‹ Guillaume Poyet, 1473-1548Chapitre 4 sur 11 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Poyet, président au Parlement (31 décembre 1534 — 12 novembre 1538)

Un mois après son retour d'Angleterre, le 31 décembre 1534, Poyet fut nommé président au Parlement de Paris', en remplacement de Denis Poillot, décédé le 27 du même mois-. Le 4 janvier 1534, il fut reçu en cette charge et prêta le serment habituel devant toutes les chambres assemblées ^ Le court délai entre le décès de Poillot et la nomination de Poyet montre qu'il n'y eut pas d'hésitation dans le choix du nouveau titulaire et que Poyet était à l'avance désigné pour un office de président. Depuis la mort d'Antoine le Viste, en septembre 1534, il avait, en effet, le titre de président au Parlement de Bretagne. Ce Parlement ne fut véritablement créé que sous Henri II, mais à cette époque le nom en était donné à des sortes de Grands Jours annuels ^ dont la plupart des membres, fixes

1 Arch. Nat., J. 963, n» 31.

* Ibid., X'^ 1538, fo 41 yo. Le 29 décembre les parents de D. Poillot viennent prier la Cour d'assister à ses funérailles et, dit le registre, a le cry fut faict par les crieurs entre neuf et dix heures du matin entre les deux huiz du Parquet des huissiers ». — Mentionnons ici une erreur du Catalogue des actes de François /<=■■, dont le n° 8085 (tome III) attribue à tort à Poyet une mission que remplit Poillot, en 1534, pour la réformation de la justice en Provence. L'erreur, qui provient d'une faute de lecture, est prouvée par le ms. fr. 1563*2, ïi'"' 517 et 561.

=* Ibid., X" 1538, f» 45.

* Ihid., X" 1538, f" 97. Promotion de Jehan Bourgneuf « en l'office de président es grans jars que Ion dict Parlement en Brelaigne. »

Bibl. Nat. fr., 15629, f' li8. « A Antoine le Viste à cause de son

et résidant en Bretagne, se réunissaient cliaque année à Nantes', à Rennes- ou à Vannes^, pendant les vacances du Parlement de Paris, sous la présidence d'un membre de cette Cour, et assistés de quelques-uns de ses conseillers ^ Les magistrats bretons ne donnaient point alors l'exemple des vertus de leur état : ignorants et vénaux, ils se transmettaient héréditairement leurs charges et méconnaissaient les règles de procédure les plus simples. Poyet s'efforça de faire cesser tous ces abus : il exigea des conseillers plus de savoir, importa à Nantes la procédure du Parlement de Paris ^ et, peut-être, est-ce à cette occasion qu'il rédigea la Pratique Judiciaire, que la Croix du Maine dit avoir vue, manuscrite, chez un de ses neveux, Simon Jousselin^ « Nous faisons icy la justice comme le pays le requiert ' », écrivait de Nantes Poyet à l'un de ses amis, avocat à la justice des Aides. Il le fit, au dire de Baron, à la satisfaction de tous et, pendant ses courts séjours en Bretagne, il y devint très populaire.

Au Parlement de Paris, Poyet avait alors pour collègues Pierre Lizet, le premier président, contre lequel il avait autrefois soutenu mainte lutte oratoire, Antoine Dubourg,

office de Parlement de Bretaigne. nonobstant qu'il n'ait assisté au Parlement dernièrement tenu en la ville de Nantes. »

Cf. aussi Arch. Nat., J. 9606, f. 7.

' Ibid.

2 Arch. Nat.. J. 961-10, no 24.

3 Catalogue des actes de François 1^', VI, n-^ 20838.

* Arch. Nat., J962. « A maistres Ponts Brandon, conseiller ou Parlement de Paris, Ih'. XLIII 1. XV s. et Jehan Costel, conseiller au grant Conseil et aussi oudit Parlement de Bretaigne, pareille somme pour leurs gaiges à cause d'iceulx estats de Bretaigne de ceste présente année, nonobstant qu'ilz n'aient assisté oudit Parlement... »

s Eguinaire Baron., op. citât., p. 199... a ila Un (au Parlement de Bretagne) loi/nutus es, ita ea quœ ad pennovendos homines necessaria e.ssent e.rposuisti, ni nemo unciuam tanto ciim popnli favore po/ntlare aliqnid suaserit, (pianto lu maxime omnium gnitam ac jucnndam Pragmaticis veteranis formularum rationem erertisti, et novam pertulisti disceplandi in f'oro legem, moribus gallicis consentientem. »

