‹ Guillaume de Flavy, capitaine de Compiègne; contribution à l'histoire de Jeanne d'Arc et à l'étude de la vie militaire et privée au XVe siècleChapitre 22 sur 115 · Sorel, Prise de Jeanne d'Arc p. 1 14, n, i · texte numérisé non relu

Sorel, Prise de Jeanne d'Arc p. 1 14, n, i

3. Le 14 août, une députation partit pour porter l'obéissance de la ville au roi : elle ne put aller plus loin que Verberie, les armées françaises et bourguignonnes étant en présence. Les députés chargèrent alors Guillaume de Flavy de les excuser auprès du Roi. (Arch. com. de Compiègne, CC i3,fol. î3o.) C'est ce qui explique l'ambassade du 1 5 et son retard.

4- Arch. com. de Compiègne CC i3, fol. 23o. « Le mercredi xvij« jour dudit mois furent aportés devers le roy les clefz de la ville de Compiengne. » Perceval de Cagny, p. 164.

ville, par la porte de Pierrefonds, où Guillaume de Flavy et les attournés l'attendaient * .

Le roi venait de délivrer à la ville des lettres d'abolition pour le passé et' avait ratifié les articles présentés par la municipalité^; la ville sollicitait entre autres le maintien de son privilège d'élire un capitaine ; Georges de la Trémoille ayant déjà obtenu cette charge, celui-ci y commît Guillaume de Flavy . Mais il paraît bien que la Trémoille ne fut jamais rien dans la ville'. C'est même, au titre de capitaine, que Guillaume de Flavy lui fit présenter, le jour de l'entrée du roi, un vin d'honneur ainsi qu'au seigneur de Longueval*. Quant à Jeanne d'Arc, elle descendit chez Jean le Féron ^.

1. Sorel, Prise de Jeanne d'Arc, p. ii3. « Le jeudi ensuivant le roy et sa compaignie alèrent à gistc audit Compiengne. » Perceval de Cagny, p. 164.

2. Bibl. nat., Collection de Picardie, t. LIV, fol. 163-164. Copie de la main de dom Grenier, P. J. xv.

3. L'an CCCCXXIX le feu roy lui bailla en garde Compiengne, lors estant entre ses mains, qui la garda noblement. » (Arch. nat., X^», 32, P. J.cii); « Et quant le roy ala à Senliz, Flavy fist tant que Compeigne fut réduit au roy. Et y ala le roy qui lui donna la capitainerie et le fist jurer le roy que ne la baillcroit à personne, sinon que le roy lui dist de sa bouche.» (Arch. nat. X2»24, P. J. Lxxi) . « Puis y commist un gentilhomme, du pays de Picardie, bien allié de parens et amis. » Chronique de la Pucelle ou Chronique de Cousi- MO/,édition Vallet de Viriville, p. 33 1 ; Chartier, t. I, p. 106. — Les comptes municipaux de Compiègne ne donnent aucune mention de cette capitainerie à la Trémoille, pas plus que les archives du duc Louis de la Trémoille. Ces dons d'office de capitaine étaient pour les gens de guerre ce qu'étaient les dons d'abbayes pour les laïques: on jouissait des bénéfices sans exercer la fonction. En 1427, Georges de la Trémoille avait ainsi obtenu la capitainerie d'Auxerre; en 1429, Charles VII lui donnait celle de Château-Thierry; en 1436, celle de Montercau et de Montargis. {Les La Trémoille pendant cinq s/>c/es, 1. 1, Guy VI et Georges, 1343- 1446 [par le ducde la Trémoille], p. i85 et 212 [Nantes, 1890, in-4]; Vallet de Viriville, /f/5/o/r^ de CharlesVII, t. II, p. 88; Bibl. nat., fr., 325 11, fol. 41.)

4. « Vin et pains donnés à M. de la Trémoille, par le commandement de Guillaume de Flavy, capitaine de Compiengne, lui estant à la porte de Pierrefonds quand le roy vint à Compiengne. » Sorel, Prise de Jeanne d'Arc, p. 118, n. I.

5. Jeanne fut logée à l'hôtel du Bœuf, accepta l'hospitalité du procureur général du roi, Jean le Féron : elle coucha avec Marie Boucher, sa femme. Ce détail est connu par une note de Jean le Féron sur un exemplaire des Annales d'Aquitaine de Jean Bouchet (1524). Alexandre SoveX, Séjours de Jeanne d^Arc à Compiègne, maisons oit elle a logé en 142g et 1480 (Paris, 1889, ^^-^1 ïQ pages).

LA CAttRIKRE MILITAIRE 2f

Pendant son séjour à Compiègne( 18-28 août 1429), Charles VII reçut la soumission de la plupart des villes du Beauvaisîs et de llIc-dc-Francc*, Au tcmoignage peu suspect du chroniqueur bourguignon Monstrelet, le roi n'avait qu'à paraître à Saini- Queniin, Amiens, Abbeville pour obtenir l'adhésion de la Picardie entière *,

Il semble donc qu'à ce moment la puissance du roi de France, doublement consacrée par la cérémonie de Reims ei la victoire, soit à son apogée : le roi n'a plus qu'à recueillir les fruits de renihousiasme qui marqua l'apparition de Jeanne d'Arc, Il n*en fat rien : du séjour de Compicgne date un recul notable de Tinfluencc française. De cette ville, par la volonté des conseillers du roî^ la marche irrésistible de Jeanne, contrariée jusqu'alors, VI se trouver compromise par une série de trêves, causes indirectes, mais précises de six perte \

