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bérerà quelle sauce l'empereur devait manger un turbot !
Les courtisans , qu'il ne faut pas toujours confondre avec les hommes de cour , n'ont jamais été ju-és plus sévèrement que par leurs maîtres. François I" voyait en eux des enfuns de Iribus qui nont point de parens ; Alphonse de Portugal les comparait ^ ^^5 plats arrangées a,ec symétrie sur la table . pendant la durée du festin , et confondus dans la cuisine . quand on nent à la.er les écuelles ; le Régent définissait le courtisan par excellence, un homme sans honneur et sans humeur.
Ce n'est guère qu'au règne de Louis XIIT ou plutôt du cardinal de Richelieu , que les Français commencèrent à se distinguer dans l'art de préparer, à la cour, le poison de la flattene ( car Henri IV n'est pas connu par ses flatteurs ;i,a le u.éri te , bien plus rare chez les rois, de! être par ses amis). Cet excellent prince aimait la vérité, et se plaisait à l'entendre; c'est un des avantages qu'il eut sur Frédéric , qui ne
lecoutaitpas toujours avec plaisir, même dans ses petits soupers de VoX,^:,^. Messieurs , toisons nous , disait-il souvent , .././/.../. On n'.urait
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jias dit impunémfint à Frédéric , comme à Henri IV : Sire , dormez encore , nous en avons bien davantage à dire sur voire compte.
Louis XIII n'a pas été gâté par les flatteurs ; c'est encore une obligation qu'il eut à son ministre, dans l'antichambre duquel toute la no- . blesse venait piquer le coffre ., pour rn^e servir de «' l'expression de Longuerue. Richelieu vit à ses pieds , pendant quinze ans , les grands , le clergé et les gens de lettres. Parmi ces derniers , Corneille est le seul qui ne craignit pas de lui résister ouvertement ; mais l'auteur du Cid ^ qui défendit sa gloire littéraire contre le cardinal avec un si noble courage , céda au besoin de flatter le trésorier de l'épargne , qui ne payait pas très-exactement la pension du poète. Corneille n'avait pas appris de Pindare le secret de demander harmonieusement l'aumône. Il n'y a pas un chambellan , de nos jours , qui ne hausse les épaules de pitié , en lisant l'épître dédicatoire de Cinna : rien de plus ridicule et de plus impertinent , il faut bien l'avouer , que cette comparaison que le grand Corneille s'efforce d'établir entre M. de Montoron et l'empereur Auguste : on voit qu'il est tout près d'en convenir
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lui-raème: J'ai vécu si éloigné de la flniterie ^ dit-il , que je pense être en possession de me faire croire lorsque je donne des louanges , ce quiniarri^>e rarement.
Louis XIV donna , du moins , de beaux prétextes à la flatterie ; sans doute elle en abusa , mais on est bien près d'approuver les éloges que l'esprit assaisonne. Boileau , dans ce genre , n'eut de rival que Voltaire. Que d'esprit et de grâce dans cette distinction qu'il fit chez M*"* de La Favette , où l'on remarquait que l'usage permettait alors de se servir indifféremment du mot gros ou grand , et de dire une grosse au liea d'une grande réputation ; un gros , au lieu d'un grand mérite: « Tout ce qu'il vous plaira , dit l'ingénieux satyrique , mais on ne me fera jamais entendre que Louis-le-Gros soit la même chose que Louis-le- Grand. >*
Il y a un peu moins de délicatesse dans cet exorde d'un capucin qui , prêchant à Fontainebleau devant Louis XIV , commença ainsi son sermon :
Mes frères , nous mourrons tous. ( Puis , s'arrêtant tout-à-coup et se tournant vers le Roi ) : Oui, Sire, nous mourrons presque tous.
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Les Mémoires du tcms s'accordent à peindre ie duc de Gramraont comme le plus spirituel et le plus fin courtisan de cette époque. Il entra un jour dans le cabinet du cardinal sans être annoncé ; Son Eminence , dans un de ces momens de distraction qu'elle ménageait à son esprit , s'amusait à sauter à pieds joints contre la muraille. Le duc sentit sur-le-champ combien il était dangereux^ de surprendre un premier ministre dans une occupation aussi puérile : un sot se serait retiré en balbutiant des excuses auxquelles une bonne disgrâce eût servi de réponse; riiabile courtisan ne commit pas une pareille faute : il entre avec précipitation , et s'écrie : Je parie cent écus que je saute plus haut que Votre Eminence ; et le duc et le cardinal de sauter à l'envi ! Grammont eut de plus Tesprit de sauter de quelques pouces moins haut que Monseigneur, et de perdre son pari. Six mois après , il fut fait maréchal de France.
Jamais souverain ne fut mieux flatté que Louis XIV ; mais Bonaparte le fut davantage ,
\ comme j^uc^i bientôt occasion de le remarquer.
I Dans les dernières années du grand Roi, l'adulation se montra , sinon plus ingénieuse, du moins
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plus recherchée. Pendant qu'on décorait les jardins de Versailles des chefs-d'œuvre de Coustou , de Coysevox , etc. , Louvois avait imaginé de faire placer des statues , hors d'aplomb , sur leurs piédestaux, l'inclinaison était assez remarquable pour qu'elle sautât aux yeux du Roi , qui demandait qu'on la Ht disparaître. Louvois soutenait fortement que la statue était d'aplomb sur sa base. Mansard et Le Nôtre, qui avaient le mot , se ranj^caient du parti du ministre : le Roi , sûr de son fait , ordonnait qu'on vérifiât la perpendiculaire au moyen du niveau : Tinstrumenl donnait gain de cause au Roi ; et les courtisans de s'extasier sur la justesse ducoup-d'œil de Sa Majesté!
