‹ Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au XIIe siècle, S'apreès des documents inéditsChapitre 16 sur 83 · I.E REALISME EN FACE DU NOMINALISME · texte numérisé non relu

I.E REALISME EN FACE DU NOMINALISME

époques ; niais dans la première même, où il se réduit en général au point île vue dialectique, on peut dire qu'il a eu aussi son progrès. Les écoles carlovingiennes l'exliument pour ainsi dire. On commence par répéter en bégayant les solutions équivoques qu’en avait laissées üoëce. lloscelin le soumet à une critique indépendante ; mais il est évident qu'il ne l’envisagea d’abord que sous le point de vue logique, puisqu’il arriva à une solution tonte grammaticale. Guillaume de Champeaux le considéra sous un point de vue plus relevé. Sa première opinion est déjà métaphysiipie'. » Tâchons donc d’atteindre vraiment ce point de perspective d’où les questions se mesurent avec exactitude. Tâchons de saisir les faces multiples de la pensée de Guillaume, de nous élever jusqu’à ces sommets ardus et nuageux que scs yeux ont entrevus, jusqu’à ces problèmes qui ne devaient éclore que dans l’avenir, mais dont il a cultivé le germe et préparé l’éclosion.

Si nous considérons les individus i|ui forment ensemble une espèce quelconque, nous remarquons que ces individus, tout en difl’érant entre eux, ont cependant un élément qui leur est commun à tous et qui caractérise l’espèce. Cet élément s’appelle rimirerseC L’universel est donc une unité relative à plusieurs autres, -à /.aO’ sXîj, umm versus aim'. L’universel peut s’envisager soit dans l’ordre grammatical, soit dans l’ordre logique, soit dans l’ordre ontologique, in prædicaiido, in intellujendo, in essendv. L’universel gram-

* U. Cousin, tyagmenU, Philosophie du tnoyen âge, AWlanl, p. 191-192

* Voir Buchet, Traité complet de philosophie, Paris, 1858, 1. 1, p.501«50i, sur les cinq univcrsmii qu'on Jisliiigunit aulrcroîs, conrormémenl aux cinq manières félon lesquelles une unité peut exister dans plusieurs choses, ou èUc comprise de plusieurs choses, ou être aUribuéci plusieurs choses. Troi» de CCS universAux étaient appelés essentiels, le genre, l’espèce, la dirtérence; et deux contingents, le propre cl l'accident.

ET DI" CONCEPTUALISaiE.

matical, c’est une unité propre à être attribuée verbalement à plusieurs choses d'une manière univoque et divisible, utiiim aptum prxdkari de mullis univoce et divisim : l’universel lojjique, c'est une unité propre à être conçue de plusieurs choses d'une manière univoque et divisible, unum aptum concipi de multis univoce et divisim: l'universel ontologique, c'est une unité propre à être essentiellement présente dans plusieurs cliosesd'une manière univoque et divisible, unum aptum inesse multis univoce et divisim. Or, l’universel n’est-il ontologique, c’est-à-Jire réel, qu’en tant qu’il est grammatical, ou qu’en tant qu’il est logique, ou bien l'est-il encore an delà de l’ordre grammatical et de l'ordre logique? En d'autres termes, l'universel n'est-il réellement qu’un mot ? S’il est plus qu’un mot n'esl-il réellement qu'un concept ? S'il est plus qu’un mot, et qu’un concept, qu’esl-il et quelle est la mesure de sa réalité objective? Tel est le fameux problème des universaux.

A CCS questions trois réponses ont été faites.

Le nominalisme prétend que l’individuel seul existe, que l'’iiniversel n’est qu’un mot, flatus vocis, qui ne répond à rien de réel.

Le conceptualisme prétend que l’universel n’est pas un vain mot, que c’est un être de raison, un concept de notre esprit, une abstraction sans objet réel.

Le réalisme au contraire prétend que l’-nnivcrse! est une réalité objective.

La première opinion fut enseignée à Lille par Raimbcrt’, et surtout à Compiègne par Roscelin’. Confondant l’indivi-

' Cr.Dom Ceillicr, Hittoire des auteurs ecclésiastiques, etc., t. XIV, ch. v, p. 71, n*ti.

* Il ne reUe plus des ouvrages de Roscelin qu'un pamphlet contre le B. Robert d'Arbrissel, et un autre ciuitrc les prêtres d’Angleterre. — Voir surtout les ouvrages d' Abélard et de saint Anselme.

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