DÉBRIS DU SYSTÈME PIIILOSOPIIIOUE
une existence qui répugne à l'essence de riiomme luiméme; de plus, elle attaquait le sens intime en faisant l’àine responsable d’une existence dont nous n'avons nulle conscience. — De là, une quatrième opinion se formula, enseignant la création de l’àme par Dieu , sinon dès le moment de la conception, du moins pendant le temps de la formation. Mais alors, comment justifier Dieu dans le cas de l’adultère? Si c’est Dieu lui -même qui crée l’ànie, étant posé l’acte générateur, il coopère donc à cet acte, même lorsque cet acte est adultère? Et encore, si c'est Dieu qui crée l’ame, comment le péché originel, qui est dans l'àme, peut-il venir d'Adam à ses descendants? Ne vient-il pas plutôt de Dieu, créateur de l'aine? Ce sont ces diflicultés qui ont tant tourmenté saint Augustin ‘ et après lui tous les docteurs du moyen âge. De nos jours même, elles ont été agitées de nouveau par un puissant esprit, mais dans un sens certainement plus difficile et plu^ inextricable que les difficultés auxquelles il voulait échapper *. ■)
A l'époque de Guillaume do Champeaux, l’opinion de Tertullien et celle d'Origène avaient complètement disparu du monde scientifique. Toute la lutte se livrait donc entre le traducianisme spirituel et le créatianisme. Guillaume de Champeaux mentionne le traducianisme spirituel comme
* S. EpUt. C4XC, Optato (it8), c. i : c De anims origine antequani
aiiquiil ailmoneani t^inccritatcm tuain, ^cire te volo tn Uni ntuUis upusculis meU numquain me fuisse aiiMim tic liac quæstiuno tiefinitam proferre sejite^itiam, et impiidentcr reierre in lillcraa ad altos inrorinando.<t, qiittil apud me non fuciii cxpUcaluni. » Cf. eiiani De Anima et eju» origine; De Utero arfntrio, 1. III, c. xx et sq.; EpiKt.CI.WI, Uieronymo; Con/miwii/m, 1. 1, c. vu. — Ueausfilire, Hmtnire critique de Manicht'e et du maniefu^isme, Anisterdiim, 17r»4;‘2 vol.in-1. — Dont Comment, sur tes Confessions, l.ll,
p. 72.— ^. Nourrisson, ta Phitosophie de saint Augustin, ouvrage couronné par rintlilul de Krance, I. I, c. 11, 1. 1, p HH)-‘220 ; l'arin. 18(15.
Jean Hcynautl. Terre et ciel, 1854; 5» partie : te Premier homme.
DE GUILLAUME DE CHAMPEAUX
une opinion admise par queU[Ucs-uns, mais n’entrc dans aucun détail de réfutation, comme si cette opinion se réfutait d’elic-même'. C’est donc pour le créatianismc successif (ju’il se prononça, malgré les hésitations d’Anselme de Cantorbéry’ et les réfutations d’Odon de Cambrai*. Comprenant que toute la difticulté, dans cette dernière opinion, était de sauver la sainteté de Dieu et d'expliquer suffisamment le péciié originel, il dirigea à plusieurs reprises tous scs efforts de ce coté. Son manuscrit des Sentences et ses Fragments inédits nous en donnent maintes fois la preuve. Qu'il nous suffise de citer cet extrait de l'Origine de l’âme: a La loi que Dieu a établie dès le principe pour gouverner la création successive dos hommes, c’est qu’elle se ferait, quant au corps, par un réservoir séminal, et quant à l’àme, par l’infusion de Dieu ; en sorte que, si l’homme persévérait dans l’obéissance, la semence génératrice qui procéderait de lui serait sainte et pure comme lui-même. Mais le premier homme, s’étant corrompu par la désobéissance, a dû subir la peine d’engen-
^ f Quidnm impeliuntur ut dicnnt aniinam quoqu<* ut corpus^ ex traduce desccoderc : et sic a culpa immunis est creator, quia anima quoque a corrupta anima {xalris, ut corpus a corpore. descendit, a De Origine ammir, n* 2.
