‹ Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au XIIe siècle, S'apreès des documents inéditsChapitre 57 sur 83 · ROLE DE GDILLADME DE CHAMPEAUX DANS LÀ QUERELLE DES INVESTITURES · texte numérisé non relu

ROLE DE GDILLADME DE CHAMPEAUX DANS LÀ QUERELLE DES INVESTITURES

L‘inve»iiturc. — Sa dAdnilion cl son histoire : Allemagne, Angleterre, Normandie, France. — Y?C!» de Chartres.*^ Guillaume de Champeaux aux coDcile^ de Trojc», de Beauvais, de lleim» et de ChMonJ. — DiMe de Tribur. — Di^pulalion de Guillaume de Champeaux h Tempereur Henri V par le pape Callxle il; ConCerem-es de Slrasl)Ourg. ^ lletonr à Paris. — Nouvelle di^ptilalion. — Ouverture du concile de Ileims en 1119. — Entrevue de youaon.— Fin du concile.

Au douzième siècle, l'Église et l'État n'étaient point séparés, mais unis profondément. Cette union fut, sinon la cause, du moins l’occasion de débats nombreux, dont la matière semblait appartenir simultanément à l'Église et à l'État, et dont la solution était revendiquée par l’une et par l'autre. Parmi tous ces débats le plus célèbre fut celui des Investitures.

Par investiture en général, on entendait la mise en possession d'un tief donné par un seigneur suzerain à son vassal. On sait que sous la féodalité les Églises, a cause des biens temporels qui en dépendaient, étaient, quant aux charges et aux droits politiques, assimilées aux autres licfs. Ainsi, tous les po.ssesseurs de griinds iiefs ecclésiastiques que l'on appela depuis bénéfices consistoriaux,

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étaient obligés de fournir à l'armée un contingent de leurs vassaux, sur la réquisition du chef de l’Élat; et, comme les autres grands feudataircs, ils avaient rang dans les assemblées générales du gouvernement.

Le chef de l'Ktat avait droit, dit un historien, de donner l’investiture du fief ecclésia.stique comme de tout autre ; et cet acte n’aurai' rien eu que de légitime, si le prince n’avait eu en vuei|ucla collation du temporel, et si, du reste, il n’ei'it pas gêné les élections établies par l’Kglise, comme le moyen le plus sûr de connaître les sujets digues et capables de remplir les fonctions ecclésiastiques. Mais il en fut tout autrement. Dans les vues de l'Église, l ima stiture du prince eût dû se réduire à une simple formalité confirmative de l’élection, comme elle l’était pour les autres fiefs qui se transmettaient par succession. Les princes voulaient, au contraire, nommer directement aux bénéfices ecclésiasti(|ucs,et même conférer, par leur investiture, la Juridiction spirituelle à ceux qu’ils avaient choisis.

Toutefois ce n’est que peu à peu qu’on en était venu à des prétentions aussi criminelles.

Pour entendre le sujet de cette discussion, il faut savoir que, suivant l'ancienne coutume, l’élection des évêques se fondait généralement sur les suffrages du clergé, du peuple et des prélats provinciaux. Mais le cours des années et la conversion des nations barbares introduisirent des innovations importantes dans cette branche de la discipline ecclésiastique. tcnurc des propriétés du clergé fut assimilée à celle des laïques ; le souverain s’attribua le droit d’approuver l’élection du prélat, et le nouvel évêque ou abbé, comme le baron et le chevalier, fut obligé de jurer fidélité et de rendre hommage à son seigneur suzerain. Les prétentions de la

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couronne s’éleiulircnl graducltcnicnl. Comme il êlait de rinlérêt du prince que les fiefs spirituels ne tombassent pas entre les mains de ses ennemis, il s'empara du droit de nomination, et, en vertu do ce droit, il investit l’individu qu’il avait nomme par l’anneau et la crosse, insignes connus de la juridiction épiscopale et abbatiale. L’Eglise vit avec défiance ces empiétements successifs sur scs droits; dans les conciles généraux de Nicéc, en 787, et de Constantino]de, en 8()0, on condamna la nominalion des évêques par les autorités lanpies. En 1007, ces aneicnnes probibitions furent renouvelées par Grégoire VII, et dix ans aprc;s, Victor III, dans un synode tenu .à lîéné'vent, prononça la sentence d’cxcominunication contre le jerince qui prétendrait exercer le droit d’investiture et le prélat cpii consentirait à recevoir scs biens temporels à de telles conditions. Mais ce fut en vain que les foudres de l'Eglise furent lanccies contre cet usage des souverains ; ils rcrusèrent d’abandonner un privilège dont leurs prédécesseurs avaient joui, et les prélats, qui leur devaient leurs riebesses et leur importance, le défendirent énergiquement'.

