‹ Guillaume FichetChapitre 4 sur 14 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Sommaire. — Guillaume Fichet en Sorbonne. Époques où il prit ses grades universitaires. Ce qu'étaient ces grades dans l'Université de Paris. — Fichet est élu prieur de Sorbonne. — Il est nommé recteur de l'Université de Paris. Sa conduite comme recteur.

Jusqu'à ce jour, peu de renseignements ont été publiés sur Guillaume Fichet, écolier ou étudiant de Sorbonne, par ce motif qu'aucun de ses contemporains n'a écrit sur lui une notice biographique proprement dite. Lorsqu'il eut acquis un peu de célébrité dans le monde des lettres, les savants de son époque se sont bornés à intercaler dans leurs œuvres quelques notes ou appréciations sur son compte, mais sans parler des succès plus ou moins brillants qu'il remporta dans le cours de ses études, sans indiquer d'une manière précise les époques où il prit ses divers grades universitaires dans l'illustre maison de Sorbonne.

Sur cette partie, jusqu'ici assez obscure, de la vie de G. Fichet, nous avons pu recueillir des renseigne-

ments à des sources également précieuses, en dehors du Registre des prieurs. Ce document, après l'admission du nouvel asssocié, ne le cite plus que trois fois et encore pour des faits de pure administration intérieure: ainsi, il rapporte que le 19 septembre 1462, G. Fichet demanda une chambre qui lui fut refusée ; que le 20 juin 1463, notre étudiant sollicita la continuation de la bourse qui lui avait été concédée probablement en

1462, ce qu'il obtint non sans une discussion assez longue portant sur les délais dans lesquels une bourse pouvait être renouvelée. Enfin le Registre ne cite plus G. Fichet qu'à la date du 21 Juillet 1463, encore à propos d'une chambre qui, cette fois, fut accordée au jeune associé (').

Mais d'autres documents manuscrits nous ont fourni quelques indications sur les dates auxquelles G. Fichet prit ses divers grades. Le Livre du grand bedeau, qui nous a déjà fait connaître le jour où noire étudiant fit son premier cours sur la Bible, nous apprend aussi (folio 77, recto) qu'il fit le second le 31 août

1463, et enfin (fol. 84, verso) qu'il ouvrit son cours sur les Sentences en septembre de la même année: il était alors compris dans les Sententiarii dont on ne pouvait faire partie qu'après avoir professé deux cours

(')La question des logements était importante à cette époque pour les étudiants de Paris. Voir à ce sujet un article intitulé : La taxe des logements dans l'Université de Paris, publié par M. Jourdain dans les Mémoires de la Soc. de l'Histoire de Paris et de l'Ile de France, T. IV p. 151, Paris 1878.

sur la Bible, et étudié en théologie pendant un certain nombre d'années.

Deux autres manuscrits, provenant aussi de la Sorbonne, indiquent approximativement la date à laquelle G. Fichet prit le grade de licencié. Ces manuscrits sont intitulés, le premier, Ordo licentiatorum ab anno i373 ad annum i 77 4-88 (*), et l'autre, Liber de scriptoribus Sorbonicis (*). D'après le premier, G. Fichet aurait été reçu licencié en théologie en 1468; d'après le second, il l'aurait été en 1467. Il faut croire que l'un a compté suivant le style actuel, Tannée commençant au 1 er janvier, et l'autre, suivant le style ancien, Tannée commençant à Pâques. Or, comme en 1468 (nouveau style), cette fête se trouvait fixée au 17 avril, il faut tirer cette conclusion que G. Fichet se fit recevoir licencié «lans les trois premiers mois de 1468: et en effet le Livrr dn grand bede u vient faire disparaître tout doute en indiquant que ce fut le 23 janvier de cette année.

Ce dernier document porte que G. Fichet prit le grade de maître ou docteur le 7 avril suivant.

II avait donc mis deux mois pour passer du grade de licencié à celui de maître. Il n'y a rien là qui doive étonner. La licence était le seul grade difficile à obtenir; prendre la maîtrise, ou le doctorat, c'était plutôt une formalité qu'on remplissait dans Tannée à la suite des trois actes réglementaires : vespéries,

O Ms de la Bibliot. nat. — Fonds latin, n° 15,440. (*) Ms. de la Bibliothèque de l'Arsenal, n° 1,020.

antique et resompte. Ces actes, dit M. Thurot( l ), n'étaient pas institués pour éprouver la capacité du récipiendaire; ils n'étaient qu'une solennité célébrée en l'honneur et à l'occasion du sacrement qu'il avait reçu.