1 Li*rurUi.jut at' i oifrtiji^ coinun uc buiLMl, y. 414 ^t. III du RecUcH dtS

CkrûrtiqufS de Flandrt) ; « En ce temps se rendy c« robéissiincc du roy Chmrlc» la cité de Beauvaix et partie de Beauvesis. £t aH<brent ses gens ftrïc p^i^ en diverses parties prendre, par truictië et non de force, villes et chitsteautx. • (Bibl. nat., Chronique anonyme ^ fr*, 2 3oi8, fol, 490V)

S. t El pour vcritc se iî^ â tout sa puissance, fust venu à Saint-Quentin, Corbic, Amiens, Abbeville et plusieurs auUrcs fortes villes et fors chas- Ic^uIk» la plus grand partie des habitans d'yccUcs estoicnt tous pretz de le pcccviïif à Seigneur et ne dcîiroientriu monde aultre chose que de lui faire t«bei»»ance et plaine ouverture; » {Monsiteiet\x. IV, p. 354.) « Pour laquelle Uttic avecquc sa puissance retourna [Philippe le Bon) à Paris,., et scn 9l\Im |Ic fégent] en Norme ndic pour pourvoir aux gardes de bonnes villes et forteresses. • (Le Fèvre de Saint- Hemy^ t. M, p. 149.) Sur la campagne lie Normandie, dont l'intcrct avait été signalé par M. de Barantc {Hist, des d»c$ de Bourgogne, t. V [1837), 5* édition, p. io5), cf. deux pages substanttçUe« de M, Cosncau: le Connétable de Richemont, p. 174-175^ et une curieuse nouvelle, duti» Morosinî^ t. III» p. 195 et n. 7,

> Lci îionci B 11898 et 11901 des archives de la Côtc-d'Or, B 3oï des jvea du Xord, contiennent la série presque complète de ces négocia- ^ Aux archiTO de Turin (Série des Jtattan^^ on trouvera tjnc très nie C'^rrrfpMP.dance relative h ces wcs diplomatiques. Les ordonft"* i. îittt., X»* S6o5, foL t3 il tS) renferment Tcnrcgis*

tu Un certain nombre de ces pièces sont publiées dans

XHtUoirr de iioîj ' : .- ^% t. IV (1781), aux Preuves: beaucoup d'autres ■ur/ic it TU y trou cr j hcc. — Les volume* XCIX et CIII de la Collection d>' Tfjpir dom Aubréc) renferment des copies divcmes des layettes

Ut . , .. :..! collection de Fontanieu^ voL CXV-CXVÎ, contient également ((uclques'un» de ces actes. Quelques indications utiles^ dans Gutchenon» Hùioire de Savoiet t. l, p. 481 et suîv. ; pour ce qui est des modernes, il

Après rentrée du roi à Compiègne (i8 août 1429), ses ambassadeurs vinrent le rejoindre, après l'entrevue d'Arras * : puis Jean de Luxembourg, à la tête d'une ambassade bourguignonne, apportait en personne de fallacieuses promesses de paix*.

Le conseil du roi dut se trouver dans le plus grand embarras: pendant le coursmême des négociations, comment retenir Jeanne qui voulait aller de l'avant. Puisque Jeanne et le duc d'Alençon préconisaient la marche immédiate sur Paris, ils ignoraient peut-être le détail de ces négociations. Quoi qu'il en soit, on ne sut retenir Jeanne^: le 23, elle quittait Compiègne, reprenant la marche sur Paris qui la préoccupa dès le sacre*.

faut signaler que V Histoire des ducs de Bourgogne de M. de Barante contient rénumération de la plupart de ces actes; M. Vallet de Viriville ajoute seulement un petit nombre de choses. Jules Quicherat a exagéré la portée de certains de ces actes. La question a été remise au point, d*une façon qui semble définitive, par M. de Beaucourt {la Diplomatie de Charles Vil jusqu'au traité d'Arras, chap. ix de V Histoire de Charles VII^ t. II [1882], p. 400 et suiv.); elle a été résumée récemment dans Armistice de Compiègney actes antérieurs et subséquents, août-octobre 1429, annexe XVIII de la Chronique de Morosini, t. IV (1902), p. 332-35o, par M. Germain Lefèvre- Pontalis.

1. Monstrelet, t. IV, p. 348-349; Histoire de Bourgogne, t. IV, Preuves no Lxx; Col. de Bourgogne t. XCIX, fol. 241. Remarque essentielle sur la signification de cette négociation, dans Beaucourt, Histoire de Charles VH, t. II, p. 405-406. — Il est bien intéressant devoir la municipalité de Tournai cxhohcr les ambassadeurs de Charles VII à ne rien faire de trop humiliant. {Extraits analytiques des anciens registres des Consaux de Tournai, publiés par H. Vanderbroeck, t. II, p. 345 [Tournai, i86i-i863, 2 vol. in-8].) Bedford se montra par ailleurs inquiet du rapprochement franco-bourguignon. (Monstrelet, t. IV, p. 353.)

