‹ Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au XIIe siècle, S'apreès des documents inéditsChapitre 29 sur 83 · I.j idt'fM ilr l'l;iton,l(s format \csfour · texte numérisé non relu

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H ks loi» du dynnTnÎMUf^ inodein<*. Olij^ijon «rAlkbnI. — l.i' s)>lt*me d<* li oou-dtfferenve.— (l|iintAn de M. t ou«.iu. -- d«*liniiivr dr r.iitlltnmo d«*

i]h;tm|»mu\ aux tnû« que»linns d>' l*i«rph^. — < onrliiAÎon.

Si l’on voulait combattre Guillaume de Clinmpcaiix, c'était autrement qu’il fallait prooéiler.

li'explication qu’il donnait de son système n'élait attaquable, ni en tant (|u’ellc nflirmnit l’unité, ni dans le sens où elle l’allirmait ; mais ne l’élait-elle pas dans la part de réalité qu'elle accordait à la multiplicité? Guillaume de ('ham])eaux disait ipie la multiplicité n’élait qu’une réalité accidentelle, ,«o/fl miillitudine ucculenlmn vaiielns : mais eela siiirisail-il pour sauvefjarder ce que le sens ordinaire semble nous révéler à ce sujet ? Il cuseieuait (|ue les individus procèdent des es|)èces, lesespè esdes genres, les genres des règnes, et par conséquent que la multi| licite procède de ruiiité, le différent de l’identique, comme le relatif de l’absolu : mais expliipiait il retle difficulté? En voulant sortir du mystère, ne tond>ait-il pas dans la contradiction? En affirmant d’un côté la réalité de la multiplicité, ne In

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I A NOIVKI.LE THÈSE DF. (il 1 1.1 AIME DK EIIAMl'EAl'X ‘iïl niail-il |ms de l'autre V (iominenl enfin lu cunci liait- il uvue la réalité de l'unitc ? Essayons, sinon de résoudre, du moins de jeter quelque lumière sur ce problème.

D'après Abélard , (iuillanme de Champeaux regardait l'accidetU comme le principe de la variété. Hans un texte déjà cité de scs Fraijments inédits, il admettait, à côté de la matière, des formes qui constiluent, par leur union avec elle et leur action sur elle, lavnriétédes règnes, des genres, des espèces et des individus. En sorle que les accidents dont nous cherchons à pénétrer la notion, ne sont pas autre chose que les formes'. Ueste donc à savoir ce qu’on entendait par formes au commencement du dourième siècle. Pour cela faut-il chercher dans quel sens les expliquaient les scolastiques des siècles postérieurs '.' Nullement ; mais il faut interroger les documents contemporains, soit de la tiu du onzième siècle, suit du coinmcncementdu douzième. Or, A cette époque la doctrine de Plalon et d'Aristote n'était qu'un simple tissu, qui ii'avait pas encore subi cette charge de distinctions, ou plutôt de subtilités, (|u'un vuu ■ lut bien, plus tard, regarder comme des ornements. Par conséquent le sens des formes dont parle Guillaume de r.hampeaux est le sens même des types ou des idées dont parle Platon : liernard de Cliarlrcs, quelques aimées plus tard, nous eu donne la preuve, dans son Meijurosmas\

* « liitle cuijciudimus upuil Willeliniiiii iiHlivtduuiti quudcuinquc. pnuler lieiiui, in duas parles dtvidi quæ suol reales, in matfrwm ont

versaie, et tu formam aul acciteus. • Willeimi CampcII. de Isatura et de ••riffine rerum plaetta, auct G. A. Palru, p. i7.

' I<c megacosMH* commence par un dialogue cuire I Intelligence. Noys, et la Nature, .\alura. Cos deui personnages nllégoiiques a’cntrelieiinciil cotembic de la néc'o^Mtc de ilrir le monde du cliaos, sylra, où il est uncoi'c enseveli; puis iis $c metlGiit à l'œuvre. I>4 matière dont luulcs chose» doi- Toot être Urées est la matière première :

a Eral vie vullus anlir|ui6»imus, gcncnitionib iitoru> iihlofcMtia, forutirmii |»rinia aubjccliu, ui.ilcria curporuui, »ub»Uiiiliiü rundaiiKiituiii. En >iquidotii

l/ATTAQCE D’ABEUUÜ

Mais qui nous dira la signification précise que Platon attacliail à ces idées typiques, et surtout à riinion qu'il admettait entre elles et la matière universelle et qui avait pour résultat la variété des êtres? Peut-être conviendrait il de grouper ici les éléments de solution que peuvent nous fournir les sciences modernes.

Une école assez considérable fait consister dans les milieux le principe générateur de la variété, prétendant que l’influence des milieux est capable de modifier les espèces jusqu'au point de les transformer en espèces différentes'. Mais les faits s'élèvent en foule contre cette théorie. Les milieux, en effet, ne créent pas les types , ils influent seulement sur leur développement. Ils produisent des variétés accidentelles, mais nullement des variétés essentielles, soit génériques, soit spécifiques. Du resic, ne voit-on pas se former dans le même milieu des êtres spécifiquement différents? Et puis, des milieux différents ne supposent-ils pas déjà la variété? Donc placer dans les milieux la cause delà

c«p;iciUt» noc tiM'minis ncc limitibns cilrumscripla lanlos sinus tantuinque a principio conlmunliani explicavit qinutam rcruni univemtas exposo^bat... Illud igilur iiKon«.i.<leiis et loiivcrlibite bujiis et illius conditionis, qualilaib et forniH? cuni propritu descriptionii» jiidicium non expe*tet. elabiiur Tultos vicnrios ai<ernando, et quod figuiariim omnium susceptione conrcrliiur, iiulltus suæ foniiæ signa ulu spectilius insignilur. i>