^ Eadraer, disciple et bioj^raphe de saint Anselme, nous rapporte cetto réponse qu'il ût à un de ses frères trois jours avant de mourir : < Si (Deus) mallel meadhuc inter vos sallem (nmdiu manere. doncc qusestioiiem quam de aninue origine mcnlc revolvo absolvere posscm, jrraliosus acct{)crciii, eo quod nescio utrum aliquis cam me defuncto sit nbsolulurus. a (Eadmcr, de Vita S. Anulmi, lib. H, c. vn, n* 72}< — D’où le cartlinal de Noris conclut que le créaltanismc n’était pas certain |»our S. Anselme. Cf. Vind. Augu$t.
^ <t Si solum corpus ab Adam liabeo, animam vero non ab Adam, sed a solo Deo, cum pcccatuni in anima tantum sit et non in corpore, qiiomodo dicor in Adam petMUissc ? Peccavit .Adam, et pcccatuni in anima sola fuit et non in corpore ; animam autem meam in qua peccatiim est ab ipso non habeo, quomodo dicor pcccassc in ipso ? Quando pcccavit et corpus meum tune in ipso erat, reclc diccrer in ipso pcccassc, si peccalum cssel in cor* pore; mine autem cum in anima sola pcccatiim sit, quomodo dicor pcccassc, quando peccaTÎt, si in ipso pcniUis anima mca non fuit ? b B. Odunis Caincrac. episc. de Peccaio originalit 1. II^ g i
no DÉBRIS DU SYSTÈME PIIILOSONIIQIE
drer avec concupiscenec : c’est pourquoi la substance par laquelle il engendre est corrompue à son tour. Or, de cc que l’homme a mal dispense ce qui lui appartenait pour la génération , résulte-t-il que Dieu, être immuable, ait dû changer son plan et renoncer à unir de nouvelles âmes à la substance séminale, en quelque état qu’elle procédât des parents? Nullement. Dieu ignore l'inconstance ; il fait donc ce qu'il avait résolu dès l’éternité ; il unit de nouvelles âmes à des corps souillés, et cela sans cruauté, mais suivant une juste providence ; en sorte que l'âme n’a rien qui lui permette do se plaindre de Uieu. Il l'a faite pour l’unir au corps qu’elle doit animer : que si elle trouve un vase corrompu, elle-même en est corrompue à son tour, et elle a besoin d’etre puriliée. Si donc l'êmc peut accuser justement quelqu’un du mal (ju’elle souffre, ce sont nos premiers parents, qui par leur péché ont introduit la mort dans le monde: car, comme je l’ai dit, Dieu n’était pas tenu de changer son plan d’animation à cause de la sottise de l’homme*. »
* « liac ergo Icgc créai us c»l homo, ut liomittibus per succeisionem creandU seminarium luberel quantum ad corpus, Dciis autom infuiidcrct novas animas. Si ergo homo in obedicnlm pcrscTcraret, aient ipse saiirtus cl miindus cssel, ita et seminarium prolis quod ab co procedcrel. Sctl quia ipse primus per inobedientiam conniptus est, pœnam suscepit, ut in conçupisrenlia goiicrarct. Que ergo paiticnla ad vim gcneratioiiis procedit. ipsa quoque corrupU est. Sed si boiiio quod ad eum pertinebat de gencralionc male dispensavit^ debuilne Doua incomiimlabilis idcirco consilium suani mulare iil novas aiiiinas non infunderct semini, qualccunqiie ex pareutibus proccdcrct? Non est pciies quem sit inconstantin. Facit ilaquc Dens quod ab ætcrnn prupo.'^iierat : novas animas iinmundis corporibus iiiiimdil, non ulciis crudelilale, sed providentiani implens : ncc anima habet quid
queratur de Deo. Idcirco ctim l'ocit ul animando corpori caiii inriiiidcrct : quod si corruptuiii vas invenil, ipsa quoque inde comimpitur, idcirco nccesso est ut purgelur. Nec hnbet anima i|ucm possil juste accusai c de malo quod patilur, nisi priores parentes quorum peccato mors intravit in mundum, quia, ul dictum est, non debuil Deus propler stulliliam hoininis routnro consilium animandorum bominum. a De origine auimx, n'* o.