6 Duchesne : Ilist. des Chanceliers, p. [)84, sqq.

7 Bibl. Nat., Clairamb., 312, f'^ 137.

qui bientôt allait devenir chancelier, Charles Guillart, le modèle des magistrats savants et intègres*, remplacé bientôt par Montholon. Pierre Rémon, le futur accusateur de Poyet, lui succéda comme avocat du roi 2, et l'un des amis du nouveau président, Cappel, avocat des plus brillants du barreau, remplaça Montholon dans cette même charge. Jusqu'en mai 1535, Poyet remplit à peu près régulièrement les fonctions de son office, instruisant certains procès ^ présidant aux séances, y faisant observer les ordonnances et règlements \ prononçant les arrêts et s'acquittant en outre des fonctions spéciales que le roi lui confiait. Dès le 6 janvier, en effet, il remplaçait Denis Poillot, comme président de la Commission de douze membres instituée le 21 décembre précédents qui avait reçu pour charge de poursuivre les Luthériens et d'instruire les procès des membres du Parlement suspects d'hérésie. Pendant un mois le Parlement fut occupé à juger les hérétiques, toutes autres affaires cessant. La persécution prit fin le 21 janvier. Par les rues tendues de tapisseries et semées de fleurs, où des torches brûlaient au-dessus de chaque porte, une procession générale se rendit de Saint- Germain-l'Auxerrois à Notre-Dame. Les cours souveraines, l'Université et les collèges, les corporations de métiers, le prévôt de Paris, le prévôt des marchands, les échevins, les ambassadeurs faisaient partie du cortège ; « le chef Sainct Loys et les autres reliques de la saincte chapelle » y furent

* Arch. Nat., X'a 1538, f' 83 v°. « Ncminem unquam virum bonum fuisse puto qui lot el lantas res taciius auderel optare quoi el quanlas Deus oplimus illi conlulit. »

2 Arch. Nat., X'a 1538, f 48vo.

3 Bibl. Nat., Dupuy, 263, P 68.

'• Ihid., X'a 1538, f» 90. Le Jl février 1535 le sénéchal d'Agenais, se présentant au Parlement de la part du roi, veut pénétrer dans la grand'chambre avec son épée au côté. Poyet vient t dans lagallerie, près la Tournelle », lui faire des remontrances.

* Catalogue des actes de François /'■■", tome VI, m^ 20841, 20842, 20847.

portés en grande pompe ; Tévêque de Paris, entouré des trois fils du roi et du duc de Vendôme « tenans les quatre basions du poille », porta le Saint Sacrement, et le roi luimême, seul, tête nue, suivit, derrière Tévêque, une grande torche de cire blanche à la main. Sur le pont Notre-Dame, des oiseaux auxquels on avait attaché des billets portant ces mots : Ipsi peribunt, tu auteni permanes, furent lâchés au passage de la procession. A Notre-Dame, Tévêque de Paris célébra et, après la messe, le roi, réunissant autour de lui les États de Paris, leur fit un discours où il les exhorta à demeurer dans la foi catholique. La journée se termina par le supplice de six hérétiques qui furent brûlés en place de Grève'.

La première longue absence de Poyet eut lieu à l'occasion d'un voyage qu'il fit à Calais, en compagnie de Brion et du secrétaire des finances Bochetel, pour trai ter d' « aucuns affaires de grant importance pour le bien du roy et de son royaulme^ ». Montmorency était alors tombé dans une demi-disgràce ; l'amiral l'avait supplanté pour un moment dans la faveur du roi et, avec lui, triomphait le parti de la guerre. La mort du duc de Milan, François Sforza, vint donner à ce pai'ti une occasion de s'agiter. François P' résolut de revendiquer le duché et, pour appuyer ses prétentions, de resserrer son alliance avec Henri VIIL

* Cf. Arch. Nat., X" 1538, P 607 à 608 vo. Bibl. Nat., Clair ambauJt, 335, fMi et 68. Letters and papers, YIII, iT^ 185.

