliosus accipcrein, eo quod nescio utrum aliquis eam me dcfuncto sit absoluturus. a (Eadmer, de Vila S. Anselmi, lib. Il, c. vu, n° 72). — D’où le cardinal de Noris conclut que le créatianisme n’était pas certain pour S. Anselme. Cf. Vind. Augusl.

s « Si solum corpus ab Adam habeo, animam vero non ab Adam, sed a solo Deo, cum peccatum in anima tantum sit et non in corpore, quomodo dicor in Adam peccasse ? Peecavit Adam, et peccatum in anima sola fuit et non in corpore ; animam autem mcam in qua peccatum est ab ipso non habeo, quomodo dicor peccasse in ipso ? Quando peecavit et corpus meum lune in ipso erat, recte dicerer in ipso peccasse, si peccatum essel in corpore; nunc autem cum in anima sola peccatum sit, quomodo dicor peccasse, quando peecavit, si in ipso penitus anima mea non fuit ?» B. Odonis Cumemc. cpisc. de Peccato originali, 1. 11. § 2

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