‹ Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au XIIe siècle, d'apres des documents inéditsChapitre 8 sur 62 · DÉBRIS DD SYSTÈME PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

DÉBRIS DD SYSTÈME PHILOSOPHIQUE

Fragments inédits découverts par M. F. Ravaisson. D’après ces Fragments , Guillaume de Champeaux s’occupa surtout de la psychologie ; il considéra l’âme soit dans son origine, soit dans sa nature, soit dans ses rapports avec le corps. Voyons quelle fut sa manière de penser sur ces diverses questions, si brûlantes même de nos jours.

C’est surtout dans les premiers siècles du christianisme qu’on se préoccupa de la question de l’origine de l’âme. Il y avait, en Occident, des disciples de Tertullien et d’Apollinaire qui, appuyés sur l’idée de la vie par le sang, enseignaient le traducianisme matériel, et, à côté d’eux, une seconde école qui, rejetant ce traducianisme matériel, n’admettait qu’un traducianisme spirituel, lequel fut plus tard désigné sous le nom de génératianisme et consistait en ce que l’âme du fils, loin de lui être transmise par le sang élaboré du père, était engendrée de l ame même des parents l. En Orient, au contraire, dominaient les sectateurs d’Origène qui soutenaient la création des âmes, mais aussi leur préexistence et leur déchéance personnelle avant leur incorporation. — Le traducianisme de Tertullien et de ses disciples avait le double avantage de donner de la transmission du péché originel une explication suffisamment spécieuse pour frapper certains esprits et de ne pas

1 S. Hieronymi Epist. ad Marcellinum et Anapsychiam : t Maxima pars occidentalium autumant ut quomodo corpus ex corpore, sic anima nascatur ex anima. » — Cf. S. Aujtust. ad Optatum, Epist ■ 190, c. vi, n* 20. — Billuart, Sum. theolog., t. III, p. 600.

compromettre la sainteté de Dieu en cette affaire ; mais, en revanche, elle compromettait singulièrement la spiritualité de l’âme : car, si un être d’une espece ne peut produire qu’un être de cette même espèce, comment l’âme du fils peut-elle être d’une espèce immatérielle, si elle dérive d’un germe spécifiquement matériel * ? — Le génératianisme, sans être hétérodoxe *, était loin de satisfaire les esprits3. Car, si d’une part il facilitait l’intelligence de la transmission du péché originel, d’autre part, comment comprendre la génération d'une âme par une âme? Assurément l’âme du fils est une substance aussi bien que l’àmc du père ; or, si l’âme du fils dérive de l’âme du père , comment l’amc du père est-elle une substance simple? Dira-t-on que l’âme du père, tout en étant une substance simple, contient avec elle la substance de l’âme du fils? Mais alors, l’âme du fils existe donc déjà, et substantiellement? et si elle existe déjà substantiellement avec l’âme du père, elle n’est donc pas réellement engendrée par l’âme du père? — Quant à l’opinion des partisans d’Origène, d’abord elle avait le tort de ne reposer sur aucune preuve positive ; ensuite elle donnait à l’âme de l’homme

* « Uli qui animas ex una propagari asscrunt, quam Deus primo homini dédit, atquc ita cas ex pnrentibus trahi dicunt, si Tertulliani opinioncm scquuntnr, profccto eas non spirilus sed corpora esse contendunt, et eorpulentis seminibus cxnriri. Quo perversius quid dici potest? s S. August., ad Optaliun, Epist. l'JO, c. iv.

* Voir la dissertation du cardinal dcNoris (Vindicte Angustinianæ, c. iv, § 5), — l’article de Mgr Bcelen dans la Revue catholique de Louvain, septembre 1847, — M. Ubaglis, du Réalisme en théologie et en philosophie, p. 30 4-508 ; Louvain, 1856. Quant à la lettre de S. Em. le cardinal Patrizzi à S. Em. le cardinal archevêque de Malines louchant les ouvrages philosophiques de M. Ubaghs, publiée le 2 mars 1866, elle condamne, non pas le géné-1 ratianisme spirituel, mais le traducianisme matériel, et encore ne le condamne-t-elle pas comme entaché d’hérésie, mais seulement comme ne pouvant s’enseigner sms danger, t opiniones quæ absque periculo tradi non possunt.»

* a De traduce carnis non ambigitur, sed de anima; ambigitur. » S. Augusta ad Marcelltnum, Epist. 143.

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