DÉBATS SUR LA HËTHODE TIIÉOLOGIQUE AU DOUZIÈME SIÈCLE
ne me trompe, le vrai sens de la célèbre formule que nous étudions : Philosophia theologiæandlla.
Mais tous ces débats contiennent des conséquences que la logique nous fait un devoir de tirer, comme l'intérêt nous en fait un plaisir.
CHAPITRK V
QUATRE nériNITlONA ET QUATRE CONSéQUENCBS
1. Quâirc définitions : U raison, la foi, la philosophie, la ÜM'ologie. II. De l'évidence comme critérium en tliénloj^ie. — Explitnlion. — En texte du R. P. Matignon.—La Somme do saint Thofnas. — Double ohjection. — III. i.o doute méthodique. — Trots opinions. — Éclaircissements. — IV. La pliilo>ophic séparée. — Quadruple di'^tinction. — Y. Le libre examen. — Prote^lanlUme et catholicisme. — Licence et Uborté. — Cn texte de M. P. Janet.
Avant de tirer les conséquences que renferment ces grands débats, rappelons quelques définitions, d'autant plus importantes qu’il s’agit de termes continuellement employés et presque continuellement incompris ; je veux parler de la raison, de la foi, de la philosophie et surtout de la théologie.
La raison n'est pas une de ces entités que la scolastique SC plaisait à déclarer réellement distinctes de l’àme, c’est l’âme elle-même en tant que substance lumineuse et intelligente ; c’est son essence en tant que cette essence est une force de perception, de même que le cœur est celte même essence en tant qu’elle est une force de volition. En sorte que tout homme qui attaque la raison, attaque la nature humaine dans son essence, cl conséquemment, heurte
7,6i QUATKE DÈh'ISITIÜKS.
non-seulement la volonté gubernatrice de Dieu, mais encore sa volonté créatrice, cette volonté première qui a fait les essences.
La foi est aussi une lumière, une force de perception , niais une lumière essentiellement révélée, une force de perception essentiellement surnaturelle. Ce n’est plus la substance de l’àme humaine, c'est la substance surnaturelle communiquée à la substance de l'àmc humaine. I^a raison et la foi sont donc deux lumières essentiellement distinctes, deux forces d’un ordre spéciliquement différent ; et même, d'après une grande école, là c’est le créé, ici l’incréé communiqué au créé; là c’est la nature de l’éme liuinaine, ici la substance de Dieu unie à la nature de l'âine.
La philosophie, c’est la raison dans sa perfection naturelle ; c'est l'âme recueillant par l'analyse et la synthèse toutes les connaissances qu’elle a acquises, et s’en faisant cette lumière condensée, où toutes les autres sciences humaines se retrouvent dans leurs causes et leurs principes, et qu’on a si admirablement appelée scienlia rerum per causas. La philosophie est donc l’irradiation intrinsèquement naturelle de la raison, et l'évolution la plus parfaite de la pen.sée humaine en tant qu’humaine. Les autres sciences naturelles habitent dans la vallée, la philosophie plane sur les sommets.
La notion de la théologie est plus complexe, parce qu'elle implique l’union de la foi et de la raison. Voici dans quelle mesure. De meme que la philosophie tire les conclusions que contiennent les principes de la raison, de même la théologie lire les conclusions qui sont renfermées dans les principes de la foi. Or, il est manifeste que l’extraction de ces dernières conclusions se fait par la raison. Toutefois
ET QUATRE CONSÉQUENCES. 5e:.
celle extraction, considérée comme telle, n’exige pas de la raison un rôle considérable : il suffît qu'elle agisse comme un instrument exact, qui fasse découler logiquement les conséquences des articles de foi ; mais il n’est pas nécessaire (ju'elle scrute l’intérieur soit des articles de foi, soit de leurs conséquences. Tel est le premier travail de la raison dans la théologie.
Est-ce le seul? Non : car la théologie est une science, et la science, par cela seul qu’elle est une vue du' dedans et non-seulement une vue du dehors, ne saurait se contenter de déductions plus ou moins inconscientes ; il faut encore qu’elle entre, selon la mesure de ses forces, dans la signiücation intime des principes et de leurs conclusions. La théologie doit donc faire ce second travail. Mais comment pourra-t-elle entrer dans l'intérieur des articles de foi et de leurs conséquences, sinon à l’aide des principes et des conséquences de la raison? Cette conciliation entre les principes et les conséquences de la foi d’une part, elles principes et les conséquences de la raison d’autre part, s’appelle philosophie chrétienne lorsqu’elle va de la raison à la foi, et théologie philosophique lorsqu’elle va de la foi à la raison. Mais, comme cette conciliation qui va de la foi à la raison constitue la plus noble partie de la théologie, on l’appelle simplement théologie. En effet, la théologie qui n’est qu’une jnire déduction des conséquences dos articles de foi, n’est pas une théologie raisonnée, quoiqu'elle soit raisonnable ; tandis que la théologie qui explique les articles de foi et leurs conséquences est une théologie à la fois raisonnable et raisonnée. Là c’est une argumentation, ici c’est une science : là on fait des syllogismes, ici on les comprend : là c’est la foi ignorante, quel([ue illustres que soient ceux qui s’en contentent, ici