LEU H FONDATION ET LEU II ESI'HIT. 2 H
L’institution des chanoines réguliers jelait, il est vrai, beaucoup moins d’éclat que les ordres monastiques ; cependant, elle continuait à s’améliorer et possédait plusieurs saints religieux , comme saint Gaucher au diocèse de Limoges, le B. Hildemare, le B. Odon de Cambrai et le B. Yves , qui fut doyen du chapitre de Saint-Quentin avant d’être évêque de Chartres.
Emporté par ces souffles de piété mystique, Guillaume de Champeaux quitta l’archidiaconé de Paris et la direction immédiate de l’école de Notre-Dame, pour se retirer dans la solitude. Outre le désir de mener une vie plus parfaite ‘, il y avait dans son âme une fatigue, peut-être même un dégoût, provenant des discussions qu’il avait dû soutenir contre Abélard, et, par suite, un besoin de trouver du calme pour reposer son esprit, du silence pour recueillir ses pensées, et du temps pour approfondir les problèmes si graves auxquels il avait touché dans son enseignement et dont il ignorait encore la solution. Il communiqua sa résolution à plusieurs de ses disciples qui avaient l’âme non moins avide que la sienne et le suivirent avec une fidélité qui ne se démentit pas.
Or, dès le onzième siècle, peut-être même avant, il y avait, près des murs de Paris, dans un lieu nommé Cellu vêtus , une petite chapelle dédiée à saint Victor. C’était un lieu sauvage, bordé d’un côté par la rive gauche de la Seine, de l’autre par des bois dont la foule respectait le silence. Selon Ilélyot, il y avait eu, en ce lieu, une recluse nommée Basilia *, et, d’après Simon Gourdan, celte chapelle servait à quelques pieux solitaires, qui venaient
* Voir Fleury, Ihst. eccte'siast XV, 170 — llisl. lillér. rie la France. X.
4 llist. ries ordres monastiques, religieux et militaires, rit., Il* partie, eh. xxii, t. Il, p. 1 19 ; l'aris, 1721.
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vaquer à la prière et à la méditation des vérités chrétiennes1. C'est là que Guillaume de Champeaux vint se fixer avec scs disciples et jeter les premiers fondements de l’abbaye de Saint-Victor*.
1 Us vies et les maximes saintes des hommes illustres qui ont fleuri dans l'abbaye de Saint-Victor de Paris , par le P. Gourdnn ; ouvr. approuvé par le P. de Bourges, prieur de l’abbaye, en 1693 ; Ms. de la Mazarino, n. 2981, ch. ii.
- On lit dans V Histoire de la ville de Paris, par DD. Félibicn et Lobincaii. I. 1, p. 115 : « La chapelle qui servit de retraite à Guillaume et ses compagnons était un prieuré dépendant de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille, suivant la chronique d’Albéric, moine de Citcaux qui vivait dans le même siècle. On voit aussi que peu d’années auparavant il y avait dans le meme lieu une communauté de moims dont le supérieur, nommé Anselme, sc qualifiait abhé de Saint-Victor de Paris dans la souscription d’une charte donnée par Philippe Ier, l’an 1085. L’ancienne épitaphe de Louis VI, exposée dans Saint-Victor même, porte expressément que ce roi fonda la nouvelle abbaye in cella veleri ; ce qui ne peut signifier autre chose en cet endroit qu’un petit monastère ou prieuré. Aussi tout semble autoriser le témoignage d’Albéric qui dit que c’était originairement un prieuré de Saint-Victor de Marseille avant l’introduction des chanoines réguliers.» D’après cette opinion, Guillaume de Champeaux n’aurait été que le restaurateur de la première communauté disparue, et il aurait seulement remplacé le prieuré par l’abbaye.
C’est une erreur. En effet, d'abord la charte dont parlent DD. Félibien et Lobineau est complètement inconnue. M. Léopold Dclislc lui-même nous a certifié n’en avoir jamais eu connaissance et en nie l’existence jusqu’à preuve du contraire. Le supérieur et la communauté dont il s’agit ne sont pas moins inconnus que la charte susdite. Ensuite, le mot cella ne signifie pas nécessairement un petit monastère ou un prieuré; l’ermitage dont parle Ilclyot nous donne de ce mot une explication parfaitement suffisante. De plus, le vocable de Saint-Victor donné à l’ancienne chapelle n’exige nullement auprès d’elle l'existence d’une communauté de moines dépendant de l’abbayc de Saint-Victor de Marseille. Le martyr saint Victor ayant fait à Marseille, où -ou corps rei»ose, un grand nombre tic miracles, Cassicn y fonda eu son honneur deux monastères, dont la réputation de sainteté sc répandit dans toute la France. Plusieurs villes, particulièrement Paris, érigèrent des chapelles sous le patronage et le vocable de ce grand saint. Tel est le récit de Simon Gourdan. 11 n’est donc pas nécessaire de recourir ni à un prieuré, ni à une communauté de religieux de Marseille. Enfin, les historiens de la tlallia christ iana sont formels sur ce point; on lit au t. IX, p. 877 « Guillehuus, mêlions vitæ cupidus, ad ceilum veterem in suburbiuni l’ait sioruui, ubi eral ædicula qutcdani sancli Vicloris, cum discipulis aliquot niigravil aniio 1 108 ; habiluque ordinis cunonici assuniplo, cclcbcrriimiiu sancli Vicloris l’arisiensis abbatiam fundavil. »
LEUR FONDATION ET LEUR ESPRIT. 2ir.