2 Bibl. Nat. fr., 15632, n* 670. — N» 666. « A Monsieur le président Poyet la somme de trois cens soixante 1. t. a luy ordonnée. .. pour sa vaccation et despence de trente jours entiers qu'il pourra vacquer en ung voia^t' <iu"il va présentement faire à Calais, ou ledit seigneur l'envoie eu la compagnie de Monsieur l'Amyral... » N'^ 494. A Monsieur le président Poiet la somme de cinq cens soixantequatre 1. t., faisant le parfaict de IX'", XXIV 1. a luy ordonnez... pour son paiement de soixante dix-sept jours entiers, a raison de XII 1. pour chascun d'iceulx ([ue ledit seigneur luy a })our ce taxez, commancez le V» jour de may dernier passé, pour aller en la compagnie de Monsieur l'Admyral en la ville de Calais, jusques au XXe jour de juillet après ensuyvant et aussi dernier passe. . . »

Dès mars 1535 les négociations, commencées quelques mois auparavant, lors de Tambassade de Chabot en Angleterre, furent renouées avec Henri VIII en vue d'un rapprochement plus étroit. Il fut décidé qu'une entrevue aurait lieu à Calais, où serait négocié sur de nouvelles bases le mariage du duc d'Angoulême avec Elisabeth. François P"" envoya à Calais les mêmes députés qui. Tannée précédente, avaient entamé les négociations qu'il fallait conclure. Le duc de Norfolk, Fitzwilliam et Rocheford' représentèrent le roi d'Angleterre. D'après les instructions d'abord données à Chabot S François concluait une alliance défensive contre Charles-Quint et, reconnaissant la légi limité du second mariage d'Henri VIII, promettait de faire annuler les censures du Pape contre son allié ou de rompre avec Paul III, de ne point traiter avec Charles-Quint et de ne point consentir à la réunion d'un concile général sans l'agrément du roi d'Angleterre. Le mariage du duc d'Angoulême avec la princesse Elisabeth devait sceller cette alliance. Les députés se rencontrèrent à Calais à la Pentecôte de 1535 (16 mai). Norfolk essaya d'obtenir beaucoup et d'accorder peu, en procédant, selon la recommandation de son maître, « par degrés ». Mais ses ruses déplurent aux députés français qui, de leur côté, mécontentèrent les Anglais par leur luxe et leurs manières ^ Des difficultés s'élevèrent au sujet du mariage : Henri VIII voulait que le duc d'Angoulême, alors tout jeune, vécût, jusqu'à l'époque de son mariage, à la cour d'Angleterre, où il recevrait une éducation anglaise — si Henri VIII n'avait pas de fils, Elisabeth apporterait, en effet, au duc la couronne d'Angleterre — et exigeait que son apanage en France fût pour toujours exempt d'hommage et d'impôt vis-à-vis du roi de France. De

* Letters and papers, VIII, no 756.

» Ibid., VIII, n° 340.

=> Ibid., VIII, n»' 760 à 793.

son côté, François P'" craignit de s'engager trop avant en soutenant la cause d'Henri VIII contre le Pape et un concile; lui qui, à ce moment môme, poursuivait impitoyablement les réformés dans son royaume ', ne pouvait avec décence défendre un prince hérétique contre le Pape^ Aussi le 15 juin Brion revenait à la Cour, sans avoir réussi mieux que dans ses premières négociations. François T''" cependant ne désespérait point d'un accord. D'après quelques textes, Poyet, après l'échec de l'Amiral, serait allé en Angleterre porter des instructions plus conciliantes au nouvel ambassadeur, l'évêque de Tarbes, qui depuis le 12 mai avait remplacé Morette^

« Après la mort de Duprat, dit Varillas, le Conseil du roi s'étant trouvé sans directeur, les deux favoris (Montmorency et Chabot), pour n'avoir pas eu soin de se faire instruire, parurent si neufs dans le Conseil que le roy fut contraint d'y appeler le président Poyet ^ » Si Varillas est un peu sévère pour Montmorency, s'il fait erreur en ce

' Letters and papers, VIII, n° 726.

