LEUR FONDATION ET LEUR ESPRIT
quelque remarquables qu’ils soient, ils le cèdent à l’esprit admirable qui les lui fit obtenir.
Cet esprit, à son origine du moins, était avant tout un esprit de conciliation. Quoique logique, Guillaume de Champeaux n’était nullement extrême ; et ses conséquences étaient comme ses principes, jamais timides, mais toujours modérées. Cette disposition à s’affirmer sans nier autrui, à réclamer ses droits sans blesser ceux de personne, fut comme la sève qui alimenta sa congrégation. C’est ainsi que, d'une part, son amour pour sa propre liberté et pour celle de scs frères lui fit obtenir du roi Louis VI que l’abbé de Saint-Victor serait élu et présenté à l’évêque de Paris pour la consécration sans l’approbation royale’ ; et que, d’autre part, son respect pour l’autorité, soit religieuse soit civile, le maintint toujours dans ses devoirs de sincère humilité et de fidèle obéissance.
Lorsqu’il n’était encore qu’archidiacre, il était déjà au premier rang dans l’estime du roi \ Cependant sous cette estime de Philippe I*r, Guillaume ne faiblit pas un instant. En effet, lorsque Pascal II approuva l’élection que le clergé de Paris avait faite de Galon pour le siège épiscopal de cette ville, rendu vacant par la mort de Foulques (1104), Guillaume et tout le clergé, sans se laisser intimider par la persistance avec laquelle Philippe Ier avait, de 1101 à
* Voir les lettres patentes données à ce .<uiet à Châlons-sur-Marne, en
s <c Cum esset archidiaconus fereqtie apud rctrem primus, » etc. Cf. liée îles hist., t. XIV, p. 279.
‘liG L'ÉCOLE ET L’ABBAYE DE SAINT-VICTOR.
1104, éloigné Galon du siège de Beauvais, écrivirent à Pascal II afin de le remercier d’avoir approuvé pour le siège de Paris un évêque aussi recommandable. Et le dévouement de Guillaume à Galon ne cessa jamais : les auteurs de la Gallia christiania rapportent sous la dale de 1107 un document, qui témoigne de la confiance que Galon avait dans le jugement et le caractère de Guillaume, et de l’intimité à laquelle il l’avait admis dans le gouvernement de son diocèse l * *. Du reste, c’est lui qu’il choisit entre tous les membres de son clergé pour se faire représenter au concile de Troyes tenu en 1107 et présidé par le pape. En 1108, lorsque Guillaume renonça à son archidiaconé, Galon lui continua son affection et étendit ses faveurs sur l’abbaye tout entière. Enfin, plus tard, Galon vint le voir jusqu’à Cliàlons, puisqu’on trouve sa signature dans une des pièces du concile tenu en celte ville le 12 juillet 1115 *.
Ce dévouement de l’abbaye de Saint-Victor à l’évêque de Paiis et de l’évêque de Paris à l’abbave de Saint-Victor persévéra sous les successeurs de Galon. Girbert (1117- 1 124) lui fit de grandes largesses 5. Étienne Ier de Senlis 1 1 124-1142) eut pour elle une affection et une vénération singulières 4, qui toutefois lui étaient rendues : on sait comment le B. Thomas fut tué entre ses bras à cause du
1 Cf. Diploma quo ejectis monialibus ecclesiam Sancli Eligii monachis Fossatonsibus concedit, anno 1107 : « ... Ego igitur Galo, Dei gralia Parisiorum rpiscopus, et Guillelmus archidiaconus, tantum scandalum, tantani j>esteni
minime ferentes,... infâmes et incorrigibiles personas pro lurpitudine vilæ a prædicto monaslerio elimivavimus, » elc.
- « Nomen cjus reperitur in synodicis concilii Catalaunensis litteris de eontroversia Vcdnstinos inter et S. Quintini monachos agitata. » Gall. christ.,