CHAPITRE V
Guillaume de Champeaux à Rome. — Concile de I.atran : quelques débals ; le pape Pascal II se juslilie de nouveau du soupçon d'héréaie. — Retour de Guillaume de Champeaux à Chiions. — Travail de réformalion. — Guillaume de Champeaux au concile de Roauvais. — Une canonisation en 1120. — Les privilèges et le droit commun. — Couvents et paroisses.— Bonté et générosité de Guillaume de Champeaux. — Sa mort à Chiions. — Sa sépulture à Unirvaux.
Guillaume de Champeaux n’élait pas seulement préoccupé des grands intérêts de l'Église et de sa paeilication avec l’État, il était encore plein de sollicitude pour tout ce qui touchait au bien de son diocèse et de sa prov ince, et malgré les soins qu’il donnait à la philosophie et à la théologie, il savait aussi entrer dans les détails les plus minutieux qui relevaient de son administration. Nous ne tairons aucun de ceux que nous avons pu recueillir, soit dans les histoires connues, soit dans les manuscrits inédits, parce que, pour les yeux qui savent voir, tous contiennent sous la simplicité de leurs dehors des vérités précieuses.
Vers la fin de l'année 1115 il se rendit à Rome, probablement pour connaître la pensée de Pascal II, dans celte grande question des investitures qui occupait si vivement les esprits en France. Il assista au concile que le pape ouvrit
le C mars 1116, à l’église de Latran. Dans ce concile, qui est qualifié d’universel, il se produisit plusieurs incidcnls qui nous montrent quel était l’esprit d’alors. A la troisième séance, l’évêque de Lucquesse plaignit de ce que les Pisans avaient usurpé des terres de son Église; l'évêque de Fisc, à son tour, défendit ses diocésains; ce qui produisit une longue contestation. Alors un évêque se leva du milieu de rassemblée et dit : notre S. P. le pape doit se souvenir pourquoi ce concile si nombreux a été réuni avec tant de périls par terre et par mer, et considérer qu’au lieu des affaires ecclésiastiques on y en traite de séculières. Il faut avant tout expédier le principal sujet qui nous assemble, afin que nous sachions quel est le sentiment du pape et ce que nous devons à notre retour enseigner dans nos églises.
Alors le pape, faisant allusion à celte concession des investitures qu’il avait faite à l’Empereur , et qui l’avait mis dans la nécessité de se justifier lui-même, devant les pères du précédent concile de Latran en 1112, du soupçon d’hérésie que plusieurs évêques faisaient peser sur lui, parla en ces termes : Après que le Seigneur eut fait de moi ce qu’il voulut et m’eut livré avec le peuple romain entre les mains du roi, je voyais commettre tous les jours des pillages, des incendies, des meurtres et des adultères. C’est pour délivrer de ces maux l’Église et le peuple de Dieu que j’ai fait ce (jue j'ai fait. Je l’ai fait comme homme, parce que je ne suis que poudre et cendre. J’avoue que j’ai failli ; mais je vous prie tous de demandera Dieu qu’il me le pardonne. Quant à ce maudit écrit qui a été fait dans le camp, je le condamne sous un anathème perpétuel, afin que la mémoire en soit à jamais odieuse et je vous prie d’agir de même. Aussitôt tous s’écrièrent: Ainsi soit-il.
Brunon, évêque de Segni, dit ensuite : Rendons grâce à
Dieu tlo ce que nous avons entendu le pape condamner de sa propre bouche ce privilège qu’il avait accordé et qui contient une hérésie. — Si ce privilège contient une hérésie, ajouta quelqu’un, celui qui l’a accordé est hérétique. — Qu’appelez-vous hérésie? s’écria avec chaleur Jean, évêque de Yulturne. — Oui, hérésie, répondit avec insistance l'évêque de Segni. — Apprenez, répliqua Jean, que l’hérésie suppose une volonté libre de la part de celui qui en est l’auteur, et que le privilège accordé par le pape n’esl dû qu’à la force et à la contrainte. L’écrit qu’il a failn’est donc pas une hérésie, il n’est que mauvais. — A quoi un autre ajouta: On ne doit pas même l’appeler mauvais, puisqu’il a été fait pour un bien, la délivrance du peuple de Dieu.
— C’est le pape lui-même qui lit terminer la discussion. Il se déclara innocent de l’hérésie, car, dit-il, l’Église de Rome n’en avait jamais été entachée1.