2 Ibid., VIII, n»^ 891, 909, 910, 1044.

^ Ce voyage de Poyet est très incertain. Les Mémoires du Bourgeois de Paris {p. 456) contiennent ce passage : a Audict an le Roy envoia le président Poiet, et l'évesque de Paris avec, en ambassade en Angleterre. » Mais, outre que ce texte fait erreur en confondant Castelnau, évéque de Tarbes, avec l'évêque de Paris, il semble indi(iuer ([ue Poyet partit en compagnie de Castelnau et qu'il jouait le rôle principal dans l'ambassade. Or, Poyet ne pouvait avoir le pas sur l'évêque de Tarbes, et il ne put partir qu'après le retour de Cbabot auprès du roi, c'est-à-dire le 17 juin alors que Castelnau était parti dès le 12 mai (ms. />•., 15632, n" 667). — Une lettre de Chapuys à la reine de Hongrie, d'avril 1538, mentionne la venue en Angleterre, en mars, d'un magistrat qui y aurait déjà accompagné l'évêque de Tarbes et que l'éditeur des Letlers and Papers identifie, à la table des noms propres, avec Poyet. ("Slate papers relating lo llie negocialions beliceen fJngland and Spain ; vol. V, part II, n° 223). Or, Poyet en mars 1538 était à Moulins ^X'^' 1510, f' 228). — Malgré les contradictions de ces deux témoignages, un fait tendrait à les confirmer : Poyet, qui avait d'abord reçu 360 livies pour un voyage de 30 jours à Calais, obtint ensuite un supplément de 564 1., son voyage ayant duré juscju'au 20 juillet alors que Brion avait quitté dés le 17 juin (Cf. supra, p. 48, note 2).

* Varillas. Ilist. de François P^, tome II, p. 371.

sens que Poyet avait été appelé depuis longtemps au Conseil, il indique bien du moins que le rôle actif et prépondérant de Duprat dans celte assemblée allait désormais échoir à Poyel. En effet, à peine revenu de son voyage à Calais, Poyet était chargé' de se rendre dans les résidences de Duprat, à l'hôtel d'Hercule- et au château de Nantouillet, d'y inventorier les papiers du Chancelier, de retirer pour les déposer au Trésor des Charles ceux qui intéresseraient les affaires de l'État et d'emprunter pour le roi aux héritiers de Duprat 300.000 livres, qui devaient êlre restituées en douze années^. Quelques jours après il recevait l'ordre de retirer également les papiers de la légation et de les déposer en lieu sûr, où il jugerait bon. « Au demeurant, ajoutait le roi dans ses lettres, il vous souvient très bien du propos que je vous tins dernièrement touchant les traités et autres papiers d'importance qui esloient es mains dudit feu Légat et de combien je désire les recouvrera » Ce rappel était inutile; car la veille même du jour où la lettre était expédiée de Reims, le 2 août, Poyet baillait décharge aux héritiers de Duprat des papiers qu'il avait reçus d'eux ^ Il en dressa l'inventaire, en délivra une partie au Chancelier le 18 août *^ et garda le reste par devers lui ^. En lui conférant celte mission, le roi avait donné à Poyet une grande marque de sa confiance. Poyet disposait, en effet, de papiers « que, disait le roi dans ses lettres, ne voulons estre veus ne le

* Bibl. Nat., fr., 4658, n» 38 ; Clairamb., 335, f» 29.

2 Situé à Paris, au coin de la rue et du quai des Grands-Augustins.

^ Arch. Nat., P. 2537, f* 335 v". C'est par erreur que cette copie est datée de 1539. Jl faut lire 25 juillet 1535.

* Duchesne. Hist. des Chanceliers, p. 584. » Bibl. Nat., Clairamb., 335, f 29.

6 Ibid., Clairamb., 335, f" 45.

'' Il en rend une partie en mars 1536. Cf. Bibl. Nat., Moreau, 77 , f 134.

contenu d'iceulx congneu ne entendu sinon par personnages fidelles ». Ainsi initié à tous les secrets de la politique intérieure et extérieure, en même temps qu'il recueillait les papiers de Duprat, le simple président au Parlement avait, au moins autant que Dubourg, le successeur en titre du Chancelier, hérité de son influence. Le 16 juillet il avait reçu du roi une pension annuelle de 2.000 livres* que Duprat percevait depuis longtemps sur la foraine d'Anjou, et les lettres qui la lui conféraient étaient des plus élogieuses. La pension lui était donnée, disait le roi « en considération des grandes peines et continuels labeurs qu'il prent. . . tant pour l'exercice de ses offices que pour la conduicte et direction des plus grans et principaulx affaires. . . ; aussy afin qu'il ayt mieux de quoy entretenir son estât et supporter la despence qu'il luy convient faire en nostre service, mesmement en nostre court ou nous l'avons appelé et voulions qu'il réside une partie de l'année près nostre personne pour assister en nostre Conseil privé et nous donner son advis es matières et affaires de grande importance ^ ». Dès lors Poyet vit dans l'entourage immédiat du roi, siège régulièrement au Conseil privé et ne reparaît plus qu'à de rares intervalles au Parlement', quand le roi séjourne à Paris ou que les afTaires du Conseil, dont il est devenu le membre le plus actif, ne l'absorbent pas tout entier.

