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manquer. Souvent, la ville ne contenant point assez de vivres et de fourrages, il fallait y faire diriger des bourgades voisines, avant l'arrivée des troupes, une partie des ressources de la contrée, et les difficultés se grossissaient ainsi de la question des transports K Pour une telle besogne P'rançois P' choisit toujours des gens de justice ou de finances : ils savaient négocier, compter et user, dans leurs rapports avec les villes, d'une diplomatie que les chefs militaires eussent remplacée par la violence. Poyet partagea ces fonctions avec Dodieu jusqu'à Lyon, où le roi et Montmorency arrivèrent ensemble ; mais à Lyon, Dodieu ayant été envoyé en ambassade, il resta seul pour diriger le ravitaillement de l'armée de Montmorency. Poyet choisit Grenoble comme centre de ses opérations, y concentra les vivres apportés par des charrois de tous les points de la région et, par Bourg-d'Oisans, les expédia au Grand-Maître qui, parti de Lyon le 8 octobre, avait atteint Briançon et devait bientôt forcer les Alpes au Pas de Suse. Le Parlement de Grenoble, craignant l'appauvrissement de la contrée, hasarda de timides remontrances que le roi fit cesser^ et, aux .Alpes comme sur la Somme, Poyet s'acquitta de sa mission à la satisfaction du Grand-Maître. Le 26 octobre Montmorency put forcer le Pas de Suse et pénétrer en Piémont où Poyet le suivit 3.
• Cf. au sujet de ces difficultés, J. 966 (liasse laguetlé).
2 Bibl. Nat. /"/•., 3055, f" 121. Le roi à Montmorency. « Et quant à ce que m'escripvez que ceulx de la ville de Grenoble ne font pas la dilligence qu'ils debvi-oient de fournir vivres. . ., je vous envoyé les lettres que je leur ai faict escripre aux président Poyet et autres commissaires sur le faict des vivres. » 21 octobre 1.537.
Ibid., f* 127. Breton à Mont. 22 octobre.
3 Arcb. Nat., J. 961, no 29. a A G. Poyet, pour ses gaiges à cause de son office de président au Parlement de Bretaigne, XII i' LXII 1. X s. que le roy veult lui estre paiez, nonobstant qu'il n'y ait esté durant le temps que ledit Parlement a esté séant ; ce (ju'il n'a peu faire à cause des aultres grans charges esquelles, pour les alîaires du Hoy, il a esté continuellement occupé tant en son Conseil privé que autour de la personne dudit seigneur au image qu'il a derrenièrement faict de là les monlz. »
-Dépendant ce temps, au nord, l'observation de la Irève de Bomy soulevait des difficultés. Le 20 août, quelques jours après la conclusion de la trêve, de Groy se plaignait à la Rochepot*, gouverneur de Picardie, que des archers allemands eussent été faits prisonniers à Vinchy et des marins flamands attaqués, malgré leur sauf-conduit, par une nef partie de Dieppe 2. D'un autre côté Saint-Pol, occupé par les Français, était revendiqué par les Impériaux, et des chariots chargés d'avoines avaient été saisis par ces derniers. Pour trancher ces différends on décida qu'une entrevue aurait lieu à Cambrai, le 24 octobre. Poyet, qui était retenu du côté des Alpes, ne put s'y rendre ; mais il rédigea sur la question, qu'il connaissait mieux que tout autre puisqu'il avait négocié la trêve, un mémoire auquel les délégués de François r% de Saveuses et de la Hargerye, durent se conformera
Pendant que Montmorency prenait l'offensive en Italie, François V essayait de négocier. Dès le 22 octobre, une entrevue avait été fixée à Leucate, en Roussillon *, pour traiter de la paix, et le roi demandait, pendant la durée de l'entrevue, une trêve du côté du Piémont. Dodieu signait cette trêve le 16 novembre, à Monçon, pour trois mois^. Montmorency, quittant son commandement de l'armée de Piémont, se rendit, avec le cardinal de Lorraine, à Narbonne ; Poyet et Berthereau l'accompagnaient. On n'avait
» Bibl. Nat., Claimmb., 336, f' 252 et 312.
