‹ Guillaume Raynal, historien du CanadaChapitre 17 sur 62 · Id., pp 145- liô · texte numérisé non relu

Id., pp 145- liô

« Ainsi vit cette république, dans des bourgades qu'on pourrait comparer de loin à de Grandes-Chartreuses. Mais elles n'en ont que l'apparence; et si le bonheur habite dans ces deux sortes de communautés, il faut avouer qu'il ne se ressemble guère à lui-mêra^ dans ses moyens ; puisque là c'est à suivre la nature qu'on le fait consister, et qu'ici c'est à la contrarier et à la détruire. Mais l'homme, en sa folie, a cru trouver la sasresse. Une foule d'êtres vivent dans une sorte de Société qui sépare à jamais les deux sexes. L'un et l'autre, isolés dans les cellules, où, pour être heureux, ils n'avaient qu'à se réunir, consument les plus beaux jours de leur vie à étouSer et à détester le penchant qui les attire, à travers les prisons et les portes de fer que la peur à élevées entre des cœurs- tendres et des âmes innocentes. Où est l'impiété, sinon dans l'inhumanité de ces institutions sombres et féroces, qui dénaturent l'homme pour le diviniser, qui le rendent stupide, imbécile et muet comme les bêtes, pour qu'il devienne semblable aux anges V Dieu de la nature, c'est à ton tribunal qu'il faut en appeler de toutes les lois qui violent le plus beau de tes ouvrages, en le condamnant à une stérilité que ton exemple désavoue! N'es-tu pas essentiellement fécond et reproductif, toi qui as tiré l'être du néant et du chaos, toi qui fais sans cesse sortir et renaître la vie du sein de la mort même? Lequel chante mieux tes louanges, l'être solitaire qui trouble le silence de la nuit pour te célébrer parmi les flambeaux, ou le peuple heureux qui, sans se vanter de te connaître, te glorifie dans ses amours en perpétuant la suite et la merveille de tes créatures vivantes ' ? »

Il y aurait pourtant injustice à reprocher trop vivement à Raynal ses digressions. Il nous prévient par le titre qu'il choisit. C'est une histoire philosophique qu'il écrit. Comme tous les philosophes de son siècle, il se consacre à la propa-

1. tMit. 17S3, .Xeuchâlel et Genève, t. VII, liv. XV, p. 187.

gaade de la nouvelle sagesse. Pour la prêcher il se sert de l'histoire comme d'autres se servent de la tragédie, de la comédie, du roman, du conte. Aussi bien les digressions de l'abbé Raynal sont-elles le plus souvent des actes de courage. Il risque de payer très cher d'oser avec cette belle témérité s'en prendre aux abus et préjugés. Grim, c|ui admire l'audace de Raynal et qui voit le danger qu'il court, a dit de VHistoire philosophique : « Ces sortes d'ouvrages n'appartiennent à leurs auteurs qu'après leur mort' ».

1. Grim et Didfrot. Correspondance littéraire, philosophiqve et critique, avril 1752, 1S.39. Furne, t. VU, 1770-1772, p. 460.

CH.IPITRE III Le Canada sous la domination française.

Raynal n'accepte pas la légende des arpents de neige : salubrité, fertilité, beauté du Canada. — De la découverte à la p;iix d'Utrecht. — Les sauvages sont les héros de Rayrial. — Le Canada au xvrii* siècle. — Tableau des progrès de la colonie. — Jugement trop sévère sur Tes Canadiens. — Admiration pour les .\nu;lo-Américaiii3. — Kalm contre Raynai. — riiynal et les Acadiens. — La guerre de Sept ans. — La perte du Canada et l'abandon de la Louisiane.

Rayr.al sait ce que vaut la terre canadienne et que ce n'est point pour quelques arpent.s de neige que la France et l'Anpfleterre se sont fait un^^ i^-ueric si longue et si rude.

Il rend justice au cHni?.t de la ^V.avelle-F^ance, à ce froid qui n'enlève rien au pays de sa salubrité' et qui est même si favorable aux Européens qu'ils « y fortifient leur tempérament sans risquer leur vie- ».

Il n'est pas moins afïîrmatif en ce qui concerne la fertilité de la colonie. Voici une appréciation d'ensemble qui en donne Tidée la plus avantageuse et la plus exacte : « La nature avait disposé ce pays pour la production de tous les grains^ ».

Il ju.^tifie enfin le choix de Champlain, ce choix que rali

1. Édit. 17^:-). Neuchitel et Genève, t. VII, liv. XV, p. J20.

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