Le 4 septembre 1535, des lettres patentes, datées de Joinville, envoyaient Poyet à Nantes pour y réformer la Chambre des comptes de Bretagne et mettre fin aux malversations dont s'étaient rendus coupables les membres de cette assemblée. Des commissaires, nommés récemment,

« Arch. Nat., J. 963, n° 31.

* C'est ce texte, qui a sans doute fait dire à Varillas que Poyet fut appelé au Conseil après la mort de Duprat. En réalité il y assista à partir de cette époque plus assidûment.

^ En 1535, après le 5 mai, Poyet ne reparaît plus au Parlement que le 28 juillet et le 13 août (Cf. X«' 1538).

n'avaient pu venir à bout de la tâclie. Poyet fut chargé de diriger leurs opérations, d'instruire et de juger les procès des comptables accusés de malversations, de vérifier leurs dettes et de les recouvrer sur eux ou leurs héritiers, de suspendre ceux qui étaient simplement soupçonnés et de les remplacer à son gré , de prendre enfin toutes les mesures nécessaires pour empêcher le retour de pareils abus. Il avait pour agir pleins pouvoirs; car ses décisions auraient même valeur que celles des cours souveraines. Le 2 octobre, Poyet publiait un règlement où il faisait de la résidence à Nantes le premier des devoirs des membres de la Chambre des comptes ; ceux qui manqueraient à cette obligation seraient suspendus ou privés de leurs offices ; les fonctions des présidents, des maîtres et des secrétaires étaient minutieusement indiquées, ainsi que l'ordre des travaux ; enfin, les épices ne seraient payés, à l'avenir, qu'après la clôture des comptes, ce qui obligerait la Chambre à les épurer au plus vite^

Cependant, François V" réclamait le Milanais pour le duc d'Orléans 2 et, prévoyant un refus de Charles-Quint, il voulait, au préalable, s'assurer d'un gage en envahissant la Savoie, sur lai^uelle, du reste, il prétendait aussi des droits par sa mère. En effet, bien que Louise de Savoie eût renoncé, en 1523, à la dot de sa mère, Marguerite de Bourbon, et qu'en Savoie les femmes fussent exclues de la succession aux fiefs, François P"", s'appuyant sur le contrat de mariage de sa grand'mère avec Philippe de Bresse, d'après lequel tous ses enfants devaient être appelés à lui succéder, sans distinction de sexe, réclamait au duc — né d'un second mariage de Philippe — les 180.000 écus de dot de Marguerite de Bourbon, la

* Recueil des édits, ordonnances, etc., concernant les fonctions ordinaires de la Chambre des comptes de Bretagne. Nantes, 1721, tome II, p. 1 et 3.

^ Cf. Décrue : op. citât., p. 255.

Bresse, qui était l'apanage de Philippe, et Nice et Asti, comme anciens fiefs du Dauphiné et de Provence* En 1533, il avait fait rechercher au Parlement les titres qui concernaient ces droits 2. Charles-Quint, prévoyant un coup de main, avait ciiargé Nassau, lors de son ambassade à Paris, en 1534, de détourner le roi de ce projet. Mais le duc de Savoie semblait prendre plaisir à mécontenter François P"" : il avait refusé l'accès de Nice au roi de France pour son entrevue avec Clément VII et, en novembre 1535, il anéantit une petite troupe française que François P"" avait envoyée au secours de Gênes, assiégée par le duc. Aussi, au commencement de 1536, François P"" mit à exécution ce qu'il projetait depuis deux ans. Au mois de janvier, Poyet partit en poste pour le Piémont, suivi d'un héraut ^ pour exposer au duc les revendications de François P"". Il fut reçu par le duc, en présence de son conseil et, selon Guichenon, « fit son discours avec beaucoup de force et de véhémence. Jean-François Purpurat, président du Piémont, lui répartit sur-le-champ et allégua toutes les raisons et autorités dont le duc se pouvait servir pour rabattre ses demandes. Mais Poyet, qui avait sa leçon, répartit ces mots avec chaleur : Il n'en faut plus parler, le roi le veut ainsi! A quoi Purpurat répliqua qu'il ne trouvait point cette loi dans ses livres ^ » Poyet revint donc

* Cf. Sismondi, Hisl. des Français, XVI, p. 473, et Varillas, Hist. de François P'', II, p. 241.