De retour à Chàlons, Guillaume de Champeaux s’occupa activement de l’administration de son diocèse. Il travailla, comme nous l’avons vu, à la réforme de la vie religieuse, à l’instruction et à la sanctification de son clergé, et par là au développement de la vie chrétienne dans son peuple. En 1118, il donna l’autel de Courtizou à Odon, abbé de Saint-Remi de Reims, et fonda avec saint Bernard l’abbaye de Trois-Fontaines. En 1119, outre ses grands travaux dans les affaires de Strasbourg, de Mouson et du concile de Reims, il termina, sur la demande que depuis plusieurs années Yves de Chartres lui avait faite lui-même efi le prenant pour arbitre, la pacification des chanoines de Saint- Jean de Chartres et des moines de Maymonslier *.
* Ap. Lnbb., Cotte il., t. X, p. 80(3. — Dictioun. des conciles, art. Lalran.
— Fleury, Hist., I. LXVI, n. 5, 42 et 37.
s « Subscripsit concordiæ inilæ inter canonicos sancli Joannis Carnotensis
PETITS DÉTAILS ET GRANDS l'IUNC PES. 4T!»
En 1 120, il assista au concile que le légat Conon, à son relour d'Allemagne, tint à Beauvais, du 18 jusqu’au 29 octobre. C’est dans les actes de ce concile que Lisiard, évoque de Soissons, le surnomma la Colonne des docteurs. On s’y occupa principalement de la canonisation de saint Arnoul. Ce saint, au moment oùla gloire qu’il s’était acquise dans les armes, jointe à l’éclat de sa naissance, semblait lui promettre la plus brillante fortune, avait embrassé la vie religieuse, au monastère du Wuttembourg dans le diocèse de Tournai, et y avait vécu dans une ferveur extraordinaire. Chargé du gouvernement de son monastère, il l’avait dirigé vers la perfection plus encore par ses exemples que par scs instructions. Mais refusant d’autoriser la coutume qu’avaient la plupart des abbés d’aller à l'armée avec leurs vassaux, quand le roi le leur ordonnait, il avait quitté sa dignité et prolité de l’humilité de sa retraite, pour s’abandonner à son amour de la pénitence. Peu après, devenu évêque de Soissons, il s’était montré le modèle des pasteurs, comme auparavant il s’él ait montré le modèle des religieux. Mais bientôt, succombant à la douleurque lui causait la vue des maux de l’Église, affligé surtout de sentirle zèleet lccourage des autres évêques s’affaiblir de plus en plus, il était retourné dans sa retraite, où la mort l’avait frappé, étendu sur la cendre et couvert d’un cilicc.
Des prodiges honorèrent son tombeau. Lisiard, évêque de Soissons, frappé de ce que publiait la renommée, alla constater les guérisons miraculeuses, en fit écrire le récit authentique, et demanda que les ossements du serviteur de Dieu fussent tirés du sein de la terre et exposés à la vénération du peuple chrétien. Mais Lambert, évêque du lieu,
fil nionaclios Majoris monaslcrii. » Cf. Yvon. Carnot., Epis!.* 208. — Quelques auteurs donnent à cetle pacification la date de 1117,
qui avait à ce sujet l’esprit flottant, n’osait prendre cette détermination sans l’approbation du légat et l’on profita du concile de Beauvais pour faire décider solennellement celle affaire. Il s’y trouvait douze évêques : celui de Chàlons, Guillaume de Champeaux, Geoffroy de Chartres, Henri d’Orléans, Gilbert de Paris, Pierre de Beauvais, Enguerrand d’Amiens, Robert d’Arras, Jean de Thérouanc, Lambert de Tournai, Bouchard de Cambrai, Barthélemy de Laon, Lisiard de Soissons. Les archevêques de Reims et de Tours y assistaient également ; celui de Sens avait dû s’en abstenir pour cause de maladie. Arnoul, abbé du monastère de Wuttembourg , était aussi présent, et tenait entre ses mains le livre qui contenait le récit de la vie et des miracles du saint. L’évêque de Soissons le prit et le présenta ouvert aux évêques, en disant : Seigneurs, voilà le livre que j’ai fait écrire de sa vie; je rends témoignage de la vérité de ce qui y est raconté. Quant aux miracles, j’ai ici et ailleurs des témoins dignes de foi. Je vous prie d’examiner ce livre soigneusement, afin de savoir à quoi nous en tenir. Pour moi, je certifie que si les restes de ce saint évêque appartenaient à mon diocèse, il y a longtemps qu’ils ne seraient plus en terre.
