A L’ÉCOLE DE SAINT-VICTOR
(le fniquenles conversations'. Pour les ramener à la vérité, il composa, sous forme de dialogue entre un chrétien et un juif, une apologie du christianisme, dans laquelle, au lieu de haïr, il discuta avec cette modération charmante et parfois enjouée, qui a le double avantage de ne pas nuire à la logique et de rendre plus acceptable la vérité qu’on propose.
Enfin, à toutes ces vertus Guillaume de Champeaux joignit une grande sincérité et voulut toujours que la religion fût d’abord intérieure. « Je te montrerai, disait-il à l'ami qu’il avait dans le judaïsme, comment, en observant ainsi la loi, tu la détruis; je te prouverai qu’en pratiquant de la sorte ses préceptes, tu ne les pratiques nullement, et qu’en te faisant circoncire, tu restes incirconcis *. » Il devait, en effet, sous peine d’étre illogique, regarder cette nécessité de la religion intérieure comme l’âme de toute sa théologie mystique : car nous avons vu, dans son système de philosophie, comment distinguant avec Platon entre l’essence de l’homme et son intégrité, il plaçait le centre même de la personnalité, de la vie intellectuelle et morale, et conséquemment de la vertu, dans l’âme seule, se et cor/jus ciiijundiis fuit^.
Telle fut la méthode que Guillaume de Champeaux établit à l’abbaye de Saint-Victor. Nous verrons, dans le livre suivant, comment il lui resta fidèle pendant son épiscopat à Chàlons-sur- .Marne.
* c Quidam milii cum cognîtus esscl Judæus cujusdam negoûi cauaa ; tandem cogenleamoro frcquciiler illi suadebam, clc. » Cf D'ialog.^ etc.
* c Ostendam tibi quomodo legem ipsam »ic obaervando destruiü. atquc ejus præcopta lenens nuii tcncre probarU, et circumcUus iucircumcbus esse coiivinccris. » Ibidem.
^ De origine animx, n. 3.
LIVRK TROISIÈME
ÊVÈQOE ET COMTE DE CnAI.nH8-SDR-MAIlIIE — 1113-1121 —