En admettant même que G. Fichet eût fort avancé ses études au collège d'Avignon, il n'est pas moins intéressant de constater, à son éloge, qu'il n'employa que neuf ans, de 1459 à 1468, pour devenir docteur en théologie, ce qui, pour la plupart, exigeait près de quatorze ans d'études.

Il faut ajouter que, pendant ce temps, il dut acquérir aussi successivement les grades de bachelier, licencié et maître ès-arts. Mais nous n'avons pu retrouver les dates de la collation de ces grades à G. Fichet. Peut-être était-il déjà bachelier ès-arts en 1462, car d'ordinaire il fallait avoir ce grade pour obtenir une bourse de théologie.

Quoi qu'il en soit, on ne peut douter que G. Fichet n'ait été un élève hors ligne, puisque la Sorbonne se l'attacha comme professeur aussitôt qu'il eut fait ses premières preuves de valeur scientifique. D'autre part, ses confrères lui confièrent bientôt les fonctions de prieur; ce fut le 25 mars 1465 que G. Fichet reçut l'investiture de ces fonctions relativement importantes, puisqu'elles venaient de suite après celles de proviseur et donnaient au titulaire la charge souvent difficile de

( f ) V. ouv. cité. p. 154.

présider les disputes théologiques pendant une portion de l'année ( f ). G. Fichet avait alors trente-deux ans.

Son nom est orthographié de plusieurs manières dans divers documents de cette époque. Alors, disons-le en passant, on était peu scrupuleux sur l'orthographe des noms propres en les traduisant du français en latin; on peut même dire que la fantaisie avait une trop large part dans cette œuvre de traduction, ce qui a occasionné plus d'une erreur. C'est ainsi que sur les registres de la Sorbonne on a écrit le nom de G. Fichet: Phichetus, Vichetus, Fischetus, Fichetus. On trouve de nombreux exemples de ces sortes de traductions fantaisistes des noms propres ; ceux-ci finissaient souvent par devenir méconnaissables à force de subir des transformations dans leur passage de la langue d'origine à la langue morte et ensuite de celle-ci à la première. Nous aurons l'occasion de rencontrer quelques-uns de ces exemples dans le cours de notre récit; pour le moment, nous nous bornerons à citer, à titre de curiosité, celui qui se rapporte à l'évêque de Paris, Guillaume Chartier, que nous allons trouver au nombre des admirateurs et des bienfaiteurs de G. Fichet : Guillaume Chartier a vu son nom subir une traduction qu'on peut appeler peu res-

(') Tous les auteurs qui ont parlé de G. Fichet, ont écrit que les fonctions de prieur lui avaient été confiées en 1464, suivant les registres de la Sorbonne qui commencent Tannée à Pâques. Le 25 mars 1464, pour les contemporains, était le 25 mars 1465 suivant la manière de compter actuelle, Pâques s'étant trouvé le 1 er avril en 1465. Nous aurons plusieurs dates à rectifier ainsi dans le cours de cette étude.

peclueuse s'appliquant à un prince de l'Eglise ; il fut transformé en Guillelmus Quadrigarius, traduction du mol français charretier, accompagnée même d'une sorte de jeu de mots! G. Fichet, à l'époque de son priorat, sacrifia lui-même à l'usage, pour orthographier son propre nom qu'il écrivit parfois ainsi : Phichetus. 11 alla, à cet égard, aussi loin qu'il lui était possible, car passant du latin au français, il signa Phichet, comme on le verra plus loin. La transformation de la première syllabe répondait au grécisme très répandu à cette époque.

Les procès-verbaux du prieur G. Fichet méritent une attention spéciale. Ils occupent onze pages et demie du Registre, du verso du quarante-neuvième feuillet au verso du cinquante-cinquième. Il y en a peu d'aussi longs dans la série, et on voit, par leur rédaction, qu'ils sont dus à la plume d'un lettré scrupuleux, s'appliquant à ne rien omettre, à tout expliquer clairement en un latin aussi correct que s'il s'agissait de faire œuvre sérieuse de philosophie ou de littérature.