DE ClILLAUSIE DE CHAMPEAUX. lit
Aussi, à partir de Guillaume de Cliampeau.x, le créatianisme successif fut-il non plus seulement la doctrine commune, mais la doctrine universelle des écoles. Saint Thomas lui consacra dans sa Somme sept articles en deux questions', et désormais la dilTiculté passa pour être résolue, sinon avec évidence, du moins avec certitude, dans cette sentence que M. Ubaghs en ces derniers temps a remise en suspicion « Dieu crée les Ames quotidiennement et les infuse dans les corps, au sein des mères, lorsque les corps sont prêts à l’animation. » Quand les corps ont-ils cette préparation requise? Saint Anselme .de Cantorbéry, en 1099, avait ainsi répondu à cette question : « Que l’enfant ait une âme raisonnable immédiatement après la conception, cela est contraire à tout sentiment humain. Car de là il suivrait que, chaque fois que le germe humain périt, même dès l’instant de la conception, avant d’étre parvenu à la forme humaine, une âme humaine serait damnée en lui, puisqu’elle n'aurait pas été réconciliée par le Christ ; ce qui est par trop absurde » l’eu ému de cette solution qui avait élérécrite en Trance ‘ et qu’il ne pouvait conséquemment ignorer, Guillaume de Champeaux se souvint dcGrégoirede Mazianze « qui, disait-il, était un homme sage, » et qui cependant enseignait la présence de l’àniedès la conjonction des deux substances génératrices, disant qu’alors l'Ame n’exerce pas scs puissances, de même que, lorsque l’enfant est né, il ne discerne ni ne juge immédiatement, ce ({u’d fait plus tard à l'Age adulte". Cl, fort de cette autorité,
' Summ. theol , I, q.q. ic ot civm.
’ M lilKigh.i, du Henlisme en Ihéalome et en philosophie, Louvain, 1856.
- S. Aiisi’Im. liber de concepla lirginali et originali peccato, c. vu; traducliuti de M. Lbagbs, ouvr. cité, p. 117-110.
*• Saint AiiH'Inie, eu eOct, composa son livre de Conceptu, etc., pendant son séjour à Lyon .
* De Origine animx, ’i.
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il se permit de combattre le sentiment des docteurs de ITfjlise {quamvis nec hoc doctores Ecclesiæ consenliant), rejeta le délai de soixante-six jours et même de six mois que l’arbitraire des anciens physiologistes avait établi -et que les docteurs du onzième siècle avaient conservé, adopta l’animation immédiate et Tut ainsi le seul anneau, peutêtre, qui relia, en cette question, le siècle de saint Grégoire de Nazianze au siècle deStahl*.
Si l’opinion de Guillaume de Champeaux sur l'origine de l'âme peut s’appeler du nom de créatianime successif, son o|)inion sur la nature de l’âme ne saurait mieux s'exprimer que par celui de slmplicisme. Dans un temps où la passion de connaître poussait les esprits à tout distinguer et à Faire de la psychologie comme une anatomie et une dissection de l’âme, il y avait le péril de la multiplication exagérée des entités, jiéril si réel que le treizième siècle, si grand qu’il fût, y succomba presque tout entier. De nos jours on s’est moqué spirituellement de toutes ces entités scolastiques : « 11 y a vingt-ans, dit M. Doursier, en parlant de la relation comme entité réellement distincte de l’entité de son sujet, il y a vingt ans que personne au monde n’avait un front, des yeux, une physionomie semblables à la mienne : depuis ce temps-là il est né au Pérou un
' DeOrigme anim. Potcslrliain ruRCnovatnanimain Dcusinfumlere, nec hoc doctores Eccicsiic consenliant. sed vcl scsagesimo scilo die post conceptum, Tcl seito mensc novain asserant a Dco inlundi animani. s Cf. eliani
n* ô : a Üebuitne Dent consiiium suum muUre ut novaa animas non
inrunderet lemini? t etc.
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DE GGILLAUME DE CHAMI'EAIX.
