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l'exislence de deux personnes , dont Tune , entrée dans la vie sous les plus cruels auspices , est maintenant destinée à la parcourir avec tous les avantages qui la font désirer, au milieu des tendres affections qui la font chérir.
Je dînais la semaine dernière avec Duterrier chez M'"*^ Dubelloy , ancienne amie de ma femme , dont le mari est mort glorieusement à la tète du régiment de cavalerie qu'il commandait dans la première campagne de Prusse. CetJe dame se plaignait amèrement du sort qui lui avait envié le bonheur d'être mère : l'ami Duterrier , à qui les paradoxes ne coûtent rien , et qui les soutient avec plus de logique que de sensibilité , entreprit de prouver à M""= Dubelloy , près de laquelle il était placé à table , que l'amour maternel était un sentiment factice , oii l'instinct n'avait que la plus faible part , et dont l'habitude faisait tout le charme et toute la force . <• La preuve, ajouta -t -il, qu'on donne à la nature sur ce point comme sur beaucoup d'autres , 'plus d'importance qu'elle n'en a en effet , c'est qu'une mère dont l'enfant aura été changé en nourrice ne sera point avertie par son cœur de la méprise oii on l'expose ;
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elle éprouvera pour l'enfant étranger toute la tendresse qu'elle aurait eue pour le sien , et , par la suite , si l'erreur venait à se découvrir , le fils véritable ne rentrerait que difficilement dans l'héritage d'amour dont sa mère l'aurait involontairement frustré.
" Les soins que l'on donne à la première enfance , les premières caresses qu'on en reçoit, la douce habitude de voir une petite créature humaine grandir , s'élever , se développer par vos soins et sous vos yeux , telle est la source principale, pour ne pas dire la source unique de Tamour maternel.
» On est mère quand on veut l'être , continua-t-il ; il existe à Paris , pour l'éternel honneur de l'homme divin qui l'a fondé , un hospice où la société recueille tous ces orphelins que la nature abandonne. Là, le sang le plus illustre et le plus vil se trouvent quelquefois confondus dans la même crèche ; les fruits de l'inconduite , de l'erreur , de la séduction , sont admis au partage des mêmes soins , et le mystère étend sur le berceau de ces enfans un voile que l'imagination peut encore environner à son gré du prestige de la naissance.
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■ Pourquoi tant de femmes qui se consument , ainsi que vous , dans l'inutile regret d'un bonheur que la nature s'obstine à leur refuser , ne recourent-elles pas à cette maternité d'adoption, dont Phospice des Enfans- Trouvés est la source intarissable? Là, Madame , le hasard ne sera pour rien dans votre choix; les agrémens de la figure, les charmes d'un premier sourire , les indications de la force et de la santé. Je sexe ( dont vous n'aurez pas l'incertitude pendant neuf mois) , sont autant de motifs qui détermineraient votre préférence; ce n'est plus seulement l'enfant de votre amour , c'est l'enfant de vos vœux que vous pourriez obtenir. »
On commença par rire de la brusque péroraison du discours de Tami Duterrier; et comme je craignais que deux jeunes gens ( du nombre de ceux qui achèvent leur éducation aux Variéiés) qui dînaient avec nous, ne s'emparassent d'une idée généreuse pour l'étouffer sous les jeux de mots et les calembourgs , je m'efforçai de ramener la conversation à ce point d'intérêt qui en bannit la frivolité. Quelques dames se récrièrent sur cet usage barbare de l'abandon des enfans.
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« Il date de loin , re[trit Duterrier; les anciens des tribus à Lacédérnone autorisaient les parens à exposer les enfans mal conformés ; et le moindre intérêt de famille, chez les Athéniens , amenait le même résultat.
» A Rome, il y avait, je ne sais sur quelle place, «ne colonne lactaire ^ au pied de laquelle on exposait les enfans qu'on ne voulait ou qu'on ne pouvai t pas nourrir ; la compassion des passans en arrachait quelques-uns à la mort.
» — Il n'est pas très-glorieux pour la civilisation européenne ( rontinuai-je en prenant la parole) de rappeler qu'il n'y a guère plus d'un siècle et demi que fut ouvert à Paris le premier asile où la charité publique recueillit les enfans abandonnés. Un homme que les philosophes ont mis au premier rang des sages , et que l'église a mis au rang des saints , le fils d'un pauvre laboureur gascon, tour-à-tour esclave à Tunis etprécepteur du cardinal de Retz, curé de village et aumônier des galères , Vincent de Paule , exécuta par la seule puissance de la religion et de la vertu une œuvre de charité dans l'exécution de laquelle le gouvernement avait échoué plusieurs fois. A ce nom consacré dans la mémoire