2. Berr/, dans Procès, t. IV, p. 47; Monstrelet, t. IV, p. 353; Beaucourt, Histoire de Charles VH, t. II, p. 408.

3. « Quand le roy se trouva audit lieu de Compiengne la Pucelle fut moult marrie du séjour qu'il lui voulloit faire ; et sembloit à sa manière qu'il fust content à icelle heure de la grâce que Dieu lui avoit faicte, sans autre chose entreprendre. Elle apela le duc d'Alençon et lui dist : « Mon «beau duc, faictes appareiller vos gens et des autres capitaines » et dist: « Par mon martin je vueil aler veoir Paris de plus près que ne l'ay veu. » {Perceval de Cagny, 168.) « Et en tout le voiage la Pucelle ne avoit aultre intention fors de elle et ses gens assaillir la ville et cité de Paris... et cstoit courrouchée que aultrement ne se faisoit. » {Chronique de Tournai, édition de Smedt, op. cit., p. 414.)

4. Jeanne alla par Senlis où elle dut s'arrêter quelques jours. (J. Flammermont. Histoire de Senlis pendant la seconde partie de la guerre de Cent ans \Mém. Soc. Hist. de Paris, t. V (1878), p. 242].) Sur cet

LA CARUIÈRË liJLITAlRE

Le 37 août, Charles VII faisait donner aux ambassadeurs de Bourgogne et de Savoie une humiliante réponse aux articles du t6 août ^ Le 28, Jeanne étant sous les murs de Paris, le roî quittait Compiègnc pour le centre de la France après la signature d'une trêve de quatre mois avecle duc de Bourgogne. Cette trôvc comprenait tous les pays en deçà de ta Seine, depuis Nogent jusqu^à Harfleur, à Texception des villes et forteresses formant pasibage sur la Seine» et réservait aux Bourguignons la défense cl la possession de Paris*.

Un acte complémentaire du 18 septembre augmentait ia portuc territoriale de rarmistice^ étendu à Paris, aux chflteaux et aux passages de Vincennes, Saint-Cloud, Saint-Denis, et dan^ les

lUDcrairc, CJ, le îrtizicme compte de Hémon Raguier, dajis Procès^ t. V, p. 166-368 ; Petxeval de Caf^y% p. ï65 ; Journal d'un bourgeois de Parîs^ 1^.245^267. — Sur U mise en défense de Paris par Bedford,cf.Arch.nat»,K63, 0* 7**, cl Fonîaniiu^ p. 1 f5-i 16, foL 194 <à la date du 37 août 1429).

1, HiStotr^e de Bourgogne^ t, IV, pièces jusiilîcaiivcs, ii* lïx : les actes de» 16 ei 27 août, distincts dans les copies de dom Aubrcc {CoL de Boitr^ gognt, 99, fol. 24 c à 257) sont ici nîuins. — Ri^sumé, ditns Beaucourt, Hittoire i€ Charles VU, i. Il, p* 408-409.

2. L'ongitial est aux arctit%*cs du Nord^ B ?oi. Cf. Invcntoirc refoodu, t. I, p. 229; copie contempotainc dans les ordonnances Barbines. (Ârch. nat., X**, l46o5, fol. ï3, r» et v<>, Ab^tinencia usque ad natale) [d'uprcs cciic copie cet acte aéxé analyse par Jean du Tillct {Recueil des Roy s de France leur couronne et maison.,. Paris» Mctiaycr, 1607, in-4, au i* II conicnani Us Guerres et Traicie^ de Paix^ trefves et alliances d'entre les Roys de France et d* Angleterre^ p. 367.] On trouvera des allusions très précises ù cet acte dan» Morosim\ x. III, p. 2îG ; la Chronique anonyme^ tr.^ 25oi8, Ibî. i^g.r*, en c^^nncîc texte même ; le Mémoire à consulter sur Guillaume di , t. IV, p. 174, groupe dans un seul alitiéa lu série de tL ^ rnatiqucs.

Quichorat a publié cet acte comme une révélation (il avait été I' r t :i fTiîncr que les contemporains, et par M. de Barautc ci par V c), diaprés une série de vidimus de Douai (Arch* com. de

tk-i. i.. . t . , , dans lu Revue de Normandie, sous le litre de Nouvel tes freuptM des trahisons essuyées par la Pucetîe^ t. VI (1H66), p. 39H-4oo;puis 4'après un vidimus du 14 octobre, par le prévôt de Paris. iu«<fré dans la Càro^ûjtir tî«o«^*mr, fn, 23ot8,diins la Revue ///^lor/^Me^ mai- juin, 1882. — O 1 une lon^'uc analyse de cette pièce» dans Bcauco u rt, //rifoiVe «/r

t , t. lï, p* 410 et «. 2, — M. de Bcaucourl a réfuté Topinion de

Cji t il lu date de la promulgatiou de cet acte, tenu secret par

U 'y^ilc, selon Quicherot. Cette étude est dcIimtivcjM. Gcr-

Ri it-Puatalis l'a résumée dans Morosim^ i. IV^ annexe xvi*r,

temps jusqu'au 25 décembre *. Toutes ces trêves étaient d'ailleurs parfaitement vaines, et les gens d'armes continuèrent de chaque côté à ravager et à courir sur tout le pays*.

