X*?!. P. J.CII
5. • S*apperceut des lettres que Louvain et Blanche s^envoyoicni l'un il rautrc. 9 (Arch^uaf.^X** 33» P. J. en,) — « Dit que ne sera ]a trouvé qu'elle ait tnvoyé lcctre« fors celles qu'elle cscripvy pour recouvrer ung chien qui lui «TOlt mé prin» par ung homme d'ormes, lesquelles son dit mary lui dicta tt autres qu'elle a confessées, » (Arch. nat., X'* sS^ P, J. LXxrvin.)
$. « tUec s*4iccoinca de Jehan Boqutlion, barbier, et du bastard,,« Louvain it tant qac to barbier demoura avec lui. « (Arch, nat , X** 33, P. J. en.)
7. t Et se mectoient dessoub/. la racine d'un gros arbre près Prenant où le d] les porcott et Boquillon les vonoit qucnr en abreuvant ses chevaux. • at.. X»* 33, P* J, en.)
lOO VIE DE GUILLAUME DE KLAVY
Louvain et rentrait au service de Guillaume, pour rappeler à Blanche tant d'amoureuses promesses et l'horreur de sa situation * .
Il semble bien que, dès cette époque ( début de 1448 ), la passion contrariée de Pierre de Louvain et de Blanche décida le meurtre de Guillaume de Flavy*. Le bâtard devait l'accomplir et l'insinuant barbier maintenir Blanche dans l'état d'exaltation nécessaire au crime'.
Dans cette conspiration, le barbier et le bâtard trouvaient leur vengeance particulière : l'argent de Pierre de Louvain fit le reste. Ce bâtard d'Orbandas était à ce qu'il semble un fils illégitime de la famille picarde du même nom*. Il avait été nourri dan s la maison de Flavy ^, mais prit en haine ce dernier, qu'il rendait responsable de la mort de son frère, pendu plus vraisemblablement par la justice, pour ses démérites •. Le barbier, Jean Boquillon, avait à se plaindre des mauvais traitements de Guillaume de Flavy : pendant ses repas, celui-ci, maugréant, lui jetait la viande au visage, comme à unchien^. L'office de barbier, domestique et médecin, le rendait redoutable : c'est lui que Pierre de Louvain avait d'abord gagné.
Mais Blanche devint enceinte de son fils Chariot, et l'on remit à plus tard l'exécution de cet arrêt sanglant^.
L'official et le doyen de Soissons eurent le malheur de s'occu-
1. « Fit semblant d'estre mal content de lui et revint demourer avec feu Guillaume de Flavy. » (Arch. nat., X>»32, P. J. cii.)
2. « Et à la vérité, elle, le bastard d'Aurbandas et le barbier avoient machiné en sa mort plus d'un an avant quMlz le tuassent. » (Ârch. nat., X*« 23,
3. « Enhortée par ledit bastard qui disoit que icellui defunct avoit este cause de la mort de son père, et aussi par le barbier. » (Arch. nat., X«» 25,
4. Rôle des nobles et fieffés du bailliage d'Amiens convoqués pour laguerre^ le 2 5 août iSSjy publié par René de Belleval, n" 38 et 191 (Amiens, 1862, in-12).
5. « Lequel avoit nourry par long temps. » Mathieu d'Escouchy^ t. II, p. 143.
6. « Et ne faisoit pas envers lui [Guillaume de Flavy] ce que faire devoit et n*avoit le bastard cause de vouloir mal à son maistre par la mon de son frère, mais fut pendu et exécuté à mort par justice. » (Arch. nat., X«» 25,
7. a Auquel icelluy deffunct gectoit la viande au visaige. » (Arch. nat., Xs> 25,
8. a Par ce la mort de Guillaume de Flavy fut diflcrcc. (Arch. nat., X«* 32, P. J. cil.)
GOILLArHE DE FL4VY ET BLANCHE D OVERBREUC
lOt
de la grossesse de Blanche. L*official fut battu, le doyen menacé par les gens de Pierre de Louvain'. Guillaume de Flavy le sut et fil ses dolifances aux gens qui venaient visitersa femme. Ces propos revinrent à Pierre de Louvain : il ne fut pas très satisfait de ces plaintes-*
Guillaume de Flavy éloigna Blanche à Nesles après la naisutnce de Chariot, en compagnie du bâiard d'Orbandas, du barbier, de Jacoiin Le Page et de Jeanne la servante.
Dès que Blanche fut sur la route de Nesles, elle dépécha, sous le prétexte de chercher à diner, le barbier vers Pierre de Louvain. Jacotin pendant ce temps galopait vers Nesles pour faire prépa* rer du feu, car Bjanche se semait malade et transie.
