‹ Guillaume du Vair, étude d'histoire littéraireChapitre 2 sur 20 · POLITIQUE ET HISTOIRE · texte numérisé non relu

POLITIQUE ET HISTOIRE

l'''. — Lettres et Mémoires de du Vair. — Du Vair, membre du Parlement de Paris, et maître des requêtes du duc d'Alençon. — Corruption de la cour-, Henri III jugé par Charles IX. — La Ligue; ses origines. — Crimes et intrigues. — Du Vair quitte le service de Monsieur. — Affaire de Salcède. — Mort du duc d'Alençon. — La Ligue renouvelée : barricades (1588). — Le duc de Guise et le président A. de Harlay; caractères. — États généraux de 1593. — Af-faire de la loi salique. — État de Paris. — Projet d'élection d'un roi. — Rôle de du Vair calomnié ; lettre à M. de Villeroi. — La Ligue en Provence : le duc de Savoie; son ambition. — Traité des Espagnols avec la ville de Marseille.

A Texemple de la plupart des personnages considérables de son temps , du Vair avait songé à publier ses Mémoires, Nous savons par le témoignage d'un de ses derniers éditeurs (1) qu'il.avait préparé un recueil de ses lettres ; mais la mort sans doute l'a empêché de le mettre au jour. Nous savons aussi qu'il avait écrit sur les divers événements auxquels il avait pris part des notes nombreuses qui furent

(i) Edition de Genève;, 1621. « L'imprimeur aux lecteurs. »

trouvées dans ses papiers (i). Peiresc, son ami et son exécuteur testamentaire , s'en était servi pour écrire sa vie ; malheureusement, cette biographie ne nous est pas parvenue ; elle n'a probablement pas été imprimée ; et peutêtre a-t-elle péri avec tant d'autres précieux manuscrits de l'auteur. Quant aux Lettres et aux Mémoires de du Vair, il est difficile de dire pourquoi ni Peiresc , qui s'était chargé de donner une édition complète de ses œuvres (2) , ni A. Duchesne, à qui fut ensuite confié ce soin, n'ont jugé à propos de les publier. Les manuscrits originaux restèrent, ce semble , entre les mains de ce dernier, dont le fils en inséra quelques pages dans son Histoire des CJianceliers (3). Une édition des Mémoires paraît pourtant avoir été préparée sous ce titre : Anecdotes de l'Histoire de France pendant les siècles xvi et XVIP, tirées de la bouche de M. le garde des sceaux du Vair. Mais sauf quelques morceaux séparés (4) , ce recueil n'a pas vu le jour, non plus qu'un autre qui est une copîc des mêmes notes originales sous ce titre un peu différent : Mémoires fort singuliers seruant à l'Histoire de France depuis Charles IX, C'est parmi les manuscrits de la Bibliothèque impériale qu'ai les faut chercher (5) ; c'est là aussi qu'ion trouve le recueil le

(1) V. les avertissements placés en tôle de Toraison funèl)re de Marie Stuart , et de la harangue destinée à ôlre prononcée dans le Parlement de Toulouse, en 1621 ; p. 740 et 915 de l'édition de 16ii , in-f».

(2) Gassendi, Vita Peireskii, lib. i, p. 292. Édil. in-f^

(3) Le testament de du Vair, et le récit de sa querelle avec le duc d'Épernon. — Paris, M DC Lxxx, p. 709, in-f*'.

(4) La Négociation d* Angleterre j dans l'édition des œuvres complètes de 16il ; et la Relation exacte de ce qui s'est passé à la mort du maréclwX d'Ancre, à la suite de l'Histoire des plus Illtistres Favoris, de du Puy. Leyde, 1659, in-4».

(5) Le premier fait partie du fonds Bouhier, n" 55. VAthenœum de 185i en a donné quelques extraits. Le deuxième appartient à la coUection du Puv, no* 661-662. — V. aussi manuscrits français, n'» 9583.

plus considérable des lettres de du Vair: il fait regretter qu'elles n'aient pas été toutes réunies et publiées (1).

Tels sont les documents que je me propose d'examiner : ils en[ibrassent une période de quarante-cinq ans , depuis les commencements de la Ligue jusqu'à la guerre contre les Huguenots du Béam (1576-1620). Je les rapporterai aux trois grandes périodes de la vie de du Vair : 1<» Membre du Parlement de Paris et député aux États de la Ligue ; 2° Âmbassasadeur en Angleterre et chef de la justice en Provence; 3** Garde des sceaux et principal. ministre. Toutefois, je n'ai pas l'intention de raconter toute la suite de sa vie : ce travail a été fait plusieurs fois d'une manière satisfaisante (2) ; je veux seulement, en corrigeant quelques erreurs de ses biographes anciens, indiquer à ses biographes futurs des pièces authentiques, et à nos historiens des sources où jusqu'ici l'on ne paraît pas avoir puisé.

Du Vair, dans ces Notes ou Mémoires, ne parle pas toujours comme acteur ou témoin oculaire des faits qu'il raconte : parfois , il ne fait que rapporter ce qu'il a entendu dire , mais toujours il cite ses autorités, et ce sont des hommes qui onl pris une part active aux affaires.

Un grand nombre de traits scandaleux et même des anecdotes comiques se rencontrent dans les pages qui se rapportent au règne de Henri 111. Ces récits montrent cette

(1) Collection du Puy. t. 3 et 663. — Le recueil Conrart (Bibliothèc[ue de l'Arsenal), t. xviii, p. 409-476, donne la lettre de Villeroi relative à la Satire Ménippée ^ avec la belle réponse de du Vair.

(2) Par Michaut de Dijon, dans les Mémoires du P. Niceron, t. XLi; et, dans ces derniers temps par M. Sapey, dans son élégant discours sur la vie et les ouvrages de du Vair. Paris , 1847, in-S». — V. aussi l'article de M. Feugère sur ce livre, dans la Nouvelle Revue encyclopédique^ 1847, avril; et le discours prononcé par M. Andral, à la conférence de Tordre des avocats, le 30 novembre 185i.

cour daus louie sa hideuse corruption, et aussi dans son incurable insouciance. Us révèlent des choses incroyables sur ces princes dont il semblait qu'il n'y eût plus rien à dire après le Journal de TEstoile et tant d'autres mémoires contemporains qui ont levé tous les voiles.

C'est Henri III et son frère le duc d'Alençon que nous rencontrons d'abord : celui-ci renouvelant les intrigues, les crimes , les, trahisons des Borgia ; simulant une franche et cordiale aniitié pour ceux dont il médite la perte , les conviant ù sa familiarité pour les faire assassiner dans l'ombre, et poussant à des duels à mort ceux qu'il ne peut tuer autrement ; celui-là , le roi , étalant à Saint-Cloud des scènes à rendre jaloux un Héliogabale, et souffrant que ses mignons et les femmes de sa cour livrent à d'indécentes risées un prince de l'église et un ministre , dépositaire de son pouvoir (le cardinal de Bourbon et le chancelier Bellièvre). Du Vair n'était que trop bien placé pour observer toutes ces infamies : conseiller clerc au Parlement de Paris , il était de plus maître des requêtes du duc d'Anjou , frère du roi. Mais s'aperccvant bientôt que le duc ne valait pas mieux que le roi , et que même on abusait de sa naïve honnêteté pour attirer des victimes dans le piège, il se hâta de quitter cette cour indigne de posséder un homme de cœur, essaya de prévenir des crimes en invitant à la défiance ceux qu'on flattait pour les mieux perdre, et s'enferma dans « l'exercice de la vacation qu'il auoit prise au palais. > Auparavant, il avait suivi le duc d'Anjou en Flandre , dans cette campagne qui s'ouvrit avec éclat et qui se termina dans la honte , comme toutes les entreprises de ces princes amoureux de la gloire , mais sans principes , sans esprit de suite , plus occupés de plaisirs que d'affaires.

Toutefois, le duc d'Anjou avait eu l'honneur d'effrayer l'Espagne: il gagnait des victoires, il prenait des villes; il

aspirait à la main de la reine Elisabeth d'Angleterre , qui déjà lui avait envoyé son anneau et signé le contrat : il était l'héritier présomptif de la couronne de France. C'en était trop : sa perte fut jurée ; on employa cx)ntre lui les armes à la mode alors, le fer d'abord, le poison ensuite. Du Vair était encore au service du prince quand Salcède tenta de l'assassiner. Son témoignage est important : il dit nettement que Salcède « auoit promis au duc de Parme de tuer Monsieur. > Dans cette intention , le meurtrier s'attache aux pas de sa victime ; il le suit à Anvers , où il vient le saluer en même temps que du Vair ; à l'Escluse , où du Vair le vit monté sur un arbre dans un jardin , « faisant le fol , » pour

, mieux assurer son coup. On connaît les détails de son arrestation et de son procès : là-dessus les notes de du Vair ne nous apprennent rien de plus que le Journal de l'Estoile. Cependant une circonstance rattache à cette affaire de Salcède la mort du président Christophe de Thou : nous ne la trouvons mentionnée nulle part ailleurs; son fils, l'historien lui-même ne l'a pas connue. « Le roi , dit du Vair, voulut estre présent , caché néantmoins entre deux portes , quand on donna la question à Salcède ; ce que le feu premier président de Thou, affectionné d'ailleurs à la maison de la reyne, ne pouuoit souffrir, disant que iamais roy n'auoit souillé sa veiie d'vn si piteux spectacle. Mais le roy luy respondit qu'il estoit vn vieux fol, dont il eut tant de regret sur

l'aage de soixante-quatorze ans qu'il auoit, que dans huit

iours il eu mourut. »

Du reste , c'est là une des moindres marques du peu de respect de ce prince pour lui-môme et pour la royauté. « Il se délectoit à faire le mal , » dit ailleurs du Vair ; et il le faisait sans vergogne. Avant de monter sur le trône , il dissimulait , mais il n'était pas meilleur, ce qui avait fait dire à son frère Charles IX : « 11 fait bien de cacher ses

vices 9 paisqu'îl n'a pomt do vertus [>onr les contre-balancer. »

A sa conduite désordonnée on jugeait < qu'il ne pouuoit plus dur(;r vu an sans estre tont-à-fait fol. » C'était l'avis du médecin Miron : il le dit à la reine-mère qui dès-lors se décida à entrer dans la Ligue. Elle c s'en rendit la première, voyant le roy sans successeur. > Le duc d'Anjou venait de mourir empoisonné par c un bouquet que lui auoit fait sentir sa maistresse, la.... (1) >

Sfîlon du Vair, qui dit tenir ces renseignements d'Antonio Pércz (2) , il faut remonter jusqu'au Concile de Trente pour trouver la vraie origine de la Ligue : là , on eut la première idée d'organiser contre le protestantisme français une lutte à main armée; de réunir les forces du catholicisme, et f M. de Guise, grand-père, en fut le chef. » Depuis, à l'intention, primitive se mêlèrent des vues d'ambition personnelle , toutes sortes d'intrigues. Chacun travailla en secret pour soi et chercha à tromper les autres. C'est un triste tableau que celui de toutes ces sourdes menées , de ces amitiés apparentes, de ces trahisons, de toutes* ces infamies de l'ambition. « La reyne desseignoit de faire tomber la couronne entre les mains des enfants de sa fille de Lor-

(IX Le nom manque dans le manuscrit.

(2) Du Vair s'était plu à interroger cet homme qui avait joué un rôle si actif dans toutes les intrigues de l'époque, et qui avait autant à s(; plaindre du gouvernement espagnol qu'il avait à se louer de ses relations avec celui de la France ; il le questionna même sur la mort de don Carlos. « Le naturel de ce prince, lui dit le vieux secrétaire d'État , estoit malin et enclin à brouiller. » On résolut donc de s'en défaire, « et, pour ne faire un tel acte trop ouuertement, il fut ordonné que durant quatre mois on lui dcnneroit vne poison si Ijente , laquelle seroit distribuée à tous srs repas , qu'insensiblement il perdroit les forces et la vie sans qu'il semblast qu'elle eust esté précipitée par aucune violence. Ce qui fut exécuté. »

- - 15 -^ raine (4), et M. de Guise n'y estoit employé que comme serviteur de M. de Lorraine ; car on ne pensoit pas faire le morceau pour luy, » On ne voulait pas même attendre la mort du roi pour régner tout-à-fait : il fut un jour question f de Tenleuer dans l'église des Capucins , de se scruîr de son nom pour faire tels édicts qu'on voudroit , et le tenir prisonnier luy donnant néantmoins à besogner à toutes façons et à tous ses autres plaisirs, sans ouïr parler d'affaires. > ^

La seconde Ligue , t la grande Ligue fut bastie d'autre façon , » selon la relafion d'Antonio Pérez , confirmée par le président Jeannin. Mais les principaux acteurs n'y apportèrent pas plus de loyauté , pas plus de confiance réciproque. Le duc de Mayenne n'en sut jamais le fin mot. « M. de Guise l'obligeoit en autre chose ; il feignoit de luy confier tout , et ce n'estoit que ce qu'il ne pouuoit luy celer : pour acquérir des hommes, il eust fait l'impossible, » et sacrifié même son honneur conjugal (2). Après la journée des barricades , il aurait bien voulu s'attacher le président de Harlay et alla s'excuser auprès de lui « du désordre aduenu ; » mais on sait comment lui répondit ce courageux magistrat. En sortant de chez lui , le duc de Guise, qui n'avait pas trouvé un mot à lui répliquer, dit tout haut : « le me suis trouué à des batailles , à des assauts et à des rencontres les plus dangereuses du monde ; mais iamais ie n'ay esté arresté , ni estonné comme à l'abord de ce personnage. » Du reste , M. de

(1) Claude, femme de Charles III, duc de Lorraine (154.5-1608). Ses enfants sont : Henri-le-Bon , son successeur ; Charles , cardinal de Lorraine , et François de Vaudemont.

(2) Du Vair s'exprime plus énergiquement et cite un trait qui prouve qu'il n'exagère rien. La duchesse de Guise avait des relations intimes avec Saint-Mesgrin. Le duc la surprit en flagrant délit « dont il ne se fit que moquer. »

— IG — Guise n*cstoit pas des mieux disans en public , aius seulement au coin d'vne fenestre, en particulier, i Un jour il vint avec le cardinal de Bourbon proposer au Parlement de changer tous les capitaines et le prévôt des marchands ; au moment de prendre la parole , t il paslit plusieurs fois et se troubla en sorte qu'il fut fort empesché à parler. Encore , du peu qu'il dit, personne n'en peustrien ouïr, de ceux mesmes qui estoient à costé de luy, tant il parloit bas et entre ses dents ! > C'est ainsi que ces héroïques magistrats , en qui s'était alors réfugiée toute vertu civile, imposaient à ces hommes d'épée qui n'avaient retenu' du soldat que la violence sans rien garder du vieil honneur français. Ceux qui restèrent à Paris pendant les troubles , empêchèrent ainsi bien des excès , et s'ils eusseiit tous suivi le roi ; si , comme dit du Vair, t les affaires fussent demeurées à la discrétion des gens de ville et des bélistres qui pcrdoient tout, » on ne peut , sans frémir, imaginer ce que fut devenue la France. Heureusement tous ne crurent pas que la France était là où était le roi; et, gardant leur poste, ils aimèrent mieux subir un moment la honte de passer pour ligueurs; plusieurs d'entre eux , comme du Vair, durent même faire tous leurs efforts pour être acceptés d'un parti qu'ils détestaient : encore ne se fiait-on que médiocrement à eux, et , le nom de Politiques qu'on leur donnait , pouvait devenir à chaque instant leur arrêt de mort. 11 est vrai que , comme leur prudence s'enfermait toujours dans les strictes limites de la justice , ils ne semblaient pas donner assez de gages à la Ligue. Quelques paroles louangeuses pour les tîhefs , l'oraison funèbre de Marie Stuart et du duc de Guise n'étaient pas aux yeux des violents des preuves suffisantes de leurs bons sentiments. Du Vair, qui ne se recommandait aux ligueurs que par des sacrifices de ce genre , où certes son honneur n'était pas compromis, manqua vingt fois d'être assassiné :

on fit tnf'jnp ii son beau-fi'ère. « do* romplinicnls de condoléance sur le bruit rjui fstoit courti qu'il uuoit eu la mesme fortune (jne le président Brisson. >