C’est à cette m ilière que la Providence, pour former la Tariélé des cires, applique les cmprcmles des Idées : « Cumque quaiii fert sylva grossitieiii ciimatiiis expurgasscl. ad ælcmas introspiiiens notioncs, gerniana et proximanie similitudine rerum spoties ivl'orniavil. \lc cicvilatis sub veiemo qua? jiicuerat obvuiutn, viiltus vf^livit alios, idcaruiii r'ignaculis circumseripta. »

De lù masse primitive sortit d'abord le feu, puis In terre, ensuite Tenu, enfin fnir. Puis vint 1» crénlioii de l'âme du monde. Cf. Ms. G415 in*lol. de la Dibliolli. impériale; Ouvr. inédits d Ab/lard, publié:> par M. Cousin, p. 627-039.

* Cesl ainsi que Lamarck cxpUAfuait les différencos spécifiques per les changement^ d’acimns et d'habitudes des animaux (cl. Philos, zool., t. l, p. 218, 221), et que Geoffroy Saint-llilsirc les expliquait par l'innuencc des variations du milieu ambiant (cf. Etudes proyress.^ p. 107).

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ET LA NOLVEI.I.E THÈSE DE GUILLAEME DE CIIAMDEAUX. ‘225 variété, c'est, pour le moins, résoudre la question par la question.

Aussi, à coté de celte école, y a-t-il une école vraiment plus sérieuse et plus philosopliique : c'est récoledynamislc, dont nous avons déjà parlé'. Pour expliquer le monde, il lui suffit d’avoir des forces et des lois. — Ainsi, selon elle, le règne inorganique est composé de forces, simples et identiques, mais groupées ensemble. G‘s groupes de forces ont évidemment des axes. Et selon que ces axes prennent une inclinaison différente, soit en vertu des différents degrés de densité des forces, soit en vertu des lois établies par Dieu pour réjilcr les mouvements de ces mémos forces, il est manifeste qu’il .'O fait d'elles un déploiement diflérenl; et selon que les déploiements des forces sont différents, les corps, qui en sont les résultats et les manifestations, sont aussi différents. D'après ce système, les diverses propriétés sont produites par lesdiiférentes situai ions des axes dans les groupes de forces; et il faut avouer que bien des faits récemment découverts, confirim ni singulièrenu nt celte théorie. — El ce qu’on alfirmedes lois chimiques, pourquoi ne raflirmcrait-on pas des lois biologiques'.' Si celles-là, en réglant les mouvements et les opérations, non-seulement de molécules similaires, mais de forces minérales idenliiiues, consiilucnt avec ces forces des cor|»s difléreiils, douésde propriétés dilTérenles, jiourquoi celles-ci, en réglant les mouvements et les opérations de forcis vivantes, soit végétales, soit animales, ne consliiueraient-clles pas avec CCS forces di s individus différents, doués de propriétés dilférentes, soit dans le règne végétal, soildans le règne animal .'

M. Cbevreul est-il bien éloigné de celle doctrine, lorsqu'il dit: « Une cause de différence dans les propriétés des

* Voir cl». '1, p. 15^15}}.

l.'.UTAQUli U’AUÉl.Alili

cui'ps cuiii|>ubL-s t‘:>l la dirréreiicc des propurlioiis suivant lesquelles les corps se soûl coiuMnés' n ; et ailleurs: a L<‘ but que se propose la chimie, en réduisant la matière inorganique et organique à des types dont chacun est défini par l'ensemble de scs propriétés pliysi«|ues, chimiques et organoleptiques, distingue cette science de toute autre. Ces types sont appelés espèces chimiques » '? El Isidore Geoffroy Saint-Hilaire ne semble-t-il pas vouloir formuler celte même doctrine, lorsque, cherchant à percevoir toute l’étendue de l’action du type dans les êtres organiques, il dit : « Le type n’csl pas une de ces vagues abstractions qu’on n si souvent fait intervenir dans rexplicaliou des fails vitaux... C’est le modèle, propre à chaque existence, selon lequel elle se déroule, selon lequel s’exerce, tant qu elle subsiste, l'activité propre de l’étrc organisé.-. .Action essentiellement élective , < ar elle amène et distribue dans les tissus de l'être vivant, non pas indifféremment et au hasard, les molécules de diverse nature, qui composent lu milieu ambiant, mais, entre tontes et par un véritablcchoix, celleslà seulement qui peuvent être utiles. Esscnliellemenl élective encore par l’emploi qu’elle en fait après s'cnêtrcenqvaréc; les fixant, selon le besoin, sur un point, ou les transportant successivement d’organe en organe, jusqu’à ce que, leur rôle rempli, elle les rcjeltc et en appelle d'autres ; iei lormatrice, là momcnhuiément conservatrice, parfois aussi réparatrice, et partout, selon ce type dont rétablissement ou l’entretien reste pour elle, dans la variété des matériaux et des moyens qu’elle met eu œuvre, le but, la règle unique et toujours |)résentc. H une activité élective et dont la source est dans l’être lui-tnême, à ce (|u'on a si longlemps appelé

' IliKioire de» connaitsnnre» chimiques, I. I, (i. 7(1.

* ihiri., p. -aa.