Alors Guillaume de Champeaux prit le livre; et l’ayant parcouru, il dit à l’évêque de Tournai : Que demandezvous de plus? Le témoignage de l’évêque de Soissons et de l’abbé de Wuttembourg ne vous suffi t-il pas? L’évêque de Chartres insista à son tour dans un style qui nous révèle comment s’exerçait alors le droit de canonisation : En vérité, dit-il, je vous déclare que si le Seigneur avait fait un de ces miracles pour un de mes prédécesseurs, je ne consulterais ni pape, ni légat, ni archevêque. Quelques autres docteurs prirent aussi le livre, en parcoururent quelques
chapitres, et proclamèrent immédiatement que celui-là ne serait pas de Dieu qui s’opposeraitàla vénération de ce saint. Guillaume de Champeaux insista de nouveau : Vraiment, s’écria-t-il, c’est une honte à nous de douter d’une chose si évidente. Alors l'évêque de Tournai le pria de plaider cette cause devant le légat et les archevêques de Reims et de Tours. Guillaume de Champeaux le fit avec éloquence et en peu de mots; après quoi, le légat et les deux archevêques répondirent ensemble : Nous recevons votre jugement et nous confirmons votre décret. — Telle fut la manière curieuse dont fut canonisé saint Àrnoul l.
Guillaume de Champeaux aimait le droit commun, mais non les privilèges. Aussi profita-t-il de ce concile pour faire restreindre les privilèges des chanoines de Cheminon; et c'est à ce prix qu’il leur rendit ses bonnes grâces*. Le pape Calixte confirma cette paix par une bulle adressée à l'abbé et aux frères de ce monastère s. Richard, évêque d’Albane, leur avait accordé des immunités trop excessives, et le pape y mit des bornes.
De retour à Chàlons, il travailla à une nouvelle pacification. A Vertus, les chanoines réguliers de Saint-Martin, dits depuis de Notre-Dame, étaient en désaccord avec les bénédictins du monastère de Saint-Sauveur, à l’occasion du droit de dîme. Il les réconcilia les uns et les autres, en obligeant ceux-ci à payer aux chanoines de Saint-Martin un muid de vin pour les vignes et une quantité proportionnelle pour les terres labourables. Il permit aux habitants de Vertus et des environs de choisir leur sépulture chez les moines de Saint-Sauveur, à la condition toutefois que
1 Cf. Vita S. Arnulfl. — Fleury, Ilisl , 1. LXYII. n. 18.
* Voir Hist. Ms. de dom J. François, liv. III, p. 229.
s Gallia Christ., t. X, p. 1G2.
les corps seraient portés auparavant à l’église de la paroisse, et qu’il y serait fait quelque aumône et donation *. C’est ainsi que les autres détails, en apparence insignifiants, de son administration, nous révèlent son bon sens, sa vertu modérée, sa sagesse pratique, et que nous le voyons partout se maintenir dans un juste milieu, en subordonnant ce qui n’est que secondaire à ce qui est essentiel : car, si d’une part il favorisait la vie religieuse, d’autre part il ne voulait pas qu’elle nuisît à la vie paroissiale.