Il faut voir dans ses Mémoires toutes les inquiétudes , tous les périls, tous les actes de courage et de présence d'esprit dont sn vie, i"i cette époque, est remplie. Ayant à cœur de 80 justifier d'être l'esté à Paris, il enlre dans les plus grands déti)il$ sur s:i conduite prindant les troubles. Dénoncé it chtiqnc instant, poursuivi jusqu'à sa porte par des liommos armés , pillé par des voleurs sous prétexte de réquisitions pabliques , ménagé par le duc de Mayenne qui craignait do < voir tous les gens de bien quitter Paris, lui, homme de ktbe et presque d'église, il est obligé chaque jour d'endosser t cuirasse, de mettre l'épée ù la main, de commander des i'^pOfitCS. Mais il faut l'entendre raconter lui-même une de ces ■.toines de riolence, chaque jour renouvelées. Un soir, en p rentrant chez lui, prés de la Sorbonnc, il est assailli par ■ une troupe de gens armés; t croyant d'estre perdu, il se Ik'inet à songer ù sa conscience mieux qu'il ne fit jamais. i.A l'instant, iugeunt qu'il n'y nuoit point de moyen de se ' ' sauner que par la bonne mine , n'ayant qu'un long manteau , il se le met autour du bras, et résolu de mourir, il crie le premier : i Demeure! demeure! > Sa bonne Tortune vonlut qu'un autre procureur estoit sur sa porte, près du petit lîbmire, et que, chez luy, son valet y estoit aussi pour l'attendre. Tout ce qui , ioint ensemble , fit croire à ces coquins qu'il y eust une contrepartie pour les attraper, si bien que de crainte qu'on ne leur fermast la porte de la f^rbonne, ils se mirent à courir si furieusement vers icelle 'qu'ils le laissèrent emuiy la rue, sans luy faire aucun mal; et il se retira louant Dieu d'anoir eschappé si miraculeusement. Et le lendemain , par le moyen de M. de Villeroy et d'autres amis, il l'ut aduerti que la partie auoit esté bien

(ïrcssce, et qu'on auoit Gnuoyû quérir quatre soldats de BcDulieu qui estoit gouuemeiir dti bois de Vincennps , pour l'exéouter, et qu'un pauure rauaudcur du quartier soruoit de guide et les suîuoit pour le faire cognoistre aux soldats. >

Au milieu de ces perpétuelles agitations et de ces dangers personnels, il liit fallait penser au\ affaires les plus importantes , s'entendre avec les meilleurs citoyens pour soutenir les lois fondamentales de l'État et pour sanver la monarchie, haranguer aux assemblées de son quartier, à l'Hôtel-de- Ville , au Parlement , et plus tard , aa\ États généraux , et traiter souvent, presque sans préparation, les plus hautes questions d'organisation politique et religieuse. Ce moment est , ù nos yeux , le plus beau de la vie de du Vair. Représentant du Tiers à ces États de 1593, qui ne se sont jamais relevés du ridicule versé sur eux par la dartre Ménîppée, mais qui ne méritent pas tant de mépris; siégeant à côté de ces fougueux et terribles prédicateurs qui soulevaient il leur gré la populace , il sut se laire une position respectable et respectée. D'abord, pour garder toute son indépendance, il refuse la subvention allouée aux députés (1); elle était payée avec l'argent de l'Espagne (S); puis il prend part à toutes les délibérations. Son noble caractère commande ta vénération et sa haute capacité inspire la confiance ; on le charge des affaires les plus importantes, comme de répondre aux propositions des royalistes, * d'examiner avec Lemaistre les actes du Concile de Trente et de remarquer ce qui estoit contraire à la discipline, aux lois et aux usages

(1) PTOcèi-rei'batuc des Eslats Qénêrmx de 1593^ p. 365. — Dofiiments inédils de l'histoire de France. II m exïsln à la BiblioUiëijue ili' Hoiii'gps iinfi ropiu nianusrrite ijiii dalo du SVII" siècle , n" 202.

Ci) riisi'OiiiR pfiiii' Ifi \m XiiUijm. Œuvres rii^ iln Vair, in-Hf, j». ('.7.

— l!l — du royaume (1). • De tels choix, pour le dire en piissnnt, prouvent en faveur Oe l'esprit qui dominait dnns l'assemblêe. On aurait bien pu ooufier cet examen au savant Gilbert Cênebr:iril, archevêque d'Âix, dont le dévouement à la cour de Rome était bien connu (2). Mais la Ligite françmscf comme dit Murcillac, commençait à l'emporter sur lu Liipte espagnole. La première, h la fois catholique et nationale, ralliait peu à peu tous les bons esprits : elle avait su mettre de son côti! le patriotisme et la religion , tout le bon droit ; l'antre en était réduite, pour se soutenir, aux prédications furibondes des prêtres ligueurs et h rnrg<ent de l'Espagne, qiti ne servait guère à donner du pain au peuple. Les deux lignes se trouvèrent en présence aux États généraux. La r Ligue espagnole n'avait de lYWo» que le nom; on y jouait F m plus lin; le Tiers-Parti, fortement uni, profitait habilement de ses dissensions , et mettait toute son adresse à les Hiiiltiplier. Ainsi le légat et leii Espagnols ayant < réuni un conseil de casuistes , > on y avait décidé qu'ils t ponuoient hardiment (tuta consdentia fsir^ promettre à M. du Maine tout CB qu'il voudroit; qu'au bout du compte, ils ne seroient tenus de rien obsenier. > Du Vair, • qui aiioit eu vent de cette assemblée de théologiens et de ta résolution qui s'y estoit prise , > en donna indirectement avis au duc de Mayenne ; et t l'on ne se voulut fter ù rien , et le grand coup fut rompu. >

(1) De Tliou, liv. cv. L'hislorien ajoute qiie les deus rapporleura s'en lirèrenl de inaniÈpe à moritcr ra])proha[ion de tmis les gens de

(S) Peul-t^lTC la rrconnnissnncc cmpf'chail'ellc le dacle el-roiigiieiix prt'lijl de fuire de ro|ipositioii ù du Vuir. Je trouve une note ùcrile de la main de celui-ei, ain^i conçue : « Le jiire de Mottsinir Du Vair auoit entretenu Génebrnrd mi.T esliides. > lie éloienl Anvei^inats ions lieux

Ce gmid ecMp, e*étaii rékctios d'u roi : les Espagnols eoi&pfaieiit beaucoHp sur eette affiûre pour semer de nonveaux fjonbles en France el diviser i^ns profondànent les partis, c Bien qne dès le eoflunenoement, dit dn Tair (I), on te moeqnast de ceste proposition, par après, beaucoup de gens s'y laissoient couler. Cela fut cause qne ie m'esuêrtuay de recueillir toutes les rais<His qne l^estimots pounoir seruir i démouuoir tant les grands que le* p(^ulaire , d'vn si pernicieux dessein. En ayant entretenn qnelqnes-vns de mes amis, ils me sollicitèrent de dresser vne remoustrance et de la £iire courir. > Mais ^i même temps que du Vair faisait appel à Topinion publique par un de ces pamphlets hardis de langage et même un peu violents, armes habituelles de tons les partis dans les temps de discordes, il protestait avec fermeté aux États généraux contre la proposition d'élire un roi (2), et en ùiveur du mainUai de la loi saliqne. C'était le 20 juin 1593*, date importante dans notre histoire; c'est la grande journée de du Vair ; on peut dire que par ce coup d'audace 11 sauva la monarchie. Bè^ lors le parti français osa lever la tête , et , quelques jours après, quand dli Vair, par un éloquent discours (3),^mma le Parlement de se prononcer, c les Ligneux qui estoient là , dit L'Estoile , estonnés de la résolution de leurs compagnons, ne firent que tourner autour du pot, et contre ce qu'ils auoient proposé , revindrent ad idem. » Du Vair tenait l'arrêt tout préparé; il avait été rédigé chez lui avec l'assis-

(i) ExhortaUon à la paix adressée à ceux de la Ugue, Œuvres, édit. de Genève, 1621, p. 24. — Cette pièce remarquable ne se trouve pas dans la grande édition in-f», 1641.

(2) V. les Procès-Verbavo! , p. 283.

(3) Suamn de Varrest donné au Parlement pour la manutention (le la loi salique.

tance de Pithou et de Lefevre (1) ; il n'y avait plus qu'à Voter et à signer. Personne n'osa résister ouvertement : Mayenne fit mine de se fâcher , mais il céda comme les autres y voyant bien que tout était fini de ce côté-là, ou bien, salon son habitude , ne sachant quel parti prendre et craignant aussi de travailler pour l'Espagne.

Aux États y même indécision : on laissa faire le Parlement. C'était pourtant , à wai dire , une usurpation ; mais les États de 1593 sentaient bien sans doute qu'ils ne représentaient pas toute la nation. Plusieurs provinces n'avaient pas envoyé de députés, et beaucoup de ceux qui siégeaient n'avaient qu'un mandat fort contestable (2). Et puis , l'assemblée se dissolvait d'elle-même peu à peu. Vitry joignit sa protestation à celle du Parlement et se retira dans sdn gouvernement de Meaux ; son exemple fut suivi (3).

On voit quelles furent les conséquences de l'acte harcU dont du Yair avait pris l'initiative , ainsi qu'il l'a établi avec complaisance dans ses Mémoires. Il aimait à rappeler ce moment glorieux de sa vie. Le discours qu'il prononça au Parlement était sa première Catilinaire ; il en était fier autant que de toutes ses œuvres. Toutefois , la victoire remportée , chacun , comme il arrive , prétendit y avoir eu la plus grande part. Michel de Marillac , entre autres , essaya de prouver que , dès le 23 juin , « il auoit représenté au Parlement que Ion proposoit aux Estats de faire vn roy et

(i) Mémoires. Collect. Du Puy, t. 661-662.

(2) Discours pour la loi salique. Du Vair, Œuvres, in-S», p. 65. On trouve dans ce discours des renseignements curieux sur la composition des États.

(3) Pour tous ces détails V.le récit de Marillac, dans la collection du Panthéon littéraire^ à la suite de Palma Cayet, t. ii, p. 526.

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que iu l'urlcmcnt s'y deuoil opposiii' (I). > Muis il nt' dil pas, ce qui est constaté pur les procès-verbaux des Ëlats et noté par l'Estoilc, que, trois jours auparavant, du Vair avait fait en pleine assemblée sa famcu&e protestation.

Les ligueurs fanatiques et les Espagnols connaissaient bien leur dangereux adversaire, jusqu'au jqur de la réductiou de Paris , du Vair eat à défendre sa vie contre Uturs at^ tuques , et , ce qui devait l'afTccter davantage , son honneur contre leurs calomnies. Nous le ven-ons ailleurs , dans le traité de la Comlance, faire indirectement l'apologie de sa conduite (3). C'est aussi l'objet principal d'une longue lettre qu'il écrivit à M. de Yilleroî. Comme elle résume complètement et parfois avec éloquence , cette période de la vie de " ^u Vair, et que d'ailleurs elle n'a pas été publiée , j'en donnerai les passages les plus renia ['quabi es. lis nous mettront fi même de reconnaître la parfaite coulormité qu'il y out entre les actions du citoyen et les doctrines du philosophe.

Cette lettre est datée de 1S94 (juillet ou août). M. de Villeroi avait été représenté, dans un des tableaux qui ornaient l'escalier de la salle des États, sous la iigure i d'vn petit homme de deux couleurs , bien estotTé et orné des marques d'vn bon traistre (3). > 11 écrivit à du Vair une lettre dont nous aurons occasion de parier plus loin. Voici la réponse qu'il en reçut:

(1) Mémoires do Marillac, ibid. Cf. Journal de l'Esioile, S8 juin 1593; Mémoires ia \"ù\troi à la suite de ceux de Marillac, p. (ïiT, lis ne nommeni que le )ircBident Lcmaistre.

(2) Liv, ni, p. 9Hi-fl8(i.

(3) Lellre dis Villeroi, Collection Du Pny, L. in. — Ce (ableau était le deuxième; il fui remplacé dons l'édition de 1591 et dans les snivsnles par « le docteur fourré d'hermine a et i la vieille dame habJDée h. l'antique gauloise. • Satire Méiàppée, p. 182. Ralisbonnc, 171 i. Cf. ibUl. p. 5, VI cl fili, note.

■ Monsieur, vous mv luittes beaucoup d'honneur ait degchai^er vos plaintes en mon soin , et plus encore , de me rendre arbitre de vos actions passées... l'ay senti vostre mal dcuant vous... Ceux mesmes de qui i'auois quelque soubsçon de sauoir qui estoient les autheurs de cest escrit , le confesgoient ainsy... le les voiois tous d'accord qu'il falloit supprimer cela, et, sur ma seule remonstrance , il y fut mis ordre, l'eusse fort désiré que cela cust esté tellement excquuté que vous n'en eussiez point eu la veiie... Or, Monsieur, puisque vous m'avez choisi pour m'ouurir vostre cœur sur ce subiet , et que ie doibs par l'obligation de l'amitié dont il vous plaist m'honorer, partit^iper au ressentiment que vous auez de ceste iniurieusc atteinte , ayant tusché d'y apporter . remède en ce que le mal estoit hors de vous , ie doibs, ce me semble , essaier aussi de le faire en ce qui demeure en TOUS. Ce n'est pas assez de chasser lu mouche de dessus la main de l'enfant, si l'on tire puis aprSs réguilhni qu'elle y a laissé, qui enfle la chair et envcuimr; lu peau.... >

Ici du Vair entrant en plein dans son rôle de moraliste, s'écrie :

t Quoi donc ! il sera eu la puissance de tous les plaisans et boulfons du monde de vous apparier it eux , de vous faire descendre au pair auec eux , et vous contreindre de les receuoir pour partie et entrei" en dcffence contre eux ! Voyez combien vous vous offenseriez en vous pensant deffendre... >

Après uvoir établi qu'on ne peut et qu'on ne doit répondre â certaines injures que par le dédain, il continue avec la même fierté de langage çii et là tempérée par une grâce cbarmante :

« Mais , Monsieur, si i'osois vous parler aussi librement que ie pense ; et si le respect que ie vous doibs , ne relire point la hardiesse que me donne i'amitià dont vous me favorise/ , ie vous dirois (|ne vous estes bien délicat de l'el'user

la condition conunnne de tons ceux qui ont esté signalez pour auoir grande part an maniement des affaires publiques. Qnant i moi , ie n'en ai encore iamais remarqué vn qui se soit pen exempter de Tennie et de la calomnie , qui sont continuellement attachées aux aduenues des grands maniemens d'affaires pour abbayer ceux qui y entrent et deschirer lenr réputation. Cest chose indiuisîble que le gouuemement et la calomnie; et n'y a tiltre d'honneur, ni puissance si illustre qui en exempte les hommes. Les rois y sont les plus subiets 9 et pour ce est yn ancien prouerbe , que c'est chose roiale que bien faire et mal ouïr... Gomme les freslons irritez s'attachent à ce qu'ils trouuent de plus apparent, la calonmle a tousiours esté et sera tonsionrs au monde , et donnera tousionrs à ce qui sera plus éminent. Et pour ce , qui sera éleué à vn grand maniement, n'a non plus le droit de s'en plaindre qu'vn bastiment éleué bien hault d'estre battu du vent... Pour moy, Monsieur, de si longtemps que îe mo suis mis à contempler les actions du monde, î'ay appréhendé la fortune de ceux qui sont an maniement des affaires , lesquels ie n'ay point trouué d'autre condition que de ceux qui flottent en haulte et profonde mer, à la merci des vents , qui ont à craindre l'air, l'eaué et la terre. Car les éoénements des affaires qu'ils manient , despendent de tant et tant de diuerses rencontres que ie ne vois rien en leur puissance que les conseils. Encore comment? Ils ne sont pour la plupart du temps qu'exécuteurs de ceux d* autrui (i), et, comme les médecins portent le blasme de l'intempérance des malades , les affaires les entraînent le plus souvent , et ils font ce qu'ils ne voudroient nullement faire. »

Suit une remarquable appréciation des événements et des

(1) Mots soulignés dans le manuscrit de la Bibliothèque impériale.

principaux personnages de cette époque ; elle se termine par ces mots :

c II est sans doute que le naturel de M. de Mayenne estant si irrésolu que nous Tauons veu , esbranlé des mauuaises fortunes qu'il a eu , surchargé des artifices , argent et promesses des Espagnols , eust tresbuché à nostre ruine commune , s'il n'eust esté tenu en balance et contre-poids par vostre sagesse. *