homme qui me ressemble. Dira-l-on qu'une petite entité, nommée rapport de ressemblance, est partie du Pérou, a traversé les mers, est venue me choisir au milieu de tous les peuples de l’Europe pour se lixer sur mon visage'? Mais si l’on me répond qu’elle est restée au Pérou, et qu’il n’y a que mon confrère américain qui ait par devers lui cet être de ressemblance, j’aurai lieu de me plaindre de ce qu’on le fait plus riche que moi. Je ne suis pas moins semblable à lui qu’il l’est à moi. Je veux donc avoir part à cet être nouveau; et s’il liait un million d’hommes semblables à moi, j’aurai aussi l’avantage de me voir grossir à vue d’oeil parun million d’êtres qui viendront fondre sur moi'.» Et ce qu’on affirmait en ontologie sur la relation, on l’affirmait en psychologie sur les facultés et les opérations de l’âme. Sans doute l'âme était simple, mais d’une simplicité d’essence qui ne répugnait pas à une certaine composition de puissance.s I et d’actes. Tout en admettant (|ue l’âme vit d’une vie vraiment ad iiUra et que sans la puissance et l’opération cette vie, qui alors n’est qu’une vie in actii primo, n’est aussi qu’une vie illusoire, neanmoins on déclarait les opérations des entités réellement distinctes des puissances, et les puissances des entités réellement distinctes de l’essence. Telle fut la doctrine qui régna dans l’École jusqu’à l’apparition du cartésianisme et peut-être même jusqu'au kantisme*. Toutefois elle ne remonte pas jusqu'au fondateur de l’École. Guillaume de Champeaux, en effet, quoique naturellement porté vers elle par scs opinions réalistes, sut cependant, à force de perspicacité, résister à cette tendance et mettre dans l’âme la simplicité la plus com[dète, en déclarant n’être que de pures formalités d’une
* M. Bourrer, Aclmt de Dieu sur la créature.
^ billuart lui>méme, *\àf)s sot divers traites, enseigne celte doctrine*
DEuniS UU SYSTÈME PIIILOSOPIIIQI E
même essence les facultés qu'on devait plus tard traiter d’entités réellement distinctes de cette essence : « L’âme, dit-il, pense par elle-même sur ce qu’elle touche, flaire, goûte, entend. » Et identiflant l’opération intellectuelle avec la faculté qui opère, il ajoute : « Et ce jugement de Pâme, lorsqu’il porte sur des individus et sur des corps individuels, s’appelle la vue. Lorsqu'il considère ces individus d’une manièreuniverselle, comme par exemple l'homme en général, l’animal, le genre, le corps en général, la substance en général, alors ce jugement s’appelle la raison. Et lors qu’il porte sur Dieu et les essences invisibles, ce même jugement s’appelle l'iulellect. Tels sont les trois jugements dont l’âme se sert par elle-même'. » Guillaume enseigne donc le simpiicisnie le jilus complet, et les philosophes de l’.XIlemagne contemporaine ne l’ont pas surpassé sous ce rapport*.
* « Quæritiir an arirna, diim in corpore, prætcr corpori^ instrumenta per se sentiüt ? Hopondelur ; Poslquam anima per prædictos (vair57" Fragiwnt [inédit) sensus alM|iiiil Sentit, veluti per oculum vidit parielem. redit in se et co|*ilnt per sc ex quibus partibtis conslaret paries quem vidit. Item Iractnl per /te anima de eo quod tangit, olfocit, gustat, audit; quod judicium animæ duni Ül de individiiis et circa individua corpitra, visus appeUatur. Cum ipsa individun univei'salitcr considérât, ut quid sil Homo univcrsalis. iininial, ^leniis, universale corpus, universalis subslantia, Wttd judicium ratio appeUatur. Cuin voro de Deo et de invisibilibus essenliis traclnt, itlud judicium intellectiu appeUatur. Quibus tribus judiciis per se anima ulilur. » ÔK' Fragment [inédit].
* 11 serait donc diflicile d’accorder lîuillaume de Cbampcatix avec luimême, s’il exprimait sa propre doctrine et non-seulemcnt celle de saint Augustin, lorsqu’il dit dans son Fragment (IV Essentia et de gubxtaniia Dei et de tribus ejus personis)^ à propos de runité de substance entre le Père et le Fils : a l'onil S. Augustinus de anima et ratione simililudinem. sed ratio, licct {Mitcntia sit animæ, non tanien ejtisdero cum anima subslantiæ, sod ejus inseparnbiiis forma. Nam quod in prædictis ratio et anima una est anima, convciiienter est intelligcndum, ut potius ilia dicamus, simul et inseparabililcr inhercre et non cliam idem in substanlia esse. » Peut-être encore, en s’exprimant ainsi, Guillaume de Clianipeaux n’a-t-il voulu nier l'identité entre Tâme et scs facultés quant à la substance, que dans le sens où elle serait égale à ridentilé substantielle du Père et du FiU. Le contexte semble assez favoriser celle dernière explication.
