A L’ÉCOLE DE SAINT-VICTOR
lui-méme à Robert une lettre dans laquelle « il lui reproche une trop grande farâiliarilé avec les femmes, se moque de l’habit ridicule et malpropre dont il se couvrait, et l’engage à ne pas déclamer aussi fort contre tout le monde, par la raison que ce n’est point là prêcher, mais dire du mal, ce qui est très-di(Térent‘. » Roscclin écrivit aussi contre Robert’. Sans doute Roscelin s’occupait beaucoup plus de philosophie que de théologie, et il avait mérité par ses erreurs d'être condamné à un concile de Soissons ; cependant il apportait dans sa piété la même conviction qu’en philosophie, et malgré sa froideur c'était une àme dévouée au service de Jésus-Christ. Les attaques qu’il ne craignit pas de diriger contre les mœurs du clergé anglais, dans un pays où il était en exil et dans un moment où tous semblaient l'avoir abandonné; attaques qui concoururent en grande partie à lui valoir l’honneur d’être chassé d’Angleterre par Guillaume le Roux; puis, lorsqu’il fut de retour en France, le zèle qu’il déploya en Aquitaine, les prédications par lesquelles « il rendit de grands servicesà la loi’, » nous sont des preuves incontestables de sa sincérité et de son dévouement. Mais toujours est-il qu’il avait de l’àpreté, de même que Geoffroy et Marbode prsteudaicnl avoir de la sagesse et de la modération, tandis que le B. Robert était accusé d’une ardeur aussi imprudente que bien intentionnée. Or, pour quiconque sait lire dans les faits, il est évident qu’il y avait là les trois germes dont nous avons parlé.
La deuxième période comprend les vingt premières an-
' Voir Œuvres de Mnrbode et d’Ilildebert, éditées par le P. Beaiijtendre, i vol. in-fol. — Voir aussi sur le B. Rolicrt d’Arbrissel le trarail de M. de Péligny, Bibl. de l'École des Charles, 3" série, V, 1-30. — Fleury, //('s/. eccIMatl. 1. LXV, n. 18.
* Voir HiiUoire lilti'raire de la France, t. IX.
’ Hotceliu, sa vie et ses doctrines, par Fréd. Saulnier, p. 10-18.
r,92 MÉTHODE MYSTIQDE DE GUILLAUME DE CHAMPEAUX nées ilu douzième siècle. C’est celle que nous allons étudier tout à l’heure, et que domina l'action calme, quoique ferme et modérée, quoique généreuse, de Guillaume de Champeaur.
Le troisième commença avec la gloire de saint Bernard et finit avec sa vie.
La quatrième fut celle d’Amaury de Bène et de David de Binant, les deux grands représentants de toutes ces idées panthéistes et mystiques qui désolèrent la France pendant les deux siècles suivants.
Il serait curieux de rechercher les causes qui préparèrent ces périodes successives ; d’examiner pourquoi la troisième école eut une si grande influence d.ans la première période, pourquoi la deuxième école atteignit son apogée dans la deuxième période, pourquoi la première école ul>tint un si grand triomphe pendant la troisième période, et surtout pourquoi ce dernier triomphe fut suivi si immédiatement des tendances si pernicieuses et des sentiidents si extravagants qui remplirent la quatrième période. Ne fautil voir dans ces mouvements toujours croissants, dans ce passage si rapide du vrai au faux mysticisme, que le résultat de celte afféterie des esprits qui ne sut plus se contenter de la vérité solide et sérieuse, mais dénatura la logique et tortura le bon sens pour trouver partout des allégories et des fantaisies d'imagination ‘? Ne faut-il pas compter
* C’est ainsi que Bernard de Chartres vit dans toutes les fictions de Virgile des symboles physiques ou moraux, dont il prétendit dévoiler le sens. Ainsi il retrouva dans l'épisode de Junon et de ses nymphes, d’isis et d’Éole, tous les phénomènes météorologiques. Énée est l'esprit qui habite le corps; les tempêtes qu’il éprouve sur la mer sont les sécrétions et les excrétions du corps a iiiHuxiones et eltluxiones; » scs sept vaisseaux sont les sept volontés ; ses com|>agoons sont les membres de son corps ; sa femme Creuse est le désir du bien ; ses voyages en dilTércntes contrées ma/quent les passions que traverse lame humaine. Voir H. Cousin, Fragm. philos , moyen âge, édit. 18or», p.