Après ce témoignage rendu à son ami , du Vair, constatant qu'il peut se vanter f d'auoir fidèlement et vtilement seruî son pays , * ajoute comme preuve ce sommaire de sa vie :

c Mais qul>i ? affîn que vous vous consoliez en société , de vostre mal , ie vous veux bien dire que mes actions non plus que les vôstres, n'ont esté exemptes des morsures de l'enuie , ni eschappé les dentées de la détraction. Puisque ma louange sert à vostre iustification , ie veux bien , Monsieur, me glorifier auec vous et vous représenter quelque chose de mes actions passées, affîn que vous voiiez qu'il n'y a conscience si nette , ni action si entière qui ne soit si non entamée, au moins attaquée par la calomnie. Il n'y auoit honune en ce roiaume qui ne deust plus tost estre de la Ligue que moi. Le feu roy auoit ruiné mon père pour récompense de vinqt-cinq ans de seruices (i) qu'il lui auoit faits. l'estois pauure, i'estois recherché, et n'y auoit rien proportionné à ma fortune qu'on ne me promist. Après les barricades, ceux de la Ligue proposèrent de me faire procureur-général ; après la mort des princes , il me voulurent envoler en ambassade à Rome, et m'offroient force'argent ; on me fit parler de prendre Testât d'aduocat du roy. M. de Maienne me voulut re-

(1) Mots soulignés dans le manuscrit.

tirer près du lui : Monsieiii-, vous le scauez, î'aî eitcui-e les katn's qu'il m'ca cscnuit. lumais cela ne m'a empesché qu'en toutes les oecasioiis qui se sont présentées , le n'aie de tout mon pouuoir ramené les choses oîi elles detioient cstre. Après les barncadcs » ceuK de la Liguti firent ce qu'ils puurcut pour ioiadre l'autorité du Parlement à leur parti. M. le cardinal de Bourbon et M. do Guise vindreut au Parlement , pour prier qu'il s'unist anec la ville ; ie parlai librement de l'authoritc du roy, et promeus la résolution qui fut prise d*enuoier vers le roi , sans rien i-espondre il la reqiteste du dit seigneur cardinal. Au mesnie temps , on voulut Ihire vne leuée à la ville et d'hommes et de. deniers pour assiéger Melun; ie l'cmpeschay an quartier de la place Maubert, où l'on fit déclaration qu'on f nlendoit seruir ;\ la conseruation de la religion, mais non pas faire ta guerre au roy, dont M. de Guise se trouua fort estonné. En quatre-vint et neiif, comme M. du Maine estoit à Motitereau , nous Gsmes entrcpiise de réduire la ville, et eust ù mon aduis esté exéquutéc, si Doron (1) eust tenu bon en sa maison comme il auoit promis. Quatre- vint-dix , au commencement de l'année , quand M. de Lion (2) proposa de faire entrer les lansquenets eu garnison, ie m'y opposai en plein hostcl de ville (3). Après la leuée du siège , on proposa d'enuoler vers le prince de Parme pour le prier de demeurer en France ; i'aidai en Parlement à rompre ce coup-là, et eu portai beaucoup d'enuie. Quatre-vint-douze , ie proposai en Parlement qu'il falloil faire la paix, et sur ma proposition, remonstrances en fu-

(1) Premier liuissier un l'nricmcnt , t-t ilc|mis, conseille)' au grand conseil. C'est lui qui aiilail Henri 111 dans ses amuscmcnis g:raroiiuiticauï. — V. l'Estoile , 1575. Cf. Est. l'asquier, Lett. , liv. xi\ , H .

(S) U'Ëpiatic, archevêque du Lyon.

(3) V. Œuvres, in-S», p. 20 et suiv, — In-f", 576 et suiv.

rent fuUtes ù M. de Muieiiiie de lu part du l'urlcnienl. Je le proposai depuis publiquement ù l'Iiostel de ville (1).

« Vous sçauez , Monsieur, ec qui s'est d(>puis passé aux Estais, la protestation publique que l'y feis contre l'élection qu'on vouloit faire, l'arrest de la cour pour t:i loy sulîque , auquel je croi que personne ne peut prétendre plus grande part que moi. Vous sçauez les hasards que t'y ai couru de ma vie laquelle Dieu m'a niiracnlcuscmcnt prcseruée le quatorzîesme iuillet, il y a vn an passé. Tout cola ne me peut pas garentir que quelques gens pleins d'enuic et de mali' gaité , s'ils ne me blasmcnt ouuertement , pourcc qu'ils y receuroiont trop de contradîctiou , au moins ne me piquent il couuert et me facent , en ce qu'ils peuuisnt , perdre la grâce que les honestes gens m'en ont... C'est vous dire que si moi , qui ne suis qu'vn escalier, couuert de ma solitude et de l'ombie de mon estude , et dont la fortune mérite plustût pitié qu'enuie , ne puis néuutmoins euiter les traits venimeux de la calomnie et malignité , comment vous en pourriez-voua exempter, vous , dis-je , Monsieur, etc. »

Par les notes et surtout par cette lettre , on voit quel avait été le rôle de du Vair sous le règnR de la Ligue, Dîen qu'obligé souvent de caclier son drapeau , il avait été pour ce parti un ennemi loyal et désintéressé ; on voit aussi par ces fragments de Mémoire» avec quelle sagacité, il savait juger les hommes, et surtout les ambitieux qui élevaient leurs ■ vues jnsqb'au trftne. Deux ans plus tard (1596) , en Provence , Il se trouva rapproché d'un ces prétendants , CUarlcs-Eminanuel I" de Savoie. Du Vair, envoyé pour pacifier ce pays et l'accoutumer à l'obéissance , se plut •> étudier, pour ainsi

(1) f4au3 avons vraisemblablement la subslancc de ces discoui's dans le pamphlet intitulé Exhortation à la itaix, adressée à ceux, de la Ligue. ŒuïJ-e? , in-8", p, 24 cl suiv.

dire, sur place ud îles chefs de faction, celui dont il iivaiL dit en 1S93 , dans son pamphlet intitulé Exhortation à la paix, adressée à ceux de la Ligue :

( Le duc de Sauoyc a peosë se préualoir des diuisions qui estaient en France pour en occuper vn canton; mais comme vn verre qui heurte vnc grosse et rude paroi, ses forces sont tombées en pièces et, pensant mettre le feu en la maison d'autrui, il a bruslé la sienne; il a maintenant la guerre jusqu'aux entrailles du Piedmont (1). > Du Vair put voir qu'il ne s'était pas trompé dans son appréciation h distance. Dans les conversations de la Floride (â) , on riait de bon cœur de l'ambition malheureuse du pauvre duc, dont les projets rappelaient ceux de Picrochole et de Pjrrhus. On riait surtout de sa manie de se faire croire très-ricbe et des ridicules expédients auxquels il avait recours pour répandre cette opinion. M. de Vauclausc , un des amis de du Vair, racontait que le duc, à sa venue en Provence, avait fait défiler it travers les villes cent ou six vingt mulets chargés de coRres pesants. C'était lui, Vauclause, qui en avait la conduite. Chacun croyait que des trésors y étaient renfermés, et voyait déjà une pluie d'or tomber sur le pays. Le duc'riait de son artiQce, qui lui réussissait si bien: les coffres étaient remplis de pierres. Mais on ne fut pas longtemps dupe de ces belles apparences : peu de jours apréi, S. A. en fut aaz emprunts.

Comme tous les autres chefs de la Ligue, Charles-Emmanuel trompait et était trompé : il allait en Espagne demander des secours pour la grande cause de la religion , ot ne songeait qu'à SCS intérêts. En même temps , il se faisait donner par la Ligne te comté de Provence. Mais de son côté, l'Es-

(I) Ëdit. în-»" lie KJ-21, p. -iil

(3) Maiaim Un cuiiipugoe du lin Vaii', ji

pagne le jouait, l'amusait et traitait avec les Marseillais. Le traité en langue espagnole , se trouve dans les Mémoires de du Vair.

§ IL — Du Vair au Conseil du roi; estime de Henri IV pour lui ;'sa fermeté stoïque. — Affaire de la légitimation de M. de Vendôme. — Opinion de du Vair sur Henri IV. — Ambassade d'Angleterre ; le récit de Sancy et celui de du Vair. -=- Observations sur l'Angleterre ; ses mœurs, son gouvernement. — Portrait de la reine. — Du Vair en Provence ; intendance de la justice de Marseille ; véritable proconsulat. — Difûculté de la situation — Du Vair rattache Marseille à la France. — Caractère des Provençaux. — Intrigues ou duc de Savoie et des Espagnols. — Du Vair, premier président du Parlement de Provence. — Pacification du pays. — Occupations littéraires de du Vair. — Petite académie de la Floride; Malherbe, Peiresc , Cl. Fabrot , etc.

En dépit des calomnies et des prétentions exagérées de plusieurs , Henri IV jugea bien que des membres du Parlement restés à Paris pendant la Ligue , du Vair était celui à qui il devait le plus. Aussi, après la réduction de Paris, Tadmit-il tout de suite dans son conseil. Il professait une sorte de vénération pour Taustère magistrat qui s'est plu à en consigner les témoignages dans ses Mémoires. Le prince était digne , du reste, de rencontrer face à face cette sévérité stoïque, car il savait la supporter, el, mieux encore, la respecter,'lors même qu'elle froissait ses plus chères affections. La duchesse de Béaufort (Gabrielle d'Estrées), dans tout l'éclat de sa faveur, au moment où le roi songeait ù divorcer pour l'épouser, avait attaqué un greffier de Senlis, et l'affaire avait été confiée à du Vair, alors maître des requêtes. La favorite mit tout en œuvre pour intéresser le magistrat à sa cause; elle n'en obtint d'autre réponse, sinon que justice lui

serait l'aito. D^-s-lors elln voulut faire întcrvenii' le roi ; elle le pria , au uom de l'amour, d'imposer sa volouté i\ lu ju&tire; mais Henri lui répondit: < Je eonnoïs Monsieur du Vaîr; si vostre cause est bonne , il vous la fera gagner; sî elle est mauuaîsu , il vous la fera perdre. > Et en effet , la duchesse perdit sou procès, i C'estoît, ajoute du Vair, vue oppression insoutenable contre de panures gens qui auoïent financé de bonne foy. »

Il eut bientôt ù montrer encore plus de courage. Le roi voulait faire légitimer M. de Vendôme, l'aîné des enfants qu'il avait eus de Gabrïcllc d'Estrées. Le chancelier de Chîverny n'osa pas sceller les lettres sans en parler au Conseil. Personne ne s'empressait de donner son avis, « cl chascun regardoit son compagnon » sans mot dire. Enfin M. deBetliiWre interpella du Vair : t Dittes , dittes , que vous en semble-il? i — « Il me semble, répondit le nouveau conseiller du roi , qu'elles sont très pernicieuses (les lettres de légitimation) et du tout contraires ù la loy de l'Estat. > — ( Mais, lui réplique-t-on , la légitimation est vérifliéc, et le mal en est pris. • — ■ Tant pis! et Dieu sçait si ceux qai l'ont fait, n'en respondront pas... »

Enfin Sully, admirant une fermeté dont il y avait si peu d'exemples , se décida à lui venir en aide : i Monsieur a raison , dit-il ; il n'est légitimé que pour succéder à sa mère et auoir des charges; mais, pour son père , il ne saurolt prétendre en rien recueillir; il faut réformer cela. ^ Et les lettres furent refaites < auec les restrictions susdites. > Sans l'énergique opposition de du Vair, un bâtard aurait pu s'asseoir sur le trône de France , et établir un précédent aussi funeste que honteux.

Gabrielle eût tout fait pour mettre la couronne royale sur la tète d'un de ses fils : déjà elle avait arraché au duc de Mayenne la promesse de lui prêter son appui et celui de son

^ 31 — parti ; et , il ce prix , file avait travaillé à sa réconciliation avec le roi. H dp lui fallait plus peutrfltrc , pour atteindre son but, que cet acte de léf^timation que du Vair l'empêcha d'obtenir.

Le vertueux magistrat ne cessa de protester contre le règne immoral des maîtresses. Quand la mort soudaine de la dncfaesse de Beaufort vint jeter la désolation dans le cœur de son royal amant , tout le monde fît étalage de douleur; • personne n'osoit se monstrer deuant le roy, qui ne fust vestu de deuil. • Du Vair s'abstint trois semaines de paraître à la cour : • pour rien au monde , il n'eust voulu y aller en habits de deuil. >

Henri IV, il faut le dire , loin de lui en vouloir, l'admit de plus en plus dans son intimité , il lui donna même des marques éclatantes de son estime e{ de son respect. Un jour, la cour étant à Fontainebleau, le roi aperçoit du Vair qui se tenait debout derrière sa chaise, pendant qu'il soupait: < Lors lui donnant de la main sur l'espaule, il luy commande de le suiure et le mène dans les jardins... fJt, il se met ù luy conter toutes ses amours anec la feue duchesse et les dessins qu'il auoit eus du mariage et d'appuyer ses enfants par des alliances... durant vue grosse heure et demie, durant lequel temps le Roy le fit couurlr ù force de cominandeuienis réitérez de ce faire , nonobstant que H. le comte de Soissons et M. de llrinon fussent au bout de rallée, dcscouuciis, sans que le niy le.s fisl couurîr, pour mieuv exercer en leurs personnes les ieux des rois. >

t Le Roy lui commanda donc de luy dire ce qu'il luy sembloit de tout cela; et, après plusieurs protestations ot excuses : « Puisque Votre Majesté me le commande si absolument, dit-il, elle excusera la liberté aueoque laquelle ie luy parleray comme son très humble et plus fidèle snbiet. Si elle estoil vn duc de Toscane , de Maiilnue ou dTrbin , ie

croirais qii'm fuisnnt cstorminer lous ses parents el amis d'iccus, elle pourroil uiioir estubly des enfants noD légitimes. Mais estant vn roy de Fiacce si débonnaire et ti soigneux de viure comme tant d'autres grands rois, ses prédécesseurs, elle eust couru grand' foi'tune de perdre tout ù fait l'Estat et peut^-estre la Vie, etc. *

« Vous vous trompes, dit le Roy, en France' on s'accoustume â tout. •

Du Vair, on le voit, était dans la plus intime coniidenee de Henri IV; et, s'il eût été ambitieux, il lui aurait été possible dès-lors de se faire une liaute position dans le gouvernement. ■ Mais, au lieu de se présenter le lendemain pour ménager cette fiimiliurité et s'ingérer aux afTuires , il demeura autres trois semaines sans retourner vers le Roy et tousiours vescut comme cela. > Peut-être faut-il le blAmer de cet excès de désintéressement ; s'il eût pris aux affaires une part plus grande , il aurait rendu des services sous un prince qui avait l'amour du bien , mais qui , pour le faire , ne trouvait pas en lui-même la force de résister à ses passions. Mul en effet n'eut plus que Henri IV l'instinct de l'ordre; nul n'en sentit mieux le besoin. Mais il s'apercevait chaque jour que la dîllicultê est moindre à le rétablir qu'à le maintenir. Il trouvait en lui-même son premier et principal obstacle, et rien ne l'aidait à le surmonter. Sauf Sully, il n'avait personne pour le seconder : tous ceux qui avaient part au gouvernement étaient ses courtisans plus que ses ministres; c'étaient les anciens serviteurs des Valois, habitués dès longtemps à toutes sortes de serviles complaisances. Si ces gens-li eussent tenu Henri IV enfant entre leurs mains , ils nous l'auraient gMé ; ils l'auraient fait tel (jue ses derniers prédécesseurs qui uc manquaient pas non. plus de bonnes qualités naturelles. Avec eux, le prince avait toujours raison, et l'homme aussi, car ils ne séparaient pas

l'homme du prince, t Us ne se proposoient d'autre but que de ne point contredire à ses volontez ; ains à y contribuer à tort et à trauers. > < Sans eux, njoute-t-il, Henri IV eust fait des merueilies (1). > Mais ils passaient pour savoir le Irain des alTuires, et se perpétuaient de père en fils dans les ministères et dans les conseils : ils formaient de puissantes dynasties , dont les hautes ctiarges de l'État étaient les apanages : il n'y en avait pas assez pour eux. Henri IV les connaissait bien et ne les aimait guère : leurs vieilles lenteurs diplomatiques ne lui allaient pas. ( H haïssoit, dit encore du Vair (9), ceux qui fesoicnt dilTicultez ù toutes choses , sans saooir proposer les expédients nécessaires pour les éuiter ou y remédier : ceux qui sçauoient l'y résoudre promptement estoient ceux qu'il aimoit. > Aussi quand co prince trouvait un homme joignant ù un caractère ferme un esprit pratique et une vertu éprouvée, U s'y attachait sincèrement, en faisait son ami, plus que son ami, car intérieurement il le mettait au-dessus de lui-même. Cette supériorité morale, il la reconnaissait dans Sully; il la reconnaissait dans du Vair, jet Ton peut croire qu'il aurait élevé celui-ci aux plus hautes fonctions du gouvernement, malgré sa modestie (c'est à cette époque qu'il l'adjoignit à l'ambassade d'Angleterre, J5!)6). Mais du Vair était un homme nouveau et un homme vertueux, il était sans appuis de famille, et sa rigidité stoïque gênait. La haute estime qne lui témoignait le roi donnait de l'ombrage : on résolut de l'éloigner.