Il n'est pas jusqu'à la partie matérielle de ces simples procès- verbaux qui ne dénote chez leur auteur le goût de l'ordre et de la symétrie, qu'il devait posséder pour les choses matérielles aussi bien que pour celles de l'intelligence. Tout le texte, dans les premières pages surtout, est d'une écriture nette, ferme, sans ratures : nul doute qu'un de nos graphologues modernes ne pût découvrir dans cette écriture les qualités morales de l'éminent professeur de Sorbonne.

Les autres prieurs ont commencé la rédaction

de leurs procès-verbaux sans grande précaution ; G. Fichet, lui, a fait preuve d'un meilleur goût. La moitié de sa première ligne est écrite en grandes lettres initiales, dont voici le fac simile :

^JyapJT pRfOBATVS Magistri Guillermi Phicheti, soc. gebennensis, etc.

Ne peut-on pas tirer de ces faits l'indication certaine que l'homme qui apportait un soin pareil à une œuvre si simple et si modeste, était un bibliophile de goût ?

Les procès-verbaux rédigés par G. Fichet, pendant son priorat, qui prit fin le 25 mars 1466 ('), ne mentionnent que peu de faits importants.

On y trouve cependant la trace des troubles politiques qui agitèrent la France sous le règne de Louis XI. Ainsi on y voit que le 7 août 1465, la maison de Sorbonne décida de mettre en lieu sûr les objets précieux qu'elle possédait et qui furent confiés à deux associés responsables du dépôt. Cette mesure fut prise, dit G. Fichet, à cause des dangers que présente le temps présent, grâce aux nombreux belligérants qui occupent Paris. C'était le moment où Louis XI avait à lutter contre la coalition des princes et seigneurs qui avaient formé la ligue dite du Bien-Public, que le

( ! ) Le Registre original des prieurs dit que G. Fichet fut remplacé par Michel Petit fParvi), le jour de l'Annonciation de 1465 ( ancien style). Pâques se trouvant le 6 avril 1466, il faut lire que le remplacement eut lieu le 25 mars 1466 (nouveau style).

peuple, alors un peu oublié comme il Test presque toujours en pareil cas, avait surnommée la ligue du Mal-Public.

On trouve aussi mentionné, dans les procès-verbaux de G. Fichet, un fait très souvent cité à l'honneur du jeune prieur. Les étudiants de l'Université de Paris étaient alors divisés en quatre nations ; cette division répondait à une répartition régionnaire d'ancienne date ( ! ) : France, Allemagne, Normandie et Picardie. La France, fidèle de tout temps à ses instincts généreux, ouvrait déjà les portes de ses collèges et de sa grande Université à tous les hommes avides de science, sans exception de races. Des discussions s'élevèrent souvent au sein des membres associés de la Sorbonne, relativement à la distribution des bourses entre les étudiants faisant partie des quatre nations. En 1466, cette querelle prit une certaine importance et donna lieu à plusieurs délibérations des maîtres associés de la maison, les 4, 13 et 24 janvier ( 2 ). G. Fichet soutint énergiquement le principe de la répartition proportionnelle, et son avis fut sanctionné

(*) C'est verâ le milieu du xm e siècle, dans une bulle du pape Innocent IV, datée du 13 mai 1245, qu'apparaît pour la première fois et d'une manière officielle, cette division des étudiants en nations, dans l'Université de Paris. — Une organisation à peu près semblable existe aujourd'hui dans l'Université d'Helsingfors, dont les étudiants sont répartis en six corporations correspondant à l'ancienne division administrative de la Finlande.

( f ) Dans ses procès-verbaux, G. Fichet date exceptionnellement du 1 er janvier l'année 1466.

par le proviseur. Ces délibérations ont paru assez importantes à notre prieur pour qu'il crût devoir les signer sur le registre, de sa plus belle écriture et en écrivant son nom comme suit : Phichet.

Ajoutons qu'alors G. Fichet était procureur de la nation de France dont il faisait partie en sa qualité de Savoisien (*).

Du Boulay cite un fait semblable à celui dont nous venons de parler, et qui se serait passé en 1464 ; à cette occasion, G. Fichet aurait déployé la même énergie et aussi avec succès, pour s'opposer à des prétentions injustes. Nous n'avons pu vérifier le dire de Du Boulay qui peut-être s'est trompé de date (*).

