SYSTÈME TIIÉOLOGIQUE DE GUILLAUME DE CHAMPEAUX
« Quiclhque igitur fidk bona operabaniuy, ipsa fides in eis originale peccatum abinebal'. »
Tel fut le système théologique de Guillaume de Champeaux, autant que les débris de ses ouvrages nous ont permis de le concevoir et de le reconstituer. Essayons maintenant de retrouver à travers ces mêmes débris les grandes idées qui forment le fond de sa méthode, soit théologique, soit mystique.
* fionsUt :iliquo6 et siih naliirali )(hfc el siih scripta et sub Kvanselio salvt» Dicendum eitt if^ilur quod illi qui Mlvali siint ante advenlum Cbri^li erciieliant nliquem esse jusluin et piuiii judieem qui et bonix Iwna et inali«i main redderet. Ernnt eliam qui veiituruni tredebant queiiHlnin a Dco qui redimerct populum, moduni autein ncseieltanl. Ernnt iteiiim paudssinii quibus liie iikmIus rctlcmptiunis nalus erat. Quicumque igitur fîdeliona opernhantur, ipsa fides in cis originale pcccalum ablueluit. » Frogm. X, de >alurali ei scripla Icge, etc.
CHAPITRi: III
LA NKTilODE TIIÉOLOGlQUK AVANT I.E DOUZIEME SIÈCLE.
i. >— liii)K>rtance <lc lellc cUidc. — La foi 1*1 la Itiéolo^ic*. — l.c^t iroi" pliaso> de ta IbVilu^ic |>endaal h*?* quatre fweniieis de — L’e\|n*>ition. —
L'explication pastorale. — La double apologétique. — Clément d'Alevamirle, (.irigène. — Saint Auffu&lin. — 11. Les Ikirharc». — Méthode tliéologiquc de Seot Erigène. — > Bérenger. >- Mctiioüc poxitivc.
Les systèmes passent, les méthodes restent, parce que les systèmes ne sont que les corps des méthodes, tandis que les méthodes sont les âmes des systèmes. Le système de Bacon a été remplacé ; mais sa méthode a été maintenue. Le système de Descartes est expirant, s’il n'est* pas mort ; mais sa méthode est immortelle. Or, de même qu’il y a une méthode d.ins les sciences physiques et dans la science psychologique, ainsi il y en a une dans la science tliéologique. I.à on raisonne sur le Fait matériel et sur le fait psychologique, ici sur le fait religieux, notamment sur le fait de la révélation chrétienne.
Cette révélation est un fait essentiellement intelligible et s'adressant à des êtres essentiellement intelligents ; c’est la lumière de la foi venant se surajouter à la lumière de la rai*
«8)t I.A MÉTHODE TIIÉOl.Or.IQl E
son. De là deux séries de questions: Quels sont les droits et les devoirs de la raison à l'égard de la foi, et de la foi à l’égard de la raison ? Comment doit se faire le partage entre ces deux puissances chargées d’éclairer et de diriger l'homme? Ont-elles un domaine commun, ou bien deux domaines distincts, ou même deux domaines séparés? Y a-t-il entre elles une suprématie? Qu’est-cc que cette suprématie, et à laquelle des deux appartient-elle? Toutes CCS questions, inconnues à l'antiquité, sont nées du christianisme, et, comme l’a fait remarquer M. Charles Jourdain, « il n’est pas nécessaire de réfléchir longtemps pour SC persuader que de la solution qu'elles reçoivent au fond le plus intime d'une àme, dépend l’avenir-de cette âme, sa direction religieuse et philosophique, selon qu’elle a comprime ou développé en elle plus ou moins l’élan de la foi ou l'élan de la raison*. » Du reste, la lutte qui s’engagea sur cette question, il y a près de cinquante ans, à l'apparition de l’Es.soi sur l'indifférence, et <|ni est loin d’avoir disparu des esprits, nous prouve suffisamment l'importance méritée qu’on y a attachée. Aujourd'hui comme à celte époque, l’accord de la foi et de la raison, soit sur le terrain individuel, soit sur le terrain social, est resté le problème dominant et la clef de voûte de tous les autres.
Dans cet état de choses, peut-être serait-il utile de faire taire en nous toutes les passions personnelles qui peuvent nous agiter, de nous abstraire des partis dans lesquels notre vanité a pu nous engager, de sortir de celte société et de ce siècle, où l’impartialité est si difficile à tant d'intelligences, et de remonter jusqu’à cette société du douzième siècle, dont l’esprit, il est vrai, ressemble trop au nôtre pour que nous lui soyons étrangers, mais qui cependant, ' Iài Philotophie de saint Thomas d'Aquin, I. Il, p. 278.
AVA!«T LE DOUZIÈME SIÈCLE