Une révolution ou plutôt un heureux coup de main venait de renverser à Marseille l'espèce de république qui, à la faveur des troubles du royaume , s'y était improvisée ; mais le

(1) Du Vair, Mémoires manuscrils. Colled. Du Puy, (. 661-663.

(2) Mémoires, ibîd.

calniQ était loin d'étru rétabli, et, [lurnii les tiabitajits, un bou nombre vegreltaisnt eacore l'indépendance de leur viUe et r:illiaacu espagnole si l'uvorable'à son commerce da Ijjvant. La Proveuce tout entière était agitée, travaillée par les intrigues dn l'Espagne et du duc de Savoie. Les meîlleari espi'its sentaient chaque Jour davantage le besoin de se ruttaehcr à la France et d'en linir avec les brouillons du dedans et du debars. On leur persuada de demander au roi un bomme fenae, ua homme de loi qui rétablit chez eux l'ordre et la jifâtîce, et de désigner du Valr.En même tentjps l'iilTuire fut pFésentée ù Henri IV comme une bonne occasion pour récompenser un excellent serviteur, et du Vair fat coafiné en Provence, à deux cents lieues de Paris et. da

C'est vraisemblablement Villeroi qui conduisit toute cette intrigue. Richelieu, qui ne voit dans les importantes tonctlous dont du Vair fut alors investi , que le poste par lequel il arriva plus tard à la guide des sceaux, l'accuse d'avoir été ingrat envers son bienfaiteur (t). Mats du Vair n'avait pas été la dupe de cette prétendue faveur : ses notes et ses lettres uu roi sout remplies d'allusions par où l'on voit assez qu'il savait bien à qui U en était redevable.

Cette pai'tie des Mémoires est d'une haute importance historique; mais, comme nous l'avons dit , le chapitre le plus remarquable, celui qui est relatif à l'umbas&adc d'Aideterre, a été publié (2). Nulle part du Vair n'a mieux montré cette sagacité si grande, que , dans son Testament, il se vante d'avoir reçue de la nature. C'est un excellent morceau d'bïstoirc. L'historiographe Garnier en a donné une bonne analyse dans les Notices et Extraits des manuscrits de la bibliothèque

{\}Miiimres. ÈéU. Petitot, 18:23, ii (2) ïiaas l'édil iu-P>del6il.

^ 3S - At roif (I). Voici le jugement qu'il en porte : < Tous les incï' dent» sont lri>s bien exposés dans lu relation dont il s'agit : les progrès de la négociation y sont marqaés }our par jour. {.'aatCKT de la relutîon est un homme qui assistait à toutes les délibérations... C'était le fao^ux Gwllauine du Vair, de' puU év^ae de Lisieiix, deuK fois garde des sceaux sous le règne de Louis Xlll et mort en 1621 , revélu de celte dignité. Il était alors consdiler d'Ëtat, et les deux ambassadeurs le qualifient sertiiteur confident du roy. t

Camier Anapave ensuite le récit de du Vair et celui de Sancy (2) , l'un des ambassadeurs en titre. Sur un point » il indique entre oa\ une petite dillërence : c'est au sujet de la ré^nse éaergiqae taile par Sancy à la reine d'Angleterre qui voulait que Henri IV lui confiât la garde de Calais. < 11 esi plus expédient pour le rm, lui dit l'ambassadeur, que l'Espagnol lui prenne Calais q.ue de vous l'abandonner. S'ils le prennent, nous espérons le reprendre; si nous le cédoi» à Votre Majesté , nous ne saurons par quel moyen le lui redemander : et y quand nous le voudrons faire , nous t'ofieu' serons, et pour un ennemi, nous en aurons deux. >

Du Vair n'a pas mentionné ces paroles remarquables , et c'est à cet égard que Garnier trouve sa relation inexacte. Pour prononcx'r en faveur de San(!y, il s'appuie sur la lettre qoe cet ambassadeur envoya le même jour à la reine, qni 69* reproduite par du Vair, et qui est, selon Garnier, parfaitemest conforme à ce rjue Saney se vante d'avoir dit. Mais do Vair n'a-t^il pas dû eroire qu'il suffisait de donner cette lettre dans laquelle Saney avait résumé tout son entretien

,(i) Paris, imprimerie royale, mdcclxxxix, in-i", t. n.p. 115-122. (2) Discours fait par raessire Nicolas Harlay, chevalier, sieur de Sancy, dans la colleclinn des Mémoires ^EsM, k la suite de citox de Villproi.

du matin avec la reine ? L'inexactitude n'est duiic qu'apparente, et méritait k peine d'être relevée dans nu récit qui présente tous les caraclères d'une parfaite véracité.

Je n'insisterai pas davantage sur la valeur historique de ce document trop peu connu, où se révMe la politique d'Elisabeth et de ses ministres. Du Vair, en la mettant à nu, a montré qu'il n'était point étranger à la science du gouvernement , et, malgré l'opinion de Itichelieu (I) , qu'il n'était pas plus déplacé à la cour qu'au palais.

ProQtant de son séjour en Angleterre , l'habil* diplomate avait observé la nature du pays , ses ressources, ses lois , le caractère des^habïf ants : il joignit à son récit de la Négociation, un t Aduissur la constitution de l' Estât d'Angleterre etaccidens detquels il semble menasse, t C'est une bonne étude historique. Rien n'échappe à l'attention de l'observateur : il embrasse tout, ]e climat, les productions, les détails de mœurs, les tribunaux , les universités , la religion , le commerce , la politique intérieure et extérieure ; et la plupart de ses remarques s'accordent avec celles que fit Montesquieu environ cent ans plus tard (3). Je me bornerai à quelques rapprochements sur le camctère et les mœurs de la nation anglaise.

Du Vair avait dit : < La religion , par tout le royaume, est fort bigarrée... A Londres , il y a quelque apparence de déuotion et le peuple est instruit auec diligence : si est-ce qu'es temples, 11 n'y a pas à beaucoup près autant de réuérence qu'il y en a entre les catholiques en Frauce. A la campagne, il n'y a quasi point d'instruction ni de culte diuin; à la conr et partout le royaume, il y a beaucoup de libertins qui ne font profession que de galanteries, de liberté et de volupté: mesmes il est bruit que les plus sales et abominables vo-

(1) Mémoires, 1. i, p. 366.

(2) V, Nn/W jHr V Avglf lierre .

laptés s'y coulent. Les mœurs de ce peuple sont communémeot superbes; ils niesprîsent et haïssent les estrangers, sont fort auares et pour de l'argent se rangent îi tout ce qu'on leur propose. Us n'ont nulles fermes amîtiez entr'eux.; ils mangent et boiuent beaucoup, ne rendent pas grand honneur à leurs femmes et elles ne leur rendent pas grande amitié. ■

Ces traits sont caractërisques ; ils n'écliappèrent point ili l'esprit observateur de Montesquieu, pendant le court séjour qu'il fit en Angleterre , chez le comte de Chesterfield. Dans :Bes Nota rédigées à la hâte , et visiblement au jour le jour,

lit:

Point de religion en Angleterre; quatre ou cinq de la Chambre des Communes vont à la messe ou au sermon de la Chambre, excepté dans les grandes occasions où l'on arrive de bonne heure. Si quelqu'un parle de rebgion, tout le monde se met à rire... » — i C'est une chose lamentable que les plaintes des étrangers , surtout des Français qui sont à Londres; ils disent qu'ils^ne peuvent y faire un ami; que plus ils y restent, moins ils en ont; que leurs politesses sont reçues comme des injures... » — « Comment les Anglois aimeroient-ils les étrangers? ils ne s'nimcnt pas euxmêmes... 1 — I L'argent ici est souverainement estimé; l'honneur et la vertu, peu... > — < Les femmes y sont réservées parce que les Anglais les voient peu... •

On pourrait recueillir dans les Notes de Montesquieu , et dans l'Esprit des lois, beaucoup d'autres traits qu'on diraient empruntés à l'esquisse de du Vair. Et cependant quel siècle fiit plus fécond en grands événements que celui qui sépare ces deux philosophes?

L'historien de l'ambassade française n'a pas moins été habile à analyser la situation politique de l'Angleterre, et à démêler, sous une apparence de force et de calme, les

geriniïs des dissensions qui devaient se développer sous le gouvetiiement de Jacques 1°^, pour éclater, sous le rè^c sjiivant, avec tant de violence. Nous l'avons vu déjà noter la Ugamire extrême de la religion , qui devieiidra hienljH, Beloa l'expression de Bossuet, « ce mélange infini de sectes, n'aj'ant pins de règles certaines, > dont CrouiTi'cn saura si bien profiter dans l'intérêt de son ambition. Du Vair a p(i~ nétré avec ftoessc le caractère des prlndpaus personasiges du royanme, et les portraits qu'U en a tracés sont d'une rare exactitude : on voit qu'il a peint d'après nature et qu'il s'y entendait. Voici celui d'Elisabeth :

t Elle est princesse qui a beaucoup d'esprit , couragense et ornée de beaucoup de graadffs qualitez. Elle parie l'espaçai, l'Italien, le françois et le latin, entend le grec, sçait quelque chose des sciences et de l'histoire ; onleod fort bien les affaires de son royaume, n'ignore pas celles de ses voisins et en iuge sainement. Elle est colèreetviolcRtepamiy les siens, Toire plus que son sexe ne porte. Bien qu'rfle ait des desseins grands et généreux, elle craint fort la de»pence, et est moins libérale qu'il ne faudrott. Au liea de donner, elle veut qu'on luy donne , et n'y a estreines qui ne iuy vallent plus de soixante mille escus. Si elle va visWw ■queiqu'vn du pays, ce a'est pas hiy faire bonne chère, «î ùa ne luy fait vn présent au partir. On la blasme au pays d'auoîr pris soixante mille escus que Drac auoît baille en garde au maire de Londres , et ce , pendant qu'il cstoit en mer pour son semice; comme aussi d'auoir fort longtemps tenu prisonniers des seigneurs condamnez , afin de iouir, pendant leur prison , de leurs biens et de ceux de leurs femmes. Bî«n qu'elle soit aagée de soixante-trois ans, elle s'habille encore encore en jeune tille. Ceux qui ont esté en faueur aupi'Cï d'elle, ORt tousiours beaucoup peu au gouuemenxiiit, nats non tout. Elle a eu cette prudence fort loiiahle, qu'elle a

laucoup délc'i'i: ù ceux qu'elle a cunueus iuy esli-e ustiles "an gouiieniemeiit de son Estut, et, par leur aulhorité, a balancé ceux qui estoieut en crédit dans sa cour, (i) >

Cette perspicacitc senit grandement ù du Vair dans la mission diflicile dont il fut chargé en Provence, quelques mois après son retour d'Angleterre (2), En apprenant les succès de la contre-révolution opérée à Marseille par < son cher et bien-amé de Libertat, > Henri IV s'était écrié : ( C'est maintenant que je suis roi ! > Mais il n'ignorait pas combien la soumission de cette ville était mal assurée , combien de personnages considérables y regrettaient ce qu'autour de lui on appelait, la tyrannie de Louis d'Aix et de Casaux; combien surtout il était facile d'animer le peuple contre la domination fmnçaise qu'on lui présentait comme étrangère > comme impuissante à défendre le pays. Henri IV msil donc avec empressement l'idée d'envoyer à Marseille

D lemitcur confident, du Vair. 11 écrivit tout de suite au sieur

pi) Nêgonation ^Angleterre, m-i", p. 1172. (No se irouve pas dans lBftIoiiiD-8«del621.)

I) Contrairement à ce que dit Hichaut , et H. Snpej- d'après Itri. Les B et les mémoires de du Vair prouvent que l'ambassade d'AnjcIe- « précéda lu miesion à HarsL'ille. Celle ambassade eul lien pendant les mois d'avril et mai 1596 , et du V^r n'arriva à NarseiUe que vers la fin de la mSme année, lleuri JV annonpail sa naminalion au Viguier Lïbertat.leTaofll 1596, el, le 23 janvier 1597, il écrivait an mCme : c le suis bien ayse de l'arrinée du sieur du Vair par de là et de la bonne réception qui lu; a esté faille, > Enfin César !4eslradamus , lémidn oculaire, nous dit daas son style emphatique : ° Il y auoit quatre iours que Janus au double front auoit ouuert la porte de l'an nonantc-sept, de ce siècle. ./les commissaires prirent la route de Marseille pour y aller exercer la souueraine iustice sous le président du Vair. « (Histoire el Chronique de Prottenre. Lyon, SiroBo Rigaad, ~161i, in-P, p. ion.)

de Libertat (1) : • Ch^r et bien amé..., nous auons estably vne chambre de iustice, et choisi , pour présider en icelle , le'sieur du Vair, conseiller en nostre Conseil d'Estat, afin de *vous faire d'autant plus paroistre par l'élection de sa personne en quelle recommandation nous tenons ladicte ville, et combien'nous veillons à son salut et conseniation. >

Du Vair eut le titre d'intendant-général de la justice, et fut investi d'une autorité sans limites, d'un vérilable proconsulat, ïlien qu'il y eut un gouverneur de la province , un chef militaire , le duc de Guïse, qui prenait le titre d'amiral, le magistrat dut avoir l'œil à tout, au\ choses de la guerre non moins qu'à celles de la justice; favoriser le commerce, reconcilier les esprits ,■ rétablir partout l'ordre et la paix. Le rôle était compliqué et plein de périls : il y fallait autant de dextérité que d'énergie, et surtout une activité infatigable. La province était misérable , rongée par les dettes : point d'argent, pariant point de commerce; de là un malaise général , un aliment pour les passions encore bien échauffées. A chaque instant, on coui-ait aux armes , et l'on était sur le point < de se couper la gorge, > Les Florentins étaient maîtres des îles voisines de Marseille dont ils s'étaient emparés dui-ant les troubles : la ville les voyait avec une extrême inquiétude. Les Espagnols , à peine chassés du poiH, n'abandonnaient pas leurs projets, et il n'était sorte d'intrigues qu'ils n'ourdissent pour se rouvrir l'entrée de la Provence. Pendant que leurs galères rûdaient devant les côtes de France, leurs espions traversaient le pays en tout sens, cherchant à exciter des mécontentements, à fomenter des discordes , s'inlrodnisant surtout par les couvents. Du Vair fut obligé d'enjomdre • au Père gardien des Capucins de faire

(1) 7 août 1596 : Lettres de Henri IV, Documeiiti inédits , l

ii enu Meai

ir^IeV

itirer tous ceux gui tistoient subiets du roy d'Espace et ilu de Saiioye. > 11 lit de m^me pour les Observantins quî étaient prestpic tous Savoyards. On avait compte qu'il serait embarrassé, qu'il tolérerait ces menées couveiles du maiin de la religion , ou userait de violence , et ferait du scan-

ile : deuï partis aussi dangereux i'un que l'autre pour la et aussi utiles ù ses ennemis. Pour comble d'ennuis, le Viguier Libertat mourut bientôt (I) : c'était un homme d'un grand crédit; et il y avait à craindre que le parti renversa par lui ne relevût la tête. Du Vaii' se tira de toutes les dilllcultés à force de prudence et de vigilance. Il ménagea adroitement la susceptibilité des Marseillais. Dès son arrivée , il avait fait ù la maison de ville un discours fort habile dans lequel à une vive peinture de leurs funestes dissensions, il avait opposé un tableau de tous les avantages qu'ils trouveraient sous l'empire des lois françaises. 11 y développait «isnite longuement les privilèges que leur accordait le roi , surtout la libre élection de leurs magistrats ; et, leur recommandant de n'en point abuser, il leur remontrait les dangers de la fausse liberté , < doux nom dont les ambitieux chatouillent les oreilles de l'ijrnorant populaire, > pour le livrer à la pire des servitudes , celle de l'étranger. 11 avait intéressé l'iimour-propre des Marseillais en leur signalant l'avidité des E^)3gnoIs auxquels des traîtres les avalent livrés , • et qui les marchandaient encoie , enragez que cesle proye leur soit eschappée des mains. > Il conseillait l'ouUiance du passé, la concorde , promettant que justice serait faite à tout le monde , et il avait terminé son discours par un éloge pompeux du roi et du sieur de Libertat, qu'il adjurait de se ion trer digne de lui-même et du souverain qui lui conser-

