LE RÉALISME APPLIQUÉ A U PS\'CHOIX)GIE
toque. Pourquoi Guillaume de Champeaux a-t-il été accusé de panthéisme ? Parce qu'il a été confondu avec les réalistes qui ont dominé au milieu et à la fin du douzième siècle, c'est-à-dire, parce qu'on lui a attribué In doctrine de l'éternité du monde et de l'unilé de la substance. Or, d’abord, (juoique l'école platonicienne du douzième siècle, représentée surtout par Bernard de Chartres, prétendit ne se rendre nullement coupable d’hétérodoxie en disant le monde éternel', cependant Guillaume de Champeaux enseigna positi vement,dans un de ses Fraijments inédits, que les créatures ont commencé d’exister, que l’éternilé, au contraire, est incompatible avec ce qui commence, change et linil*. — ensuite, il ne fut pas moins explicite par rapport à l'niiité de substance. Loin de dire que l'élreest un et que tout eequi est n’est qu'une forme de cet être unique, il distingua entre l’analogie et runivocité des êtres. Nous l'avons constaté, et l'alternative est celle-ci ; ou bien aucune de .ses pages, soit manuscrite, soit publiée, n'est intelligible ; ou bien il distingua essentiellement la matière et l’esprit, la substance ad extra et la substance ad intra, l'étendue et la pensée, les phénomènes de l’âine et les phénomènes du corps. Ce
* Cf. Mfgacoitn.: « .\b æternilate tempu^ ini(ian5, » elr.
* a Ao(e oiiines cliam creaturas suo manrndi fuit quoti xocatur a?ler-
nilas, quod Tidelicel ncc piiiicipiuni. ncc lineni liabct. lier aliquarii mcdiani inuinbiiiUicni. Ncc ,iii Ic&tti ciiiiii calholica crclt&M i)lo5 jiidicnl nudirn> dos. qui aliquas es crcaluris dicuiU sein(»cr cum rrcalore iiiissc. ac a<ciitsol, qui Dalura prior est i^uo lumine, riiiiii|iiairi tamen sine »uo luinine, quo«| in causis piiribu^ suis affectibiis reperitur. iU (in Icxiu nh'ut cl ipsum créa* loreni polcnlia cl dignitalc priurcni, nunqutiiii tanicii une aliqno ^^u dicuiil rsüliste cfTcctu. Sed hoc lidea non rctripil, immo. ut bumanis loquar vcr> Ilia, recipit ilium qui nullis »ubj.'iccl leniporibus, .*iliquaiido fuisse, nullia prorsus rébus niatcriaUlcr vel lormalilcr cxislenlibus. Illu enim suo, ni diclum est, ap.ilio m.inendi anlc omiiia solua esisieus, felix, nullo indigens, omnia de nihilo, non de prrj.iccnlc niuterin vol forniis, sua sapîenliu crcaTÎl et sua cariutc diletil. n t*' Fragm. de Fnsentia et de iubttmdiu
Uei. etc.
RT A LA THÉOLOr.lE
qui nous reste de ses nuTragcs prouve évidemment qu'il admit la ressemblance, mais qu'il rejeta riJentilc, d'abord entre la substance incrcée et la substance créée, ensuite dans l'ordre créé, entre la substance spirituelle et la substance matérielle.
