I.E RÉALISME ES FACE DU NOMINALISME
ceptualisrne. 11 est certain, excepté pour les sceptiques radicaux, que la raison, en percevant les objets, se fait de ces objets des concepts universels. Il est certain encore, excepte pour les nominalistes purs, que ces concepts universels sont réels dans notre esprit : qu’ils le soient de la réalité même de notre esprit, comme l’a pensé Guillaume de Champeaux et comme le pensent la plupartdes philosophes spiritualistes de nos jours, ou bien qu’ils le soient d’une réalité autre qtle celle de notre esprit, comme l’ont enseigné la plupart des disciples de saint Thomas, c’est une autre question, mais une question qui ne fait que conGrmer le réalisme post rem.
Mais là n’est pas la difficulté. Elle est dans le réalisme in re, qui est le réalisme proprement dit et qu’on pourrait appeler le réalisme réel, en opposition avec le réalisme idéaliste et le réalisme conceptualiste. La question à résoudre est celle-ci : Y a-t-il dans les objets, formés selon les types divins et conçus par notre intellect, des universaux suffisamment réels pour rendre certains les concepts universels que nous nous en formons? En vérité, comment, sans tomber dans le scepticisme, nier que nos concepts universels aient un fondement réel dans les objets conçus, in re?
Quel est donc ce fondement?
Platon ne l’explique pas suffisamment. Dans les choses, selon lui, sont les copies plus ou moins imparfaites des idées typiques. Mais qu’est-ce que cette copie ? en quoi consiste la réalité de cet universel créé, copie de l’universel éternel? Platon laisse ces questions dans l’obscurité. Il se borne à réaliser l’universel en lui-même, in se, non dans ce monde, mais dans un autre, dans le monde des archétypes ; et c’est de ce monde qu’il s’agit, c’est de ce que nous voyons, de ce que nous concevons, en un mot de l’universel in re.
ET DU COfICEPTrAUSSIE.
Aristote est moins vague que Platon, attendu qu’il reconnaît aux universaux une réalité modale. Néanmoins son explication semble insullisantc, si l’on veut éviter logiquement le scepticisme. En effet, au début des Catégories, Aristote définit la substance : cùsia. Il distingue la substance première et la substance seconde. Selon lui, a la substance supérieure, première, proprement dite, est celle qui ne se dit pas d’un sujet et n'est pas dans un sujet, comme cet homme, ce cheval'. » Par contre, la substance seconde est celle qui n’est pas par elle-même un individu, mais qui essentiellement se dit d’un sujet ou est dans un sujet. — Cela posé, si vous demandez à Aristote quelle est la réalité de l’espèce, du genre, en un mot de l’universel, il vous répondra : L’espèce, n’étant pas un individu, un sujet, n’est pas une substance proprement dite ; ce n’est qu’une substance seconde, ccÙTEpz cùriz. — Mais alors, quelle est la réalité de la substance seconde? Si, pour répondre, nous prenons sa définition de la substance proprement dite, cÙ7ti,dérinition dans laquelle il identifie l’étrcct la substance, puisqu’il définit celle-ci par celui-là, il est manifeste que la substance seconde n’est pas un être réel, quelque chose qui existe en soi, qui ait une existence propre et distincte de toute autre. Si nous prenons directement sa définition de la substance seconde , nous tombons dans la même évidence ; car ce qui ne peut pas se dire de soi, mais seulement d’un autre, ce qui n’a pas d’existence propre, est-ce un cire réel? Du reste, Aristote ne répète-t-il pas mille et mille fois que le -riîe v., c’est-à-dire le qiiitl, \e quelque chose, n’appartient qu’à la substance première? En outre, n’enseigne-t-il pas que la substance elle-même, si on la considère comme catégorie, c’est-à-dire d’une manière gé- ' Arist., Categories, ch iii.