On voit donc que G. Fichet arriva rapidement à une situation élevée et à un haut degré d'influence dans la maison de Sorbonne. Aussi ne faut-il point s'étonner si bientôt il fut désigné pour remplir les fonctions de Recteur de l'Université de Paris. Pour exercer ces fonctions importantes, il fallait avoir pro-

( ! ) Index chronologicus chartarum pertinentium ad historiam Universitatis parisiensis, par M. Jourdain, 3« livraison, p. 293-94.

Les nations étaient divisées elles-mêmes en provinces, lesquelles se divisaient en diocèses. La nation de France comprenait cinq provinces : Paris, Sens, Reims, Tours et Bourges. Les diocèses de la région savoisienne, Genève, Tarentaise, Sainl-Jean-de-Maurienne et Aoste, faisaient partie de la province de Sens. On trouve le diocèse de Genève mentionné aussi dans la province de Bourges. (V. Thurot, ouv. cit. p. 19).

(*) Hist. univers, pariensis, T. V. p. 665 à 679.

fessé un cours complet dans la faculté des Arts ou avoir enseigné pendant six ans consécutifs en grammaire dans un collège renommé où existât une faculté des Arts, soit encore être bachelier en théologie, en droit, ou licencié en médecine. Le Recteur était élu par quatre délégués désignés eux-mêmes par chacune des quatre nations de l'Université (*). Le rectorat était exercé pendant trois mois seulement par le même fonctionnaire. G. Fichet fut élu le 23 juin 1467.

Pendant son rectorat, G. Fichet eut l'occasion de rendre un service signalé aux étudiants de Paris. C'était à l'époque où Louis XI avait de fréquents démêlés avec le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, ce prince turbulent et batailleur. Le roi voulant renforcer son armée, ordonna d'enrôler par brigades tous les habitants valides de la capitale âgés de 16 à 60 ans, y compris les écoliers. Notre recteur prit chaudement le parti de ces derniers, qu'il ne voulait pas voir distraits de leurs travaux. Gaguin, qui le premier, semble-t-il, a fait connaître cet épisode de la vie de son ancien maître ( a ), dit que le roi fut persuadé par les raisonnements de G. Fichet au désir duquel il se rendit. On a prétendu que Louis XL tout en faisant droit à la réclamation du Recteur de l'Uni-

(') Dans la nation de France, le délégué était nommé par le suffrage à deux degrés, et par chacune des cinq provinces à tour de rôle. (V. Thurot, ouv. cit. p. 21).

(») De francorum regum gestis ; Paris 1528; Liv. X, fol. 244.

versité, lui garda, pour son intervention, une rancune qui ne se serait point apaisée puisqu'elle aurait été une des causes de la détermination que prit plus tard G. Fichet de quitter Paris ('). Cette dernière assertion n'est rien moins que prouvée (*), et nous verrons que G. Fichet eut bien d'autres raisons qui le poussèrent à s'éloigner de la capitale de la France.

Quant au fait en lui-même, dévoilé par Gaguin et mentionné par tous les biographes anciens et modernes, qui se sont du reste copiés les uns les autres sans recourir aux sources, nous pensons qu'il est vrai de tous points. On en trouve en effet la mention dans l'ouvrage de M. Jourdain. Cel auteur reproduit, dans sa 3 e livraison, page 293, un extrait du registre du procureur de la nation allemande où il est question de l'affaire de l'armement des étudiants. On y voit que cette question commença, depuis le 13 juin 1467, à préoccuper l'Université qui en délibéra ce jour-là, puis les 18 et 23 du même mois. Le 23, G. Fichet était élu Recteur. Le 29, l'Université arrêta les termes d'une lettre adressée au roi pour soutenir les privilèges de la grande institution parisienne. Le Conseil pria l'évêque

(') Du Boulay, ouv. cit., tome V, p. 878, écrit:

« .... Coactus enim fùerat ex urbe Parisiensi disce-

dere, quia Ludovico XI Academiœ armari scholasiicos

imperanti repugnaverat.

(*) On verra plus loin que Louis XI confia en 1469 une mission diplomatique à G. Fichet ; il ne l'aurait sûrement pas fait s'il avait nourri un tel ressentiment à son égard.

(TAvranches, Jean Bouchard, confesseur du roi et par conséquent influent, de joindre ses efforts aux siens pour la défense de ces privilèges, et désigna maître Martin, de la nation de Normandie, pour l'associer à l'évêque et aller chez le roi.