Après l'échec sur Paris, Jeanne avait dû suivre le roi à Gien ^ : Télan qu'elle avait suscité était complètement enrayé *. Ce fut là le résultat des voies de la diplomatie bourguignonne ^

1. L'original est à Lille (Arch. du Nord, B 3oi, t. !•' de Tinventaire refondu, p. 229); copie contemporaine dans X**, 86o5, fol. i3, v«, Abstinencia pro Parisius usque ad natale (Analyse dans du Tillet, Recueil des Roys de France^ t. II, p. 367 [1607]); aux archives royales de Belgique (Morosiniy t. IV, p. 342) et dans Chronique anonyme, fr., 23oi8, fol. 492, r* et V*. — Éditions dans Quicherat, Nouvelles Preuves des trahisons essuyées par la Pucelle, dans Revue de Normandie, t. VI (1866), p. 400-401 [d'après le vidimus de Douai, EE, n» 73] et dans Revue historique, t. XIX, p. 6o-83. Résumé très net dans Morosini, t. IV, appendice xviii, p. 343, par Germain Lefèvre-Pontalis.

2. « Esquels jours ycelles parties cstoient en grand hayne les ungs contre les aultres et n'estoit homme de quelque estât qu'il fust qui fust prins à puissance, ains mettoient tout à mort... Si demoura la marche de France en grande tribulacion pour ce que cculx qui estoient es forteresces et es garnisons, tant des François comme des Anglois, couroient'chascun jour l'un contre l'autre. A l'occasion desquelles courses les villages de la entour se commencèrent à despeupler et les bonnes gens et habitans eulx retraire es bonnes villes. » Monstrelet, t. IV, p. 347-359. Ambassade de Charles VII aux bourgeois de Reims, du 3o octobre 1429, Vallet de Viriville, Hist, de Charles VII, t. II (i863), p. 124; Journal d^un bourgeois de Paris, p. 248.

3. Sur les projets de Charles VII et son retour prochain, cf. une importante lettre de Charles VII aux Rémois, du i3 septembre 1429, Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. IV, p. 5 18.

4. Jeanne séparée du duc d'Alençon. Perceval de Cagny, p. 171 ; Berri, dans Procès, t. IV, p. 48.

5. Il résulte d'un très curieux passage de Berri (dans Procès, t. IV, p. 48), confirme par une mention de compte (Beaucourt, Hist. de Charles Vil, t. II, p. 412), qu'à Gien, Charles VII avait encore confiance en la diplomatie bourguignonne pour espérer recouvrer Paris par son moyen. Un contemporain, Juvénal des Ursins, ne pensait pas ainsi : « Et après vostrc parlement, combien que voz ennemis ayent tousjours esté fors, toutcvoye y avez vous résisté tellement que avez honnorablemcnt esté consacré en vostre ville de Reins de la Sainte Ampole. Et le povre et loyal peuple, joyeulx de vostre venue, vous faisoit ouverture de villes de Troiez, Chaalons, Laon, Reins, Senliz, Compiengne, Melun, Laingny et plusieurs autres. Et, se la chose eust esté bien conduite, vous aviez sans difficulté recouvré toute votre seignourie. Lesquelles, obéissances à vous faictcs, sont retournées comme à leur totale destruction. » (Bibl. nat., fr., 5o2 2 fol. 5, r®. Epître de Juvénal des Ursins aux États d'Orléans [1439].) Cf. Abbé P.-L. Péchenard, Jean Juvénal des Ursins... étude sur sa vie et ses œuvres, p. 194-20C et 463 (Paris, 1876, in-8) [Travaux de VAcad. nat. de Reims, 58« vol.].

LA CAERlKRr; MlLtTAtlIE

Philippe le Bon ne se consolait pas facilement de la perte des villes du Bcauvaisis* Le 12 septembre 1420, il faisait savoir son mccontentement à la commune de Beauvais: il annonçait que, par traité signé avec le roi« CreiK Compiègne et Senlis étaient en >a garde *, Les négociations avaient pour but de ménager un passage à Philippe le Bon qui désirait s'assurer la route de Paris. Le duc de Bourgogne devait tromper la diploniaiiede Charles VII et trouver en la personne de Charles de Bourbon ^ comte de Clcrmont, et de Rcgnauh de Chartres, chefs du conseil d'outre Seine', des auxiliaires inconsciemsà ses projets-

Lc 20 septembre, Philippe le Bon quinaît Hesdin pour conduire à Paris sa sœur» épouse de Bcdford *. Quand ils approchèrent de Senlis, Regnault de Chartres et le comte de Clermont allèrent au-devant d'eux les saluer. Le duc de Bourgogne regarda à peine son beau-frère ^ : il n'avait pas obtenu le passage de

c. Archives com, de Beauvais» BB», fol. i» P. J. xvi. Nouâ igoorons îe* d«fi«cs de ce traité ; mais la route de Paris est nettement indiquée dans ta Chronique anonyme, fr.^ 33oi8. P. J.xxix. — Dans sa lettre du 21 avril 14^0 80 duc de :>avoiCï Charles Vil latsic entendre que, par une convention additioanctlc et sans doute verbale aux trêves du 28 août 1419^ Compiègne et Creil avaient été promis à Jean de Luxembourg pendant came la durée des trêves. P. J, XX vif I.