DE GUILLAUME DE CHAMPEAUX
Eiilin, après avoir étudié l’origine et la nature de l’àine, il étudie quels sont ses rapports avec le corps et quelle iniluence elle exerce sur lui. Sans aucun doute il puisa dans les théories d'Aristote sur la vie, qui étaient toutes dans cette délinition de l'ànie : Itm èvTsXê/cix rj zpioT»;
otôjAiTs; çj'ixsü Ï(i)y;v iysvTî;'. w Toutefois, cette dé-
finition pouvait se traduire de deux manières, à savoir: « L'àme est l’entélécliie première d'un cor|)s naturel qui a la vie en puissance, » ou bien : « L'àme est rentéléchie première d’un roiys naturel qui a la vie pur sa puissance. » Et selon qu’on acceptait l'une ou l'autre de ces définitions, on entrait dans un système tout différent : la première conduisait à l’animisme, la seconde au vitalisme. Guillaume de Champeaux ne fut pas de l’opinion qui devait trouver un jour un asile aussi célèbre que runiversité de Montpellier*. La première traduction de la définition d’Aristote était, du reste, la seule qu'on se permît alors; et, sans entrer dans aucune discussion, Guillaume de Champeaux enseigna l’animisme et en donna des explications si formelles que saint Thomas iui-méme ne fit que les répéter. « Nous avons coutume, dit-il dans le trente-deuxième Fragment inédit, d’appeler sensualité, la force inférieure de l’âme, en tant que l'âme elle-même vivifie et sensifie le corps ; et raison, la force supérieure de l’âme, selon laquelle nous
' Arisl., de Anima. II, c. i, S VI.
* Cf. M. Lorilal, Réponse à des objections faites contre te principe de ta dnatité du di/namisme humain. Monlpellii'r, 185i. — M. Flomciis. lie ta rie et de l'intelligence, Paris, 1858; — etc., etc.
DÉBRIS nu SYSTÈME PHILOSOPHIQUE
sommes faits à l'image de Dieu*. » Il est plus explicite encore dans son opuscule sur l’Oi igine de l'dme ; « Le corps et l’âme, dit-il, sont l’un dans l’antre et enserrés de telle sorte, que le corps est sensifié par l’esprit, c’est-à-dire, tient de lui ses cinq sens, et i|uc l’àmc détermine la nature du corps au point de le sensifier, de le rendre capable de colère, de concupiscence, de faim, et autres appétits semblables*. »
Un mot du de Origine animæ nous révèle dans Guillaume de Champeaux un esprit vraiment éclectique. Libre de tout parti, il cbercbail la vérité partout et, après l'avoir trouvée, la disait sans s’inféoder à personne. C’est cette largeur et cette indépendance d’esprit qui nous le montrent d’accord tantôt avec Aristote contre Platon, coimne dans les débats sur le procédé logique, tantôt avec Plalon contre Aristote, comme dans la question de la j)crsonnaIité humaine. Guillaume de Champeaux, en effet, tout en plaçant l’intégrité de la personne humaine dans l’àme et dans le corps réunis, en place l’essence dans l’âme seule* et incline ainsi d’une manière évidente à la spiritualisation platonicienne de l’homme. Ce simple mot du de Origine animæ ; se et corpus cui junctus fuit, est à lui seul la plus belle apologie que l’homme puisse faire de lui-même, car d’une part il sauve son dualisme in-
* c Scnsualitatom tiolemus appcllarc inferiorom vim animæ secundum quod ip«n anima vivificat cl scnsifii-at curpus ; ralionem quidem dicimus sii}>crioreiii vini animæ secundum quam ad imaginem Dei facli sumus. » FragmentHnt df anima.
* De Origine anim^, n. 5* ; « Qua* duo (corpus scilicct cl anima) ita
quodammodo sunt insirta, ut et corpus per spirilum sensiricarcltir, id est iîloB quinque sensus haberel, et anima nnturam corporis ita contraberct, ut indc j^nsificarel et ir.isccrctur, vcl concupisceret, vel csuriret, et cætcra hujusniodi. »
^ « El sic SE ET CORPUS CUI JUHCTÜ8 FUIT beatificarct. » De Origine
animx, n* 5.
DE Gl ILLVUME DE aiAMPEAUX.
tégral en maintenant l’union de l'àme avec le corps, et d'autre part il place l'essence dans la substance spirituelle, et conséquemment dans les actes de l'esprit et de la volonté, quels que soient ceux de la matière et de l'instinct.