Louvain accourut : il ta rencontrait» seule, entre Nesles et Pernant, à l*orce des bois. Leur amour s'était exalté de leur séparation : ils décidèrent donc la mon de Guillaume de Flary» et Louvain remit à Blanche loo mailles d'or pour faire face aux premiers événements*.
Au mois de février 1449 "', Guillaume de Flavy vint rejoindre sa femme à Nesles.
Le château de Nesles était situé dans le fond d*une petite vallée largement ondulée, où coule un ruisselet afHuent de TOurcq. Cette redoutable forteresse^, sur plan carré, garnie aux angles de tours rondes, avec les défenses de sa poterne et du pont-levtsà chaînes, peut passer pour un type classique d*une construction militaire du début du treizième siècle^. Un formidable donjon de
K Arch. ttat,, X«« 3^, P. J. en.
3, An:h. riiii*, X«« 3j, P. J. en, y Ârch. TïêV, X>« 33, P, J, eu.
4. « Louvitn aiTÎ%*é, lui et Bkuchc se iTtisdrem derrière ung buisson et ^nièrent la mort Je GutlUurîic de Flavy. Et Icirs Louvain bailla à Kiic cent miillcid^or. n (Arch, nat., X*» 32» P. J.cir,) — On a vu plus haut ^(fOè Bt4( \iniit toujours sans argent.
y • A ju^J'îilnJ CCCCXLVUl Guillaume arriva à Ncsle. > (Arch.
[«•t,, X» 3î, P. J. ai.)
6b An poiut de vue tactique» Nc&les était Vunc des ligne» de défense du I VaIoîa cl »e trouvmt relié par des chemina souterrains à lu motte de Fère^ ^c«i*Tanleoois ec de là, à la Fcrté^Miloïi, Picrrcfonds, etc.
7. Le ch&teaia de Nesle», à 5 kilomètres de Fère-cii*Tnrdenois, cac fliljoiiftJ^ai tratifi(orin(f en ferme. On a utilisé pour les grange* les bÂtimeata i^ifutcuièmc et scuiéme «èclcs appuyés sur les courtines iutcricure«. Le I dfin^ïci du tmjtiéme siède est presque intact. Le t. XLl, fol. 63* de la Cùtlet'
trois étages voûtés sur branches d'ogives, enveloppé d'une ample chemise, complétait sur un des côtés le système de la défense.
Selon toute apparence, ce donjon était la demeure du capitaine : une cheminée du quinzième siècle atteste que le second étage fut habité à cette époque.
Cette vaste bâtisse, d'un autre âge, était sans conforta On la tenait, à juste raison, pour humide et très malsaine : l'enceinte était en effet baignée de marécages qui demeurent encore en partie *.
L'arrivée de Guillaume de Flavy à Nesles allait précipiter les événements.
Sous l'empire de je ne sais quelle terreur, les conjurés hésitèrent longtemps sur la façon dont ils le devaient faire mourir. Primitivement, le bâtard et le barbier se proposaient de l'étouffer d'un oreiller pendant son sommeiP.
Un soir, après souper, Blanche appela le bâtard et le barbier, leur présenta l'oreiller. Le bâtard lui ayant demandé si elle aurait du courage, sa réponse fut « qu'elle feroit son personnage ». Mais quand il entra dans la chambre, Blanche le vit trembler. Elle lui dit simplement : « Tu as peur. Il faut faire ce qui a esté conclut. » Le cœur leur manqua pour cette fois*.
Et, comme ils se sentaient lâches, ils résolurent d'user de poisons. Ils en versèrent dans le potage de Guillaume. Leur préparation était éventée ou Guillaume sur ses gardes. Il trouva son potage fort « salé », en donna à goûter au bâtard et fit renvoyer le plat ^.
tion de Fleury sur le département de VA isne (Bibl. nat.,Cabinet des estampes) contient un croquis et un plan de Nesles.
1. « Guillaume n*avoit pas à Nesle assez ses ustensiles d'ostel. » (Arch. nat., X>* 25, P. J. Lxxxviii.)
2. On a vu comment le maréchal de Rieux mourut d*une pleurésie dans une chambre ou un cachot de Nesles r qui est une place bien dangereuse et en maréquage. » (Arch. nat., X^* 24, P. J. lxx.) — Guillaume de Flavy était d'ailleurs perclus de rhumatismes; le prétexte de Blanche pour faire éloigner ses gens était qu'il fallait faire du feu. (Arch. nat., X^ 32, P. J. en.)