KT LA .mVELLK THÈSE ItK GHII.I AI ME UE CHAMl’EAUX. ii'o

végétative, à eu qu’un appelle encore dans une école juslcincnt célèbre le principe vital, il n’ij a qu’un pan'. »

Ur, si les idées ou les types de Platon pouvaient signifier soit les lois qui règlent les forces, soit les fornies que prennent les forces en déplaçant leurs axes sous l'action des lois; s'il fallait, pour parler strictement, admettre une distinction entre la matière d'un corps et sa substance, regarder celle-là comme étant, non pas cc quelque chose de grossièrement inerte et de nécessairement étendu que l'imagination SC représente et que la raison tend à rejeter toujours de plus en plus, mais comme étant les forces ellesmêmes avant leurs déploiements d’action et leurs combinaisons chimiques, c’est-à-dire les forces dans toute leur simplicité et leur identité; s'il fallait ensuite regarder la substance comme étant ces mêmes forces, non plus avant leurs déploiements et leurs combinaisons, mais après <|ue les idées typiques ou les lois se sont unies à ces forces pour les déterminer et les fixer dans tel genre, telle espèce et telle individualité ; alors il serait certain qu'il y aurait entre le système de Platon et le système qui tend à prévaloir prmi nous une grande analogie, pour ne pas dire une véritable identité*.

' llitloire naturelle générale de» régne» organique», l. Il, 1™ purlic. p. S8-!t t.

^ «( La science ancienne voyait dans les curps une sorte de dualité, elle iiiiaginnit d’une part une matière dépourvue de qualités propres, mais cu^ pablc de les recevoir (ouïes, et de l'autre des essences qui s’ajoutaient aux corps pour en constituer les propriétés ; elle supposait que ces essences |N>uvaient être isolées par In distillation, cl l'alchimiste s’clforçait de les recueillir |)oiir les infuser à >oii gté dans la matière. — Après la doctrine des essences, on vit prévaloir l’idée des formes ; une esthétique cachée déleniiinnit au sein des corps les moules où se proiliiisait la diversité moléculaire. ^olons que cette conception nous rapproche de colle du mouvement. L'idée du mouvement ne va pas en effet sans une certaine idée de forme ; In géométrie détermine les courbes et les surfaces idéales i>ù se produisent et SC limitent les inouvemenls. I.a physique nouvelle rapporte au mouvement

L'ATTAQIE Ü’AÜEI.AIID

i'îd

Mais Guillaume de Cliampeaux ignorait celle lumière et ce secours puissant que le système de la variété des êtres par les idées ou les formes de Platon devait recevoir du progrès des sciences modernes. De son temps, ce système était complètement obscur et incapable de satisfaire l’avidité d’un esprit sérieux : aussi laissait-il vulnérable à cet endroit l'explication que Guillaume deCliampeaux donnait du problème des universaux. Guilbaume le sentit certainement, car c’est immédiatement après cette première explication donnée à l’école de Notre-Dame, que le dégoût de l’enseignement, le besoin de consacrer un temps plus libre cl des réllexions moins distraites à la recherche de la vérité, s’emparèrent de son âme tout entière, le décidèrent à se retirer ilans la solitude avec quelques disciples qui travailleraient avec lui, et à fonder l’abbaye de Saint-Victor. Abélard, lui aussi, le comprit bientôt, et s'il faut en croire tous les témoignages qu’d nous donne de ses succès, il força son mailrc, dans une discussion publique, à abandonner celte première explicaliou que ses arguments avaient anéantie'. Mais, de l’aveu même de ses amis, Abélard est ici plus emphatique que véridique, n Guillaume de Champeaux, dit .M. Roiisselot, ne s’csl pas démenti, et la prétendue victoire

h structure et les propriété» des mulécuics; elle tire celte conclusion de rcnseinblc des loi» (prellc n trouvées; clic s'y croit autorisée pur cc qu'elle suit de plusieurs jirunds pliéiioinèncs tiuliucls, pur ce quelle a appris de la luniicre, de la chaleur, de l'électricité, par les induilioits uuxquclle.s elle s'est élevée sur la nature de rallraction universelle; mais l'avenir seul inontreru si elle peut sc rnpproiher des conditions originelles qui diversi* lient les nioiivernenis dans les proloinleurs secrètes de la matière. 11 ne laut donc pas nou.s atturder à la métapinsiqic des molécules. » M. Edgard Sa* veney. fievNe des Ifeitx Mondes, lôdécenihre iStW, p ‘jr>8-ur)0.

* U Tuni ego ad euin icversus ut ab ipso rlielurirani audirein, iuter cælera di.^puUlionum iiosUaruin conuihina, aiitiqu un ejtis de univer»>ilibu> seiilcn* lium pnleiitissimis arguiihiilorum dispnlaliuiiibus, ithuiii coiiiiiiuUre, imo dcsliuerc conipuli. » .^bélurd» Wst. caiamii., p. 5 ulO.

LT U MllVKLLt; THKSK UK GlIILlAtSIK UK CIIAMI’K.UIX. ‘in

d’Abélard ne lui a pas Fait adopter un autre principe'. » Et M. Uauréau à son tour avoue que la seconde thèse de Guillaume n’est « qu’une modifîcation de la première*. » En effet, après avoir enseigne « qu’une chose identique par essence, réside tout entière et simultanément dans chacun des individus qu’elle produit, en sorte qu’il ne se trouve aucune diversité dans leur essence, mais seulement une variété causée par la multitude des accidents , » Guillaume de Champeaux se corrigea en disant désormais que cette chose identique l’est non pas essentiellement, mais indifféremment*, c’est-à-dire qu’un être matériel est le même qu’un autre être matériel, non par son essence, mais par sa nondifférence, et pareillement, qu’un être spirituel est le même qu un autre être spirituel, non par son essence, mais par sa non-différence, 'fout à l'heure, l’essence d’un être était son

* (Juvr. cité, I. I, p. 37H. Voir aussi p. î27i.