Mais, dit- on, Guillaume de Champeaux a établi tout sou système sur l'unité. — Rien n'est plus vrai. Mais rien n'est plus vrai aussi 'qu'il y a l'unité d'analogie et l’unité d'identité. Entre Dieu et la créature, entre la matière et l’esprit, Guillaume de Champeaux a toujours recherché, conronnéinent à la sainte Écriture', riinilé d'analogie; mais il a toujours repoussé Tunité d’univocité. Il n’a admis celle-ci que dans le sens d'une matière commune à tous les corps, et d'une substance spirituelle commune à toutes les âmes; et encore dans cette unité soit de matière, soit de substance spirituelle, a-t-il toujours luainlenii la variété et la multiplicité des formes et des types. Guillaume de Champeaux e.sl donc loin, non-seulement du panthéisme, mais encore du matérialisme et de l'idéalisinc. Comme l'a l'ail remarquer M. Ubaghs’, avec saint Anselme, qui admettait expressément des substances universelles, les réalistes reconuaissai( ut que la substance divine ne peut a\oirrien de commun avec d’autres substances, et que son essence infinie n'est ni une substance universelle ni une substance individuelle au mémo sens que les substances créées, qu’en ce sens elle n'est ni universelle, puisqu’elle n'csl pas communiquée aux substances individuelles, ni individuelle, puisque le ne parlii'ipe pas avec d'autres à nue substance supérieure nu
* A iiia$!i)ilU(iiiie eniiii »|>eci<M cl erraluræ cogno cibilitei* polerit creator Itoruiii videri. » Snptcnl., Mti, 5.— An liou lU* coÿuuicibiitter, Ip5 Scjilnnte ineüeiil âyaÀo/«i»{.
’ liH Problème otMogique de$ unit>ertaus, p! 07.
218 LE RÉALISME APPLIOl'É A LA PSYCHOLOGIE
universelle'. C'est ce (jiie saint Thomas devait si bien exprimer plus tard par cette formule qui est devenue un principe dans l’école ; « Dieu n’est dans aucun genre, il est en dehors et au-dessus de tous les genres’. » — Du reste, une nouvelle preuve qui, tout en étant indirecte, n’en est pas moins forte, c’est que Guillaume de Champeaux n'a jamais été ni persécuté ni même inquiété par ses contemporains. Ür, ce calme laissé autour de sa doctrine, bien plus, cette faveur dont on l'houora personnellement en l’élevant sur le siège épiscopal de Chàlons, sont-ils explicables, s''il fut coupable de panthéisme? Pourquoi donc sa culpahilité eùt-clle été ignorée de ses contemporains? Serait-ce parce qu'il était inconnu? .Mais quand il parlait, c'élait à toutes les écoles de Paris que sa doctrine s’adressait, et par elles à l’Europe tout entière. Serait-ce parce qu’on était indilTérent .à la question des universaux? Mais tous les esprits en étaient passionnés, et nul n’ignore l'éclat qu'ont jeté sur elle les débats de Guillaume et d’Abélard. Serait-ce enlin parce que le panthéisme était alors en faveur ? Mais qui ignore qu’en ItiOît douze disciples d’Amaury de Bèneontété brûlés à cause de leur doctrine panthéiste’? Et, si nous nous reportons au quatorzième siècle, ne voyons-nous pas les scütistes admettre un universel formel a parte rei? Bajie lui-même en convient. Or, qui jamais, parmi les théologiens et les philosophes bien pensauls, a songé à accuser de panthéisme les scotistes? Dans Scot, qui a si clairement déclaré que Dieu n’est dans aucun genre’, s’en
' s. Ansi-lm., .Mniwl., cap. xïvj cl xxvii.
* « f)cu> non e>t in aUijuo geiiere, se l c«t eitra oiiine genus. » S. TUoin , I, ni. Tl fl 0.
^ Voir SI. Iliur/'nii. ouvr. t. l, p- 3‘.K>, 40ô.
* et Tenco qiiotl Unis nani est in genere ; nam quod e»l in se et abe^>lulc
ET A LA THÉOLOGIE
fût lui-même indigné. — Donc c’est sans aucun fondement sérieux que l’accusation de Bayle a élé produite et répétée après lui.
inriniliim. non potest in genero. Dcmis c«vt sic : ergu. PruUlur major : i|uia quotl est in gcnere, est fîniUitn; ergo Dons non t*sl in gern re directe, iiani est eus illimitalum ; ncc redudivc. ut dieit «anrtus Tlramas. quia non siipponil aliud ; qiiod aulein c«t reiinclivc. «>up)nnit alitnl. t J. D. Scot. I. 1, tlomniânt. Mfnteni.. quæsi. m
chai'Ithk V III
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