3. a Entreprindrent le tuer quant dormiroit après disner et Testoufieroient d'un orillier. » (Arch. nat., X«* 33, P^ J. en.)
4. Cette tentative de meurtre doit se placer au jeudi précédant le 9 mars, soit le 6 mars « le jeudi précédent la mort d'icellui feu GuiUaume... elle, le bastart et le barbier eussent esté jusqu'à l'uys de la chambre dudit Guillaume pour le tuer. « (Arch. nat., X>» 32, P. J. en.)
5. « Lequel commença à les sentir [les poisons] et trouva son potaigc
GUILLAUME DE FLAVY ET BLANCHE d'ov'erbREUC Io3
Lorsqu'il eut mal au nez, le barbier lui appliqua sur la plaie un onguentcorrosif empoisonné. Tout son nez se levaetle visage lui enfla. Ce fut tout^
C'est pourquoi la passion angoissante de Blanche la ramena au crime sûr et brutal.
Le 9 mars 1449, entre 5 et 6 heures du soir, Guillaume de Flavy se coucha, après avoir réglé ses gens 2. Blanche gratta à la porte comme si elle voulait dormir avec Guillaume : par discrétion sortit Bastoîgne ^ son fidèle garde qui, avec Simon d'Aubigny, avait fait à Blanche une bien dure vie.
Blanche s'étendit près de Guillaume, lui chatouilla les mains : Il s'endormit*. La chambre de Flavy avait un huis « yssant sur les murs, qui estoit scellé^ » ; Blanche ouvrit doucement l'huis, introduisit le bâtard d'Orbandas et le barbier Jean Boquillon embusqués dans l'escalier : elle mit alors avec précaution, sur la face corrodée de Guillaume, l'oreiller emprunté à la chambrière du prieuré des Bons-Hommes*.
fort salé. Et dist au bastart qu'il en tatast. Qui n*osa y contredire. Et dist [le bastard] au barbier qu'il s*estoit cuidé(r) empoisonner lui mesmes. Lequel lui dist mangeast qu'il d'aucune chose, qu'il nomme, et qu'il seroit garanti, a (Arch. nat., X«* 32, P. J. en.)
1. ff Et en lieu de lui bailler oingnement d'uille et de cire, lui baillèrent oingnement apo5to/omm... et incontinent tout le nez de Guillaume de Flavy se enfla et leva. » (Arch. nat., X>» 32, P. J. en.)
2. « Le neufiesrae jour de mars derrenier passé, après disncr. » (Arch. nat., X*» 25, P. J. Lxxxvii; « entre v et vj heures. » X** 32, P. J. en.)
3. Les documents du Parlement donnent à ce nom les formes les plus diverses. La graphie la plus répandue est Bastoigne; mais on rencontre aussi Basteur. Peut-être conviendrait-il de rétablir la forme picarde Wastoigne qui se rencontre dans le Vimeu.Role des nobles du bailliage d'Amiens {i 33 j), par R. de Belleval, n« 539.
4. <i Blanche lui commença à froter les mains, mais quant il fut endormy clic dit au serviteur qu'il s'en alast et qu'elle se vouloit reposer. » (Arch. nat., X«* 32, P. J. en.)
. 3. Ce détail confirme notre hypothèse. La scène du 9 mars a dû se passer au second étage du donjon de Nesles, qui possède encore sa cheminée du quinzième siècle et les crampons anciens qui soutenaient autour de la salle les coffres. « L'huys yssar.t sur les murs peut s'entendre parfaitement de la porte basse qui donnait accès aux escaliers étroits, pratiqués dans l'épaisseur du mur.
6. « A ce qu'elle feist emprunter ung origlier à la chambariere du prieur des Bons Hommes, etc., dit que ne scct s'il fut emprunté ou nom (sic). Peut estre que pour survenens aucun de l'ostel le ala quérir, pour ce [que] Guillaume n'avoit pas à Nesle assez ses ustensiles d'ostel, car ne si tenoit
Brutalement, le bâtard monta sur l'oreiller, assommant Flavyà grands coups d'une souche de bois. Aux hurlements de Flavy, Bastoigne frappe à la porte : Blanche affolée lui ouvre rhuis.Mais le bâtard, terrible, se dresse contre lui et le garde s'enfuit épouvanté : le bâtard achève Guillaume de Flavy en le saignant au cou comme un bœuf.