* Om/t. cité, 1. 1, I». 225.

^ I Sic autem isUm »uam currexil scnlenliaiii, ul ilciiiceps reiii eaiiiticiii iiuii ei^cnttali(er, sed indifferenter diccrel. a Abel., HUf. cafamit., p. C. — l’ii premier lexlc purtait indiiidualiter au lieu de ittdifferenter. Mais les manuscrits de d'Amboisc, Us recherches de Meiners et de M. Bauiiigaileii- Krusius, et surtout le fi arment de Saint-Germain mettent hors de doute lu nécessité de lire indiffercnler et non pas iudividualUer. On lit on effet daus ce dernier fragment : « ^unc ilUni quao de iiidillorentia est scnteiiliam; a et plus bas : <i l}>$i tamen ad indiiTenmtiam currcnles, » etc , etc. Malgré Tautorité de M. Housselol et de M. L’b.iplis [Problème oniologique, etc., p. 55), nous tenons avec M. Cousin [Philos, du moyen âge, p. 115-121) • la variante de d'Amboisc pour inconlestuble, cl nous regar« dons comme déiiniiivemcnt résolu par nos manuscrits ce point de crilnjuo si souvent controversé, s Du reste, peut-être M. Uauréau (I, 272] a-t-i) son, lorsqu'il dit que les mots a individualiter, mdifferenter, sont des termes 0|ipo6és. qui toulefois ne se coulredisenl j>a5 en ce lieu, indiffereuter étant pris pour signilier le meme incorporé aux dirVércnls, individualiter pour signiÜer les düféienls ayant le même pour suppôt commun ; or, dire que rinlégralilé de l'essence est la nature commune des individus, et qu'à ce titie elle subsiste univer>ellement, mais sous la forme de i'individuaUté, ou bien, dire que la substance universelle est ce qui sc retrouve noii-dilléreni en cliacun et est commiinémcnl un en tous, c'esi, U nous semble, traduire la même opinion en des termes divers. >

L’AITAQliE Ü AliÈLAKÜ

•iïK

genre cl suii espece sculenieiil ; ses ibnnes individuelles ne tuucliaicnt nullctnenl à son essence, car elles n'avaienl en lui ([u'une rcalilé accidenlclle et relative. Maintenant, l essence est tout ce qu'csl l'individu, tout ce qui le constitue dans son cire propre ; elle n'implique plus seulement le genre et l'espèce, mais encore les formes individuelles ; elle perd en exiension, mais elle gagne en compréhension. Dans la première explication, Socrate et Platon, tout en étant deux hommes d’une individualité multiple et réellement ditTérenle, avaient une seule et même essence; dans la seconde, Platon est un homme comme Socrate est un homme, mais Platon n'est pas essentiellement le même homme que Socrate'.

Pour bien comprendre celte seconde explication, il faut se placer au point de vue de Guillaume de Champeaux. Ce à (|Uüi tendaient surtout les elforts de son esprit, c'était d'augmenter ou du moins de rendre plus saisissabic et plus visible la réalité de la variété individuelle. Or, eu rangeant dans l'essence des individus non-seulement leur genre et Icnr espece, mais encore leur individnalité propre, il est évident qu'il mettait hors d’atteinte la réalité du mulli|)le et de l'individuel.

Mais alors que. devenait l'un, l’universel? Guillaume de Champeaux eu admettait-il encore la réalité? n'en faisait-il pas un pur concept?

M. Cousin a répondu à celle question ; mais sa réponse, tout illustre qu'elle est, ne nous a pas paru douée de In netteté qui caractérise habituellement son éminent auteur. Klle se compose en efl’el de deux parties. I.a première con-

* « PIfila himilUcr hoiiio e&l ut Socrnlc^, quanivie non «il idem Iioiim» c>*eii(ialiler qui est SocraU^>. i> Frigin. de Saint-Gcrmuiii, loL 45 reciu, c. ii; Uiwrayet iuifditi d'Abéiard, p. 518

KT LA NOIIVFI.I.F, TliftSK DF, fillIIXAlIVE DF FIIAMPFAIX. 2'<>

lient rappréciation suivante ; « L’identité des individus d’un même genre ne vient pas de leur essence même, car celte essence est différente en chacun d’eux, mais de certains éléments qui se retrouvent <lans tous ces individus sans aucune différence, imiifferentev. Celte nouvelle théorie diffère de la première en ce que les universaux ne sont plus l’essence de l’être, la substance meme des choses ; mais elle s’en rapproche en ce que les universaux existent réellement, et qu’existant dans plusieurs individus sans dilfércnce, ils forment leur identité et par là leur genre. La différence des deux théories est grande, il est vrai, mais elle ne va pas jusqu’à mettre en cause la réalité des universaux. Celle-ci subsiste dans l'une et l’autre théorie. Passer de l’une à l’autre, c’était changer sans doute, mais ce n’était pas abandonner le réalisme, et la seule conséquence qu’il faut tirer de la phrase d'Abélard, c’est que, dans son premier enseignement à Notre-Dame, Guillaume de Champeaux faisait des universaux l’essence même des individus du même genre, et que, dans son second enseignement à Saint-Victor, il finit par les considérer non plus comme constituant l’essence des individus d’une meme classe, mais comme formant leur identité, parce que dans tous ces individus, différenls d’ailleurs, ils se retrouvent sans différence'. » — La seconde partie est ainsi conçue : « Gr.àce à nos manuscrits, nous avons restitué pour la première fois la seconde opinion de Guillaume de Champeaux, cl nous pensons que celte opinion appartenait encore au réalisme; mais nous convenons avec .Abélard que la substitution de celte opinion à la première dut paraître et est en effet une concession à l’école nominaliste’. »

• Fraj’monls. Philotopitie du moiien âfjf. Abélard, p. Ilfi-in.

