‹ Guillaume du Vair, étude d'histoire littéraireChapitre 5 sur 20 · RHÉTORIQUE ET ÉLOQUENCE · texte numérisé non relu

RHÉTORIQUE ET ÉLOQUENCE

§ h^. — Du Vair théoricien, — Le traité de VEloqtience françoise et des raisons pourqtioy elle est demeurée si 6ass^; analyse et critique.

— Omissions importantes dans l'histoire de l'éloquence française. — Sages idées , judicieuses appréciations de quelques orateurs. — Abus des citations , son origine selon du Vair et selon Pasquier. — Examen des différentes causes de l'infériorité des Français dans l'éloquence. — Excellence des Anciens. — Caractères de leur éloquence.

— Nécessité de les étudier. — Sommaire de rhétorique. — Célébrité du livre de du Vair.

Les deux chapitres précédents nous ont montré dans du Vair Thomme et le philosophe ne faisant qu'un : nous l'avons trouvé, comme disaient ses contemporains, toujours ferme dans son intégrité et non moins stoïcien dans sa conduite que dans ses livres : • Stoïcorum philosophiam scripto tradidit et secutus est (1), » .

Cette sévérité de principes, cette persévérance à chercher

(1) Gramond, continuât, de de Thou. HisU gallic. , lib. ix, p. 424, in-fo. — Cf. Id. YLisUyr. prostratœ rebellionis^ p. 291-293, Toulouse , M DC xxiii, in-4o. — Matthieu, Histoire de Louis XIII, p. 163-164 ; M DC XXXI , in-fo.

le bien , à renseigner et à le pratiquer , cette union constante du précepte et de l'action , du Vair les montre également dans Tusagc de la parole. A ses yeux, l'éloquence n'était que la splendeur de la vertu , et combattre pour la vérité ou célébrer ses louanges , le seul rôle digne d'elle. 11 travailla donc à mettre son langage à la hauteur de cette grande morale à laquelle il avait donné son cœur, à le rendre assez fort pour la défendre , assez beau pour la faire aimer. Ce fut l'objet de sa constante application ; quelquesuns s'y sont trompés : Perrault, prenant en lui le moyen pour la fin, a dit, après Richelieu (i), que l'éloquence fut sa principale passion. De Sacy l'a mieux jugé : ce fut l'honneur ; l'éloquence ne fut que l'instrument ; il l'aima comme l'ouvrier aime l'outil sans lequel son œuvre est impossible; il la soigna de même.

Aussi, pour devenir orateur comme pour devenir philosophe , pensa-t-il devoir unir aux études spéculatives tous les efforts, tous les apprentissages de la pratique. De là une foule d'essais, de tâtonnements, de consciencieux travaux , du Vair nous en a laissé l'intéressante histoire dans son « Traité de l'Éloquence françoise et des raisons pourqiioy elle est demeurée si basse. »

Cet ouvrage , son titre l'indique , est à la fois historique et critique ; bien plus , malgré la déclaration expresse de l'auteur , qu'il préfère à toutes les écoles l'étude intelligente des bons modèles , et qu'en conséquence , au lieu d'écrire une rhétorique, il a mieux aimé traduire quelques chefs-d'œuvre des auteurs anciens , son livre est aussi une théorie à peu près complète de l'art oratoire. Comme tous ses autres écrits, il est nourri des idées de l'antiquité. Platon, Aristote, Cicéron surtout , Quintilien et l'auteur du Dialogue des

(1) Mémoires j t. ii, p. 145

Orateurs , lui ont Iburni des observations , des préceptes , d'utiles conseils. Mais eu général, du Vair a su si bieu, stilon sou habitude , s'approprinr toutes ces richesses éti'angères , en y joignant les fruits de sa propre expérience , que tout semble venir de lui, et qu'on y peut tout au plus reconnaître des souvenirs , rarement des emprunts. Ce livre , qui a été longtemps lu et fort goûté el dans lequel certains auteurs (1) uni puisé comme Charron dans les traités moraux, a été assez soigneusement analysé par Gibert (3), dont le travail a été morcelé et reproduit avec quelques erreurs de plus et plusieurs bonnes remarques de moins dans l'informe compilation de l'abbé Gouget (3). L'article de Gibert est assez complet pour la partie historique et critique , mais il n'en signale pas les lacunes, et de plus, il ne fait qu'indiquer les théories oratoires de l'autour, sans les apprécier, sans même eu donner une idée.

Du Vair, dès les premières lignes , se montre à l'égard de nos vieux orateurs de la fin du Moyen-Age presque aussi injuste qu'on l'a été plus tard envers lui : • le me suis , dit-il, quelquefois esbahi comment ce Royaume ayant esté si grand et si florissant , l'éloquence y a esté si peu heureusement cultivée que tous les siècles passez ne-nous ont laissé tesmoignage d'vn seul homme qu'on puisse appeler à bon droit éloquent, i Ici se révèle déjà la préoccupation à laquelle obéit du Vair dans tout le cours de sou livre : il ne voit que le barreau el ne tient presque aucun compte de l'éloquence religieuse et de l'éloquence politique. Pourtant, sans

|P(1) Chevalier àe Halulc-Hr "ans les Mémuirei du P- Ni

t,un OriileuT français.

(i) Anti-Baillet, Amsterdam, 17^25

m. <:i) Bihliolhèqiw , l. i cl n, jn-l"2.

iebn Micliuul du Uijuii ,t. 41). n'a l'ail .jik;

(An <[u Vair, il' cujiiei' (laijs

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