~ 42 vail une si haute posïtign dans la ville de Marseille (i). Ce discours, qu'on peut lire da»s le recueil des œuvres de da Vair, 43St d'une a<Jress€ inrioic, et en même temps d'une noblesse de pensée et de langage qui dut donner du nouveau magistrat lu plus favorable opiiiioa ù un peuple amoureux des belles paroles. Gi'dee à su conduite ferme et modérée, grâce aussi à son éloquence iusînuante , du Vair pouvait écrire au roi dès les premiers mois de l'année lo97 : * Vostre justice. Sire, commence foH à s'autboriser en ccste ville, et les mauuais garçons à s'esclaircir, auec vn extrême contentement (le tout le peuple. >

Mais il n'était pas permis d'espérer une tranquillité parfuite, tant que les Florentins occuperaient les îles et les forts : chaque jour on avait à craindre des collistous entre eux et la population qui se croyait à leur merci , et à qui les malveillants, pouvaient persuader que la France était incapable de les ea délivrer. Du Vair ne cesse donc d'écrire au roi à ce sujet : aussi longtemps que les étrangers pourront menacer la ville il ne se flattera pas de l'avoii" solidement rattachée an royaume. Pourtant, à l'ouverture des Ëtatft- Généraux de Provence, en 1597, il se basaixla encore à vanter les bienfaits de cette .union. C'était son thème habituel ; mais , malgré l'autorité qu'il avait su prendre dans le pays, il ne lui était sur ce point < quasi demeuré liberté d'ouurir la bouche (2). >

Cette lettre, et le discours sur les entreprises des Florentins, qui y est annexé, montrent, comme l'histoire de la Négocialjoa d'Angieteire , l'esprit pénétrant de du Vair. Cea deux pièces sont remplies de curieuses observations sur le

(1) Remottslrance (aide aux habitants de Marseille, rfniis la maison de ville, 1596. Edit, in-f*, p. 6ii; in-8", p, 118, (31 Lettre du 92 juin 1597.

e des popululioiis au milieu desquelles il vivait, £»

ves Italiens fort altieni , qui tenaieat les forts et trii-

laîeitf jt s'y «tablir iléfiaitivËcneijt , il appelle l'aÈtention

Hmri IV sur > l'humeur dit ceux de Mar^ille (1) , > très

limés h la conserualion de leur liberté et s'opininstraot

lùours dauautage contre ce qu'on leur veult cmpescher,

md H& sont en chaleur (2). > — i itepréfteiitez-vous , Sire ,

ajoute-t-il daas sa lettre, que ce peuple est le plus auaj-e

qui soit au monde, qui auoit u<:cou&(uniC de tirer tout sun

prolU de la négotiation d'Espagne ; car celle du Leuant saos

Ile d'EspagBe ne vuult rien. Il ii'ayme le nom de France

m en tant qu'il en reçoit protection : tenez pour certain

quand ils ne la trouueroat en vug lieu , ils la chercheront

que ce soit. >

Ha se r«ndit enfin 'd ses remontrances : d'Ossat fut chargé trùter avec le grand-duc de Toscane pour la restitution lies, et, vers le milieu de ramiée 1598, les oïtes de ivence furent complètement délivrées du voisinage des ^étrangers. Le négociateur fut £iit cardinal , et du Vair appelé à la présidence du Parlement d'Aix. La chambre de justice extraordinaire, créée à Marseille, était supprimce. En allant ider la Conr souveraine de Provence , du Vair restait 'gé de la haute surveillance politique qu'il avait exercée ins le pays. Il avait rétabli la paix, mais il devait réformer l'administration , et là , il avait presque tout à faire {3). Les désordres étaient immenses, les abus invétérés demandaient d'énergiques remèdes. Chaque communauté s'était rendue à près indépendante , et ne reconnaissait plus même la [diction du Parlement. Du Vair aurait voulu que le roi

Késii ns

w(i) Note du discoui's annexé ii la 1 (2) Même diacoui'S.

1) Lellrf du 26 nijloliio IWW.

viut voir les choses par lui-même. • L'œil de V. M. sera le plus asseuré remède que puisse espérer cette calamiteuse province. > Le roi promit sa visite, et, en attendant, it autorisa une nouvelle assemblée des États de Provence , eu 1600. A l'ouverture de la session , le premier président du Parlement fit, comme toujours, un discours fort sage ; il mit à nu les plaies du pays, les uiïreuses dettes dont il était rongé , et qui paralysaient Ions les cfTorts. 11 invita avec des paroles touchantes les créanciers à ta patience, tes débiteurs î^ la bonne volonté. Mais c'était remettre aux soins des i lades la guérison du mal : il y avait donc peu d'espérance. DuVair aurait voulu de bonnes lois générales au lien défi mille et mille coutumes surannées , contradictoires, inextrH cables et impuissantes qui régissaient le pays: or, ces réformes dont tous sentaient le besoin, on no pouvait les attendre que du roi ; l'orateur termina son discours es annonçant la prochaine visite de Henri. Mais Henri ne vînt pas; ceux qui avaient envoyé en Provence son fidèle conseiller, « son seruiteur conlident, ■ s'opposèrent à ce voyage: du Vair s'en plaint avec amertume {!). Cependant le roi promettait toujours , différant son départ d'année en année et d'une saison à l'autre : en 1605 , on l'attendait encore , et du Vair, désespérant tout-ù-fait , lui demandait la permission , ■ d'aller lui baiser les mains et revoir la France (9). > Cette grâce lui tut accordée ; mais, après un court séjour h Paris, il dut retourner dans son exil , reprendre ses utiles travaux et achever son œuvre.

Réduit ù ses propres forces, du Vair s'appuya sur le Parlement dont tous les membres devinrent ses amis et ses admirateurs , et peu à peu il répandit autour de lui l'amour

(1) Lellre du 4 boùL 160i, (Inédite).

(3) LeUre ilu it aviil 1605, (Inédilc),

de l'ordre et l'amour de la France. Bientôt la tranquillité la plus profonde régna dans la proïiuce qu'il avait su rattacher étroitemeat à la métropole (1). C'c^t alors, pendant cette période la plus calme et la plus heureuse de sa vie , qu'il écrivit ou dicta ses Mémoires (2).

On n'y trouve presque aucun détail d'histoire générale postérieur ii la pacllication de la Provence, presque rien non plus sur lui-même , sur ses travaux , sur ses studieuses récréations. Décidé sans doute à passer en Provence le reste de ses jours, il se délassait de ses occupations judiciaires dans' la culture des lettres et des sciences; il lisait les ouvrages nouveaux que lui envoyaient ses nombreux amis. Ainsi , en 1604 , de Thou lui fit adresser le premier tome de son histoire ; et du Vair, après l'avoir parcouru, et se promettant de le relire avec soin , en porta ce jugement remarquable dans une lettre qui se trouve parmi les pièces concernant cet ouvrage , et placées à la suite de la traduction (3) : < le n'ay peu encore sinon ietter l'oeil dessus , et comme en passant , où i'ay néuntmoins rccogneu ceste vraye et vigoureuse vertu qui vous a animé tout vostre aage aux belles et généreuses actions quasi par dessus tout ce qu'on croyait possible en un siècle corrompu, le me réserue d'eu faire vue estude assidue tout cest esté. > Quelques années plus tard.

(i) V. le témoignage que du Vair se rend h lui-même avec autant d'élûquencQ que de franchise, poar tout le bien qu'il avait fait à ce pays. — Adieu au Parlement de Provence. Édit. in-f" , p. 895.

(2) Plusieurs noies des mannscrils que nous avons consull^a , ont été évidemment rédigËes d'apr£a ses indications, et , selon l'expression du manuscrit Bouhier, « tirées de sa bouche. >

(3) T. XV, édit. de Londres, 1731, p. 309, ia^°, avec cette note reliuiva à la lettre de du Vair : * Imprimée sur le maouimt. > Aix,

■sieoi.

il écrivait au cnrJioal DiiperroD, avec ce ton un peu eittphatîfjne qu'il avait pris en Proreirce , pour lui ckomaniler quelqu'un de ses nouveaux écrits : « Moy qui suis Fclcgué hors l'orizoH des lettres , E'ay-ie pas le droit de vous interpeller de secourir par quoique monuiacitt de VOstre admiiable endition nostre solitude vexée et alUigée par la barbarie? (1) < Tout porte à croire que le cardinal, poète et bel esprit , répondait volontiers à des appels si flatteurs : une lettre de lui, adressée à du Vair, le 18 mai iC08, montre qu'ils entretenaient une correspondance assez survie , et le 23 avril 1615, du Vair remercie M. Bosquet, un de leurs amis 6001muns , de l'envoi qu'il lui a fait de la harangue du cardinal au Tiers-Ëtat. Quelque soit le miTitc de ce discours, il est difllcUe de partager l'admiratiou du pn'-sident de Provence pour l'auteur, et l'on doit croire ,. comme le disait Duperron lui-même , mais avec plus de bonne foi , ([ue ces louangea exaigérées n'étaient de la pai-t de du Vair « que des effets de SA courtoysie et de son ancienne amitié (3). »

On voit par ce« trop rares débris combien il est regrettable qu'on n'ait pas reetteilli la correspondance littéraire d? Ha Vatr, car nous savons qu'il était en relation avec tons W écrivains et même avec tous les savants de son époque. Ses lettres offrinrienl , or n'en sanrait dfHiter, de précievx renseignements sur le progrès des esprits dans cette premièrr partie du xviP siècle. 11 s'était fait le promoteur des travau: littéraires dans le midi de la France: souvent retiré ù su maison de campagne de la Floride avec h; poète Malherbe, ie baron de Flayosc, grand hcllcnislc, connaissant sur le

(l)Dnperron, Ambais^des H Négoa'Hions,'p. 699,in-P'. (2) Lettre h ih Vair, du 18 mai mw. — AmhittuaAf* et Négoeiatinns. in-P', p. 071-fi75.

— 41 tt du éiigt (Ij tes uiitiquités du pays , avec son savant ami ù'csc, et ^el(|iies autres membres du P-arlement, qtii parlag^euîeDt son goût pour l'cloquence et les recherches énidites, il avait formé autour de lui me sorte d'académie où les charmes d'une douce et cordiale amitié se nrëhiieRt UD\ sévèiTs plaisirs de l'étud«. C'est lu qu'il encourageait, qu'il provoquait les patientes iuvcstigattons et les fructueriT HMyagesde Peiresc; qu'il s« faisait Initier par Iitià la- con- ^K^issance des médailles ot foimait la précieuse collection HBk son testament légu» ù son inst^paialrie ami (2). C'est alors qu'ils firent tons deux cette exploration scientifique de la Provence (3) dont malheureasement ses Mémoires n'ont pas conservé de souvenirs. Aa milîeu'de cetta collection se trouvent sealeraent quelques noies intitutees: ^ii(rffl jl/t^moires tfe plusieurs partimlarilez fort curieuses tant natureles que pour les belles-kUres. J'y verrais volontiers des vestiges des intéressantes conversalions de ta Floride : î! y a des dissertations , des lettres de savants, peut-être des notes de du Vair luimême; car, au rapport de Gassendi , il ne se pouvait rassasier des doctes entretiens de sou ami , qu'on appelait < le procureur-géné}-al de h lUtér'ature. > J'aime à voir le sévère L^Mgistrat, déjà vieux, suivant avec attention les leçons ^ ^^niées de l'universel Peiresc, l'interrogeant avec avidité, ^^HPiCOnfiant au papiei' ces détails infmis d'arts , de sciences , ^^ffàntiquités que sa mémoire infidèle (4) eût pu laisser échapper. /aime à me le représenter aussi cherchant alors avec Malherbe , qui s'arrachait i peine à la dangereuse imi-

h (1) Gassendi, Vita Pereskii ■ Quidquid pesé erat in tota provincia

JKjnimieiitanim veUislaiis perspectvm ad ungiiem, kabebat. »

K(3) V. ce tesiament dans les roanuBcrit de du Puy, l. 81-82, p. tSG.

I) Gassendi, Vita Pereskii, p. 269.

r (i) V. son lestament.

talion du Tansille et des eonceiti italiens , les vrais caractères de la poésie française , et luttant avec ce rude jouteur par une traduction en vers de la prosopopée d'Ostende (1). Mal-* heureusement» la version de du Yair s'est perdue; et cette perte nous prive d'une comparaison intéressante : mais nous avons de lui un essai de poésie qui appartient à cette épo« que : c'est une paraphrase du psaume 138 , super flutnina Ba^ bylonis. Cette pièce fut lue sans doute dans ces soirées littéraires de la Floride, dont parle Gassendi, et Ton peut croire que le jugement de Malherbe ne fut pas trop défavorable, puisque Fauteur ne condamna pas son essai a l'oubli : mais... il ne semble pas en avoir fait d'autres. Du Yair, selon la mode de son temps^ se délassait aussi de ses graves^ occupations en faisant des vers latins : il nous reste de lui cette petite pièce qui se trouve dans les œuvres de Pasquier (2) :

Vulgus quaeritat undique otiosns :

Qui fit Paschasius , patronus iUe Gallici celeberrimus theatri, ut, Inter tam tetricas graves que curas , Risus , deHcias , amœnitates , Lusus , nequitias , jocos, amores, Facundo queat educare plectro , Mellito que animare labra versu?

Nescis, ô rudis, imperite, nescis In spina teneras rosas vigere.

Le mot était gracieux : E. Pasquier y répondit par cette épigramme (3) :

(1) Petite pièce latine de Grotius. E. Pasquier, t. It, p. 938 , et Rapin Font aussi mise en vers français. — V» Gassendi , ibid^ p. 262. — Palma Cayet, Chronok sept.y t. vu, p. 503. — Gouget, Biblioth., t. vii, p. 202. — Menag. , notes de son édit. de Malherbe, in-12, p. 428«

(2) T. I, p. 1118, édit. d'Amsterdam, in-fo.

(3) Lib. v, p. 108. M. Sapey, qui la cite , avait soupçonné que c'était une réponse.

Non rosa me , mihi crede , Vari , non lilia nostros

Ëxornant versus : lilia cedo tibi.

Tarn bene qui lepidis , juvenis , me versibus ornas ,

Ne valeam, nisi sis tu rosa vema mihi.

Le madrigal était encore plus flatteur que celui de du Vair : à coûiplimenteur, complimenteur et demi.

§ ni. — pu Vair, garde des sceaux. — Peiresc : les lettres et les sciences protégées. — Enthousiasme de la France à la promotion du nouveau ministre. — Son opposition au maréchal d'Ancre ; sa politique; sa disgrâce honorable. — Son rappel. — Sa Relation de la mort de Concini et des faits qui en ont été la suite, faussement attribuée à Marillac. — Exil de Marie de Médicis. — Ses intrigues. — — Lettre à du Vair. — Réponse énergique et respectueuse. — Querelle avec le duc d'Épernon ; fermeté de du Vair. — Guerre contre les Protestants du Béarn. — Mort de du Vair. — Sa politique. -— Lettres diverses.

Telle était la vie à la fois laborieuse et douce que du Vair menait en Provence. Il ne faisait rien pour attirer sur lui l'attention d'une cour où dominait, sous le dom d'un roi enfant et grâce à une reine étrangère, qui ne comprit jamais le caractère français , le plus impudent , le plus avide et le plus ambitieux des favoris. La seule occasion , mentionnée dans ses Mémoires de cette époque (i^* décembre 1610), où il fut en rapport direct avec la cour, ne pouvait pas faire espérer de lui de lâches complaisances. Le livre du cardinal Beliarmin De summo Pontifice, venait d*être mis hors de cause par un arrêt du Parlement de Paris : la reine écrivit à du Vair que l'affaire allait être soumise à la cour de Provence , et elle le pria « d'empescher » qu'on n'y portât une sentence semblable à celle des premiers juges. Du Vair lui fit réponse

« qu'il auoit retenu ses lettres sans les rendre, pour ne l'auoir iugé à propos , d'autant que si l'on auoit besoin d'vn arrest pour Sa Sainteté contre le roy, on l'obtiendroit icy plus tost qu'vn contraire ; que c'estoient icy des esprits républiquains qui ne respiroient que la liberté et qui estoient bien ayses qu'on commençast a rendre la souueraineté des rois moins indépendante et moins absolue que par le passé , etc. (1) »

Ainsi du Vair parlait à la nouvelle coui* avec sa franchise accoutumée : mais cette vertu, qui avait pu plaire à Henri IV, n'était pas faite pour le mettre en faveur auprès de la régente. Toutefois , il ne cessait de donner des preuves de sa capacité et de son zèle pour le service du. roi. La mort inopinée de Henri IV n'avait excité en Provence , comme dans le cœur du vertueux magistrat, qu'un mouvement d'indignation contre son meurtrier et un cri de douleur. Grâce à l'influence de du Vair et à ses sages précautions , l'ordre n'avait pas été un seul instant troublé. Le « bon serviteur » reportait sur le jeune roi toute l'affection qu'il avait vouée à son père ; et si, dans des conversations intimes, il déplorait € son horreur pour l'estudc (2) , » il applaudissait franchement dans tgutes les occasions à cette impatiente bravoure , à ce génie militaire dont le prince donnait de fréquentes preuves (3). Ce développement précoce d'un génie belliqueux s'unissant en lui à une grande douceur, à un amour inné de la justice , charmait du Vair et la France. On attendait des merveilles du nouveau règne , quand le roi gouvernerait par lui-même. Le président du Parlement de Provence se plaisait à prédire ce brillant avenir. C'est là sans doute ,

(1) Mémoires^ manuscrits du Puy, t, 661-662.