« Ibid., p. 1»

i.’.vmni E n ARKiAnn

‘i.TO

(]ette licsitalion de M. Cousin, manifeste surtout dans la dernière plirase que nous venons de citer, a sans donte pour cause un mot d’Aliélard, doux lois répété dans le fragment de Saint-Germain. On y lit en effet que l’école réaliste se divisait en deux écoles : « l'une qui admettait certaines essences universelles qu’elle considérait comme étant essentiellement et intégralement dans cliaque individu ; l’autre, d'après laquelle les espèces et les genres, les plus élevés comme les plus inférieurs, sont les individus cnx-mêmes camUlérés sous divers points de vue'. » Et un peu plus loin ; « Il n’y a point, en dehors des individus, d’essences appelées les universaux, les espèces et les genres; mais l'individu lui-même contient tout cela, selon les divers points de vue sons lesquels on le considère^. »

S'il fallait faire fond sur ce mot d’Ahélard, il faudrait en conclure que Guillaume de Champeaux aurait complètement abandonné le réalisme pour embrasser le conceptualisme, car le conceptualisme n'est pas autre chose que la doctrine exprimée dans les deux dernières phrases d’Abélard. Or, rien n’est plus faux. D'abord, si (îuillaume de Champeaux avait ainsi accepté le conceptualisme, il est évident qu’Abélard aurait vivement applaudi à un chiingemeut aussi considérable soit en lui-même soit de la part d’un tel homme; et cependant, de l'aveu même do M. Cousin, Abélard attaque cette seconde explication de Guillaume « tout aussi vivement » que la première’. En outre, Guillaume de

^ M» (if Snini-Get'tnain, fol. 42 rocio r. ii, — 42 v<»rAo. c, i ; 0«rr. ü'Abelani, p. 517»; a Quiiinm <Ucunl indiv'ihia i^pecie** oi

•;;i'nera, stibaltorna et nlio el alio modo ailonin. »

Ihid., fol. 45 recto, c. n ; Ouvr. /Wrf., p. 518 : <r Kihil omnino pét prêter individuiim, M?d el iiliid aliter et aliter nUehtiim, speeiei et çcnii'^ el geiieralK'citimni esl. »

'• M. Fracm., PhUoMph. du ttiopen ùgt\ p. 121.

ET LA KOrVEI.LE TIlfcSE DE fiUILLAlIME DE CHAMPEAUX. Wt

Chnnipeau.v lui-mcnie, dans iin fra"mciit inôdit dont M. Cousin n’a pas eu connais.'ance, nous aflinnc que « si d’une part l'Iiumanilé de Pierre et de Paul n’est pas identique, mais semblable, puisque ce sont deux hommes, d’autre part nous disons, d après la doctrine de la nonilifférence, que cette bumanité de Pierre et de Paul est la même en tant (|u’ils sont hommes, car celui-ci est raisonnable et mortel comme celui-là’. »

Comment donc accorder Guillaume de Champeaux avec lui-même? Deux choses nous paraissent certaines dans cette seconde explication deson réalisme. La première, c’est qu’il y a dans les individus certains éléments qui sont réellement sans aucune diflcrenee’, et ces éléments constituent l'universel ; dès lors la réalité de l’universel est aussi incontestable que dans la première explication. La seconde, c’est que ce non-difft“#ent ou cet universel p’existe substantiellement i|ue dans les individus, en sorte que les individus sontprécisémentee non-différentoucetuniverseldevcnudifférentpar des combinaisons variées ; et ces diiïércnces individuelles, résultant des combinaisons opérées ilans les éléments non-différents, ne sont pas accidentelles aux individus, mais essentielles, pareequetoutindividu estessentiellementtoutce qu’il est. Donc Guillaume de Champeaux n’a fait qu’un seul chanfçemeiit dans sa seconde explication, et ce changement ne porte nullement sur la réalité des universaux, mais unique-

* <t Secundum indifTerentiam ut Petrum et Pnuliiin idem dicimus esse in ho«‘ quod tiunl hominc» : quantum cnim ad humanilalrm perlinct, aient iMe intionnlis ri ille; et Meut eM morlali» et ille. S.d si verilatein conlileri Toliimiis, non est cadern utriiis4(ue )iiinianita«, fod similis, rum sint duo liomiiie!:. a 1" Frayin. iinV//, De exienfia et de xubilnntia Dei, otr.

a Socrates, in quantum est lioino, pluia liaitcl indiitereiitin quæ in Platonc cl in aliis invoniuntnr. » Fragm. de Saint'Oermain, fol. 4"i. recto c. ii ; Onvr. ine'd., p. M8.