La dernière charte que nous ayons de lui est datée de 1121 et confirmée par le légat Conon dcPréneste, qui habitait alors à l’évêché de Châlons*. Guillaume de Champeaux y donne des preuves de son esprit d’ordre dans l’administration des biens de sa cathédrale, de sa générosité envers ses chanoines, surtout de sa bonté pour les pécheurs, et de sa charité pour les pauvres et les malades. — Ses prédécesseurs sur le siège de Châlons ne s’étaient pas fait scrupule de toucher au trésor de la cathédrale, d’en tirer les ornements et les vases sacrés, de les mettre
1 Cf. llist. Ms. de Pierre Garnier. — llist. Ms. de Vertus , par St. Culotcaux. — Du reste, la charte de Guillaume de Champeaux nous a été conservée. On y lit entre autres choses : « ...De decimis inter ipsos sie defmivimus, ut ex omnibus vineis quas monnchi infra parochiam illam haherent, sou hdhituri sunt, ecclcsiæ Sancti Martini singulis annis unum tantum modium vini persolvant, et de omni annonæ cujuscumque generis quam inlra linos parochiæ monachi propriis laboribus sive medialionibus collcgerunl, secundum juslam consuetudinem canonicis decimam reddant... Et, licct noverimus omnes ecclcsiæ Sancti Martini parochinnos in tota connu vita canonicis ex jure parochiali esse subjeclos, pro conscrvando tamen inter monachos et canouicos fraternæ pacis vinculo, communi eorum voluntate de militibus cl uxoribus eorum id observandum stutuimus: Ut cuin ad extrernn pervenerint, liceat eis, uhi elegerint apud canouicos seu monaehos sepulturæ locum accipere, bac videlicet ratione, ut prius convenienlem ecclesiæ parochiali eleemosynam relinquant, et ante lioram sepeliendi, ad ccclosiani beati Martini dehito honore corpora deportentur, » etc. Voir Migne, Palrol. curs., t. CL XIII, col. 1039-1043. — Annales ecclésiastiques du diocèse de Châlons, par Ch. Rapine, gardien des Récollets de Paris; Paris, 1030, p 200.
* llist. Ms. de dom J. François, liv. III, p. 230.
en gage, de les vendre et de les donner. Guillaume de Champeaux condamne cette liberté au nom des dommages qui en étaient résultés. — Il concède neuf autels à ses chanoines de Saint-Étienne, ne réservant pour lui que son droit épiscopal *. — Il statue qu’au décès de chaque chanoine, l’hôpital adjacent au cloître de la cathédrale, jouira, en faveur des pauvres, de toute la prébende du chanoine défunt, depuis sa mort jusqu’à celui de son aniversaire inclusivement*. — Il statue également que tout criminel qui se réfugiera entre les murs dudit hôpital, y sera libre cQftime dans une église et devra n’y être inquiété par personne \
Cependant Guillaume de Champeaux, usé par sa pensée et par son zèle, était sur le point de s’éteindre. La plupart des historiens placent sa mort vers la fin de janvier de cette même année*, avant la tenue de ce concile de Soissons où
1 « Necessilatibus lilioruni nostrorum canonicorum Beali Slephani volontés aliquod de nostræ largitionis munere solatium cxhibcre, altaria quædain do Maccriis, de S. Verano, de S. Maria minori, de Mansionibus et de Loiseïo, de Colreïo, etc salvo in omnibus jure episcopali, concessimus. ® Charte de 1121, tirée de la layette des autels, aux Archives de Cliâlons.
- a Statuimus... ut quoties aliquis canonicorum mollis inevitabilis ncccssitalc seu cujuslibet allerius mutationis eventu a fraterna societate decesserit, a die cgrcssionis ejus usque ad anniversariæ dici teriuinum revolutum, liospitalis domus adjaccns claustro, prcbcmlæ illius rcdditus in pauperum usus ex integro recipiat. » Ibidem.
3 « ... Ad quam sine domum bospitalem quicumquc cujuslibet criminis reus seu vinctus fugcrit in ca sicul in ccclcsia libéra ncminc impcdiatur. » Ibidem.
4 Les uns, d'après les manuscrits de l’église de Cliâlons et le nécrologe d« couvent de Molesmes, fixent celte mort au 15 des calendes de février, c'està-dire au 18 janvier. Les autres, d’après le nécrologe de Saint- Victor de I'aris, la fixent au 8 des calendes de février, c’est-à-dire au 25 janvier. Cf. Gall. Christ., I. IX, col. 878. — La première opinion est suivie par l’auteur du cérémonial de Cliâlons, le 1\ Rapine [otivr. cité, p. 2G5), Simeon de Durham, Robert de Hoveden [Annalium, part. 1*, ad ami. 1121), M. llugonin, etc.; la seconde, par Pierre Garnier et quelques autre. — Quelques historiens la placent au même mois, mais en 1122. Celte opinion ne les en-
Abélard fut condamné à cause de son enseignement sur la Trinité, à l’instigation de deux professeurs de Reims, Albéric et Lotulfe. L’incertitude qui plane sur la date de sa mort, plane plus encore sur le lieu et les détails dans lesquels elle se produisit. Tous, il est vrai, assurent qu’il fut enseveli à Clairvaux dans une chapelle qu’il avait fait lui-même élever à ses frais Mais les uns racontent qu’il mourut à Châlons, et fut de là transporté à §a chapelle de Clairvaux*: les autres, qu’il mourut à Clairvaux même*. Ceux-là prétendent qu’il abdiqua l’épiscopat deux ans avant sa mort et se relira à l’abbaye de Clairvaux4, voire même
traîne nullement à admettre que Guillaume de Champeaux soit mort après le concile de Soissons : car on ignore si ce concile s’est tenu en 1121 ou 1122. Voir Y Art de vérifier les dates ; üictionn. des conciles, art. Soissons. — Dom J. François essaye de concilier les uns et les autres [ouvr. ms. cité, p. 230). De môme qu’en certains endroits l’annnée commençait le jour de Noël et qu’on a pu mettre en 1150 et en 1157 la mort de Pierre le Vénérable, qui eut lieu le jour de Noël (voir Duparay, ouvr. cité, p. 123); de même, en d’autres endroits, l’année commençait à Pâques : en sorte que, selon lui, Guillaume de Champeaux serait mort en 1122 selon notre manière de compter, et en 1121 selon la chronologie du moyen âge. — Quant à l’opinion de M. Barkat, qui place celte mort le 17 juillet 1122, nous ignorons complètement sur quel fondement die repose.
