A LA TRAHISON DE JEANNE D'ARC
Le premier document relatif à la trahison de Jeanne d'Arc par Guillaume de Flavy n*cst pas un témoignage posthume» ainsi que Ta cru Jules Quicherat : il est contemporain de Guillaume de Flavy et antérieur au procès de réhabilitation '.
Cette accusation fut formulée» en effet, le u février 1444-45, au Parlement de Paris, au cours du procès entre François de Rieux ei Guillaume de Flavy, qui suivit la séquestration et la mort du maréchal de France, Pierre de Rieux, par le capitaine de Compiègne.
Rapioui, pour François de Rieux, répliquait à Tapologie de Guillaume de Flavy, par l'avocat Lui Hier. Voici le passage de cette plaidoirie et quelques phrases nécessaires du contexte : c A ce que fut trouvé [Guillaume de Flavy] entre les mors, dit que n'y a apparence. Car n'est à présumer que y feust aie nu. Aussi à la vérité il fut trouvé sain et sans aucune bleceure. Par quay fault dire qu'il s'cnfuy et après s*cn ala mectre nu entre les mors. A ce que a longuement tenu et gardé la ville de Compiengne sans la vouloir bailler au duc de Bourgogne» combien que lui offrit or, argent et rentes, etc. dit que de ce ne doit précendre louange, car fesoit ce qu'il dcvoit. Ne scets'il en fist aucunes saillies contre ceulx qui y tenoient le siège. Et n'est à croire que en rctusasi XXX^ escuz, veu qu'il en ferme les portes â Jehan ne la Pucelle, par quoy fut prise. Et dit-on que pour fermer lesdictes portes il ot plusieurs Ung02 d'or. Aux services par lui faiz au roy à Ponioisc et ail- ]curS| etc. dit que riens n'en scet...^ 1*
Nous avons tenu à citer de ce document, non seulement le passage direct relatif à Jeanne d'Arc, mais encore quelques mots du contexte. Pour qui n'aurait la pratique des registres du Parlement» les puériles réparties de Rapîout à des actes avérés de la vie de Guillaume de Flavy doivent être déjà un objet de défiance* A considérer attentivement le texte de la plaidoirie du 1 1 février 14b 5^ nous y trouvons incidemment une afUrmatiûn précise : Les portes de Compiègne fermées sur Jeanne
t. Il n'y « nea qai U iiutifie dan» I» auteur» Je lit prernscre muiué du qumiiémc tîèrlc. Aprèi t430| «pparilC raccus^tioa vague d'une trahison. J. Quicherat^ Apfffws nouveaux^ P> 77*
1. ArcH- nat., Xs» 24., 11 février H|f-+5. P. J. \.x\n. Ce texte a été diicoutori |>;ir M^ ie tlcaucoin^ au court i a dépoaillenient du Parlemeni criminel quM fil pour aoa èiUîoR <le U Chroniquf dt àtathieti d'Escoitckx-
d'Arc déterminèrent sa prise et l'accusation plus vague d'une somme d'argent {plusieurs lingO!^) attribuée de ce fait à Guillaume de Flavy. Tout cela, il ne faut pas l'oublier, dans la bouche d'un avocat de la partie adverse, au milieu de puérilités et d'enfantines argumentations. Une conclusion s'impose : du vivant de Guillaume de Flavy, l'opinion d'une vague trahison était déjà formée, et dans des circonstances particulièrement défavorables à l'indépendance et à l'impartialité, un avocat put s'en faire l'écho*.
Les textes que nous allons maintenant passer en revue ont ce trait commun : ils sont tous postérieurs à 1460, écrits dans des régions éloignées du théâtre des événements. Ils formulent une trahison vague avec ce motif identique : les capitaines de France ont fait prendre la Pucelle par envie. Mathieu Thomassin, président de la Chambre des comptes de Grenoble, chargé par le dauphin Louis de composer un cartulaire des prérogatives de la couronne delphinale, s'est fait l'écho, dans son Registre rédigé après 1456, de cette forme de la trahison*. La Chronique de Tournai^ si fidèle aux infortunes de Charles VII, nous rapporte également cette version ^.
I. M. de Beaucourt réservait son jugemcat sur la portée de ce docament. ■ Encore une fois, je ne prétends pas qu'elle fut fondée. Il me suffit d*avoir signalé le fait. » Bulletin de la Société de l'Histoire de France^ 1861-18Ô3, p. 176. Le rédacteur de la notice qui précède la communication va beaucoup plus loin. « On ne connaissait pas encore les différents textes que ces chercheurs clairvoyants mettent ainsi successivement au jour, lorsque M. J. Quicherat publia les Procès de la Pucelle. l\ est probable que le savant éditeur eût vu les choses sous un auire jour s'il eût su les amitiéi secrètes du gouverneur deCompiègne et les dires de l'avocat Kapiout *, p. lyS.
3. « Laditte Pucelle fut trahie et baillée aux Anglois devant Compiègne. Procès, t. IV, p. 3 12. a Le témoignage de Thomassin sur Jeanne d*Arc n'est d'ailleurs qa*an écho de Popiiiion populaire.