L’AnAOl'E D ABÉIARIV meril sur la définition de l'essence. Jusque-là il n’avait fait consister l'essence d’un individu que dans son universel, c’est-à-dire dans son espèce, et voyant, soit par la seule force de son esprit, soit par suite des discussions qu’Abé- Inrd engagea avec lui, que cette définition ne sauvegardait pas assez la réalité de l'individualité, il déclara que l’essence d'un individu n’était pas seulement son espece, mais qu’elle était l'individu tout entier, considéré aussi bien dans son individualité quedans sûn espèce. Sans doute il n’expliquait pas pour cela l'origine mystérieuse de l’individualité, mais du moins il la certifiait davantage. Ce changement était donc une amélioration, puisque par lui riuillaumedc Champeaux évitait le scepticisme touchant les individus avec autant de sûreté qu’il l’avait évité touchant les universaux.

Si donc Porphyre eût interrogé Guillaume de Champeaux sur le problème qui tourmentait son es|>rit,. celui-ci eût ainsi répondu à ses trois questions :

Premièrement, les genres et les espèces n’existent pas seulement dans l’intelligence, ils existent encore en euxmemes, en ce sens qu'ils ne .sont pas seulement quelque cho.se de purement subjectif, mais quelque chose de réellement objectif.

Deuxièmement, leur réalité étant composée d'une matière qui est le substratum fondamental et de plusieurs formes qui .sont les principes de détermiiiatioii, soit génériijiie, soit spécifique, soit individuelle, il en résulte que cette réalité peut être envisagée sous deux points de vue. Si on la considère dans ce qu elle a de matériel, elle n’est pas incorporelle ou spirituelle, mais elle existe matériellement et entre réellement dans la composition des corps. Si on la considère dans ce qu’elle a de formel, reste à savoir en quoi consistent précisément les formes dont il s’agit. De

P,T I.A NOlVEIXe THÈSE DE GCII.LAINE DE CIIANPEAÜTC. 255 deux rhoses l’une : ou bien cos fornips sonl les types dont parle Platon, les lois divines qui règlent l'action de la matière ; ou bien elles ne sont que les déterminations résultant de ractinu de la matière eonibinée avec l’action des lois. Dans le premier cas, il est manifesle que les genres et les espères sont immatériels, puisqu'ils ne sont que les idées et les voûtions de Dieu. Dans le second cas, il n’est pas moins évident qu’ils existent matériellement.

Troisièmement enfin, si les types et le.s lois existent comme tels, séparément des objets sensibles, les genres et les espèces ne sont pas séparés de ces mêmes objets; non-seulement ils en font partie, mais ils en sont le fond niémc, et sans constituer toute leur essence, ils constituent cependant ce qu’il y a de plus radical dans cette essence'.

Tel est le résumé exact de la doctrine de Guillaume de Champeaux sur les universaux.

Avant de quitter cette grande thèse du réalisme, il nous reste à jeter un regard synthétique et appréciateur sur tous ces efforts tentés et tous cés milieux parcourus pour la résoudre. Rappelons-nous le point de départ : il s’agissait de donner aux concepts universels que notre esprit enfante une raison sérieusement suffisante, et de voir si ces concepts universels qui nous distinguent des animaux, qui font rayonner notre front de sa plus noble gloire, sont le résultat purement subjectif de notre raison, ou bien .s’ils reposent sur des réalités objectives inconte.stables. Appuyé

* A ...Scd (um ncqiie mnleriam sine forma, neque rormam sine materin in irrum actii esse cognoscimiis. > Guill. Comp., Frafftn. I. — Dim l’étal actuel des choses il n'y a jus de matière sans forme ni de forme sans matière. Or, les universaux Wi plus |;ènéraiix sont la matière de ceux qui k sont moins : la matière première e.Ht la matière immctiiale des règnes; le rèpne, celle des genre*; le genre, celle dt>* espt’ces, ellefpr'Ce, celle des individus. Donc, dans l'état actuel des choses, la matière première, les rt''gne*. les genres et les especes, n’existent pas séparément des individus.

r.i I/ATTAOl’F. D ABKLARD

sur ce principe que tout effet a une cau^'e qui lui est au moins proportionnée, Guillaume de Champeaux enseiftna (pie nos concepts universels, par cela mc'me qu’ils sont réels, ont une cause objective réelle. Mais souvent la peur d’un mal nous conduit dans un pire ; en voulant éviter le scepticisme, (■uillaume de Champeaux n'cst-il pas tombé dans l'exagération? La crainte d'affaiblir la réalité de nos concepts ne lui a-t-elle pas fait aiigmcntei outre mesure la réalité des objets? En un mot a t-il mis une équation entre l’universel subjectif et l'universel objectif?

Si nos concepts n'ont qu'une réalité modale, absolument distincte de la réalité substantielle do l'âme, évidemment il a exarégé en leur donnant pour cause une réalité plus que modale, la réalité substantielle des objets eux-mêmes.