‘ a Sepultus est apud Claram Vallem in sacello quod suis ipse expensis extruxerat. » Gall. Christ., loc. cit.
s « Ce bon tvèquc, dès son vivant, avait fait bâtir une belle chapelle à Clairvaux, où il choisit sa sépulture. Il mourut l’an 1121, le huitième «les calendes de février. On conduisit son corps en celte abbaye, où il fut inhumé. # Ms. de Pierre Garnier.
s Une troisième opinion, dont nous ne pouvons expliquer la possibilité que par une confusion de noms, prétend qu’il est moità Cîteaux. C’est l’opinion de M. Ubaghs, Du Problème ontologique des universaux, p. 26.
4 Telle est l’opinion de l'abbé Rupert, de Tuy, dans son Traité de la vie apostolique (cf. apud Harten., t. IX, p. 102')); d’Hélvot, dans son Histoire des ordres monastiques, t. II, p. 153. — Celle opinion est évidemment une erreur : car Ebale, le successeur de Guillaume de Champeaux, n’a été élu qu’en 1121; or, il est manifeste qu’on n’eût pas laissé vacante l’église de Châlons de 1110 à 1121. — Il est probable que plusieurs partisans de cette opinion ont confondu Guillaume de Champeaux avec Guillaume de Saint- Thierry, de Reims. Celui-ci était aussi un ami de saint Bernard, comme Guillaume de Champeaux; il fit un traité sur l’Eucharistie, puis se retira,
de Cîteaux, selon M. Rousselot ceux-ci, qu’il se contenta, huit jours avant sa mort, de revêtir l’habit monastique*. Toutes ces opinions diverses ont évidemment quelque chose de fondé; et s'il nous étaitpermis de les modifier entre elles par un sage éclectisme, nous inclinerions à croire que Guillaume de Champeaux, cet homme qui à Paris avait tout quitté pour embrasser la vie religieuse et qui probablement ne voulait pas mourir sans donner un dernier signe d’amitié à ses frères de Saint-Victor, s’était fait revêtir de son ancien habit monastique, aussitôt qu’il avait senti la mort s’approcher de lui d'une manière définitive. Puis, ne voulant pas se montrer cruel envers cette autre abbaye, où si souvent il avait visité saint Bernard, où il avait connu avec lui les joies de celte extase qu’on appelle l’amitié, et où, du reste, son cœur s’était attaché jusqu’à s’y construire un tombeau, il avait résolu de s’y faire transporter après sa mort, alors qu’il était devenu inutile à son peuple de Châlons, ce peuple qu’il avait tant aimé et dont il n’avait accepté d’être l’évêque et le chef que pour mieux être son serviteur.
simple religieux, à l'abbaye de Signi, fille de Clairvaux, fondée en 1134 dans le diocèse de Reims, et y mourut en 1150.
1 M. Rousselot, ouvr. cité, t. 1, p. 252.
3 « Vulgaris opinio est eum in extremis îuonasticum liabituni suscepisse ; quod Manricus incertum putat. » Gall. Christ., loc. cil. — Robert de Hoveden, Annal., lr* part., ad ann. 1121. — Cf. Manric., Annal. Cisterc,. p. 102-103.