AVANT GUILLAUME DE CIIAMPUUX
qu’Yves de Chartres a mérité, par ce véritable code de jurisprudence, d'être compté parmi les auteurs de systèmes au onzième siècle.
Ces trois systèmes contribuèrent singulièrement, quoique dans des manières différentes et des mesures inégales, à formuler un quatrième système, le système de théologie mystique. La scolastique et la mystique, en effet, sont, comme l'a dit ÂIzog, deuv formes particulières de l’esprit humain. Elles sont nées d’un seul et même effort de l'esprit, qui se manifesta sous deux faces diverses, eu s'appliquant soit a la claire perception, soit au sentiment profond des choses La mystique devait donc croître en proportion de la scolastique et passer à peu prés par les mêmes phases. Tant que la scolastique ne fut qu’une dispute et qu’un essai ilc système, la mystique ne fut qu’un ensemble d’aspirations vagues et d’élans plus ou moins réglés. Lorsque la scolastique se formula sous le triple effort du génie d'Anselme, d'Ilildebert et d’Yves de Chartres, la mystique, elle aussi, sentit le besoin d’avoir un ensemble de principes sérieux, pour mettre une sagesse plus calme dans son ardeur et une lumière plus désintéressée au milieu de ses flammes. Les ouvrages de saint Denis l’Aréopagite, traduits du grec en latin, par Scot Êrigène, à la prière de Charles le Chauve, n’avaient fait, à ne consulter que l’histoire, qu’enthousiasmer les cœurs et les plonger dans des rêves mystiques d’où l'idée claire était trop souvent absente : mais lorsque s<ùnt Anselme, Hildebcrt et Y’vesde Chartres firent passer la théologie scolastique de l’état de discussion à l'état de système, alors deux hommes parurent qui tentèrent le même effort en faveur de la théologie mystique, le B. Udon de Cambrai
* Aliog, Histoire de l'Eglise, § ‘252, 1. 11, p. 415, 3* édit. P«ris.
6C LES fXÜLES ET LES SYSTÈMES EN FBANCE
et l'abbé Rupert. — L’un, d’abord ccolàtre à Toul, puis professeur à Tournai, s’était retiré de l’enseignement pour se faire chanoine régulier (1092) , ensuite moine à l’abbaye de Saint-Miirtin (1095) , en attendant que son mérite le fit éle^er sur le siège épiscopal de Cambrai (1105). Son austérité, parfois insuffisamment contenue comme tout ce qui ne sait pas se soustraire à l’empire de la réaction, lui fit renoncer à la poésie* et à la dialectique*, pour ne plus écrire que sur les choses saintes*. Et l'esprit qui le guidait dans ses écrits le guidait aussi dans ses actions ; lorsqu’il était écolàtre, il était envers les étudiants, même pour la discipline e.xtéricure, d’une telle rigidité, qu’il ne leur permettait ni de tourner la tête, ni meme de dire une parole à voix basse en allant à l'église ; lorsqu'il devint abbé de Saint- Martin, il traita les religieux plus sévèrement encore qu’il n’avait traité les étudiants de Toul et de Tournai. — Rupert, abbé du monastère dcTuy (1120), eut une vie peutêtre moins active, mais plus studieuse. L’Écriture sainte et les choses pieuses occupaient tousses instants*. Et encore, non content de restreindre l’objet de ses études, il se bornait à ne les considérer que sous l’aspect mystique : « Il est
■ Il composa un poPrav sur ta Guerre de Troie ^Mabill., Annat.f l. V, p, 651,,.
’ Il cumpus.a ensuite trois ouvraç^s de diaicclique ; Le Sophiste [Spicil.. t. XII, p. 301), le livre des Comptexionum et le livre de t'Être et de lë Chose.
V Ses principaux ouvrages sont : Expositio in canonem missæ, de Peccato originati. Dispiilalio de advenlu Christi, de Blatphemia in Spiritum Sanctum, de Caaonibus h'.rangeliorum, llomitia duplex de villico iniquilalis Cf. Histoire littéraire de la France, t. IX, p. 59t. — Hignc, Patrol. eues.. t. CLX, col. 1039, etc.
* Voir ses Commentaires sur la Genèse, sur saint Matthieu, sur l'Evangile selon saint Jean, sur l’Apocalypse, sur les douxe Prophètes, sur le Cantique, sur Job. sur l'Ecclèsiaslc; scs Trailés de lë méditation de ta mort, des offices divins, de la victoire du f'erbe de Dieu; set Observations sur ta régie de saint Benoit.