Mais, si nos concepts, loin d'être ces entités modales qui furent un des plus grands griefs de la pbiloso|)liic moderne contre la philosophie scolastique, sont réellement la substance même de l'âme, en tant que déterminée dans tel ou tel degré de perfection, selon le degré d’intensité de sa vie ou le degré de son union avec les types et les lois qui la lêglent, alors est-ce une exagération de regarder les causes déterminantes de ces concepts, c'est-à-dire les universaux (dij(!Clifs, comme étant le fond substantiel des choses, en tant que déterminé dans tel ou tel degré de perfection, selon le degré d'intensité des forces ou le degré d’union de CCS forces avec les types et les lois qui les règlent? IV est-ce pas au contraire raisonner avec cette logique algébrique que réclamait saint Thomas, lorsqu'il disait que la vérité est l'êipiation de rintellectel delà chose, adœiinatio iulellerlus et rei'f Et, à supposer que l’opinion de Guillaume de Champeaux fût sur la pente de l'exagération, ne devrait-on pas

ET U NOUVEU.E THÈSE DE GlHU.ArME DE CHAMPEAl'X SV. se souvenir avec lui que, lorsque le juste milieu est impossible à découvrir dans la pondération de la cause et de l'effet, il vaut mieux se mettre en mesure de pouvoir déclarer la cause supérieure à l’effet que l’effet supérieur à la cause?

LIVKK UKlXlKMi:

L’ÉCOLE ET L’ABBAYE ÜE SAINT-VICTOK

- iitwuin -

ClIAPITilE l'REMlEH

l LCUIE ET l’aBBAVE DE «AIM-VICTOK. — LEUR FO^DAliO^ ET LEUR ESI'HIT.

i. Lv> luuiiios el le» iImiioku’» régulier^ .1 la lin dti uiuiêiiiu »ièclc. — l(i-(iuilc de <*uillautue de Cliampcjüx. — La Cfila pet»$. — Komlahüu de l’abUiyo de Saint* Vii'tor. — Sc> piXfjîiès. — 11. E'|»ril do coiuihatinii. — PtiiuiiHî d’éleclioii. — Dévuuemenl aux évê«|uc» de l'ari». — Libcrtâ cl otici»»ance envci-s le roi. — Science cl |ûélé. — l'uo lellre d'UiidcbeiT du Mau». — Fondation de l'dcule de Saiul-YicUn\ — l‘uiTer»ali'tiiH’ et praluiu* de »on cn»eigueuient.

« J'approuve, disail uii évêque cuiitempurain üc Guillaume de Ghaiiipeaux, Vves de Chartres, j'approuve la vie de ces iiuiiimes pour qui la cite n'est qu’une prison, qui trouvent le paradis dans la solitude, qui y vivent du travail de leurs mains, ou <|ui cherchent à s’y refaire l’esprit par la douceur de la vie conteinplative, qui boivent des lèvres de leur cu-iir à la fontaine de vie, et oublient tout ce qui est en arrière d'eux pour ne regarder qu’en avant. .Mais ni les plus secrètes forets, ni les plus hautes montagnes, ne donnent le bonheur à l' homme, s’il n’a en luiinème la solitude de l'esprit, la paix de la conscience, les ascensions du cœur; autrement il n’y a pas de solitude

2kr

L ECUl.E ET 1,‘AUHAYE UE SAINT-VICTOll.

(|ui ii’üiiraiilc la paresse, la curiosilé, la vaine giuire, avec lous les orages des plus périlleuses tentations »

Vves de Chartres, en parlant ainsi, ne faisait qu’esprinier les sentiments qui dominaient alors. C’est surtout à la fin du onzième siècle, peut-être plus (ju’en aucun autre temps, que l'Occident sentit naître en lui des aspirations |)lus généreuses, un désir de vie chrétienne plus immolée, un besoin plus vif d’association plus intime. Quatre congrégations nouvelles venaient de surgir dans l'Église et d’enrichir l'institut monastique : celle de Grandmont, fondée en 1075 par saint Étienne de Muret*; celle de la Chartreuse, fondée on 1084 par saint Bruno celle de Citeaux, fondée en 1098 par saint Robert de Molesme*.; entin celle de Fontevraud, fondée par le 11. Robert d’Arbisscl ’. La plupart des anciens monastères avaient été |)€u à peu affiliés à Chiny, ou le furent, dans la suite, à Cüeaux : c'est ainsi que la réforme y pénétra et (ju’ils devinrent, aux douzième cl treizième siècles, des pépinières de saints, de savants et d’artistes. D'autres pieux personnages travaillaient egalement au progrès de la vie monastique. Tels étaient, en particulier, saint Gérard, d'abord moine de Cor bie, ensuite fondateur de l’abbaye de Seauve-Majeure en Aquitaine ; le B. Simon de Crépi, qui abandonna les grandeurs du monde et devint un des plus saints personnages de la congrégation de Cluny ; Gaston cl Gironde, son fils, fondateurs de l’ordre de Sainl-Aiitoiiie.

* Yv. Kpüi., lîhi.

^ Cf. Yit(f S. Steph.f «[lud Itullniid., 8 fehr. — Mabill., sæcut. VI Iteiied.. liiK'l'ol., 11 |Kirl , ut so4|(|.

* Cf. Holland.. Comment, et Vita Ü. t> Oclt«b. — Carthus.

' Cf. Vita 5. Hobert.^ apud Itolland., 20 .ipril. — Hiti. det ttrdreê retiyienx.

* Cf. Vita h, Robert., «jmd BoUhikI., 25 .\pri).

l,tuu FüXDATION tT LKUn ESI'lUT. 2H

1,'inslitution des chanoines réguliers jetait, il est vrai, beaucoup moins d’éclat que les ordres monastiques ; cependant, elle continuait à s’améliorer et possédait plusieurs saints religieux , comme saint Gaucher au diocèse de Limoges, le B. llildemare, le B. Odon de Cambrai et le B. Yves , qui fut doyen du chapitre de SainGQucntiii avant d’être évè(|uc de Cliarires.