» Arch. Nat. X" 1536, fo 463.

^ Arch. Nat., K. 484 B. 3**. Lettre de Ilannaert à r Impératrice. Letters and papers. XII, n° 556.

* Guichenon, Histoire de Savoie, t, II, p. 211. Relations des Ambassad. Vénitiens, série I, tome 1, p. 179. Bibl Nat. fr. 30i6, f" 42. Le duc de Savoie à Montmorency, 18 août 16:^6. . . « Uuant à ce que prétend le roy lui apartenir de mes pays, s'il n'entend faire autre demande (|ue celle qu'il me fest dernièrement faire par le président Poget, il semble, tant pour les dicts titres (jui lui furent monstres que par les responces à lui faictes par le président du l'iémont, qu'il doit par raison demeurer satisfaict. . . »

avec un refus, selon le désir du roi, qui n'avait exprinaé de telles exigences que pour les rendre inacceptables.

Poyet rencontra la cour à Lyon et, quand, après quelques négociations infructueuses', Brion pénétra en Piémont, il accompagna l'amiral et séjourna près de lui pendant tout le mois de mars^ Il revint alors à la cour, qu'il quitta de nouveau en juillet, pour suivre le Grand Maître, qui surveillait la défense du Dauphiné^ Il connut alors la vie agitée des camps, dont Claude Chappuis nous a laissé, en mauvais vers, un pittoresque tableau ^ coudoyant de sa robe les armures des soldats, parfois, peut-être, sans gîte, couchant à « l'enseigne de l'estoille^ ». Il remplissait, près de Montmorency, des fonctions analogues à celles des futurs intendants de police à la suite des armées, jugeant les délits, réglant toutes les affaires contentieuses qui pou- •vaient se présenter, consulté souvent aussi par le Grand- Maître, dans les affaires difficiles. Par exemple, il instruit sur place le procès contre les prétendus empoisonneurs du dauphin, recueille les dépositions des témoins et entretient, à ce sujet, une correspondance directe avec le Chancelier®. En août, il fait procéder contre un nommé Guy Desbordes, qui, se donnant pour commissaire des vivres, après avoir

* Arch. Nat. K. 1484. B. 3". Négociations de Velly avec le Pape.

« Bibl. ?^at. fr. 26125 no 1692. « Nous, G. Poyet, confessons avoir eu et reçeu. . . la somme de trois cents livres à nous ordonnée pour notre plat et entretenement auprès de la personne de Monseigneur l'Admirai, lieutenant général pour le roy en l'armée qu'il faict marcher deçà les montz. . . A Thurin, le septiesme jour d'avril, l'an mil V c XXXV avant Pasques. »

' Arch. Nat. J. 965. 5**. Le roi au chancelier. 28 août 1536.

^ Discours de la Court présenté au roy par M. Claude Chappuys, son libraire. Paris, 1543. Bibl. Nat. Y« 1334.

* Jbid. .. « Je n'ai pas oublyé que souvent

Ils (les fourriers) m'ont laissé à la pluie et au vent,

Et, m'enseignant l'enseigne de l'estoille,

M'ont faict coucher dedans des draps sans toille. »

8 Arch. Nat. J. 968, h° 39'^ Poyet au chancelier, 30 sept. 1536. Ibid. J. 968, n» 2. Breton au chancelier, 24 sept. 1536. Ibid. J. 965, 5'*. Le i-oi au chancelier, 28 août 1536.

commis plusieurs vois, s'était réfugié à Sisleron, « cuidant sauver son larcin' ». Il est chargé d'examiner, avec d'Iverny, les titres des seigneurs qui avaient possédé des terres dans les pays cédés à l'empereur aux derniers traités et de fixer les compensations à leur fournir en France ^