2 Bibl. Nat. /"/•., 2846, f» 86 v°.
^ Bibl. Nat. /V., 3035, f" 69. Le roi à la Hochepot. « ... Je luy (à Montmorency) ay escript qu'il advise avec le Président Poyet, qui est en sa compagnie, de vous advertir de ce qu'il est besoin de faire touchant ce dernier poinct. » — Ibid., f" 72 vo, le même au même. «... Lequel (grand maître) m'a envoyé certains articles dressez par le président Poyet sur les difficultez qu'il est à présumer que les députez et l'Empereur qui yront à Cambray pourront faire. . . » Cf. aussi Clairamb., 336, f- 337 et fr. 2846, f" 85 v».
^ Bibl. Nat. Clairamb. 336, f° 308.
» Arch. Nat. J. 672, n» 2.
pas, de part et d'autre, grande confiance dans le succès des négociations'. « Encore que nous soyons sur voye de paix avec l'Empereur, écrivait Bochetel à Castillon, l'ambassadeur de France en Angleterre, si n'est-ce pas chose trop certaine qu'elle se puisse conclure. » Les difficultés, en effet, étaient nombreuses. Charles-Quint réclamait instamment la convocation d'un concile, et cette exigence gênait fort le roi de France, qui avait promis à Henri VIII de la repousser. Le roi d'Angleterre, de son côté, était mécontent de voir entamer loin de lui des négociations auxquelles, par les traités précédents, François P' s'était engagé à le faire participer. Pris entre le désir de ménager son allié et la volonté de conclure la paix au plus vite, le roi de France était obligé de recourir à des lenteurs qui lui répugnaient*. De plus, ses prétentions, qu'il fit transmettre par Bochetel aux ambassadeurs, étaient incompatibles avec celles de Charles-Quint. Outre la question du concile, à la réunion duquel François P"" eût à la fin consenti, d'autres obstacles s'opposaient à une entente : le roi voulait la restitution immédiate du Milanais, et l'Empereur la remettait à trois ans, et moyennant la restitution des biens du duc de Savoie et le mariage du duc d'Orléans avec la nièce de l'Empereur; Charles exigeait la ratification des traités de Madrid et de Cambrai, et François, les considérant comme arrachés par la force, n'en déclarait accepter que certains articles ; enfin, l'Empereur réclamait Hesdin, que le roi voulait garder ou échanger contre Tournai ^ Comme dernière concession, François P"" consentit cependant à abandonner Hesdin et à restituer la Savoie, à condition que les places en fussent démantelées*, mais ces propositions res-
* Bibl. Nat. Clairamb. 336, f" 372. Bochetel à Castillon.
^ Bibl. Nat. Clairamb. 336, fo 371, 380. Le roi à Castillon. 3 Ibid. fr. 3010, f" 67 et Clairamb. 314, fo 180.
* Ibid. Clairamb. 336, fo 377. Mémoire au greffier Bochetel de ce qu'il aura â dire et faire entendre de la part du roy à Alesseigneurs
-estèrent sans réponse ; les députés français se retirèrent, et les négociations furent rompues.
Pendant la durée des négociations, Poyet avait servi d'intermédiaire entre les ambassadeurs et le roi '. Il lui • était arrivé, aussi, une aventure dont Montlucnous a laissé un amusant récit. Montmorency l'avait chargé d'aller, avec le trésorier des finances, Bayard, à Perpignan, où Velly, qui était l'intermédiaire entre les députés du roi et ceux de l'Empereur, avait obtenu de ceux-ci qu'ils pussent a aller s'esbattre ». Le but était, en réalité, plus sérieux et, en leur compagnie, Montluc devait, sous les habits du cuisinier de Poyet, visiter la ville et en rapporter le plan au Grand-Maître. Or, au cours de leur promenade, Montluc faillit être reconnu par un capitaine espagnol. Heureusement il était homme de décision et sut se tirer de ce mauvais pas. « Je desavoay la debte, écrit Montluc dans ses Commentaires, contrefaizant et mon pays et mon langaige, feignant de scavoir mieux manier une lardouaire qu'une espée, disant toujours estre le cuisinier de M. le président Poyet, qui ne respondist mot, de la grande peur qu'il avoict si j'estois recogneu ^ »
Poyet avait sans doute moins de bravoure que de diplomatie. Demeuré à Leucate, après le départ de sesambassjideurs, pour conclure une trêve, puisque la paix définitive était impossible, il réussit, le 11 janvier 1538, avec ses anciens collè^^ues de Bomy, de Saint-André et Berthereau, à négocier une trêve qui décidait la prolongation jusqu'en juin de celles de Bomy et de Monçon^. Poyet, le soir même
le cardinal de Lorraine el Grant Malstre sur aucuns points concernant le faict de la paix.