(2) V. les Mémoires.

(3) Discourn d* ouverture du Parlement, 1612, h la fin.

plus que ses vertus, ce qui le désigna au choix de la cour, quand l'incapacité notoire du chancelier de Sillery démontra la nécessité de confier les sceaux et' la haute direction de la justice à des mains plus habiles. Et puis , il y a dans une grande âme je ne sais quoi de dominant ; le plus mauvais gouvernement en subit malgré lui rinfliience : tout au moins il s'y attache comme à une force et à une parure devant l'opinion publique , pour se faire pardonner tout le mal qu'il fait par un peu de bien qu'it laisse faire.

Du Vair hésita longtemps à prendre cette lourde charge : il fallut , pour le décider, les pressantes sollicitations de la reine, et peut-être aussi les lettres par lesquelles son bon ami Villeroi l'engageait à ne pas accepter un pareil poste dans de pareilles circonstances. Quoi qu'il en soit , du Vair finit par céder : il quitta cette Provence qiii était devenue pour lui un si agréable séjour et presque une nouvelle patrie. Il partit, regretté comme un père et accompagné des larmes de tous les habitants accourus à Aix pour lui dire un dernier adieu (1). 11 emmenait avec lui son cher Peiresc à Paris , bien résolu dès-lors de profiter de sa haute position pour donner aux sciences , aux lettres et aux arts de plus dignes encouragements. Peiresc l'aida de toutes ses forces dans ce patronage qui répondait si bien à ses vues, et, grâce à cet heureux accord du savoir et de la puissance, les gens de lettres furent secourus , récompensés , des travaux utiles provoqués et accomplis (2), la bibliothèque du roi augmentée d'une foule d'ouvrages rares et de manuscrits précieux (3).

(1) Gassendi, Vita Pereskii, p. 282.

(2) Buccard, Elog. fnn. Peireskït, Romae habit ùm , 21 déccnib. 1637 - Appendiœ ad PeireskU vitam , in Gar.sondi oporih T v, p. 35i. (3)75/rf.

Du Vair aimait à user de son influence pour faire ouvrir à son savant ami les archives des cours de justice et des abbayes, et Peiresc, fouillant librement dans ces trésors enfouis , en tirait des documents utiles pour notre histoire nationale, alors si peu connue. Malheureusement Fun et l'autre moururent' trop tôt pour mener bien loin une œuvre aussi profitable. Leurs projets furent, il est vrai, repris après eux , exécutés avec plus de grandeur, mais aussi avec plus d'ambition personnelle , un amour moins désintéressé pour les sciences, et les derniers venus en eurent tout l'honneur : les noms de ceux qui avaient* commencé , sauf celui delPeiresc , furent laissés dans l'oubli.

Les Mémoires de du Vair conservent trop- peu de traces de la protection éclairée qu'il accordait aux savants : mais les témoignages des contemporains sont plus explicites. « La plupart des hommes d'État , lui dit le P. Pétau , en lui dédiant un de ses ouvrages (1), consacrant leurs soins aux affaires publiques , regardent comme inutiles les ouvrages de l'esprit. Vous, vous avez su admirablement embrasser la politique et les lettres , et porter partout à la fois l'activité de votre intelligence. » D'ailleurs, les notes relatives à cette époque , rédigées par du Vair lui-même avec assez d'étendue et beaucoup de soin , se bornent à trois ou quatre faits et ont été publiées. Nous n'avons pu retrouver aussi que fort peu de lettres du même temps, mais elles sont presque toutes du plus haut intérêt.

La première en date (3 juin 1616), est adressée au Parlement de Provence : elle montre non-seulement le bon cœur de du Vair qui ne pouvait soAger sans attendrissement à l'affection que lui témoignaient ses anciens confrères , et qui

(i) Breviarium historicum S. Nicephori^ Dédicace, p. 5 et 6. — Paris, MDCXvi.

aimait à reporter ses pensées vers eux ^ mais encore Tidée tju'il se faisait de ses nouveaux devoirs. Pour les dignement accomplir, il comptait sur le concours des Parlements , comme sur celui des princes; et c'étaient à ses yeux les meilleurs moyens de restahlir et de releuer la dignité de la couronne. Le public ne le jugeait pas au-dessous dé cette grande tâche , et sa promotion aux fonctions de garde des sceaux eut l'approbation universelle (1). Le Parlement surtout y applaudit. Car, depuis six ans que Henri IV était mort , l'état de la France , qu'il avait laissé si prospère , n'avait cessé d'empirer. Aussi , quand la vérification des lettres du nouveau ministre fut soumise au Parlement de Paris , le procureur-général Servin ne craignit pas de dire « que la France auoit occasion de louer Dieu et remercier le roi et la reine du bon choix qu'ils auoient fait. » Puis, résumant le glorieux passé de du Vair, et rappelant les services qu'il avait rendus à l'État , il proclama que , pour opérer des réformes devenues urgentes, non-seulement dans la justice, mais dans toutes les afiFaires du royaume , on ne pouvait trouvei» un homme plus capable (2). Le premier président de Provence avait fait ses preuves dans des circonstances difficiles. Celles au milieu desquelles il était porté à une dignité si éminente ne l'étaient pas moins ; et le chancelier de Sillery déclarait publiquement que , « préuoyant les désordres qui alloient accabler et ruiner l'Estat, sans qu'il fust possible d'y remédier, » il se voyait avec plaisir déchargé de toute responsabilité (3). Du Vair parut généralement l'homme qu'il

(1) Richelieu, Mémoires ^ l. i, p. 291.

(2) Relation de ce qui s'est passé au Parlement sur la vérification des lettres du sieur du Vair^ extraite des registres de ce môme Parlement. — Histoire des Chanceliers et des Gardes des sceaux j, par F. Duchesne , p. 709.

(3)Ifrirf., p. 712

fallait dans cette situation^ périlleuse, en face de laquelle, quoi qu'en ait dit Richelieu, il n'arrivait pas sans transition: il savait aussi bien que l'illustre cardinal c la différence qu'il y a entre rendre justice aux particuliers et la conduite des affaires publiques (i). >

Les princfpaux membres du Pariem^fit témoignèrent, comme le procureur^énéral , la plus haute estime pour le nouveau garde des sceaux, et s'associèrent aux espérances que Ton concevait d'une si sainte et bonne promotion, et si sak^ taire pour l'Estat (2). L'un d'eux, le président Fayet, proclama que le choix du roi c auoit esté approuué non-seulement en la France, et par toutes les prouinces d'icelle, mais aussi aux royaumes estrangers, en Italie , en Espagne , en Allemagne et en Angleterre. >

Dès son entrée au ministère , du Yair justifia cette estime universelle et répondit à l'attente des gens de bien. Le maréchal d'Ancre avait espéré se faire de sa vertu un rempart contre l'animadversion de la France entière. L'intégrité reconnue du garde des sceaux devait masquer aux yeux de tous son odieuse tyrannie et les désordres dont il profitait. Mais du Vair eut bientôt pénétré le rôle qu'on voulait lui faire jouer ; il en eut horreur. Il avait compris en même temps toute l'étendue du mal qui minait le royaume : t il auoit vu les charges vendues , les revenus de la couronne prodigués , les peuples accablés d'impôts , l'innocence opprimée. Ces objets révoltèrent sa belle âme (3). » Mais au lieu de reculer devant une tâche difficile, il mesura avec courage la profondeur de l'abîme sur le bord duquel penchait la France , et entreprit de la sauver, malgré l'incurie ^

fl) Mémoires de Richelieu, l. i, p. 366, édit. Pclitcrt.

(-2) l<(îlalioii ciltMi, p. 715.

^1) J)c Sacy, Vllomicur ficumm, p. 00, t. vi.

-Sole mauvais vouloir et les passions de ceux qui avaient la conduite des affaires, c II éclata » dès-lors , comme dit de Sacy» c et jura de ne prester jamais sa main à tant de grâces injustes et de vexations plus criminelles encoi^ ; i) essaya ensuite de faire revivre dans les cœurs l'amour de la justice et du bien public ; représenta que TEstat penchoit vers sa décadence ; qu'il estoit encore temps de prévenir sa chute ; qu'on pouuoity en congédiant lés Suisses ^ acquitter, du moins en partie , la dette énorme qu'on uenoit de contracter auec cette nation ; rappeler les princes , les réunir et rendre au peuple français ses uertus » son repos et son bonheur (1). »

Cette ligne de conduite qu'il traçait d'une main si ferme et si sage , il la suivit sans hésiter , et , pour commencer, il refusa de sceller, ainsi qu'on l'avait fait jusque là, à tort et à travers, les dépenses qui lui parurent excessives et non suffisamment justifiées. Parmi ses lettres manuscrites , j'en trouve une de cette époque qui suffirait seule à l'honneur de son ministère : elle est adressée à la reine-mère, et, en même temps qu'elle donne une triste idée du gouvernement de Marie de Médicis , elle révèle dans du Vair Une grande aptitude pour l'administration, jointe à une remarquable énergie. Le gai'de des sceaux refuse de sceller un comptant de près de quatre millions de francs.

f le n'ay point veu , écrit-il, ny leu , ny ouï dire que depuis que la France est France, il se soit faict chose semblable en l'administration du royaume , en quelles que mains qu'elle soit tombée. Geste nature d'acquits en soy a esté tousiours iugée très pernicieuse à l'Estat , et Tvsage n'en a esté receu sinon qu'au temps qu'il a esté menacé de sa ruine, et a esté par ce moyen, vraiement plus que par

(1) De Sacy, V Honneur françois, p. 09, t. vi.

itucune ualre L-uuse porté sur le précipice. Car c'est par ce inoieii ouurîr d'vn costé la porte à toute profusion de la part des princes et les exposer ù l'imporlunité inéuitable des demandeurs , qui , trouuant ceste porte ouucrte , non subiette à aucune vérlflication ny censure, n'ont ny honte, ny mesure en leurs poursuites et demandes, sçauent peu de gré an prince de ce qu'il leur donne ; et d'autre costé , à tout brigandage de la part de ceux qui manient les finances , pource que par lîk ils tirent de ta \euë et censure des hommes leur administration , et cachent tellement leurs manuaïs desportements qu'il n'y a point moien de les dcscouurir. Or, quand les hommes pensent ne pouuoir estre descouuerts, quey a-41 à quoy licentieusement ils ne se portent? Si donc la cbûse en soy est si dangereuse, qnand les conianta sont des sommes si excessiues, ne les peut-on pas dire plus tost monstrueux, prodigieux, qu'illicites et abusifs? Deuc œntanli de prés de sept millions de lixres qui ett la moitié de toute la receple d'vne année, qu'est-ce sinon engloutir tout le fonds des finances dans un gouffre où l'on ne voit goutte? (I) •

En même temps qu'il s'opposait à ta dilapidation de& deniers de l'État , du Vair refusait d'en laisser avilir les hautes dignités et d'arrêter le cours de la justice. Le marêctial d'Ancre avait obtenu pour lui-même des lettres de duc et pair, et une abolition pour un de ses gentilshommes. Du Vair déclara qu'il n'apposerait point sur de tels actes les sceaux de l'État (2).

J'ai cité une grande partie de sa lettre à Marie de Médicii,

(1) Manuscrils du Puy, t, 663, f. 120.

(2) Ameiot delà lloussaye. Traduction de Tante, p. 310, note 5, Paris, 1690, ia-i". — V. iSicolas Pasquier, Utlrei, VI, 16. — Cette letlro résume parfailement lOule la vie du maréchal d'Ancre, sa proiligicuso fortune el sa moit-

et j'en ai rapproché ce trait d'opposition généreuse aux prétentions du favori , dans la pensée que ce serait répondre mieux que par toutes les dissertations aux accusations étranges de Richelieu. Comppend-on que le grand politique ait reproché à son sage prédécesseur d'avoir toujours laissé la reine au milieu des difficultés, sans savoir l'en tirer, et d'avoir donné peu ou nulle satisfaction au maréchal d'Ancre , qui l'accusa d'ignorance et d'ingratitude, parlant à sa harhe (i)? A-t-il pu sincèrement s'associer aux griefs de Concini et de Marie de Médicis ? Si ce n'était là le langage aveugle de la jalousie , il faudrait voir dans cette^ critique de la conduite de du Vair par Richelieu, la condamnation de sa propre administration. Cette probité inflexible montra du reste à la reine et au favori qu'il n'y avait nulle complaisance à attendre du nouveau ministre, ef son renvoi fut décidé. Il ne fallait qu'une occasion ; elle s'offrit bientôt. Après l'arrestation du prince de Condé, le duc de Nevers, qui avait pris parti pour lui, avait fait saisir dans le duché de Rhételois, dont il était seigneur, le château de Sij , appartenant à M. de la VieuvîUe (2). La reine et le maréchal d'Ancre , cause de tous ces troubles , voulaient qu'on employât la force et qu'on traitât le duc en rebelle : mais du Vair, comprenant que , dans ces tristes circonstances , les princes avaient pour eux l'opinion publique , craignant surtout , comme dit Richelieu , qu'ils n'en prissent occasion d'aller chercher ailleurs leur appui (3), pensait qu'au lieu de courir le risque de renouveler la guerre civile, il valait mieux renvoyer l'affaire au Parlement. Il recula donc sans mot dire , quand on lui demanda son avis dans le conseil (4) , et , comme on revenait à la charge avec

(i) Mémoires, p. 45 et 302, t. i.

(2) V. Mémoires de Richelieu, t. i, p 36 i.

(3) Ibid, p. 367. — (4) Ibid, p. 364.

une certaine rudesse , il protesta qu'on ne le pousserait jamais à la violence. La reine, dont les yeux v dit Brienne, jetaient feu et flamme , saisit l'occasion de se débarrasser d'un censeur incommode, et le roi lui-même (Richelieu (i) note avec soin ce caprice d'un enf^pt de quinze ans) déclara qu'il fallait l'éloigner.

On lui redemanda les sceaux le 25 novembre 1616; il ne les avait que depuis cinq mois.

Ceux qui repoussaient ainsi l'homme bien (2), le vertueux magistrat , avaient pu apprécier son énergie : ils eu eurent peur ; et , le jugeant d'après eux-mêmes et d'après ce qu'on pouvait oser sous un gouvernement aussi faible , ils craignirent de sa part une résistance , dont un homme qu'on n'accusera pas d'avoir eu l'esprit de révolte , de Sacy, s'est plu à démontrer la possibilité et presque la légitimité (3). Mais une pareille idée était bien loin de son esprit , et ce fut en vain qu'on envoya une compagnie de soldats avec celui qu'on avait chargé de lui redemander les sceaux. Du Vaîr reçut cette étrange députation avec sa sérénité habituelle , et , comme son ami , M. de Loménie , à qui l'on avait donné cette commission, essayait d'en adoucir le caractère odieux par de nobles paroles , il lui répondit en riant : t Puisque le roy m'a fait cet honneur de me bailler les sceaux de sa main , je trouue bien plus raisonnable de les lui reporter moi-mesme. » Il voulait profiter de cette occasion pour faire entendre directement au jeune prince de sages paroles, telles qu'on n'en laissait guère arriver à son oreille.

(1) V. Mémoires de Richelieu j, p. 365. — Cf. Bautru de Mattras, Réjouissances de la France sur Veslection et restablissement de Monseigneur du Vair^ garde des sceaux, p. 13.

(2) « Il fut renvoyé pour avoir bien fail , » dit Nicolas Pasquier, Lettres, vi, 14.

V Honneur francois, ib'td.

Du Yair nous a conservé le discours qu'il tint à Louis Xlil en lui remettant les sceaux.