Quand Charles Quint eut renoncé à forcer la Provence, changée en désert devant lui, et que les Impériaux eurent, à la fin de septembre, repassé les monts et, au nord, levé le siège de Péronne, le roi revint, à petites journées, vers Fontainebleau. Poyet, toujours attaché au service de Montmorency, suivit le Grand-Maître et la cour. A la fin de novembre, nous le voyons siéger à Blois, à la séance du Conseil privé où furent débattues les clauses du contrat de mariage de Jacques V d'Ecosse avec Madeleine de France 3, et, le 15 janvier 1537, assister au lit de justice solennel où le roi déclara les comtés de Flandre, d'Artois et de Charolais, confisqués à l'Empereur*. Cette déclaration fut un prétexte à diriger vers le Nord une expédition dont Montmorency pritlecommandement,enmarsl537. Poyet demeura à Paris, avec la mission de ravitailler de vivres l'armée du Grand- Maître ^ Il éprouva, dans cette tâche, de grandes difficultés; car les marchands, craignant de ne point être remboursés

* Bibl. Nat. fr. 3008, f. 142. Montmorency à d'Humières. Clairamb. 335, f. 283.

* Ibid. 3008, f. 65. Le même au même, 18 juin, : a J'ai parlé auroy pour vous, touchant la principauté d'Orange, pour la récompense de vos terres, qui sont au pays de l'Empereur ; et pour ce que ledit seigneur désire qu'il soit faict égalle récompense à tous ceux qui perdent leur revenu de delà et qu'il n'en a voulu encore assigner sur celles que les gens dudit Empereur tiennent de ce costé, il m'a assuré que, si vous ne l'avez, qu'il vous donnera mieux que cela.. . Il sera besoing que vous envoyez par mémoire les terres que vous avez en pays dudit Empereur, afin que la récompense vous en soit faicte, car MM. de Soissons et président Poiet ont charge de cela. »

^ Bibl. Nat. Clairamb. 336, f» 340 (26 nov. 1536).

* Bibl. Nat. Clairambault, 336 fo 16.

'^ Tuetey : liegislre du bureau de la Ville, II, p. 319. « Semblablement a esté remontré que Mess, les président Poiet et de Velly,

de leurs frais, usaient de défiance. Cependant, grâce à la bonne volonté du Conseil de la ville de Paris, qui s'engagea à indemnisa les fournisseurs, Poyet réussit à diriger chaque mois, sur Compiègne, 6.000 rnuids de vin et une égale quantité d'orge'. Le Grand-Maître fut satisfait : « Vous verrez, écrivait-il à Dubourg, le bon et grand debvoir en quoi continuent ceux de la ville de Paris pour nous bien envitailler, et la diligence que y ont usé lesdits président Poyet et Monsieur de Velly ordonnez par le roy pour y vacquer » ; et il priait le chancelier de leur adresser, de son côté, des éloges'. En même temps, Poyet était chargé, avec Lizet et Villeroy, président de la Chambre des comptes, d'établir les ressources que le roi pourrait tirer de Taliénalion provisoire de son domaine à Paris 3. Sans doute, ces ressources ne furent pas suffisantes, l'argent manquait au camp : « Sire, écrivait au roi Montmorency, les bendes de vos chevaulx légiers commencent fort à arriver, lesquels je suis contrainct faire paier, et il n'y a ung sol pour ce faire ^. » Le roi fit parvenir cette lettre au chancelier le 28 juin; un emprunt fut fait aussitôt et, le lendemain même, Poyet prêtait au roi 4.000 écus d'or soleil (9.000 livres 5).

commissaires délégués par le roy sur le faict de V advitaillement de son armée en Picardie. . . »

' Id. Ibid. p. 319.

2 Arch. Nat. J. 965, 8'. Montmorency à Dubourg. Ibid. J. 957 n» 98.

* Ibid. J. 966. Li^et au chancelier « ... Et à ce que j'ai peu entendre par lesdits estatz (du dommaine) il y en aura pour recouvrer une bonne et grande partye des cent mil francz, et le demeurant se prandra sur les aydes. . . Et avons advisé ensemblement, lesditz seigneurs président Poyet, de Villeroy et moy, le moyen d'exécuter le plus diligemment qu'il nous sera possible la commission qu'il a pieu au roy nous envoyer. . . »

* Arch. Nat. J. 968. 1'^ et 1'^. Montmorency au roi et Le roi au chancelier.

s Arch Nat. J. 962.

