‹ Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au XIIe siècle, d'apres des documents inéditsChapitre 36 sur 62 · COMTE DE CHALONS-SUR-MARNE · texte numérisé non relu

COMTE DE CHALONS-SUR-MARNE

l’histoire des peuples soumis au despotisme n'est qu’un recueil d’anecdotes, étudions avec l’émotion de la gratitude les origines de ce mouvement libéral 1 ; et, pour rester dans le sujet qui nous occupe, voyons la part cachée, mais réelle, qu’y a prise Guillaume de Champeaux.

« Lors de la chute de l’empire romain, dit M. Barbat, nos rois, par de larges concessions, avaient mis dans les mains des prélats une autorité souveraine. La curie et les échevins formaient un corps municipal que nos évêques conservèrent ; préoccupés d’affermir la religion, ils laissaient à la municipalité le soin de l’administration de la cité. Ladécadence de l’autorité municipale commence au septième siècle; nos évêques, sous la féodalité, s’attribuèrent tous les pouvoirs; les échevins furent conservés, mais sous la domination du prélat qui les nommait, les instituait et pouvait les destituer : les assemblées de ce sénat, de ce conseil, étaient soumises à sa volonté ; il les convoquait, les présidait ou les faisait présider par sou délégué ; son argentier confondait les recettes et les dépenses municipales avec la gestion des revenus des autres biens de l’évêché. Puis lesattributionsdes échevins furent réduites aux affaires de justice et de police. Enfin, à la municipalité libre avait succédé une administration placée sous la dépendance immédiate des prélats, dont la puissance resta absolue jusqu’au moment où commença cette lutte qui amena l’institution d’une autorité urbaine ; mais cette autorité, bien que portant un cachet municipal, n’en resta pas moins soumise à l’évêque.

« Sous la féodalité, l’abus que les seigneurs faisaient de leur pouvoir, leur degré de puissance et d’indépendance,

* Sur la différence entre l’ancien municipe et la commune du moyen âge, Voir Cantù, Histoire universelle, t. X,p. 337-358.

dont le peuple et la royauté eurent si souvent à se plaindre et à souffrir, firent renaître l’esprit municipal ; le peuple était dans le servage ; la classe bourgeoise, commerçante et riche, ne jouissait d’aucun droit ; le roi n’avait pas de troupes réglées ; les seigneurs commandaient à de nombreux vassaux armés; la puissance royale était nulle1. »

Vers la fin du onzième siècle et au commencement du douzième, la plupart des villes, afin de se défendre contre les abus et les brigandages auxquels se livrait cette aristocratie remuante et insatiable, établirent des corps- municipaux. Ces associations furent appelées indistinctement communions ou communes. Les citoyens qui s’associaient ainsi se rendaient à la grande église du lieu, et là, sur les Évangiles ou sur les reliques des Saints, juraient de se défendre mutuellement, de résister ensemble à leurs ennemis, de maintenir les franchises, les coutumes anciennes et nouvelles, en un mot tout ce qui touchait aux droits, à la liberté et à l’honneur de la cité*. De là le nom de jurés ou communies donné aux associés. Les chefs des communes étaient électifs. Dans les provinces méridionales, où l’on avait conservé plus qu’ailleurs le souvenir de l’empire romain, on donnait à ces chefs le nom de consuls ; dans les provinces situées au nord de la Loire, et principalement habitées par la race franke, on leur donnait le nom de skepen (juge) ; c’est de ce mot latinisé (scabinus) qu’on a fait le mot échevin, qui désigna le magistrat municipal jusqu’à la révolution de 1789.

C’est principalement sous le règne de Louis le Gros, dit un savant historien, que les communes commencèrent à lutter pour se soustraire au régne féodal et reconquérir les

1 M. L. Barbat, ouvr. cité, 1. 1, p. 285-288.

* Voir Receveur, t. V. p. 316-317.

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