Vers la fin de ce règne , la flatterie finit par perdre toute pudeur: Louis XIV , devenu vieux, se plaignait un jour , à table , de n'avoir plus de dents ; « Eh ! Sire, qui est-ce qui a des dents? « s'empressa de répondre La Roche-Aimon , eu s'efTorçant d'en cacher de superbes. Le maréchal de Villeroy, le plus intime favori de ce monarque , dont plusieurs défaites désastreuses n'avaient pu diminuer la faveur , s'y maintenait par desBftQJU semblables. Le Roi , qui avait la fai-
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blesse de ne pas savoir vieillir , s'informait Je l'âge d'un ancien officier qui demandait sa retraite. « Quel âge a-t-il donc ? demanda le Roi aumaréchal. — Muis, AV^, répondit celui-ci, /V/o^? de tout le monde , soixante-six ans. » Louis XIV, qui trouva cette réponse toute simple , rit pourtant beaucoup de celle de cet apprentif courtisan, à qui ce prince demandait quand accoucherait sa femme , et qui lui répondit , avec un profond salut . Quand il plaira à Fotre Majesté.
Louis XIV vivait au milieu de cette nuée de vieux courtisans qui tâchaient de faire oubliera ce {^rand prince les revers de ses armes et les ravages irréparables des années qui s'accumulaient sur sa tête. Cette époque fonda la gloire du fameux Œil-de-Bœuf ., séminaire des courtisans du i8* siècle , dont l'éclat ( pour ne pas me servir d'une expression plus juste ( fut, depuis , efficace par celui des antichambres des Tuileries et de Saint-Cloud. Cet Œil-de- Bœuf., inconnu à la grande majorité de la génération actuelle , était la dernière pièce des grands appartemens du château de Versailles , et précédait la chambre à coucher du Roi. C'est là qu'en attendant le lever venaient se
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réunir les grands seigneurs et les courtisans ( cai" je ne puis trop répéter que ces deux mots ne sont pas essentiellement synonymes ) ; là chacun venait , selon l'événement ou la nouvelle du jour , composer son air et son maintien ; pleurer sur la défaite d'Hochstett, ou se réjouir sur la victoire de Denain ; s'informer de quel front il fallait aborder tel ou tel ministre; s'il fallait saluer Torcy , ou tourner le dos à Pomponne. C'est là que présidait le maréchal de Villeroy ,
Favori de Louis plus que de la Vicloire,
Et grand à \ Œil-de-Bauf^ mais petit dans l'histoire
Ce doyen des courtisans endormait le lloi dans des idées de grandeur qui n'étaient plus que des souvenirs. C'était à qui lui dissimulerait mieux sa décadence et celle de l'Etat, On ne lui offrait , au théâtre , que les fades prologues de Quinault ; l'évêque de INoyon, Clermont-ïonnerre , fondait un prix annuel^ dont l'objet devait être de célébrer périodiquement et éternellement les vertus de ce monarque; et le duc de Grammont sollicitait un brevetd'historiographe,
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c'est-à-dire de flatteur bre\>eté ( pour appeler les choses par le nom que leur donne Duclos ). Ce même écrivain qui exhale si énergiquement sa bile contre les courtisans de cette époque , qu'il qualifie à' empoisonneurs , s'il eût vécu un demi-siècle de plus , n'aurait plus trouvé dans la langue d'épithètes pour exprimer son indignation.
Louis XIV tomba malade , et la foule , qui diminuait à sa cour en raison des progrès de la maladie, se grossissait chaque jour à celle du Palais-Pioyal ; aussi le duc d'Orléans, pour connaître au juste l'état de la santé du Roi , se conlentait-il de s'informer s'il y avait eu , le matin , beaucoup de monde à l'Œil-de- Bœuf.
Il y a trois espèces de flatterie ; la flatterie de parole , la flatterie d'action, et la flatterie d'imitation ; on les employa toutes trois auprès de Louis-le-Grand : on ne fit guère usage , pour plaire au Régent , que de la flatterie d'imitation , la plus fuie de toutes, et la plus commode auprès d'un prince ami du plaisir. Les courtisans qui s'étaient montrés , sous le
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règne du feu Roi, les plus assidus au sermon , se montrèrent pendant la régence les plus assidus à l'Opéra : on se fit débauché , comme on s'était fait dévot , pour faire sa cour. Les plus grands , ou, si Ion aime mieux , les plus bas flatteurs de Louis XIV, devinrent ]es roues du Régent , et ceux à qui 1 âge interdisait les fonctions d'une pareille charge , en sollicitèrent , pour leurs enfans , l'honorable survivance.
Adrien fit élever un temple à Antinoiis , et trouva des prêtres; comment s'étonner que Law^ et Dubois aient eu des flatteurs ? N'a-t-on pas dit que la peste en trouverait , si elle avait des places et des pensions à donner ? L'aventurier irlandais vit se vérifier la boutade de ce grand seigneur qui disait ingénument : Je déclare que je deiiens l'ami et même un peu le parent de tous ceux qu'il plaira au Roi de nommer surintendans des finances, Laiw trouva en France, pendant son court ministère , des parens sur lesquels il n'avait pas com{)té , et qui lui prouvèrent, après sa banqueroute , qu'il avait eu raison.