« Au président Poyet pour remboursement des 1111 "" escuz soleil qu'il presta pour le paiement des genz de guerre au camp de Picardie le XXIX'' jour de juing dernier passé. »

Malgré la pénurie de ses finances, Montmorency avait conduit vivement la campagne et, après avoir occupé successivement Hesdin et Conles, il s'était retiré à Chantilly, croyant l'expédition terminée. Un retour offensif de Buren sur Thérouanne le força à revenir vers le Nord. Mais à ce moment même le roi s'apprêtait à passer en Italie, et les difficultés de cette expédition rendaient le Grand- Maître favorable aux propositions de paix de ses adversaires. « La paix, écrivit-il, sera honorable et profitable au roy ; car, en ce faisant, il sauve Térouenne et se retire d'une grande despence'. » Tournon, en effet, écrivait de Lyon des lettres désespérées où il réclamait en vain l'argent nécessaire pour faire vivre l'armée qui devait passer les Alpes*. Poyet fut choisi avec Berthereau, un des secrétaires de Montmorency, pour accompagner M. de Saint-André et conclure une trêve ^. Ils rencontrèrent à Bomy, village voisin de Thérouanne, les représentants de l'Empereur : de Molambais, le vicomte de Lombeke et le secrétaire Slrick*. Les délégués français ne décidèrent rien avant d'avoir reçu les instructions de François P', que le secrétaire de Montmorency, La Pommeraye, était allé prendre à Meudon^ François F% voulant à tout prix la paix afin de pouvoir, débarrassé au nord, tourner toutes ses forces vers l'Italie, consentait à abandonner son allié le duc de Gueldre, à ne point fortifier Saint-Fol pendant la trêve qu'il recommandait à ses plénipotentiaires de

» Bibl. Nat., Clairamb., 336, fo 221 ; fr. 3088, P 159.

» Bibl. Nat., Clairamb., 336, P 232.

3 Arch. Nat., J. 672, n° 1.

* Letters and papers XII, part. II, n^^ 323, 327, 372.

^ Bibl. Nat. />., 3055, f» 97. Le roi à Montmorency.

« Mon cousin, j'ay reçu par La Pommeraye la lettre que m'avez escripte du jour d'hier et i)ar luy amplement enteiulu tout ce qu'il m'a uict. . . de vostre part touchant le contenu des lettres que vous avez reçues des sieurs de Saint-André, président Poyet et Berthereau faisant rnention des propos (jui leur ont été tenus par les députés de l'aultre part. » Meudon, 25 juillet 1537.

prolonger le plus possible '. Sur de pareilles bases la tâche était facile : la trêve fut conclue le 31 juillet et les hostilités suspendues sur la frontière du nord pour dix mois.

Poyet avait réussi à prolonger de quatre mois la suspension d'armes que les Impériaux avaient d'abord proposée pour six mois. François I", satisfait, lui fit à son retour le meilleur accueil, lui montra un « visaige aussy joyeux et content que s'il eust eu la pais ~ » et lui fit don en récompense des terres confisquées sur Gaillard Spifame, situées aux environs de Montfort-l'Amaury, où Poyet possédait déjà quelques domaines ^ En même temps, satisfait de la façon dont il avait approvisionné l'armée en Picardie, il le nomma avec Velly commissaire des vivres *.

Les fonctions des commissaires des vivres étaient souvent fort délicates. Les commissaires désignaient les villes du parcours où l'armée ferait étape ; ils devaient les choisir assez abondantes en ressources pour que l'armée y trouvât vivres et fourrages à des prix raisonnables ; ils fixaient ces prix, et les soldats ne devaient point se fournir ailleurs ni exiger un abaissement du tarif établi que les habitants ne pouvaient non plus élever. Les commissaires devaient savoir à quoi se monteraient les dépenses, et ils en dressaient le compte avec les élus des aides et les magistrats des villes. Ils devaient ménager les intérêts des habitants en n'abaissant pas outre mesure les tarifs, et ceux du fisc en ne les élevant pas trop, trouver des ressources dans un pays appauvri^ où elles paraissaient

« Bibl. Nat. fr., 3044, fo 59.

^ Lettres de Marguerite de Navarre (publiées par la Soc. de l'Hist. de France), août 1537. A Montmorency.

=» Arch. Nat., J. 962, n* 37.

J. J. 254, no 351, fo 66.

* Arch. Nat., J. 963, n° 37. (Nevers, 21 sept. 1537.)

' Certaines contrées étaient si appauvries qu'à l'annonce d'un passage de troupes elles adressaient des requêtes pour que l'itinéraire fût modifié. Cf. J. 967, 28*.

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