3. On «ait les attaches du comte de Clermont avec la maison de Bourgogne. Le 6 août J435, il avait épousé Agnès de Bourgogne, soeur de Philippe le Bon (Arch. delà Cotc-d'Or, B i633, fol. 46, et Fenin, p. 227); Je duc était parrain d'un de leurs enfants (Archives de la Côte-d'Or, B 1643, fol. iS6) ; U rente i|uc lui servait Philippe le Bon était de 2 000 1, t, (Archîvca de la C6ic-d'0r. B 1G43, foL6i, rA

3. La c^nimis&ion gouvernementale d'outre Seine parait fonctionner dès te 7 «eptembrc 1429, (Bcaucourt, Hist, de Charles ï'7/, t. il, p. 23o, n, i.t la Ueutenance du comte de Clermont était connue à Troyes le 23 septembre feulement. (A. Roscrttt, le plus ancien registre des délibérations du 90itteiJ de la ville de Troyes [t42q'i433\, p. 36, [Troyes, 1886, in-^].) Jacques de Chabannes à Creil^ Ambrois de Loré et Jean Foucaut k Lagny^ Pkhoo de Xaintfttilles à Crépy et Rigaud de Fontaines» Guillaume de Flavy à I c ossuraicnt la défense militaire. {Monsirelett t, IV, p. 358.)

-i - /W, r. IV, p, 35Q-3r>2, Le duc de Bourgogne s'avança au milieu

de u tJiliDte (Arch. com.de Beauvais, BB^, foL 4, r<*, P. J. xix) mais surtout de la curiosité, l^s populations se portèrent sur sa route pour le voir pisser, magniJîque f armé de piatn harnas, sinon de la teste,., et estoit Itntemcnt habillié... auproi duquel cstoit toujours sa dcssusdicte seur, aoniée sur ung cheval tri>ttier« j» {Motistreiet, t. IV, p. 36o.j

X A Lequel %*entt jusques assej; près dudit duc, ostàrent leurs chapperons U ettclinèrent de leurs chiefs Tun l'autre^ en disant aulctuies parolles de

CompîègneV Guillaume de Flavy se préparaît à défendre la ville, refusant la grosse et peu sûre garnison du comte de Clermont * ; il faisait rentrer l'artillerie, empruntée par Charles VII, durant son séjour à Compiègne ^.

Mais dès le 3o septembre, la municipalité de Compiègne décidait d'envoyer une ambassade au comte de Clermont, une autre au roi : elle venait en effet de recevoir de Charles VII l'ordre de se rendre au duc de Bourgogne *. Le i*' octobre, Guillaume de Flavy apprenait que le comte de Clermont devait remettre la ville aux Bourguignons. Devant les ordres formels de Charles VI I , voulant témoigner au roi déférence et obéissance, il conseilla la remise de Compiègne : malgré l'intervention de Guillaume de Flavy, les bourgeois ne purent se résoudre à faire leur soumission^. Regnault de Chartres laissait entendre que le duc de Bourgogne garderait seulement la ville jusqu'à la Noël ou le mois de mars^. Le 20 octobre, le comte de Clermont promettait

salutacionSy non mie en embrassant l'un l'autre par manière de grand amour et joicuseté, ainsi que ont accoustumé de faire si prouchains de sang qu'ilz estoient l'un à l'autre. Apres laquelle salutacion, ledit de Bourbon ala baiser sa belle seur de Bethfort... si firent aucune brievc recongnoissance. Et tantost retourna devers son beau frère le duc de Bourgongne, duquel, quand alors, on ne vit point d'apparence qu'il y eust grand amour ne désir d'avoir grand parlement avec ycelui conte de Clermont, son beau frère. Ains, sans chevaulchier l'un avec l'autre, ne faire long convoy, se départirent...» (Monstrelet, t. IV. p. 36i.) Cette entrevue nous paraît à retenir pour connaître les mobiles qui déterminèrent le comte de Clermont dans le sens bourguignon.

1. a La ville de Compiengne fu du tout désobéissant de livrer passage audit duc de Bourgongne, en alant et retournant à Paris. » (Fr., 23oi 8, fol. 494, v% P. J. XXIX.)— Sur les actes importants qui marquent le séjour de Philippe le Bon. (Wallon, Jeanne d'Arc^ t. !«', p. 277, appendice xvi; Beaucourt, IlisU de Charles VII, t. II, p. 411-413; Jl/orosiw/, t. IV, annexe xviii, p. 347-349.)

2. Arch. com. de Compiègne, CC i3, fol. 262, r<>etv»; délib. du 23 sept, (fr., 18763, fol. i3o [Dom Gilesson]. P. J. xxii.)

3. Sorel, Prise de Jeanne d'Arc, p. 147, n. i. (Arch. com. de Compiègne CC i3, fol. 256, vo.) Mention d'un serviteur de Guillaume de Flavy dérobe en allant à Creil chercher l'artillerie.

4. Délib. du 3o septembre 1429. (Bibl. nat., fr., 18763, fol. i3o [Dom Gilesson], P. J. XXII.)

5. Délib. du !•' octobre 1429. (Bibl. nat., fr., 18763, fol. i3o, v») [Dom Gilesson], P. J. xxv.) A cette date, Regnault de Chartres était en effet à Compiègne. (Arch. com. de Compiègne, CC i3, fol. 287, v*».)

6. Bibl. nat., fr., 18763, fol. i3o, v«[Dom Gilesson]. —Au mois d'octobre,

CARRtèftH MILITAIRE

au duc de Bourgogne de faire tous ses efforts pour lui obtenir Compiègne et comprendre dans la trêve les Anglais qui en feraient la demande. Il se contentait de la possession de Creil» seule ville qui lui assurée un passage sur l'Oise '*

Il faut bien que Guillaume de Flavy se soit ressaisi, puisque nous avons trace d^un message de Rcgnault de Chartres à la ville de Reims faisant savoir aux habitants comment Guillaume de Flavy avait refusé l'or bourguignon *. Pendant

conseil du roi était rcsoiu a ubiiiitJonner Compiegne et Ton connaissftit

éjà la prolongation de rarmistice du iS novembre 1429; te 10 octobre,

c^nnult de Chartres était à Paris à la tète d'une ambassade « en espérance

||*asscniblcr et de iraictcr avec les seigneurs etgensdu roy estans à Paris w.

