‹ Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au XIIe siècle, d'apres des documents inéditsChapitre 23 sur 62 · SYSTÈME THÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

SYSTÈME THÉOLOGIQUE

être deux-mêmes apathiques et qu’il a fallu une faute pour les rendre susceptibles de délectation ? Et encore, sur quoi s’appuyer pour soutenir une thèse pareille à celle qu’il enseigne sur le mode de transmission du péché originel? Guillaume de Champeaux, en effet, ne place pas la raison de la culpabilité des descendants dans la solidarité qu’ils ont avec leurs parents, mais uniquement dans la passion charnelle de ceux-ci; laquelle toutefois, ajoute-t-il, n’est pas coupable en eux, attendu qu’ils ont reçu le sacrement de mariage, mais l’est dans les enfants, parce qu’ils n’ont encore reçu aucun sacrement *.

Mais autant Guillaume de Champeaux est exagéré, quand il parle des rapports du péché originel avec le corps, autant il est modéré quand il parle de ses rapports avec la volonté et même avec la nature humaine en général : « Toute la dépression du libre arbitre dans l’homme consiste, dit-il, en ce qu’il ne discerne pas aussi bien après le péché qu’avant, qu’il ne veut pas le bien aussi librement, cl que pour l’accomplir il a plus besoin de la grâce, à cause des tourments charnels auxquels il est soumis*. » En sorte que Guillaume de Champeaux, tout en se servant d’expressions quelquefois violentes que l’autorité de

1 « Originale peccatum dicitur quod in origine suæ conceptionis unusquisque contraint : ipsis tanien parentibus iidelibus cl légitima copula conjunctis ali eodem absolut is. Cum enim ad procreandam sobolem et propter vitandam Ibrnirntionein legilimo nuptiarum sacramento sint copulali, non possunt tamen ilium coujugii usum sine ardore libidinis exerccre. Tanta tanien est vis nuptialis sacramcnti ut ipsis generanlibus ardor ille non iinputetur in peccatum, sed generato; nam ipse gencratus milium in si' habet sacrantentuin. t Fragm. IV, De ligno scientiæ boni et mali, et de originali peccato, vel quare puniatur anima.

* « ... Ut nec lam bene discernât post peccatum ut prias, nec ita libéré velit bonum vel posait; molestiis namque Garnis subjectus, plus indiget gralia quant prius. » Fragm. III, Quod liberum arbitriiim depressiim est in angelo et in homine.

quelques Pères avaient vulgarisées *, enseigne que l'effet du péché originel sur la nature de l’àme n’est qu’un affaiblissement relatif à l’état primitif, dans lequel le premier homme a été créé *.

Dans son Fragment sur la grâce et la prédestination , il donne cours à ses idées de conciliation entre les droits de la nature et les droits de la grâce. Ce Fragment que nous publions textuellement et intégralement à cause de son originalité et de son importance doctrinale1, donne à Guillaume de Champeaux une place d’honneur, parmi tous les théologiens qui ont travaillé à la solution de ces problèmes si mystérieux et si graves. Actuellement, en effet, il n’y a que le système de saint Thomas d’Aquin et le système du P. Louis Molina qui soient debout dans les écoles catholiques; et même la plupart des esprits les regardent comme étant tellement contradictoires l'un à l’autre, qu’ils ne soupçonnent pas de milieu possible entre eux; on s’ést tellement ligé en eux qu’on oublie de proclamer ici ce qu’on proclame partout ailleurs, à savoir, que la vérité n’est pas dans les extrêmes. Et cependant Guillaume de Champeaux, qui ne se doutait ni du système de saint Thomas ni du

1 « Ptr se nalura corrupta. » Fragm. IV. — a Homo sic est a libero arbitrio deslitulus... Iloc aulcin illud est quod quidam volent dicere, cum hominem dicunt liberum arhilrium amisisse, non quod omnino sua carrai potestate vel libertale, vet facilitait', vel facultate. » Fragm. III.

* Voir aussi le Fragment IV : « lia eorum est per se corrnpta nalura, ut jam infirmior ad resistenduni, peccato priori ruulla peccata superadderct. Innntus est ille foines peccali cl carnalis ilia infirinitas qua omnis homo pronior est ad peccandum. »

s Voir Appendice 11.

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