Le 8 juillet, l'Université fut réunie pour délibérer de nouveau sur la question au sujet de laquelle les commissaires royaux insistaient. On nomma alors des députés chargés de s'entendre avec les commissaires, et on arrêta de surseoir à toute décision jusqu'au retour des envoyés de l'Université à la cour.

Dans ce temps-là, comme toujours, l'accès auprès du souverain n'était pas facile. Les envoyés désignés le 29 juin durent attendre quelques jours avant d'être reçus par Louis XL Le 12 juillet, enfin, ils purent rapporter une lettre du roi qui témoignait de tout l'intérêt qu'il portait à l'Université. Des remerciements furent votés à l'évêque d'Avranches auquel s'était joint celui dEvreux ( 4 ), et à maître Martin qui reçut quatre écus pour ses frais de déplacement.

Mais le roi, paraît-il, n'avait donné que de l'eau bénite de cour dans sa lettre à l'Université ; le 16 juillet, le conseil fut de nouveau réuni pour recevoir la réponse des commissaires royaux dont l'insistance ne s'était pas calmée, et pour délibérer sur la conduite à tenir en pareille occurrence. La réponse des commissaires fut évasive, car on voit l'Université persister en ses

(') Jean de la Balue, le môme qui joua ensuite un si triste rôle dans les affaires publiques.

prétentions : elle se déclare fidèle au roi, à qui elle offre, non peut-être sans une légère pointe d'ironie, ses armes à elle , c'est-à-dire des prières et des processions, mais à qui elle refuse absolument son concours par les armes matérielles. C'était profiter avec esprit du caractère essentiellement ecclésiastique, religieux, que revêtait l'institution de l'Université.

Les envoyés reprirent le chemin de la cour et insistèrent tant et si bien auprès du roi, que l'Université fut convoquée une dernière fois le 25 juillet pour recevoir l'heureuse nouvelle que le souverain renonçait à faire armer les étudiants. La ténacité toute savoyarde de G. Fichet eut sans doute sa part dans cette victoire, puisque Gaguin l'affirme, et le résultat obtenu ne fut pas dune petite importance si Ton remarque qu'à cette époque tout devait plier sous la volonté du souverain.

L'Université et la Sorbonne se sont toujours beaucoup mêlées aux querelles, non seulement religieuses mais aussi politico-religieuses, qui ont agité la France, sans compter qu'elles ne se sont pas gênées pour faire irruption dans les débats purement politiques. C'est ainsi que les troubles civils du règne de Charles VII, les luttes de la Ligue, les disputes suscitées par le jansénisme ne les laissèrent point indifférentes; et il n'en pouvait être autrement dans un temps où l'Eglise, dont la puissance ne relevait que de sa fortune politique, vivait avec l'Etat dans une promiscuité si complète, que, dans les moments difficiles, leurs intérêts respectifs devaient le plus souvent se confondre. Mais à cette

époque, aussi, il y avait déjà en France une Eglise nationale qui, bien que soumise au pape, n'était pas inféodée à l'ultramontanisme, et la Sorbonne, par exemple, a tenu haut et ferme le drapeau du catholicisme français, de telle sorte qu'on a pu la nommer avec raison, pour ce fait, le Concile subsistant des Gaules.

Sous le rectorat de G. Fiche t, l'Université eut à s'occuper de la pragmatique-sanction, de cette ordonnance royale rendue par Charles VII en 1438, pour régler diverses questions religieuses en assurant à l'Eglise de France une certaine indépendance. Louis XI abolit et remit en vigueur, alternativement, suivant les besoins de sa politique, cette ordonnance qui avait été reçue avec joie par le clergé national. Un ministre, Jean de la Balue, évoque brouillon, ambitieux, prévaricateur, traître à ce point que plus tard Louis XI le fit enfermer dans une cage de fer, poussa le roi à abolir la pragmatique-sanction ; il pensait s'attirer de la sorte les bonnes grâces du pape dont il voulait obtenir le chapeau de cardinal. Les lettres royales d'abolition furent accueillies avec colère par les grands corps de l'Etat. Le parlement en refusa l'enregistrement et la publication, malgré les menaces de la Balue. L'Université, elle, consentit à la publication des lettres, mais elle fit enregistrer son opposition au Châtelet et déclara en appeler au futur concile.

Tels furent les événements les plus importants qui marquèrent le rectorat de G.Fichet dont les fonctions cessèrent le 10 octobre 1467. Andréas Berguierlui succéda.

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