Fauqutmbergue^ dans Procès ^ i. IV.

I, Arch.du Nord, B 3ot, n« 1^770, original sur papier, signalé dans Beau-

aart^ Histoire de Chartes Vlf^X, 11, p. 414, n. k— Nous avons montré plus

lut les liens qui attachaient le comic de Clcrmont à la maison de Bour-

ogoe et comment son amour-propre dut être blessé à l'entrevue de Scnlijv,

csl fc>rt intéressant de voir Pancrazio GtusunJani le mettre directement

en cnDae dans les négociations de la un de rannée 1419. (Mofvsinif i. Ul,

p. 146)* M Germain Lefèvre-PontaUs a signalé (Murosini^ u 111, p. 348,

n. 3) une ambassade partie de Bruges le 16 décembre 1429, destinée à con*

(éttt à Sotssons avec le comte de Clermont

3. « Donne advis des oiTrcsque ledit Duc avoît faict à Guillaume de Fia vy^

HOttvcrncur de Compicngne afHn de lui rendre ladicte ville, lui offrans un

grand mariage de plusieurs miliers de salutz d'or et que ledit de Flavy

«voit rcspondu que ladicte ville nppartcnoit au roy, et non à luy* l'Analyse

d'une lettrcmiftsivede Rcgnauh de Chartres ii la municipalité de Reims par

ogicr dans Varin, Arch. de Reims^ 2* partie, statuts, 1. 1, p» 604. < Et dit que

près te ^crc on voult traiter de la paix entre le roy et le duc de Dour-

gac. Et vouloit avoir ledit duc de Bourgogne la ville de Compicngnc* £t

près le roy manda unes lectrcs à Flavy » que baillast Compicngnc à Lon-

ùcval et qui) Ten dcschargoit* Flavy sccut que cstoit ficcion et refusa de

|b»^ill€r. Et cuidant le roy que le fist pour mal, fut mal content. Mais il

i plus refuser que faulser son serment. Et lui fui oâert trente mil

i et mil livres de rente afin que baiUast la dicte ville de Compien-

Mais en haine de ce que ne la voult faire, fut assiégé à Compicngnc. v

ch, nat.,X** 24, P. J. uxxi,) — C'est la plaidoirie d'un avocat : mais nous

précisément la preuve de tous les faits qu1i avance. On a vu

d argent et la tentative de corruption du duc de Bourgogne attestées

gnault de Chartres. Le mécontentement du roi est prouvé par un

mieux passage du chroniqueur ofâciel de la royautCp Jean Cbar-

I Et fut rnandc audit Guillaume de Flavy, de par le roy de France»

lleretdétivrer icelle ville audit duc de Bourguongne de laquelle chose

[lui refusant. Dont le roy fut très mal content. Et toutesfoiz plussieura

It que la désobéissance que icellui de Flavy avoit faicie,avoii prouf-

ruy, car pariccUc ville furent le» Vngloiz ctBourgucignons 1res fort

tout le mois d'octobre, il continuait à fortifier sans relâche^.

L'hiver de 1429- 1480 se passa des deux côtés en préparatifs 2.

Des trêves qui ne pouvaient tromper personne furent prolongées

jusqu'au mois de mars ^ ; la paix devait devenir générale et des

endommagez et fîit cause d'entretenir les autres villes que le roy avoit conquises. (Chartier, t. I, p. i23.) La tentative de Longueval est attestée par la Chronique anonyme. (Bibl. nat., fr., aSoiS, fol. 495, r<>, P. J. xxix.) Enfin l'intervention personnelle du roi est justifiée par la promesse faite par Guillaume de Flavy, lorsqu'il reçut la capitainerie de Compiègne, de ne rendre la ville que sur Tordre exprès du roi. a Et y alale roy qui lui donna la capitainerie. Et le fist jurer le roy que ne la bailleroit à personne, sinon que le roy le lui dist de sa bouche. » (Arch nat., X** 24, P. J. lxxi.)

I. Octobre 143g. Taille mise sur la ville pour la fortification. (Arch. com. de Compiègne, DD ao.)

a. Coupes d'or délivrées par ordre du roi d'Angleterre à Hugues de Lannoy et à Quantin Ménard, ambassadeurs du duc de Bourgogne. i5 décembre 1429. (Proceedinfçs and ordinances of the privy concil, t. IV, p. 9. ) Au mois de décembre 1429. Philippe le Bon demandait à la ville de Douai une aide de 5oo livres « pour résister à l'entreprise de ses adversaires qui se mectoient sus à puissance de gens d'armes pour venir es marches de par decha le Noël.» (Arch. com. de Douai, CC 2x3, fol. 124.) i 000 livres devaient être payées au cardinal de Beaufort pour passer en France. (Pi-oceedings^ t. IV, p.9.) 2 400 livres et483 livres pour le payement des troupes, 1 8 janvier 1430, (Proceedings, t. IV, p. 16. ) 22 au 26 février, ordres de payement au comte d'Arrundel, au duc d'York, au comte Devon pour leur passage en France. (Proceedings, t. W, p. 2'j -28.) 12 000 livres d'emprunt, demandées à l'assemblée des trois États à Dijon, le 7 février 1430. (Plancher, /fi5/oirtf de Bourgogne, t. IV, p. 137.) 9 et II mars 1430, 21 5oo marcs délivrés à Philippe le Bon. (Plancher, Histoire de Bourgogne, t. IV, p. 32-33.)

