‹ Guillaume Raynal, historien du CanadaChapitre 22 sur 62 · Id., liv. XVI, p · texte numérisé non relu

Id., liv. XVI, p

3. Sur 1.1 fondation de Montréal voir Dollieb de Casso.n, Histoire de Montréal 1840-16^2, publiée p.ir la Société historiquPv^e Montréai. Montréal 1371.

4. Édit. 1783, iNeuciiàtel et Genève, t. VII, iiv. XV, pp. 169-170.

de la pacification ^ Mais là encore il pêche par omission. S'il donne des détails d'une suffisante précision sur l'établissement du régiment de Carignan, il semble ignorer ce grand nombre de colons non militaires, engagés, filles des hospices, familles toutes constituées que Louis XIV et Colbert envoient dans la Nouvelle-France de 1659 à 1672, et que l'intendant Talon, le second fondateur delà Nouvelle-France y établit.

Raynal qui passe si vite sur la première guerre iroquoise s'étend quelque peu sur la seconde 3. C'est qu'il y trouve l'occasion de donner le beau rôle à ses chers sauvages.

Non content d'appuyer sur la perfidie du gouverneur Denonville qui attire les chefs des Cinq Nations dans une entrevue et les envoie aux galères, il réduit les représailles des Iroquois à « d'horribles dégâts ». Quand on sait combien les guerriers des Cinq-Nations ont assommé, éventré, brûlé de femmes et d'enfants dans le gouvernement de Montréal * l'euphémisme paraît audacieux. Raynal n'a point de partialité exclusive pour les Iroquois. Il est porté à admirer tous les sauvages. Il n'a pas nommé Talon, il ne nommera pas Frontenac et il s'attarde à faire l'éloge d'un Huron. C'est ce fameux Le Pvat qui, craignant que la paix ne se fasse entre

1. « Les anciens colons, concentrés par faiblesse autour de leurs palissades, donnèrent plus d'étendue à leurs plantations, et les cultivèrent avec pins de succès et de confiance. Tous les soldats qui consentirent à se fixer dans la .\onvelle France obtinrent leur congé et une propriété. On accorda aux officiers un terrain proportionné à leur grade. Les établissements déjà formés acquirent plus de coriôistance; on en forma de nouveaux où l'intérêt et la sûreté de la colonie l'exigeaient. Cet esprit de vie et d'activité multiplia les échanges des sauvages avec les Français et ce commerce ranima les liaisons entre les deux mondes. Il semblait que ces commencements de prospérité devaient aller en augmentant, par l'attention qu'avaient les administrateurs de la colonie, non seulement de bien vivre avec les peuples voisins, mais encore d'établir entre eux une harmonie générale. » — Edit. 17S3, Neuchàtel et Genève, t. VU, liv. XV, pp. 170-171.

2. Voir sur Talon : Ch.\p.\is, Jean Talon, intendant de la Nouvelle-France Québec. 1904.

3. Édit. 1783, Neuchàtel et Genève, t. VII, liv. XV, pp. 171-173.

4. l-BRLA.ND. (^miTs d'hisfoirc du Canada, seconde partie, pp. 185-1S6.

les Français et les Iroquois aux dépeas de sa nation, trouve moyen de la traverser « par un artifice digne de la politique européenne la plus consommée de méchanceté^. »

Aussi bien pour notre historien, l'histoire de l'Amérique du Nord ne se fait que par les sauvages. Les Anglais et les Français sont des personnages de deuxième plan. Et c'est ainsi qu'il attribue l'échec de l'invasion anglaise de 1690 à la clairvoyance des Iroquois. Ceux-ci comprennent que la durée de la rivalité entre la France et l'Angleterre est la condition de leur indépendance. Au moment où ils peuvent croire que les Anglais vont conquérir le Canada, ils les abandonnent -.

La plus grande extension de la traite et de la course des bois coïncide avec la deuxième guerre iroquoise. Ces chasseurs de fourrures qui se mettent, sur tant de points, à l'école des sauvages, ont tout ce qu'il faut pour mériter l'indulgence de Raynal. Il se refuse pourtant à voir la part qu'ils prennent à l'exploration du continent nord-américain. Il est imi)itoyable pour leur avarice et leur libertinage. Sur la traite même il est exact et complet. Il juge en observateur perspicace les inconvénients de la distribution des congés, de la création des postes privilégiés et des postes du roi. Il explique bien comment les Anglais détournent une si grande partie des pelleteries canadiennes 3. Il condamne en moraliste

1. Édit 1783, iNeuchâtel et Genève, t. VII. liv. XV, pp. 17.3-174.

2. <i Le ministère de Londres, en formant le projet d'asservir le Canada, avait décidé que les forces de terre et celles de mer y arriveraient par des mouvements parallèles... Elles y touchaient presque, quand les Iroquois, qui leur servaient de guide et de soutien, ouvrirent les yeux sur le danger qu'ils couraient en menant leurs alliés à la conquête de Québec. Places, dirent-ils dans leur conseil, entre deux nations européennes, chacune assez forte pour nous exterminer, également intérosàées à notre destruction, lorsqu'elles n'auront plus besoin de uotre secours. quo nous reste-t-il, sinon d'empêcher qu'auCune ne l'emporte sur l'autre? .\lors^ elles seront lorcées de briijuer noire alliance, ou même d'acheter notre neutralité. Co système qu'on eût dit imaginé p<ir la politique profonde qui préside à l'équilibre de TEurope, détermina les Iroquois à reprendre, sous divers prétextes, la route de leurs bour-jades ». — Id., p. 175. ».

Page 1