3. «Et depuis dirent et affermèrent plusieurs que par le envie des capitaines deFrance, avec la faveur que aulcuns du conseil du roi avoient à Philippe duc de Bourgogne et à messire Jehan de Luxembourg, on trouva couleur de faire morir laditte Pucelle par feu. » Ce texte a été connu de J. Quicherat en 1883 seulement. {Revue historiques t. XIX, p. 62.) L*édiiion entière de la chronique avait été donnée en i856 par le chanoine de Smedt, au t. III du Recueil des Chroniques de Flandre, p. iiS-Syo. Cette chronique est en général d'une grande exactitude. L'édition préparée par le baron de Reiffenberg, d'après un manuscrit de la Bibliothèque de Bourgogne, est sans notes ni étude critique. Les rapports de cette source avec les chroniques de Eberhard de Windecke montrent qu'elle dérive de relations officielles circulaires. — On sait que la ,ville de Tournai, placée à l'extrême frontière de Tinflueuce française, environnée des Etats du duc de Bourgogne, reçut de Charles Vil une série de circulaires qui entretenaient le parti français. Les marchands et les riches tenaient pour le parti bourguignon, le commun suivait celui du dauphin. Des révolutions sanglantes, organisées par les bannières, marquèrent ces luttes politiques. On sait aussi rattachement de Tournai pour Jeanne et leur correspondance : la ville lui fournit des i^ubsides durant sa' captivité. Comment Tournai n*attrait-elle pas eu une opinion extrême sur la disparition de la Pucelle. Quoi qu'il en soit, il n'est pas légitime désoler ce passage, comme Ta fait Jules Quicherat. L'idée d'une trahison n'est nullement impliquée dans le passage de la chronique qui rapporte la prise de Jeanne devant Compiègne. « Et ladite Pucelle venue en ladite ville, et, aulcun jour issue pour grever leurs anemis, avec ceiiix de la ville et lesdits Italiens, après longue escarrauce par eulx faite et cuidans rentrer en icelle furent si opprimez etconstrains que ladite Pucelle fui retenue prisonnière.» {Chronique de Tournai, p. 416). Le bruit d'une trahison du conseil du Charles VU, qui causa la mort de Jeanne d'Arc « par feu » n'est donné d'ailleurs que comme une rumeur. Cf. sur Topinion à Tournai, un journal du plus haut intérêt de 1423- 1430, public par M. A. de La Grange, TrouM» à Tournai (1422- 1430), dans \e% Mémoires de la Société historique et littéraire de Tournai y t. X\ Il (1882), p. 295 (in-8), et les Extraits des Anciens Registres des consaux de la ville de
AP'PCXMCCS
La Ckr&ni^aede Nmfm^mdiê^ précise cette scciuation. La lilMjIeusv Chramifue ir L^rrj 3 se et la toTstérieuse disp«ntion de Jeanne
et ta perte due au i es de Fraoce. C'est «ussi le têmoîignage
produit par la Chronique Ja ior^w de Smni^Tki^aud de Me*jK
L'impressioa qui résulte de ces témoigaa^es est la sairaote : Il y a eu irahisoQ de U port des conseillers et des <:apitatne& de Charles VU : ils en poussent la conclusion )U5qu*à la prise de Jeanne d'Arc sous Coînpiégne« Maïs, sur ce dernier épisode^ ces témoignages se contredis^^I et demeurent Tagues. Ils ne mettent janiais en cause le capitaine de Cdinpîégne. It en %a tout autrenient d'un lexic fort précis en apparence, accusant nettemenT de trahison Guillaume de Flavy. Celte chronique est Tœuvre d'Alain Bouchart, citée à tort par J» Quichcrat ious ïe litre du Mirouer des femmes vertueuses*, et qu*il considérait comme le premier document relatif à la trahison de GuiUaumc de Fîavy. Il eût été plus exact de dire te plus net.
Dans les Grandes croniques de Brfiaigne^y rhistoirc de Jeanned'Arc
Tùurnai... U U (uis-t^o), puMié* par H. V^odenbroek (Toumsl, 1^61, s toI* iD-"^ et MoroMimi, t. Ml, p, të5*i&$.
I. « El ce ftretii fsifc p«r eovie les cap^riâioes de Frincej^ poarcc que, 3c au^uai fais d'«niie« %c faii^ofcnt. fi retiofTfm^e e*ToîT telle que U Pucetle Tâvoit fait. • txi Crontc^un ée Nor potir U première toi» d'ep^cs W
Ùme de * par A. HeHot p, 77-78 (Rtwcn.
Ce — «i «u - iLà». i - -.c»iÈ^. Cf. IntrodactioOf ïti^xtui. Ce
t c ceîbi de la Chroiti^ne anonyme, fr., 35oi8«foL4if. - .
«I> de 1 roic^ cooquiït jedii d4kilphta moûtie de ville» ec dv
par ie (»u;^ ^c la Puce) le qtn lort loAf toui ie nom et lei ftis des captUsu^é et §tn% d arnuea de u campAgaîe, dont aucmit d'iccux a'e«toteQt mie bita cotUents. *