DES ENFANS-TROUVÉS
jusqu'au 22 novembre i8i4i c'est-à-dire dans l'espace de 174 années, s'élève à 498,000.
La progression annuelle est curieuse à observer. Le nombre des enfans reçus en i64o a été de 372; en i6G5 de 4^6; en 1690 de i5o4» en 1710 de i84o; en 1740 de 3i5o; en 1765 de 5496 ; en 1 790 de 5842.
Il est remarquable qu'en 1793 , et pendant les trois années de la tourmente révolutionnaire, le nombre des enfans abandonnés a diminué sensiblement, et ne s'est élevé que de trois à quatre mille.
On pourra se faire une idée des avantages résultant de la vaccine , du zèle et des soins de l'administration actuelle , en observant qu'en i8o4 1 sur 5o,ooo enfans envoyés en nourrice à la campagne pendant les dix années précédentes, il n'en existait que 3ooo , tandis que le même laps de tems et le même nombre d'enfans mis en nourrice présentent aujourd'hui le résultat de 1 4,000 enfans vivans.
Sur 4326 enfans reçus à l'hospice pendant les dix premiers mois de l'année 18 14^ il en est mort dans l'hospice même Si5. Pour que cette proportion d'un sur cinq ne paraisse pas
332 l'hospice
trop élevée dans Tordre ordinaire de la nature, il est nécsssaire de considérer que la plupart de ces enfans proviennent de mères épuisées de fatigues, de misère, et souvent même de maladies.
J'aurais besoin de plusieurs pages pour le récit qui me reste à faire ; je suis forcé de le resserrer eu quelques lignes. M""^ Dubelloy , que les sophismes de Duterrier n'avaient pas séduite , avait éprouvé plus de pitié que de tendresse à la vue des innocentes créatures dont nous allions quitter Tasile. Le hasard voulut que son cocher ne se trouvât pas à ses chevaux : pendant que le laquais allait le chercher au cabaret voisin , nous attendions dans le parloir. Dans le court espace de tems que nous y restâmes , la cloche qui annonce le dépôt des enHms sonna trois fois. Ce fut entre les mains de M*"* Dubelloy elle-même qu'on remit le dernier : c'était une petite fille qui paraissait avoir deux ou trois mois , et au cou de laquelle pendait un petit papier sur lequel était écrit le nom à'Henrielte , suivi de trois initiales. En s'avançant pour la remettre à la sœur qui descendait pour la prendre, Madame
Dis E^JFAN S-TR 0U\ ES. 363
Dubelloy fit un faux pas et tomba avec Tenfant , qui fut légèrement blessé dans sa chute. Cet accident fut pris par M""* Dubelloy comme un avis du Ciel, qui lui reprochait d'abandonner cette enfant ; elle la prit dans ses bras , la couvrit de caresses : la petite y repondit par un souris mêlé de larmes , et le pacte d'adoption fut à rinstant conclu avec toutes les formalités d'usage.
364 MÉMOIRES d'un LAQUAIS.
]N!<^ XXVI. — 17 décembre 1814.
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