3. Prolongation de trêve par lettres de Raoul de Gaucourt, chambellan de Charles VII, en vertu de lettres royales données à Mehun-sur-Yèvre, le 25 novembre 1429, pour tous les pays auxquels elle s'étendait, ainsi que pour les villes nouvellement conquises par le roi, même au delà de la Seine, et pour toute la Champagne. Le 29 janvier 1430, Jean Tudcrt, doyen de Paris, attestait avoir reçu le traité de prolongation de trêve entre Français et Bourguignons jusqu'au i5 mars. (Arch. du Nord, B 3oi, inventaire refondu, 1. 1, p. 229.) Cette prolongation a été connue par la Chronique anonyme (fr., 2 3oi8, fol. 495, r«, P. J. xxix), et le Mémoire sur Guillaume de Flavy, dans Procès t. V, p. 174; Morosini la donne jusqu'en février seulement, t. III, p. 247. Monstrelet, qui revient à plusieurs reprises sur ce sujet, est le seul chroniqueur qui allègue une prolongation des trêves jusqu'à Pâques, t. IV, p. 358, 362-363, 378. Son témoignage paraît bien suspect quoique formel. Cf. en particulier sur la reprise des hostilités, à la date du 21 mars 1430. {Chronique anonyme, fr., 23oi8, fol. 496, r». P.J. xxxi). — Sur le personnage qui mena ces négociations, le sire de Gaucourt, capitaine d'Orléans au début du siège, une longue et curieuse plaidoirie, dans Arch. nat.jXi»,46i9, fol. 216 (14 avril 1478).

Là CAnRIKItF: MfIJTAtRK

conférences préliminaires s'ouvrir à Auxcrre le i*' avril 1430 *, Le motif que prît Philippe le Bon pour rompre ces négociations fut précisément rimpossibilité dans laquelle se trouvèrent Charles VII^ le comte de Clermont et Regnault de Chartres de lui livrer Compiègne *. Uobsiination des gens de Compiègne avait tout remis en question*. Charles VU s*aperçut trop tard quil avait été dupé**

A la fin de février, le duc de Bourgogne s'avançait menaçante De leur côté, les partisans français couraient sur la frontière picarde •. Une formidable armée bourguignonne, dont le compte

1. Sur ces négociadoos en vue d*une paix générale* (Arch. coin, de Beau*

T*i» BBî, foL 620, P. J, XX ; B. N. fr.. ti-jS, fol. 45 r«, P, J. xxut.)

1. < Mais finablcmcnt la paix ne &t polt trouver ci taiUircnt Jes iraictiës

ir ce mcismcmcnt que la ^HUc c\c Compicngnc fu du tout dcsobeîsssnt de

vmr passage audit duc de Bourgangne, en alant et retournant h Paris, x»

•i^M^ j«o«)'»«*, fr,, 23oii*, fbl.494,v, P, J. xxix*) — II paraît bien alors

foni-Saintc-Miixcncc fut remis à Regnaud de Longiicval (Chronique

nonynu^ fn, 25oi8, fol. 494, v#, P. J. xxviii), ou à Jean de Luxembourg

Tufin^Archivio di Stato^ P.J, xxv[it).Ce même document nous révèle une

promesse orale, de la part de Charles Vil, de livrer Compiègnc.

î. ê Mais Willautnc de Flavy ne volt obéir ad ce et se tioi tous jours ghcrfiant 4 tous lez, luy et sa puissance, et se garny ïadicte ville de Compicngnc pour le dcffcndrc contre tous, » Chronique anonyme, h,, aSoiS, fol- 495, 1 P. L ïxix.

4. La Ip6s importante circulaire, sous forme de lettres patentes, rédigéeau nom du roi « à la rclaciou de son conseil estant dc*;a la rivière de Seine i>, c<i date du 6 mai 1450, Archives Communales de Reims. P. J. xxxiv.

5. Arch. du Nord, B 1492» fol, 19, v«. Février-mars 1430, garnisons à Royc^ Motudidicr et autres places du Vennandots. Le 3o février,

I Je Luxembourg quittait Péroune, formant Tavaui-garde de Philippe le Bôo, (Chronique anonyme^ BibL nat,» fr., 23oi8, £01.497, P. J. xxxrii.) Le 3^ mari, on attendait l\ Péronnc In venue imminente du duc. (Arch* com. de Péfonne. BEi*. fol. 2, r», P. J. xxxnt), où il était le 4 avril. (Arch. du Kord, B >^ ^ journaliers])» Il quitta Péronnc « le samedi cnsicvant

Ldc Pi es u le 33 (xvtiL {Chronique anùnyme^B\h\,naiU, fr.,3?oi8,

;, P. J, ixiui, et i*Hi$toir€ prouvée par les pt^cessions, / J^.v/^rS j,par

oti de La Fons McHcocq, dans Souvenirs de ta Flandre waltonne^ t. l

fïMt], p. 4^-44 )

^J^ Chronique anonyme^ fr*. 33oi8, fol. 496, r«, P. j; xxxi ; « à l'occasiou flka courses tous les villages, ou en la plus grand partie dlcculx ,ao commencèrent k dcspcupler » {Monstreîet^ t. IV, p» 378); Garnison» FanrKs à Royc ctMontdidicr 9 pour rciiister aux cntreprinscs des Armignaci Mui itiTorcotcut chacun jour de les cmblcr et pillier le pays d*cnviron i> |(Arcli. du Nord« B 14931 foL 19, v«); 6 mars. App&tis de Ponl-Levéque par ^tuibitmuls d« Campidgnc fArch, com. de Noyon,BB%fol, i5, v», P. J. t)»

de Jean Abonnel * révèle l'effectif, secondée par une nombreuse artillerie, était mise en mouvement.

