Chastellain, t. II, p
dis qu'avec fureur Jeanne prenait l'offensive jusqu^à trois fois*.
C'est alors que sur les six heures, au bruit de la mêlée*, en se glissant le long de l'Oise, la grosse garnison anglaise de Venette accourut^. La retraite des troupes françaises était coupée. Les derniers rangs des troupes de Jeanne se rendirent compte de ce mouvement décisif. Pris de peur,ils provoquèrent à leur tour une atroce panique et lâchèrent pied. Les fuyards, qui ne purent être maintenus*, se précipitèrent vers la barrière du boulevard pour rentrer dans la ville; d'autres sautèrent dans les barques disposées le long de l'Oise où beaucoup se noyèrent^.
Jeanne restait dans la prairie, luttant avec acharnement et désespoir. Dans son ardeur à couvrir avec vaillance la retraite des siens*, elle semblait ne pas avoir conscience de son horrible détresse^ : le pont-levis du boulevard, sur le point d'être envahi par les troupes anglaises, venait en effet d'être levé^. Elle tourbillonna, défendue par le petit nombre de ceux qui n'avaient pu rentrer^, foulée par tous ceux qui se précipitaient à Tenvi sur une
1. a Quos bina vice repulit ad logeamenta Burgundorum et tercia vice usque ad médium iter. » {Pi-ocès, t. I, p. 207.)
2. « Mais le bruit qui se levoit partout et la grant noise des voix crians fit venir gens de tous lez. » {Chastellain, t. II, p. 48.)
3. « Et se mirent en bataille les dessusdiz Angloiz contre les François, sur la prée, en dehors de Venette où ilz estoient logiés. Et estoient environ de cincq mille combatans. » (Monstrelet, t. IV, p. 387.)
4. « Et une partie d'entre eulx tournèrent droit à la Pucelle en si grant nombre que bonnement ceulx de sa compaignie ne les peurent soubstenir. » {Perceval de Cagny, p. 175.)
5. « Et se boutèrent les aucuns d'iceulx dedens la rivière joignans les murs, en péril de leur vie ; les autres demeurèrent prisonniers. » (Fauquembergue, dans Procès, t. IV, p. 458-459) ; « Et furent bien iiij« des hommes à la Pucelle que tués que noyez. ït (Journal d\in Bourgeois dePariSyp, 255.) Les barques préparées pour la retraite sont mentionnées dans le Mémoire à consulter sur Guillaume de Flavy, dans Procès, t. V, p. 177.
6. Et la Pucelle si soustenoit toutte la dernière le faiz de ses adversaires. » {LeFèvre de Saint-Remy^x. II, p. 180.) « Demorant derrière comme chief et comme la plus vaillant du trouppeau. » (Chastellain, t. II, p. 49.)
7. a Et dirent à la Pucelle : « Metez paine de recouvrer la ville, ou vous € et nous suymes perdus ! » Quant la Pucelle les ouyt ainsi parler, très marrie leur dist : « Taisez-vous! il ne tendra que à vous que ilz ne soient descon- « fiz. Ne pencez que de ferir sur eulx. » (Perceval de Cagtty, p. 175.)