Guillaume,dans une lutte brève, avait roulé à terre,la tête entre les cuisses de Blanche dont la robe était prise sous le corps pesant du mort. Elle ne pouvait se dégager étant jeune et menue : les serviteurs de Guillaume accourus aux cris de Bastoigne la délivrèrent. Ses mains étaient rouges et son chaperon de Picardie ensanglantée
EUe.ôta sa robe souillée et essuya la face de Guillaume de son couvre-chef 2.
guercs souvent. Mais ne scet qui(l) remprunta, de qui, ne quant, ne se on le mectoit au pié du lit, car elle ne faisoit pas ledit lit. » (Arch. nat.,Ks»25, P. J. Lxxxviii.) — • El aida au bastard a tuer Guillaume et re vera, quoy qu'elle dye, elle mist voluntairement l'origlier sur le visaige de Guillaume pour le cstaindrc. » (Arch. nat., X>» 25, P. J. lxxxix.)
1. a A ce qu'elle... fut trouvée empres le mort, sa queue enveloppée soubz lui tellement qu'elle ne povoit partir d'illec, etc., dit que voirement elle fut trouvée empres le mort. » (Arch. nat., X>» 25, P. J. lxxxviii.)
2. Notre narration est établie sur trois récits tirés des de Arch. nat., X** 25, P. J. Lxxxvii;X*»32,P.J. cn;X«* 60,29 mars 1492. — Le chroniqueur Jacques Duclercq nous présente une tradition locale assez curieuse, cf. /mtroJtictiony p. x-xt, et qui diffère de cette version. Guillaume de Flavy est un vieil homme « de lx ans, fort gros, et sa femme belle et josne de xx a xxiij ans... Si advint ung jour que comme le barbieur barbyoit Guillaume, son mary, et n'y avoit en la chambre que lui et elle, qu'il coppa la gorge a icelluy Guillaume et s'enfuit hors de la chambre. Quand elle veit Guillaume cheir et que le barbieur ne lui avoit point bien coppé la gorge et qu'il 11 cstoit pas mort, sy print le rasoir que ledit barbieur avoit laisse et parcoppa la gorge a icelluy Guillaume, son mary, et mourut. Puis meit ung coussin sur son visage et wida hors de sa chambre. » Mémoires, t. I, p. 419-20. Un témoignage à rapprocher de celui de Jacques Duclercq est le récit d'Alain Bouchart, dans ses Grandes Croniques de Bretaigne. Il tenait évidemment cette tradition des octogénaires qui lui rapportèrent la prise de Jeanne d'Arc devant Compiègne, si l'on considère le lien qu'il établit entre la tin de Flavy et sa trahison. « Et pour ce que par la justice des hommes ne fui pugny de ce cas, Dieu le créateur, qui ne veult délaisser un tel eus impugny pcrmist depuis que la femme d'icelluy de Flavy, noMimcc Blanche d'Auvrebrcuch, qui moult belle damoiselle cstoit, le suffoqua et l'estrangla par l'aydc d'ung sien barbier, alors qu'il estoit couché ou lit en son chastel de Ncllc en Tardcnoys. Dont depuis elle eust
guillalme de plavy et blanche û'overbreuc io5
^e bâtard d'Orbandas et le barbier prirent la fuite dans les bois de Nesles*. La nuit, le bâtard se rapprocha du château et Blanche lui fit remettre six mailles d'or, lui recommandant de se réfugier auprès de Pierre de Louvain, à Berxy *.
Le château de Louvain était fermé. Le bâtard frappa pour se faireouvrir et entra seul, tandis qu'on faisait reculer son compagnon. Il fui mis dans la carrière de Berzy où Pierre de Louvain lui fitparvenir des vivres, puis un cheval pour prendre la fuite*.
Le lendemain^ au matin, Pierre de Louvain, accourait trop hâtivement au château de Ncsles, avec ses gens : pour donner le change, il faisait arrêter les domestiques de Flavy *.
La nouvelle de la mort de Guillaume arrivait à Compiègnelc 10 mars**. Chartes de Flavy, son frère, se présentait immédiatement à Nesles : on lui refusa l'entrée du château*. Comme il connaissait les comptesdeGuitlaume,en passant par Compiègne, il réclama au prieurdes Jacobins une grosse somme d'argent que Guillaume avait déposée chez ce religieux, son banquier. Charles la fit emporter dans un grand coffre, sans qu'il fut visité des gens de Justice^. Les autres possessions de Guillaume, où il accou» rut, avaient déjà reçu des gardes. Après cette course rapide et CCI inventaire extra-judiciaire, Charles de Flavy songea seule-
fUrnce et remt&Mon du roy Charles VU pour ce que elle prouva que son ilcisuiuMci mfuj avoit cntrcprins de la fmire noyer. » (Alain Bouchart, Q»Wnâei Croniques, fol. cclxxxi. Bibl. Nat., Réserve, LK*442.)