* Arch. Nat. J 961 n"^ 34. « Au président Poyet pour estre venu en dilligence oudit mois de décembre du lieu de Laucatte en la ville de Montpellier faire entendre au roy en quels termes et propos estoient Mess, les cardinal de Lorraine et Grant Maitre avec les députez de l'Empereur sur le faict de la paix. . , »
* Montluc, Commentaires, t. 1, p. 134.
=» Bibl. Nat. Clairamb. 337, fo 10.
du 11 janvier, partit en poste pour porter au plus vite à Montpellier, où était le roi, la nouvelle de la conclusion de la trêve, voyageant de nuit, à toute allure, recevant en chemin les recommandations de Velly et de Montmorency*, qui avaient lancé des chevaucheurs à sa poursuite.
A Montpellier, Poyet trouva la Cour, et il la suivit dès lors dans ses déplacements. Il conservait toujours des relations avec ses collègues du Parlement, auxquels il servait d'intermédiaire auprès du roi. « Messeigneurs, leur écrivait-il, en mars 1538, de Moulins, suivant ce qu'il vous* a pieu me comander, j'ay récité au roy le contenu aux articles des remontrances qui m'ont esté envoyées touchant le faict des secrétaires ^ », et il joignait à sa lettre des lettres missives du roi qui ordonnaient au Parlement d'enregistrer, sans autre délai, l'ordonnance sur les privilèges des secrétaires du roi^ Peut-être Poyet ne mettait-il plus autant d'énergie à soutenir les revendications de ses
* Bibl. Nat. fr. 3044 fin. Comptes de la Malladière : « A Jehan Bonnet de la Plume deux escus soleil pour son remboursement de semblable somme qu'il a paiée pour le louage de quatre chevaulx de poste qu'il a menez dudit lieu de Loccatte en ladite ville de Narbonne, pour accompaigner et guyder de nuict mons, le président Poyet qui avoit esté depesché par mondit seigneur de Montmorency pour aller à Montpellier devers le roy lui rapporter et faire entendre ce que le Xle jour de ce présent mois de janvier avoit esté conclud et arrêté avec les depputez de l'Empereur.
A Lois Moulin ung escu soleil. . . pour deux postes qu'il a courues en un volage qu'il a faict par ordonnance dudit seigneur de Montmorency dudit lieu de Loccate en la ville de Narbonne, après mondit sieur le président Poyet, lui porter quelques dépesche et lettres de mondict seigneur de Montmorency touchant le traicté de paix.
A Jehan Trechon, autre chevaucheur d'escurye,. . . pour un volage qu'il a faict en diligence de ladite ville de Narbonne à Montpellier devers mons. le président Poyet luy porter quelques lettres, mémoires et articles, qui ont esté envoyiez par Monsieur de Velly estant à Sausses avec lesdits depputez de l'Empereur pour ledit affaire du traicté de paix affin de faire le tout entendre au roy. »
» Arch. Nat., X" 1540, f-> 228.
8 Cf. Isambert : Ordonnances, etc., XII, n" 256. Lettres de jussion au Parlement de Paris pour l'enregistrement pur et simple d'un édit sur certains privilèges des secrétaires du roi. Lyon, 28 janvier 1537 (v. st.) — C'est au sujet de ces lettres que le Parlement avait adressé des remontrances au roi.
collègues : il élait alors, en effet, moins le second président du Parlement de Paris que le conseiller du roi le plus actif et le plus écouté, comblé de la faveur royale, honoré de l'amitié du Grand-Maître. Il ne paraissait plus au Parlement, tout entier aux affaires du Conseil privé' où bientôt un nouveau progrès dans la hiérarchie allait lui donner le premier rang, que son expérience et son habileté lui avaient déjà donné effectivement depuis longtemps.
* Le 9 mars 1537, Poyet reçoit l'ordre d'examiner les titres produits par la princesse de la Roche-sur-Yon touchant ses prétentions à la succession du connétable de Bourbon (J. 954, n^ 25). Sur le rapport de Poyet, le Conseil privé, dans sa séance du 3 avril suivant, à Lyon, déclare que les prétentions de la princesse ne sont pas fondées (J. 276, n" 27). — Nous voyons aussi Poyet instruire au Conseil privé maints procès administratifs, ceux par exemple des receveurs des aides en débet (J. 967. 25^, J. 967. 99^).