« Sire, lui dit-il, quand il a plu à Y. M. de me commander de la venir trouuer et d'y receuoir le sacré dépôt des sceaux, i'ay fait ce que i'ay pu pour en faire agréer mes excuses à V. M. , préuoyant bien les diificultez qu'il y auroit d'accommoder les mœurs de ma vie passée auec celles de la cour, et la disproportion qu'il y auoit... » — « le les lui rapporte, et c'est bien plus volontiers que ie n'estois venu les receuoir. V. M. se peut asseurer que, pendant le temps que i'en ay eu la garde , ils n'ont esté employez à authoriser aucune chose qui soit contraire à son seruice... » — « le souhaitte que celui qui^ succédera, y serue V. M. plus heureusement que moy, car, plus fidellement, ie suis asseuré qu'il ne pourra le faire. le prieray Dieu pour la prospérité de V. M., et qu'il luy plaise l'assister d'vn bon conseil , car elle en a bien besoin (1). »

Au lieu de ces paroles si simples, si nobles et parfaitement authentiques (2) , on a attribué à du Vair un discours emphatique, violent mêiçe, et par conséquent fort éloigné de son caractère et de ses habitudes. Voici quelques phrases de cette harangue prétentieuse : « Oui, Sire, ie remets volontiers en vos mains la charge dont il vous a plu m'honorer... Les lois m'auoient assez appris à obéir, sans qu'il fust besoin m'enuoyer quérir par vn capitaine... La violence ne se doit employer que contre ceux qui résistent , et non contre moy qui sais obéir, et qui sais qu'il n'est pas de fardeau plus pesant qu'vne dignité... Si i'en ay du regret, c'est comme les mariées qui pleurent de sortir de la puissance paternelle pour entrer en l'égalité du mariage... 11 est vrai

(1; Mémoires manuscrits^ Collccl. du Puy, t. 661-662. (2) Cdmp. le récit de Briennc,

néantmoiûs que vous deuant mon seruice , i'eusse eu pluà de contentement de l'employer en vos conseils d'Estat, que dans vostre Parlement où les affaires sont de moins d'importance. Car if m'imagine que , si le charpentier qui fit le uauire amiral , où commandoit Dom Juan d'Autriche, en la bataille de Lépante , eust sçu qu'il eust deu seruir eu vue occasion d'où dépendoit le salut de toute la chrestienté, il eust eu plus de plaisir à le faire que si c'eust esté vn vaisseau destiné pour le commerce. Néantmoins , puisque vous me commandez de me retirer... en quelque condition que ie sois , i'apporteray tousiours au bien de votre seruice tout ce qui me sera possible. — S'il y a quelques-vns de ceux qui sont auprès de vous , qui plaignent mon éloignement , ie leur dirai volontiers : Pleurez plustost sur vous , enfants de Hiérusalem , qui, par faute de courage, laissez trahir vostre maistre , et non pas sur moy qui n'ay pas d'autre ennuy que d'estre homme de bien... le prends donc congé de vous, Sire, en priant Dieu qu'il veuille auoir pitié de vostre Estât (1). » — Ce discours n'est évidemment qu'une amplification de rhétorique ; œuvre assez maladroite d'un élève ou de quelque bel esprit qui s'essayait. Mais il paraît qu'on en faisait courir d'autres sur le même sujet , qui étaient capables d'irriter le roi et la reine-mère contre du Vair. 11 s'en plaignit au Parlement le priant de l'aifler à en rechercher les auteurs (2).

Cette magnanimité de langage sans apparat, cette fermeté sans raideur, et cette soumission sans bassesse se retrouvent dans la réponse de du Vair à la députation du Parlement qui vint lui demander son adhésion à l'ordonnance royale en vertu de laquelle il rendait les sceaux. Ce discours se lit

(1) Bibliothèque impériale, manuscrits français, n^ 9583.

(2) Œuvres, in-K p. «97.

ivTOs inipiiniL-cs ; il l'avait improvisé; mais, à lu sotlicitaliun îles membi'cs de la cominission qui voulaient ne rieii oublier de ce qu'il leur aitoH H dignement et si élégamment répondu , il le rédijfea le jour même et avec la plus grande rxaclilude (1). 11 y di-clare non seulement qu'il consent volontiers à se démettre de ses fonctions , mais que c'est avec bonheur infini qu'il rentre dans lu vie privée. 'Cette déclaration était sincère : jamais il ne fut aussi lenx que le jour où il rentra en possession de lui-môme , illtnie il disait; et ce fut lui qui remit l'âme et le courage dam les panures ^sistans plus morts que vifs, an sentiment d'vn si grand coup et si ifiopiné comme fut celuy-là (3). On a raconté (3) d'après Micbaut de Dijon , qui avait puisé dans les Mémoires manus- ■crits , quels projets de douce retraite il forma alors; quels jours paisibles il se promettait de passer dans la société de chers amis Peireac et Malherbe, < reprenant ses vieilles is 1 et ces frugals repas du soir, interrompus depuis son ivée fi Paris, et ces doctes conversations qui avaient pour tant de charmes. < 11 n'auroit plus besoin de se leuer si itîn , et pourroil prendre sa réfection tout à son aise. • ifin,il remerciait Dieu de lui donner un peu de repos es trente-cinq ans de longs et pénibles services. [Cette félicité, dont il savourait par anticipation les jouisices si pures, il ne la connut pas longtemps. Un événement imprévu l'arracha au bout de quelques mois à ses loisirs, pour le replonger plus avant que jamais dans le lourbillou des affaires. Le maréchal d'Ancre fut assassiné le 24 avril 1617, et, le mtmc jour, le roi rendit les sceaux ù celui qu'il appelait • soii bon serviteur. >

RljÛBliOrM, in-f", p. 897. — V. celte réponse avec quelfpjes vaideE, Maiwseriti français de la liibliolhâque impériale , n° 9583. (2) Mémoires ; manuscrils du Puy, t. 661-662.

K(3] M. Sappy, nuvraep ci\/'. \<. iù.

Le retour de du Vair au ministère fut un véritable triomphe, c Quel honneur étoit-ce pour lui , s'écrie Âmelot de la Houssaye, de se voir rendre en 1617, les sceaux qu'on lui auoit ostezen 1616! (1) >

t A l'occasion de cest éuéneraent, dit Perrault, îl s*émut vne question entre les beaux esprits de ce temps-là , non moins honorable pour lui que difficile à résoudre. C'estoit de laquelle des trois journées de sa vie on deuoit trouuer la plus belle. Celle où son mérite auoit porté le roy à le faire venir du fond de la Provence pour luy donner les sceaux; celle où sa probité inflexible les luy auoit fait^ndre , ou celle enfin en laquelle ce mesme mérite et cette mesme probité auoient obligé le roy à les luy redonner (2). »

Il en fut très flatté et se plut à raconter tous les détails de cet événement dans un mémoire intéressant qui , bien que publié depuis longtemps, ne semble guère avoir été consulté (3). On y trouve les plus curieux renseignements sur les principaux personnages de cette époque ; sur Richelieu notamment, et sur ses intrigues pour demeurer à. la cour.

(1) Traduction de Tacite^ p. 340, note 5, Paris, 1690, in-4o. — €f., p. 388, note 2.

(2) Hommes illustres :, p. 95, — Comp. rAvertissement de l'édition in-f», 1641 , des œuvres de du Vair.

(3) Cette relation, imprimée sous le titre de îournaly à la suite de VHistoire des plus illustres favoris ^ de du Puy, a été faussement attribuée au garde des sceaux MariUac. On n'a pas remarqué qu'à la fin, l'auteur anonyme dit avoir eu « bonne part en toutes ces affaires. » Or, MariUac ne figure pas une seule fois dans tout le récit. Au contraire , tout ce qui regarde du Vair y est exposé dans les plus minutieux détails. Enfin cette relation , dans les Manuscrits de du Puy, est précédée de notes relatives à la retraite de du Vair, et suivie de divers mémoires scientifiques et archéologiques, ainsi que de lettres adressées à Peiresc ; ce qui prouve qu'elle provient des papiers de ce savant qui , comme nous l'avons dit , avait i ecueilli ceux de du Vair.

après la disgrâce de Marie de Médicis , à laquelle il ne resta attaché dès-lors que pour ne pas demeurer tout-à-fait en dehors des affaires.

C'est un plaisir de voir dans ce récit la peinture de l'allégresse universelle que causa la mort de Concini , et qui du roi gagna la cour^ la ville , toute la nation (i). Louis XIII se crut alors sur de régner : malheureusement y c'était par un meurtre qu'il s'était remis en possession de son pouvoir. La naïveté de sa joie prouve du moins qu'il croyait sa conduite très légitime ; il jouissait avec bonheur do sa liberté. « Eh bien ! Luçon , cria-t-il en apercevant Richelieu qui se hasardait à lui venir faire sa cour, me voilà hors de votre tyrannie I » Et comme l'astucieux prélat voulait répliquer, il ajouta : c Allez I allez ! ostez-vous d'ici I » Richelieu ne se rebuta point, et, quelques années plus tard, Louis paya bien cher cette parole , quand son ministre le réduisit presque à l'état de roi fainéant. La France ne s'en est pas mal trouvée : mais qui sait si une politiq^ie un peu moins violente n'aurait pas produit d'aussi bons résultats ?

Cette politique était celle de du Vair. Le roi lui avait déclaré en lui rendant les sceaux, qu'il voulait suivre ses avis, et rappeler au gouvernement les anciens amis de son père. C'était s'imposer une vie laborieuse : il se mit à l'œuvre sans plus tarder, et avec une activité dont on ne l'aurait pas cru capable , présida le plus souvent son conseil et y porta tousiours des opinions dignes de luy.

On reconnaît l'influence du garde des sceaux dans l'am-

(1) Il faut voir dans les lettres de Nicolas Pasquier combien l'orgueil et l'ambition du maréchal d'Ancre étaient odieuses aux meilleurs esprits (VI, 6 , 16). Cette dernière lettre contient un curieux récit de la mort de Concini , ' et s'accorde de tous points avec la Relation de dn Vair. — V, encore liv. vu, 18.

— 6i - nislie générale qui fut accordée alors : on n'y regrette qu'une exception y celle de la femme du maréchal d'Ancre. Mais sa condamnation fut peut-être une concession nécessaire à la haine de tout le peuple pour l'insatiable et orgueilleux favori. La relation nous apprend que plusieurs villes et provinces, Rouen entre autres , envoyant complimenter le roi , avouèrent que , sans l'heureux événement qui devait amener un changement complet dans la conduite des affaires publiques, elles étaient prêtes à se révolter. A l'égard des princes, la conduite du roi fut un mélange de bonté et de sévérité : implacable pour la rébellion obstinée, il ne fermait pas la porte au repentir, et s'appliquait à se concilier la noblesse pour trouver en elle un appui au lieu d'avoir à la punir* Il cher* chait à s'en faire aimer, en vivant au milieu d'elle , en lui montrant la plus grande confiance. 11 y a dans la RelaUan de du Yaii^ des scènes charmantes : ici le roi pardonne des fautes passées, et ces grands seigneurs turbulents, étonnés, gagnés par sa clémence , tombent à ses pieds ; là , il excite l'enthousiasme par ses manières franches et gracieuses. Tout le monde le bénit , tout le monde est joyeux , en le voyant entrer en plein dans la vie et dans son rôle de roi. Il est gai , actif, se lève de grand matin, et sait unir les travaux du cabinet au belliqueux plaisir de la chasse. Il n'y a pas jusqu'à la petite reine qui ne se trouve bien du nouvel ordre de choses, qui n'applaudisse à la conduite de son mari, même quand on parle de déclarer la guerre à l'Espagne, disant fièrement: c Pense-t-on, parce que je suis née en Espagne, que je sois espagnole? On se trompe, je suis française et ne veux estre autre. »

Richelieu , qui blâme dans du Vair cette politique de conciliation qu'il regarde comme empreinte de faiblesse et d'dndécisîon , aima mieux dompter les princes et les grands et les réduire à n'être plus rien devant la puissance royale.

[enlût, grâce iiux rudes leçons qu'il leur donna, la noie ne fut plus , en dehors des champs de bataille , qu'un amas de courtisans avides de faveurs et les achetant à tout prix: de là, une corruption rapide et profonde dont la roVauté elle-raâme a plus tard porté la peine. Du Vair aurait voulu que le roi , ù la t^te des affaires, régnant et gouvernant par lui-même, fut entouré de sa noblesse et en coni- □lunauté complète d'intérêts avec elle; elle devait former, dans ses vues, une sorte de patriciat héréditaire à qui le prince aurait demandé des conseils et des bras pour les exécuter. A côté, eût été placé le Parlement , représentant, la bourgeoisie riche et éclairée , ne prenant pas part aux ^avaux tëgislatits.mais donnantaux lois et aux édit s royaux ^■l sanction indispensable de l'enregistrement , veillant â leur ^Bécutiqn, et contrebalançant la puissance des grands qui fiaient ses justiciables (1) et celle de la royauté qu'il arrêtait sur la pente du despotisme (2),

Le roi devait en outre , selon du Vair, se rapprocher souvent de la masse de la nation par des voyages, des assempées d'États généraux ou de notables ; faire sentir son Ktion partout , par des lits de justice et des Grands Jours. {sis il fallait tout d'abord que son autorité fût reconnue ms toute la France. Les protestants , plus que les princes , K tenaient en échec : on leur fit bientôt connaître qu'il n'en plus ainsi. Déjà, comme parmi les députatious pro- [bciales qui vinrent > se conjouir > avec le roi de la mort

k^))V. Harangue au Parlement de Bordeaux, 1620: Vous devez rcîAev la rebelliou t en vous y apposant coiirageiuemeiil , quelque uleur, quelque pr^tenle que prennent les autheurs, de quelque qua~ mè et condition qu^Us puissent estre. t

mtS} V. pour la politique de du Vair, sa Harangue au Parlement de > roi séant en son lit de justice, en i630, in-r», p. 899,

— (K) — de Concini , se trouvaient des envoyés des protestants de La Rochelle , on refusa de leur donner audience parce que leur assemblée avait été conwquée sans permission.

Au milieu de tant de soins importants, du Vair ne perdait pas de vue le patronage littéraire qu'il se trouvait mieux que jamais à même d'exercer utilement ; et , bien qu'il connût et regrettât le peu de goût du jeune monarqne pour les paisibles occupations de l'esprit , il voulait donner à ce règne la gloire des lettres comme toutes les autres. 11 lui présentait les savants et trouvait même parfois le*ïnoyen de l'intéresser à leurs travaux. Ainsi Mesnard (1) fut admis à offrir lui-même au roi son édition de Joinville , et le prince , sachant que c c'estoit le langage que parloit saint Louis , se mit à lire si auidement, qu'il fust une grosse demi-heure sans qu'on l'en pust diuertir. >

Ainsi s'ouvrait sous les plus heureux auspices ce qu'on pourrait appeler le second règne de Louis XIII. La France était ivre de joie et d'espérance; du Vair recueillait une bonne part de ses bénédictions. On célébrait avec enthousiasme son c eslection et son restablissement. » — € Vous estes arriué , lui disait-on, en louant son désintéressement, à vos charges et dignitcz par les voyes et progrez de ceste mesme vertu , sans brigues ni faueurs (2). »

Pourtant, il songeait toujours avec tristesse à cette calme retraite qu'il n'avait fait qu'entrevoir, et dont l'éclat des honneurs et les applaudissements de la France entière ne

(i) Lieutenant en la prévôté d'Angers, Son édition de Joinville, publiée en 1617, in-4o, est la deuxième. La première est de 1547 et fut imprimée à Poitiers. L'éditeur, A. Pierre de Rieux, avait cru devoir rajeunir le style du vieil historien. Cl. Mesnard entreprit, avec Taide de quelques manuscrits , de le rendre à sa pureté primitive.

(2) Bautru de Mattras, ouvrap^o cité.

ven

eus

laisse

pouvaient' k ses yeux remplacer les charmaiites douceurs. Quekjues mois uprèa son rélablissement , il répondait au\ félicitations de ses anciens confrères du Parlement de Provence : f Ma condition est de beaucoup plus à plaindre qu'à louer, et ie vous proteste auec vérité que n'eust esté l'eage roy, mon maisfre , Testât de ses affaires el le veu comin de toute la France , qui m'interpelloient , et m'eussent reprocher quelque lascheté ou ingratitude, si ie leur eusse refusé mon seruicc en ceste occasion , iumnis ie n'eusse laissé le doux et lionorable repos dans lequel ie m'estois iné (1). .