Les empereurs d’.VIlcmagne, s’appuyant sur les privilèges accordés autrefois à Charlemagne par la papauté, les convertissant endroiis absolus et les étendant même au delà des justes bornes, s’imaginaient conférer la juridiction spirituelle, en investissant les bénéficiers par la crosse et l’anneau. Ils s’attribuaient aussi le droit de déléguer l’autorité spirituelle, et prétendaient en avoir le principe en euxmèmcs.en vertu de leur pouvoir politique. A leurs yeux, 'Eglise n’étail qu’un grand fief relevant d'eux seuls, et les pasteurs de l’Eglise n’étaient que des fonctionnaires

' LingarJ, Histoire d'Angleterre, l. II.

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publics. C'êlail bien là délruirc toute réconotnic divine de rfiglisc, et faire de l'institution spirituelle de Jésus- Cbrist une institution purement politiipie, une branche de l'adminislnition civile. C'est un fuit incontcslable que, dans le choix qu’ils faisaient des évêques, les princes d'alors avaient moins égard au mérite et à la vertu qu’à l'argent et aux intrigues. L anneau et le bâton pastoral étaient par eux mis à l'enchère et adjugés au plus offrant. Les béiiélices étaient une marchandise; ceux qui les avaient achetés, au lieu de s'appliquer aux fonctions ecclésiastiques qui y étaient attachées, ne songeaient qu’à piller leurs vassaux et à taxer, au prix le plus élevé possible, toutes les cérémonies religieuses, afin de rentrer dans les fonds qu’ils avaient déboursés ou de leur faire produire de plus gros intérêts. Ces spéculations sacrilèges, désignés sous le nom général de simonie, étaient comme une lèpre qui couvrait le corps entier de l’Église.

L'Angleterre et la Normandie n’étaient pas moins désolées que l’Allemagne. Qui ne sait comment le droit que réclamaient les souverains était exercé parGuillaume le Roux? Ce prince, afin de favoriser ses intérêts, refusa plusieurs fois de nommer aux bénéfices vacants et déshonora les dignités ecclésiastiques en les prostituant à qui en offrait davantage. Qui ne voit, s'écriait saint Anselme, que les investitures sont la source de la simonie et la ruine de la religion? Quand ils espèrent obtenir du prince la dignité épiscopale, les clercs méprisent leurs évêques et abandonnenll’Église. Les uns répandent beaucoup d’argent parmi les hommes du palais ]iour acheter leur recommandation ; les autres s’imposent d’énormes dépenses pour vivre à la cour dix ans et plus, et souffrent avec patience le froid et le chaud, la pluie et les autres incommodités des

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voyages. Ils souhaitent la mort de celui dont ils briguent la place, et sont jaloux de ceux qu’ils regardent comme leurs compétiteurs'. — Kn Normandie , l’indigence de Robert avait amené des cliangcmcnts dans la méthode ordinaire : il vendait la réversion des éNéchés en faveur d’individus dans renfance, et accordait pour des sommes proportionnées plus d’un diocèse au même prélat. Les hommes probes désiraient vivement la suppression de cet abus, et le zèle des pontifes était excité par les conseils des membres les plus vertueux de l’épiscopat*.

En France, on ne voit pas que les rois aient poussé si loin leurs prétentions, et la seule réforme qui semble y avoir été nécessaire sur ce point, fut de tenir à ce que l’élection canonique précédât l’investiture, et que la royauté gagnée par argent n'abusât pas de son autorité pour peser sur l’élection.

Parmi les évéques de France qui ont pris une part considérable à ce débat, il faut citer Yves de Chartres et Guillaume de Champeaux.

Guillaume de Champeaux, lorsqu’il n’était encore qu’archidiacre de Paris et écolâtre de N'otre-Damc, avait été envoyé par Galon, son évêque, au nombreux concile que Pascal II tint à Troyes en H 07. La question des investitures était tendue alors plus que jamais, par suite des |iaroles amères qui avaient été échangées à l’évèché de Chàlons entre le pape et les quatre députés de l’empereur Henri V. Ces députes étaient Brunon, archevêque deTréves, l'évêque d’Halbersladt, celui de Munster, et Welf, duc de Bavière. Le pape ayant soutenu que l’investiture était un

‘ s. Aiisclm. Serm. II.

* Voir Lin^ml, ouvr. cité, l. II. — Pouvoir du l'ape au moyeu âge, par .V. Gosselin; Paris, 18(5, p. >i8( et suiv.

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