‹ Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au XIIe siècle, S'apreès des documents inéditsChapitre 17 sur 83 · I.E REALISME ES FACE DU SOMISALISME · texte numérisé non relu

I.E REALISME ES FACE DU SOMISALISME

duel el le singulier', Roscelin posait eiiprincipe tjiiela substance est esscntiellcnienl individuelle, au lieudedireiju'elle est essentiellement singulière ; et partant de ce principe, il arrivait facilement à conclure que l'individuel seul est réel. Pourlui, le tout avait une existence réelle; mais les parties de ce tout, par cela meme qu'elles n'existaient qu’en lui, n’avaient plus, si on les en détachait, (|u'unee\istence nominale: l’individu était donc tout un, et la distinction des parties, en détruisant son individualité, détruisait en même temps sa réalité. Par consé<|uent les sens seuls pouvaient donner connaissance de la vérité, et la raison, dont la fonction est d'abstraire et d'universaliser, ne portait que sur des chimères. C'est ainsi, disait-il, que l'homme vertueux est une réalité, mais que la vertu n'est qu’un mot. Qui ne voit dans cettedoctrine une tendanceau matérialisme'.’ M. Rousselet y a iiiénie vu le matérialisme pur de l’école d'Ionie*. Et, appliquant son système à la Trinité : « De même, enseignait Roscelin, que la maison, comme telle, n'est autre

* Vu onzième siècle les l'iiulivitliicl cl le sin*iulier«

CI'. II. OJoni.'* (’.amcf. cpisc. dé' Pecrato orifjitiaii, 111,1^ ^ cl I» : « l/imiividu

un être constiluè d'accidenb qui lui Ktiil propres, de manière à iic {H)uvoir être .iffirniè d'aucun sujcl; cnron aflinuc des individus les supertora (les espèces cl les genres), mai> les individus no ^'ailinncnl do rioii... On appdic singulier cc qui sc distingue par quelque propriété de toutes les autres choses. Or, celle distinction de chaque cho.se de toutes les autres ne se rencontre pas seulement dans les individus, niais aussi dans les uiiiveisaux. En effet, les universaux ont aussi leurs propriétés |»ar lesquelles ils se disUnguenl les uns des autres, sinon au moyen des sens, du moins à 1 aide de la raison. Car c’est la raison qui sai>it par sa pénétration la nature des universaux et les distingue entre eux aussi bien que des individus; de manière que les universaux, quniqiriU soient communs (à plusieurs infi’riora], ont une certaine singularité d'essence, de même que les individus. Toute essmtc est donc singulière, rossenee individuelle aussi bien que I csseiice universelle, piii>qirelle a la singularité de son essence, par laquelle elle est (’oiinue comme distincte des autres. Kl aussi tout individu est singulier, mais tout être singulier n’est pas un individu ; car on n'api>cllc individu que cc qui iies’nilirme d'aucun sujet, tandis qu'on donne à tout le nom de singulier. »

* )l. Ilousselol, OMIT, vifé^, 1. 1, p. Iü3 et suiv.

ET DU CONCEPTUALISME

chose qu'une maison et n’a point de parties, car l'unité seule est réelle ; de même Dieu, comme Dieu, n'est autre <jue Dieu, et n’ast point Père, ■Fils et Saint-Esprit. Ou bien rÉ^lise doit admettre dans la Trinité trois Dieux distincts, trois individus, ou elle ne pourra attribuer la réalité qu’à un seul Dieu, désigné par trois noms, mais sans distinction de personnes Telle est la doctrine qu’enseignait Roscelin et que condamna le concile de Soissons en 1092. Ce qui a fait la force du nominalisme, ce n’est donc pas sa vérité, mais son esprit d’individualité, qui n'était qu’un appel plus ou moins exact à l’esprit de liberté.

Le conceptualisme, auquel Porphyre inclinait peut-être’ et que Roëce enseigna expressément’, fut professé au neuvième siècle par Rhaban Maur cl Hoirie d’.Vuxerre, au onzième par Bérenger et le moine Gauiiilon, au douzième par Abélard et son école. Ce système est-il une vraie solution'/ N'est-il pas plutôt un moyen d'éviter les diflicultés soit du nominalisme soit du réalisme*? N’cst-il pas plutôt une absence île réponse qu’une afiirmation positive? x\ssu-

* Voir Csintù. tlistoire iinherselte, t. X. p. — Cf. M. Cou-îin, Philo~ xophie du monen âge, p. 01 pl Ü‘2.

* Porpliyrc : « \.e fîcnre est ce gui x affirme île plusieurs dilTérenls en cspôcc. l'es|»èce qui xnffinue tie plusieurft différenls en nombre. *

* Bocl. in Porpfujr., i. I, p. «tO : « I/espèee n’e»t pas autre chose qu’une peuxt'e cnlleclive, qui se recueille de la ressemblance substantielle d’indi> vidus qui dirrèrent iinmtTiquemenl. Ce genre est une penxee tirée de la ressenibUnc-c des espèces. »

* « .Vvec rexplicalinn d’.Vbélard, dit Canlù, la question sc trouvait déplacée. >’i réalistes, ni nominaux, ne niaient que les universaux fussent des concept* de l'esprit ; le difficile était de voir si, au delà do ) enlemlenient qui conçoit les idées générales, au-delà des objets individuels dans Icsquel.s se trouvent les phénomènes, U existe autre chose, des lois, des prinrip<»s. un plan, d'où CCS phénomènes dérivent. Ainsi son système n'était qu’un nominalisme manquant de conclusion, et le mérite du conceplualiMiic d'Abélard ne consUU? qu'à s être arrêté. » Hixloire unirerscHe, I. X, p. iflb. — M. Nourrisson est plus sévère encore : « Celte solution movenne du problème des universaux, dit-il, n’était certainement point irréfragable, tlle reculait la question; elle ne la décidait pas. a Progrès de ta pensce humainty p.

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