‹ Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au XIIe siècle, d'apres des documents inéditsChapitre 17 sur 62 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L ÉCüLE El l’aBBAYE DE SAINT-VICTOR. — LEUR TONDA 1 1 ■ » H ET LEUR ESPRIT.

I. Les moines cl les chanoines réguliers u lu lin du onzième siècle. — Retraite de fiuillaumc de Champeaux. — La Cella velus. — Fondation de l'ubbajc du Saiul- Vielor. — Scs progrès. — il. Esprit de conciliation. — Principe d’élection. — Dévouement aux évêques de Paris. — Liberté et obéissance envers le roi. — Science et piété. — Eue lettre d’Hildebert du Mans. — Fondation de l’école de Saint-Victor. — Universalisme et gratuité de son enseignement.

« J’approuve, disait un évêque contemporain de Guillaume de Champeaux, Yves de Chartres, j’approuve la \ie de ces hommes pour qui la cite n’est qu’une prison, qui trouvent le paradis dans la solitude, qui y vivent du travail de leurs mains, ou qui cherchent à s’y refaire l’esprit par la douceur de la vie contemplative, qui boivent des lèvres tle leur coeur à la fontaine de vie, et oublient tout ce qui est en arrière d’eux pour ne regarder qu’eli avant. Mais ni les plus secrètes forêts, ni les plus hautes montagnes, ne donnent le bonheur à l’homme, s’il n’a en luiniémc la solitude de l'esprit, la paix de la conscience, les ascensions du coeur; autrement il n’y a pas de solitude

<|iii n'enfaule la paresse, la curiosité, la vaine gloire, avec tous les orages des plus périlleuses tentations *. »

Yves de Chartres, en parlant ainsi, ne faisait qu’exprimer les sentiments qui dominaient alors. C’est surtout à la lin du onzième siècle, peut-être plus qu’en aucun autre temps, que l’Occident sentit naître en lui des aspirations plus généreuses, un désir de vie chrétienne plus immolée, un besoin plus vif d’association plus intime. Quatre congrégations nouvelles venaient de surgir dans l'Église et d’enrichir l’institut monastique : celle de Grandmont, fondée en 1075 par saint Étienne de Muret*; celle de la Chartreuse, fondée on 1084 par saint Bruno5; celle de Citeaux, fondée en 1098 par saint Robert de Molesme* ; entin celle de Fontevraud, fondée par le B. Robert d’Arbissel 5. La plupart des anciens monastères avaient été peu à peu affiliés à Cluny, ou le furent, dans la suite, à Cîteaux : c'est ainsi que la réforme y pénétra et qu’ils devinrent, aux douzième et IreizièVne siècles, des pépinières de saints, de savants et d’artistes. D’autres pieux personnages travaillaient également au progrès de la vie monastique. Tels étaient, en particulier , saint Gérard, d’abord moine de Corbie, ensuite fondateur de l’abbaye de Seauve-Majeure en Aquitaine ; le B. Simon de Crépi, qui abandonna les grandeurs du monde et devint un des plus saints personnages de la congrégation de Cluny ; Gaston et Gironde, son (ils, fondateurs de l’ordre de Saint-Antoine.

1 Yv. Carnot., Epist, 192.

2 CL Vita S. Steph., npud Boliuml., 8 Felir. — Mabill., sæcul. VI Ikucd., pnel'at., II part., §S2etscq<].

s Cf. Holland., Comment, et Vita 4L Brun., ü Oclob. — Annal. Carllum.

1 CL Vila S. Robert., apud Boliuml., 29 April. — Hist. des ordres religieux.

s CL Vita B. Robert., apud Bolluud., 25 April.

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