GUILLAUME DE CHAMPEAUX, COMTE DE CHALOHS-SUR-M ARNK
Union de l’Eglise et de l'Etat. — Puissance temporelle des évêques. — Formation des Communes. — Premières tentatives d’affranchissement.— Baudrv de IS'oyon. — Guillaume de Champeaux et Louis VI. — Le vidamé rendu héréditaire à Chîlon*. — Progrès de la milice de cette ville. — Mouvement libéral.
Mais Guillaume de Champeaux, en devenant évêque de Châlons, devenait en même temps comte de cette ville*. On possède encore des monnaies de son prédécesseur qui portent cet exergue : Hugues, évêque, comte de Châlons, l’an de N.-S. 1101. Quoiqu’à cette époque Châlons n’appartînt plus entièrement à l’évêque, par suite de la générosité avec laquelle les évêques de cette ville avaient dans les siècles antérieurs cédé une partie de leurs droits temporels, cependant l’évêque jouissait encore des droits régaliens et pouvait affranchir les habitants en leur faisant baiser son anneau*.
Cette puissance temporelle de l'évêque était le résultat de l’esprit du moyen âge. Au douzième siècle on demandait
1 Ce n’est qu’à la fin du douzième siècle, sous Philippe Auguste, que l’évêque de Châlons fut nommé pair de France.
* Ce n’est qu'en 1265 que l’évêque Conon déclara que cet affranchissement ne pourrait plus se faire à l’avenir sans l’avis du Chapitre. Voir M. L. Barbat, Histoire de la ville de CMlons et de ses monuments, 1. 1, p. 197.
au clergé des jugements en toute matière civile, des actes de vente, de donation, d'arbitrage, et même des pièces de théâtre et des acteurs. Il avait le monopole incontesté de l’enseignement public, il tenait le premier rang dans les conseils politiques des rois. Faut-il l’en blâmer? « Ne disons point, répond M. H. d’Arboisde Jubainville, qu’en acceptant la lourde tâche que lui imposa la société de la fin du onzième siècle et du douzième, et dont le treizième commence à le délivrer, le clergé ait commis une faute. Il fallait qu’il sauvât le monde temporellemenl, s’il voulait le sauver spirituellement. On l'a accusé d’ambition. Je me figure un voyageur égaré qui, ramené dans la droite voie par un guide bénévole, et n’ayant plus besoin de lui, le congédierait avec des insultes. Quand le gouvernail est abandonné, celui qui a la main assez sûre et la tête assez ferme pour le saisir et le diriger, use de son droit ; que dis-jc ! il remplit un devoir, et les passagers qui, une fois ramenés au port, discutent son droit, sont des ingrats. D’ailleurs, le clergé lui-même a eu l’initiative du progrès. C’est lui qui, en organisant les congrégations religieuses, a fondé les premiers corps spéciaux, et qui, sous le nom de Chapitres généraux, a établi les premières administrations centrales. C’est lui, qui, au début du treizième siècle, a créé sous le nom d’officiaux les premiers fonctionnaires exclusivement magistrats. C'est lui qui a fondé les universités1. » Ne pourrait-on pas ajouter : c’est lui qui a développé, sinon commencé, le mouvement de l’affranchissement des communes? Et s’il est vrai, comme l’a dit Chamfort, qu’il n’y a d’histoire digne d’attention que celle des peuples libres, et que
1 Histoire des dues et des comtes de Champagne, par M. H. d’Arbois de Jubainville, liv. V, ch, i : Coup d’œil sur l'état général de la Société au douzième siècle, t. II, p. 51-53,