Emporté par ces souffles de piété mystique, Guillaume de Champeaux quitta l’archidiaconé de Paris et la direc. tion immédiate de l’école de Notre-Dame, pour se retirer dans la solitude. Outre le désir de mener une vie plus parfaite il y avait dans son âme une fatigue, peut-être même un dégoût, provenant des discussions qu’il avait dû soutenir contre Abélard, et, par suite, un besoin de trouver du calme pour reposer son esprit, du silence pour recueillir scs pensées, et du temps pour approfondir les problèmes si graves auxquels il avait touché dans son enseignement et dont il ignorait encore la solution. Il communiqua sa résolution à plusieurs de ses disciples qui avaient l’âme non moins avide que la sienne et le suivirent avec une fidélité qui ne se démentit pas.

Or, dès le onxième siècle, peut-être meme avant, il y avait, près des murs de Paris, dans un lieu nommé Cella velus, une petite chapelle dédiée à saint Victor. C’était un lieu sauvage, bordé d’un côté par la rive gauche de la Seine, de l’autre par des bois dont la foule respectait le silence. Selon Hélyot, il y avait eu, en ce lieu, une recluse nommée Basilia ’, et, d'après Simon Gourdan, cette chapelle servait à ipielques pieux solitaires, qui venaient

* Voir Fleury, llitt. eccIMast XV, iVO. — HUl. lillér. de la France, X.

* ///«/. det ordres monastiques, religieux et militaires, etc., Il* |nrlie, cil. ixii, l. Il, |i. lit); Paris, 1731.

342 l/ÉCOLE ET I.’AIIBAVE DE SAlîiT-VICTOR.

vaquer à la prière et à la méditation des vérités clirélieniies*. C'est là que Guillaume de Champeaux vint se fixer avec ses disciples et jeter les premiers fondements de l’abbaye de Saint-Victor

' U» vie* et les maximes sainte* des hommes Ulnslres qui ont fleuri dans l'abbaye de Saint-lictar de Paris, par le 1’. (Mniiilaii ; mivr. ai)prou>é |Mir le I‘. (le Dourge^, pi leur de 1 nbl>*yt% en lüllS; Ms. de la Mazarine, U. 2981. eh. II. •

* On lit dons V/listoire de la ville de Paris, \m DD. Félibien cl Ltdtincau, • l. 1, p. 145: « La chapelle qui scrvil do relitiilc à (iuillatinic cl ?es c<nnpagnons était un prieuiv dépendanl de l’abbaye de Saiol-Vidor de Ma^^cilU^ {tiiivnnl la chronique d Albéric, moine de Cîleaux qui vivoil dans le iiuiiic »tèclc. Ou Toit au»si que peu d’aiinocs nupttravnnl il y avait dans le même lieu une comiminaulê de inoin s dont le supérieur, nommé Ansolme. w qualiiiail ahbi* de Saint-Victor de Paris dans la suiiscriptioii d une ciiarle doiméo par Philip|>o l’an 1085. L’aiicioiino épitaphe do Louis VI. exposée dans Saint-Victor mémo, |iorlc expressément que ce roi fonda la nouvelle abbaye in cella veteri ; ce qui ne peut signilier autre cliosc en tel endroit qu’un petit monastère ou prieuré. Au*si tout semble milorbei le témoignage d’AlU'-ric qui dit que c'était originairement un prieuré de Snint- Victor de Mar.'^eillc avant rintrtHluclion des cbanoinc< ivguliors. » D'après cette opinion, Guillaume de Cliampeaiix n'aurait cU* que le rolaiirâleur de In première comimmniité disparue, cl il aurait seulement rcniplnc»' le prieuré par l’abbaye.

C’est une err« ur. En effet, d’abord U cbartc dont )>arlcnl DD. FélilMcn (H Lubiiioati est complétciiiciit inconnue. M. L'(q»oid Delidc lui-tiiéiiu’ nous a certifié n'en avoir jamais eu connaissance et en nie l’existence jusqu’à preuve du conli-aire. le supérieur cl la <^niiniin:tulé dont il s’agit ne sont |ios moins inconnus que la charte susdite. Ensuite, le mol cella ne signifie pas iiécoîMiiicment un \tcùi monastère ou un prieuré; rcrmitage dont parle llélyol nous donne de ce mot une explication |vu Taitemenl sullisanle. De plus, le vocable de Saint-Victor donné à l’ancienne chapelle n’exige nullement aupn’s d'elle l'existence d'une communauté de moines dé|>endant de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille. I.e martyr saint Victor ayant fait à Marseille, où sou corjjs reiKise. un grand nombre de miracles, ('.assieii y fonda en son lionneur deux monastèrt^s, dont la réputation de sainteté sc réiKuidit dans toute la Frana*. Plusieurs villes, particulièrement Parts, érigèrent des chapelle» sous le patronage et le voeahlc de ce grand saint. Tel est le récit de

Simon Goiirdan, Il n'e^l dme pas iiéccs>aire de recourir ni à un prieuré, ni

à une communaulé de religieux de Marseille. Enfin les hiîloricns de la

Gallia christiana sont formels sur ce point; on lit au t. IX. p. 877:

« Guillelinus, mclioris vitîo ciipidus, ad cellam velerem in ftiburhiuni Parisinrum. iibi erat icdiciila qu;nlam sancli Vicloris, cuin discipiilis aliqmd niigravit aiino 1108; habituque ordinis canonici assumplo. celebci riiiiain sancti Vicloris Pnrisiensis ablwliam fundavit. »

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