GEOFFROY, L'HEBMITE DE LA CHAUSSEE - D'ANTIN , UK COLONEL DE HOSSARDS
Sit mihifas audita loqui ; sit numine vestre Pandere res alla terra et caligine menas.
ViRG., Enéide, liv.VI.
Souffrez que je raconte ce que j'ai entendu ; que je révèle des secrets ensevelis dans les ténébreux abîmes de la terre.
On doit des égards aux vivans, on ne doit aux morts que la vérité.
VOLTAIRÏ.
LuciEîî , Fontenelle , Montesquieu ne se sont pas cru obligés de dire par quels moyens surnaturels ils étaient parvenus à communiquer avec les morts, dont ils nous ont donné \qs Dialogues; )e garderai, sur ce point , le même silence ; il y a tel secret qu'on ne gagnerait rien à di-
vulguer.
l3o DIALOGUÉ DES MORTS.
L'Hermiie de la Chaussee-d'Antin avait quitte la terre , et s'avançait pour passer l'Achéron, au moment où Charon se disputait avec un gros mort d'assez mauvaise mine, vêtu d'une espèce de manteau d'Arlequin , et qui paraissait vouloir entrer de force dans la barque; le vieux nautonnier le repoussait à grands coups d'aviron. L'Ermite approche , regarde, et reconnaît avec surprise le patriarche des Feuilletons.
l'hermi te.
Je ne me trompe pas , c'est ce bon M. Geoffzffy.
GEOFFROY
Mais, Dieu me pardonne, je crois reconnaître Oui, vraiment Soyez le bien
venu, très-vénérable Hermite de la Chausseed'Antin.
l'hermite.
Que diable faites-vous là ? vous devriez être passé depuis cinq ou six mois ?
GEOFFROY. ^i
Ce butor de Charon ne veut-il pas absolument me faire payer mon passage ? J'ai beau lui
DIALOGUE DES MORTS. l3l
dire que je suis de la race des Hermoniens, * que J'ai mes entrées partout, il n'en veut pas démordre ; mais je m'en vengerai , parbleu ! je ferai le Journal de i Empire de Plulon , où je prouverai que ce batelier du diable ne sait pas son métier, et ne vaut pas le moindre bathoteux de la Grenouillère.