‹ Guillaume de franc-parleur; ou, Observations sur les moeurs et les usages français au commencement du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 22 sur 33 · D2 C O IJ R T 1 S A N I A N A · texte numérisé non relu

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De tous les flatteurs de Dubois, le plus hardi, sans doute , celui qui démontra le mieux jusqu'où peut descendre la bassesse , est cetévêque de Nantes qui se chargea de sacrer l'infâme , pour le faire asseoir dans la chaire de Fenelon. Il eut l'avantage d'étonner le llégent , qui ne s''étonnaitpas facilement, comme chacun sait.

On a vu , par la définition que ce prince a donnée du parfait courtisan , qu'il appréciait cette classe d'hommes à sa juste valeur. Il s'est souvent égayé sur leur compte avec autant d'esprit que de vérité. 11 se plaisait à répéter ces mots d' Antisthène , l'élève de Socrate : Les courtisans ont ce point de ressemblance avec les courtisanes , que les uns et les autres souhaitent à V objet auquel ils s'attachent tous les biens , excepté le bon sens et la prudence.

Les flatteurs sont comme les voleurs ( disait-il un jour à l'auteur d'un ouvrage sur les dangers de l'instruction rendue trop populaire , dans lequel ce prince était loué avec exagération ) : leur premier soin est d'éteindre la lumière.

Pour prouver que la flatterie naissait de la

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dépendance , le Régent disait : (jue les deux espèces d'hommes que l'on flattait le plus étaient les rois et les geôliers.

Louis XV était enfant lorsqu'il parnnt au trône : Beauvilliers ou Fenelon eussent fait, des qualités naissantes de cet aimable prince , des vertus précieuses pour l'Etat ; mais ce fut à Villeroy que le soin de son éducation fut confié. Un trait suffit pour caractériser un pareil gouverneur : une fêle brillante avait attiré une foule innombrable dans les cours du château ; Villeroy, en faisant remarquer au jeune roi, qu'il avait conduit sur un balcon , le peuple immense qui se pressait pour le voir , crut devoir lui donner cette utile leçon :

Sire . lui dit-il , fout ce peuple est à vous ; il n'y a rien là qui ne vous appartienne ; vous êtes le maître absolu de tout ce que vous voyez. On ne doits'étonnerque d'unecbose; c'est qu'un prince élevé de cette manière n'ait pas été un tyran.

Ce n'est pas sur de pareils principes que le vertueux Montausier dirigeait l'éducation du Dauphin. Ce prince tirait à la cible avec le jeune Créqui; celui-ci, beaucoup plus adroit

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à cet exercice , affectait néanmoins de mettre toujours plus loin du but que S. A. R. Petit serpent^ s'écrie M. de î\lontausier en colère, il faudrait i'ous étouffer. C'est, je crois , ce même M, de Montausier qui disait que les flatteurs trouvaient leur compte avec les grands comme les médecins avec les malades imaginaires : ceux-ci paient pour des maux quils n'ont pas , et ceux-là pour des vertus qu 'ils devraient avoir.

Louis XV, après avoir été pendant vingtcinq ans l'idole de la nation , resta tout le reste de sa vie en butte aux libellistes et aux courtisans , et se montra par indolence autant que par générosité de caractère , indifférent aux outrages multipliés des uns et aux serviles hommages des autres. Dans une visite qu'il faisait un jour dans les bureaux des affaires étrangères , on avait eu soin de laisser, par hasard, sur une table où Ton savait que le Roi devait s'arrêter , un éloge pompeux de ses vertus et de ses qualités héroïques; on avait même poussé l'atteniiou jusqu'à placer auprès du papier des lunettes , dont S. M. commençait à se servir. La chose arriva comme

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on Tavait prévu : le Uoi lut, en rougissant, Tirapertinent panégyrique ; mais ce à quoi Ton ne s'altenilait probablement pas, c'est à l'observation qu'il fit , en jetant les lunettes sur la table ; Elles ne valent pas mieux que les autres , dit-il , elles grossissent ridiculement les objets. Ce prince, d'un esprit très -distingué, d'un jugement très-sain, et malheureusement d'un caractère très-faible, disait que la t'érité entrait dans l'oreille des rois dans la même proportion que l'argent dans leur coffre , un pour cent. Je ne suis pas éloigné de croire qu'il s'exagérait encore une partie de ses richesses.

Vers le milieu du dernier siècle , quelques philosophes se mirent en tête d'introduire la vérité dans les cours; Voltaire donna l'exemple à Potsdam , et il ne lui manqua , pour réussir , que de douter un peu plus du succès. Aucun prince n'a témoigné plus de mépris pour les courtisans que le grand Frédéric : On a tort , disait-il un jour , de les accuser de manquer absolument de caractère , et de se modeler , en toute occasion , sur les maîtres : il est bien i^rai quon les voit tristes , guis , libertins^ déi'ots avec ceux qui le

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