Les Bourguignons avaient concerté leurs mouvements avec les Anglais, dont le roi Henri VI débarqua à Calais le 23 avril 1430. Nous avons* le programme^ des opérations que lui fit passer avant cette date le duc de Bourgogne. Leurs mouvements combinés devaient amener la soumission de l'Ile-de-France et de la Picardie. La pensée du duc était de se porter immédiatement sur Paris, tandis que les Anglais souhaitaient la marche sur Reims *. Cet avis nous fait aussi connaître les difficultés du ravitaillement et la résistance des places françaises, à laquelle Tennemi s'attendait. L'objectif immédiat était précisément Compiègne, après la soumission de Choisy-au-Bac. Mais le duc de Bourgogne, qui paraissait redouter une résistance énergique à Compiègne, conseillait de mettre le siège devant Creil, où le ravitaillement eût été plus simple, à cause du voisinage delà Normandie anglaise. Le i " mai ^, le duc de Bourgogne était à Noyon

1. Le troisième compte de la Recette générale, par Jean Âbonnel (Arch. du Nord, B 1492), a été signalé dans le Rapport à M. le Ministre de V Intérieur sur différentes séries de documents.., conservées,., à Lille j par M. Gachard (Bruxelles, 1841), avec quelques extraits (Annexe M, p. 355- 363).

2. Chronique anonyme (Bibl. nat., fr., 23oi8, P. J. xxxiii) ; Wilhelm Wyrccster, Annales j dans J. Stevenson, Letters and Papers, vol. II, part, ix, p. 760.

3. Bibl. nat., anc. fonds, fr., 1278, fol. 12 et r» P. J. xxx.

4. 6 avril 1430. Lettres adressées à Bricy et à Vaucouleurs au damoiseau de Rodcmach, à Mons. de Commcrcy et à Robert de Baudricourt « faisant mcncion qu'il estoit commune renommée par deçà que Monseigneur de Bourgongnc faisoit très grosse assemblée pour venir mectre le siège devant Reims. » (Arch. com. de Chàlons, CC 86, fol, 220.) — Lettre de Jeanne d*Arc aux Rémois, du i6 mars 1430 « ay vous letres faisent mancion que vous doptics d'avoir le scicge » (Procès , t. V, p. 1 59-160), et fac-similé, dans H.Jadart, Jeanne d'Arc à Reims, ses relations avec Reims, ses lettres aux Rémois (Reims, 1887, in-8) [collection du comte Maleissye, descendant de Charles du Lys] ; sur des conspirations à Reims en faveur des Anglais, cf la lettre de Jeanne aux Remois, du 28 mars 1430, dans Procès, t. V, p. 161- 162; cl Jadart,op. cit., Pièces justif. n" xvi, ainsi qu'un extrait des mémoires de Pierre Coquaut, sur la conspiration du chanoine Honorati.

5. 1430, mai i. 8 muids d'avoine sont présentés au duc de Bourgogne et à Jean de Luxembourg « au premier adventure dudit Mons. le duc audit lieu de Noyon. » (Arch. com. de Noyon, CC 41, fol. 35 et 36). Le 2 mai, il était rejoint par Mons. d'Anthuing, Saveuses, Hue de Lannoy, Commincs. (Arch. com. de Noyon, CC 41, fol. 23, v^.)

LA CARRIÈRE MILITAIRE Sj

OÙ il laissait Hector de Saveuses et Jean de Brimeu à la garde des faubourgs ^ : lui-même se portait devant Choisy, après avoir fait rétablir les ponts de Sempigny et d'Ourscamp *.

Ces mouvements bourguignons ne devaient pas laisser Jeanne d'Arc indifférente. Désavouée sous les murs de Paris, la politique de trêves Tavait rejetée dans les aventures, hors des régions comprises dans les armistices, à Saint- Pierre-le-Moûtier, La Charitésur-Loire.

Mais à la fin de mars, Jeanne pouvait quitter Sully : elle n'a qu'une pensée, rejoindre ses amis les partisans qui, dans le pays de rile-de-France, font une si dure guerre aux Anglais^. Sa petite troupe dut se grossir cfes bandes de soldats sur les champs. Elle passait la Seine à Melun, à une date comprise entre le 17 et le 23 avril *, la Marne à Lagny, où elle apprit que Philippe le Bon venait de mettre le siège devant Choisy. Son désir fut de porter secours à cette place ; elle entrait donc dans Compiègne le 14 mai 1430, seule date connue de cet itinéraire ^.

Il n'est pas sans intérêt de voir dans quelles conditions s'est effectuée cette marche de Jeanne d'Arc et quels furent ses derniers compagnons.

C'était un spectacle étrange et bien significatif : Jeanne con-

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