On était alors en H 08, après les fêles de Pâques. Or, ce ne fut qu’en 1 1 15 que Louis VI, afin de témoigner à Guillaume de Champeaux et à ses religieux son respect et sa confiance, donna scs lettres patentes pour l’érection de la nouvelle église et pour la fondation et la dotation du monastère. De 1108 à 1113, c’est-à-dire tout le temps qu'y resta Guillaume de Champeaux, il fallut donc vivre dans une extrême pauvreté et une grande mortification. Guillaume de Champeaux prit immédiatement l’habit des chanoines réguliers et traça une règle dont les points principaux furent le silence, l’élude, la science ecclésiastique, la charité fraternelle, l'hospitalité, la pauvreté, le jeune et l’obéissance. Le travail des mains fut imposé, non-seulement pour donner au corps sa part des peines de la vie, mais aussi afin de pouvoir lui procurer sa nourriture
Telle est l’origine de cette abbaye qui eut l’honneur d’abriter les jours de tant d’hommes éminents, de donner à l'Église deux archevêques, six évêques, sept cardinaux, cinquante-quatre abbés, et d’attirer, par sa science et sa piété, des visiteurs tels que saint Bernard et saint Thomas de Cantorbéry. Cette congrégation acquit un tel ascendant, que plusieurs églises collégiales cl plusieurs communautés religieuses désirèrent embrasser la même observance régulière. A la mort de Gilduin, le successeur de Guillaume de Champeaux, elle comptait déjà quarante-quatre maisons. 8a réputation se répandit non-seulement dans toute la
1 Voir le P. Gourdan, ouvr. cité, du ch. ni au ch. xxx. — Voir aussi, sur l'abbaye de Saint-Victor, Liber ordinis, Ribl. S. Vict., n. 987, Ms. de la Bibl. impériale; Antiquitates ejusdem abbatix , J. Thoulousc anrtore, Ms. n. 1 Or.8 ; Annales Ecclesiæ S. Vict., J. Thoulouse, n. 4”l2 ; les n“‘ GGi, G70 et t.ri du fonds de Saint-Victor; Essai sur la fondation de l' École-dé Saint-Victor de Paris, par M. Huponin.
France, mais jusqu'en Angleterre et en Irlande*. Jacques de Vilry, dans son Histoire occidentale, lui donne les plus beaux éloges : « Comme le flambeau du Seigneur, dit-il, elle est élevée sur le chandelier. Elle éclaire non-seulement la ville, mais les eonlrées éloignées ; elle apprend aux peuples à connaître Dieu ; elle les excite à l’aimer. Elle fournit aux étudiants de Paris et à la multitude qui y afflue de toutes parts les eaux de la purification. Cette sainte et respectable congrégation, dans le camp des soldats du Seigneur, est le refuge des pauvres, la consolation de ceux qui pleurent, le soutien du faible; elle répare les forces de ceux qui sont fatigués, elle relève ceux qui tombent, elle offre à tous les écoliers un port assuré, elle ouvre un sein miséricordieux à ceux qui veulent échapper au naufrage de ee monde; elle les accueille avec bonté, elle les entretient, elle les nourrit. Dès son origine, elle a été ornée et embellie par des docleurs de Paris, hommes lettrés et honnêtes, qui brillaient au milieu d’elle comme des étoiles étincelantes ou comme des pierres précieuses *. » Le pape Innocent 111 lui-même reconnut les bienfaits et la grande influence de cette abbaye : car, lorsque les étudiants de Paris représentèrent au pape qu’ils ne pouvaient, soit à cause des dépenses du voyage, soit à cause de l’interruption des études, se rendre à Rome pour solliciter l’absolution de l’excommunication portée contre ceux qui frappaient les clercs, et si souvent encourue, c’est à l’abbé de Saint-Victor qu’innocent III accorda le pouvoir de donner cette absolution.
Toutefois, ce ne sont là que ses succès extérieurs, et
1 Voirie P. Jourdan, ouvr. cité, inlrod. — iiélvot, ouvr. cité , j). IM) 154 et 155.
* llist. occid., j). 28.