Tous les bons esprits voyaient en effet dans du Vair le homme capable de sauver le royaume ébranlé par tant de désordre. Nicolas Pasquier se fit l'interprète des sentiments de la France ^^ntière, en lui exposant dans une longue lettre (viii , 5), remplie de vues pratiques sur les diverses branches de l'administration , toutes les réformes qui étaient devenues urgentes, et qu'on attendait de son expérience et de sa fermeté éprouvée. L'opinion publique , on le assignait ainsi à du Vair, dans le gouvernement de :at, le grand râle dont Richelieu s'empara plus tard, et l'il sut si bien remplir. Le nouveau ministre ne trompa point l'attente de la France.

C'était pourtant une rude tJchc que la sienne , et, pour y sufGre , il eût fallu que les forces de son corps répondissent à l'activité de son esprit. Sa vigilance dut embrasser toutes les parties de l'administration, surtout après la mort de Villeroi (1617). Il porta dès-lors en effet tout le fardeau des ufTaires; et la situation était extrêmement compliquée. Il s'en fallait que tous les grands fussent gagnés et sincèrelent ralliés; les hostilités étaient à peine terminées entre

liics, 25jijilicr IliiT. Maniiscrils du f'u;

— G8 — l'Espace et la Savoie que souleiiuit lu France. La reinemère ne cessait d'iotrigner : avec l'aide du duc d'Ëpernon, loi^ours mécontent , toujours menaçant , olle s'était sauvée de Blois à Angouléme , et cherchait à rallumer la guerre. Bientôt il est vni , voyant que sa cause n'excitait guère de sympathie, lasse aussi de son exil et cédant aux conseils de l'évéque de Luçon, qui ne pouvait se résigner à vivre loin des affaires, elle essaya de détourner l'orage qu'elle avait amoncelé sur sa tète; elle écrivit au gurde des sceaux une lettre on sous une apparente douceur se cache beaucoup d'amertume. L'énergie qu'on a inspirée à son fils , l'inquiète et l'irrite. Elle se plaint des mauvais conseils qu'on lui donne , et qui font qu'au Heu de talisfaire à la âtieére affection d'une bonne mère , il esl poussé à prendre précipitamment les armes contre elle. Ces mauvais conseils, elle ne les impute pas précisément au garde des sceaux, dont elle connaît la preutjkommie. Encore moins se peut-elle persuader que le bon naturel de mn jî/s puisie avoir des setilimetUs si extraordinaires, t Si Ten doutois seulement, dit-elle, îe mourrois de douleur: mais ie vous feray souuenir de l'estroite obligation que vous aue* de lui dire librement sur vue occasion si importante ce que vostro chaîne et vostie conscience vous dictent, etc. (1) i

La réponse de du Vair ne se fil pas attendre , et huit jours après, la reine reçut une lettre qui est un modèle de langage h la fois ferme et respectueux : )e ministre , parlant au Dom du roi, sait concilier, mieux que Richelieu ne le fit plus tard, les devoirs du fils et les droits du souverain.

' Madame, au nom de Dieu, que Vostre Majesté ne s'imagine point qu'il y ait personne prez dn Roy, de son conseil ou autre qui veuille ny qui puisse le destourncr du respect

(i) Letlrea Jn^diles, Angou

. Manuscrirs du

<u de ruinitié que naturellement il vous porte et que iuslemont il vous doit. Il est vray que de mesme Vostre Majesté doit croire qu'il n'y a aucun qui iuy puisse oster le sentiment de ce qui touche la diminution de son authorité , et de la aeureté do sa personne et de son Estât. Sur ces deux fondements très certains et très fermes, employez, Madame, vostre géuéreuse bonté et singulière prudencti pourpreuenir les calamitez que préuoycz et appréhendez deuoir venir à la suite de ce raouuement qui commence et auquel personnu ne peut tant perdre et si peu gagner que Vostre Majesté.

« Arrestez-en donc le cours h sa source : vous seule ,

Madame , le pouvez , et par vn seul moyen. Remettez-vous

'anchemcnt entre les bras du Roy, vostre fils. Vous voyez

inccs qu'il vous donne de son amitié et de son

mtentement. La parole d'un si grand Roy, si solennelle-

tent donnée , asseurerait ses ennemis de quelque nation et

idition qu'ils fussent. Que doit-elle donc faire à l'endroit

si généreuse princesse, d'vne si bonne mère et qui a

si tendrement eleué la jeunesse d'vn prince si bien nay. La

présence de Vostre Majesté , vn seul regard maternel ache-

uera tout ce que vous ponuez désirer d'avantage et pour

vostre contentement, et pour celuy de ceux que vous ponuez

affectionner. Si Vostre Majesté a des ouuertures pour le bien

jt grandeur du Roy et de l'Estat, elle pourra là espérer d'en

■,er quelque fruit. Hors cela. Madame, tout le reste ne

roduira que ruine et désolation.

Vostre Majesté est trop pleine de prudence pour se persuader que le Roy qui sçait que son nom est en vénération iusques aux extrémités de la terre, pour auoiren vn >ment estaint le feu qui embrasoit le royaume, et, après lir donné la paix i l'Italie , et maintenant la procurer à illemagne ; auoir estably la iustiee en son Estât, et iceluy gé de beaucoup de vices et de nimes qui y ré}*noient ,

jiuissu (iscoulur iiiuinteitunt le blasme qu'on voudfoit donner à son admiuislration d'autre fa^on qu'vne voix iniurieuse qui luy voudrait rauir vne si ^tiuinente gloire. Or de cela , Madame, quiconque soit qui le voulust entreprendre, qui est plus obligé de le di'Bendre que vous , qui estes vne ti bonne mère ?

■ Et ne faut point penser. Madame , qu'on lu; pust rendre ce coup moins sensible pour l'en frapper au trauers de quelques-vns qui sont près de sa personne. Car, outre que vous luy auez inspiré en sa naissance trop de courage «t trop de ingement, il a assés expérimenté coniointement auecque vous que tous ceux , par le passé , qui ont eu visée d'attaquer les princes et renuerser leur salut , ont fait st

nt de mirer ceux qui les approchaient.

1 Pardonnez-moy, Madame , ie vous eu supplie, si , ayant. Comme i'ay, l'âme sur les lëures, i'ay fait cesle responseii Votre Majesté auecvn peu trop de liberté, cherchant plustost à satisfaire à ma conscience, comme vous m'y inuitez, et & la plus fidèle alfection que i'ay au bien , à l'honneur et au solide contentement de Vostre Floyalo Maiesté, qu'à aucune autre considération. Priant Dieu de tout mon cœur que îe puisse estre plus heureux, en ceste occasion, à vons persuader ce qui est de vostre bien et de toute la France , que ie n'ay esté ci-deuant, bien que ie fusse, comme ïe seray h iamais, etc.

• De Paris, ce 18 mars 1619. •

Cette énergie, tempérée par la justice qui l'inspirait, ne fit jamais défaut à du Vaîr : il eut occasion , peu de tmip» avant sa mort, d'en donner une nouvelle et éclatante prenve. Le récit de ce fait est le dernier morceau qui nous reste dfi ' ses Mémoires

Le ministre , qui désirait respecter la noblesse el ea bire le romparl du trône, voulait cependant qu'elle n'oubliilt

qu Du

cia

■t r «ni &-ct Il disa qu'e ^^il ce

^Bsté

qu'au-dessus d'elle il y avuit la justice , délëgiitiun imédiaLe de la royauté dont elle est le plus bel apanage et loQt elle porte les insignes. Pour montrer à tous les yeux Ue suprématie de la justice qu'il représentait, il avait ■ang dans le Conseil avaut les dues et pairs. Ccux-ci voyaient avee i;olère ce qu'ils regardaient comme une usurpation , comme un alTront Tait à leur rang. Dans un dîner que leur donna le duc d'Ëpernon , il fut décidé que M. de Montmorency soumettrait la question au roi lui-même. Dès le lendemain (19 avril 1620), ce seigneur revendiqua, en plein Conseil, les prétendus droits des ducs et pairs, mais il appoila dans sa réclamation toute la modération possible , it cette discussion intempestive en serait sans doute restée , si le fougueux d'Épernon n'avait voulu provoquer une ilution immédiate. Il prit la parole avec sa morgue et sa lolence habituelles , et somma le gai'de des sceaux et presque te roi de rendre aux ducs leur place dans le ConseiL Du Vair maintint avec calme la préséance du pouvoir judiciaire; et, quand le duc, qui, d'abord rendant hommage à so« mér'Ue et à sa vej-ln, n'avait parlé qu'au nom du droit, CD vint à des injures personnelles, il en appela au roi réclama son intervention immédiate. Hailieurcuscment nisXlll avait un caractère trop faible pour prendre surle-champ une décision convenable; il leva la séance en disant qu'il aviserait. Celle sorte de demi-victoire ne lit qu'exalter l'intrailable seigneur. Bien que le roi fut parti , il continua de parler avec chaleur, disant • que ce n'estoit las ce que niérituit'nt ses seruices et qu'il n'auoit jamais ;té dans autre party que celuy du roy. Il adiousta : quel . ^niice a fait M. le Garde des sceaux? — Je respondis : quelque chose de plus. — Il respondit : vous estes un impudent. — Je l'épliquay : vous estes... ce que vous estes. — Il dit à M. de Gnisr ; eh bien ! vous allp/. sur mer

rtmite kA pimtet^, lorsqu'il fsmt cbâ&&er les pirates de

terre! ti>*

En Tenté , qmamà oo Toit de pamiles scènes, on est presque tenté d'absondre le cardinal de Ridielîen de ses rigueurs nnpstoTaUes enrers cette- noblesse insolente. Da Vair espérah Tenir à bovt de cet esprit d'orgueil et de rérolte h force de modération y d'énergie patiente, et en ITiahîtoant peu à peo à reconnaître Tempire de la loi. Cétait peut-être un espoir cbimérîque; mais d'ailleurs, le moment d*emfdoyer la force ponrait bien ne pas lui sembler encore Tenu : il fallait aTant tout remettre dans le dcToir les protestants qui (aisaicflit un État dans TÉtat , et songeaient même , dit-on , à faire de la France une république ^^\, employant , pour y panrenir, toutes sortes de moyens, donnant la main à tous les rebelles et même à l'étranger. Une fois rantorîté du roi

(i) Réck de do Tair dans YHisia^ des Ckaneelitn et des Gardes des sceaux, de F. Docheaie , p. Tâo. — D existe de ce fiait une autre relation qui s'accorde partout avec celle de du Vair, excepté sur un point. On y suppose une dispute entre le garde des sceaux et le chancelier de Sillenr, que le premier aurait accusé de lui arotr dressé cette partie. Mais la Tiolence des paroles qu^on prête à du Vair n'est nullement dans son caractère , et puis , il constate lui-même que raffaire des ducs ne fut portée au Conseil qu'après le départ de Sillenr. Enfin la relation anonyme place ce fait le Tendredi ^ aTril 1618 , tandis que du Vair la date du 19 aTril 16^. (V. Manuscrits de la Bibliothèque de Bourges, n» 218, p. 167 et sui?., in-f».) — Voltaire (Histoire du Parlement de Paris, ch. 47), après aToir rappelé la conduite arrogante du duc d'Épemon envers la cour souTeraine de justice , en maintes circonstances , mentionne aussi sa querelle avec du Vair ; mais il se trompe en disant qu'elle eut lieu dans une cérémonie à la paroisse du Louvre. Selon lui , le duc aurait pris rudement le garde des sceaux par le bras, et l'aurait fait sortir de Téglise en lui disant qu'un bourgeois ne doit pas se méconnaître.

(2) V. du Vair, Harangue destinée à être prononcée au Parlement de Tiyiiloune en 1621, p. 916-917 de Tédit. de 16il , in-f«.

reconnue purtout,oti auniit pu montrer ù lu noblesse que les plus hautes Listes ne dépussnient pas tes plus humbles sous lu main souveraine de la justice. En attendant, du Vair s'appliquait à montrer le roi partout où sa présence devait être utile , partout oîi il y avait pour lui de la gloire à recueillir. Hichclieu, qui lui est si peu favorable, reconnaît, en parlant comme Malherbe , qnc c'est par son conseil que Louis Xlli entreprit la guerre du Béarn , et porta le premier coup mortel à l'hydre de la rébellion (i). Lui-même , plus tard , lui porta le dernier, mais , moins généreux que le vieux garde des sceaux , il en prit pour lui toute la gloire.

Du Vair ne vit pas la fin de l'expédition de Béarn : il mourut pendant le siège de Clérac, à Tonneins en Agénois, oîi la maladie l'avait forcé de s'arrêter (3 août 1621). t 11 regrettoit, 1 dit une relation du temps, qui semble faîte par un témoin oculaiie (2) , « il regrcttoit de mourir en la nécessité que les affaires auoîent de tant de bonnes pensées qu'il auoit encore de réseme pour le repos de la France. > Son testament, qui a été publié plusieurs fois, contient les détails les plus touchants sur sa personne et sur sa vie. Malheureusement, ce n'est pas un testament politique, et du Vair a emporté dans la tombe le secret de ces bonnes pensées qu'il lenait en réserve pour le bonheur public. Nous n'avons pu qu'essayer de les deviner. Sa mort mit toute la France en deuil (3), et le roi ne sentit pas moins vivement la perte qu'il avait faite. 11 se voyait privé d'un loyal serviteur, i capable, > dit la même relation, > de lui donner des conseils

(1) Ménutirea, l, 11 , p. U6.

(S) Relation véritable de ta mort de Monsieur du Vair, ete. Paris, Ahraliam Saiigrain, H DC xxi.

(3) Ingenli tolius Gailiœ Ivctus. Gassendi, Vit. Peireskii, p. 289. — Cf. G.-B. Gi-amond, Histor. prostratiœ relKlUonis , p. 293, Toulouse, « ne xxiii, in-i".

, cl (il! lui diix' la vérité sans lliiUwie. » — * C'est une perte, dit-il, (ce sont ses mots) que ie ressens particulièrement, comme recognoissant et ayant esprouué en diuerses occasions, auec sa fidélité et affection, les effects de sa longue expérience et combien il m'estoit rtile et nécessaire. >

Malherbe (1) considéra cette mort, qui lui était à douloureuse, comme une perte pour l'Ëtat; mais Peircsc surtout en fut inconsolable : tous les grands projets qu'il avait pu former pour l'avancement des sciences et des lettres, grâce ù la protection du ministre son ami, se trouvaient arrêtés, il était réduit à ses seules forces , et, malgré son zèle, il ne pouvait presque plus rien. Aussi les savants de tous les pays, que du Vair avait encouragés, s'empressèrent de dédier it Peîresc les chants de deuil qu'ils composèrent à la mémoire du protecteur désinttiressé qui venait de leur être enlevé (2),

Deux ans après, un magistrat de Provence , qui avait été député aux Etats généraux de i6ii , Baltazar de Vias , dans un poème à la gloire de Louis XIII , intitulé Icoii regU chri^ lianissimi, félicitait encore le roi du choix d'un ministre dont les conseils eussent pu donner à la France tant de puissance et de bonheur (3).

t La vertu cl la probité, sous l'auguste toge du magistrat,

(1) Lettre à M. révoque de Uiei. Liv. n, i. Il se plaît h rappeler l'amilié dont l'honoraiL du Vair. n Vous sfauez , Monsieur, combien ce grand personnage m'aimait el m'eslimoit au-delà île mon mérile. >

(2) Gassendi , ib. p. 289. — Parmi ces élégies on remarque P. BerIS in obitum illuslrias. ac reveretuiàs. vin dn. Guilielm. Vatrii, etc. Ode. Paris , Mathurin Henaull , H DC XXI , in-.l°. — Ad vmim amplûl. Niait. Peiresium senator. super morte riri smnmi GmUelmi Veti iigillorunt Galliœ cnstodis, Htig. GroUi epigramma. in-l".

(3) \B-i\ ir.2a, Sylv, V, Tlicmk rrsl'Mn.

-- 75 -~ avaient donné à du Vair cette haute dignité, et toute la France avait applaudi. Tous les suffrages du peuple l'avaient désigné ; la volonté de celui qui avait le droit de le choisir, avait été prévenue (1). •

Plus loin, dans le même ouvrage, le même poète chante avec plus d'enthousiasme que de bon goût , Tincorruptible justicier (2) placé par Astrée au rang des astres.

Petentem (Vaïrum) Astra praeit , fecit que locum qua plurima cœlo Fulgurat Erigone ; régit illic pondéra librae , Et superis quoque justus adest , qui justior orbis Hujus erat (3).

(1) In-4o, 1623. Sylv. V. Themis restUuta.

(2) Mot de d'Épemon à du Vair.

(3) Ouvrage cité, note 13, p. 197.

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