‹ Guillaume Raynal, historien du CanadaChapitre 23 sur 62 · Id.^ pp · texte numérisé non relu

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cette vente de l'eau-de-vie aux indigènes qui c est le présent le plus funeste que l'ancien monde a fait au nouveau' ».

C'est le moment d© relever une omission de Ruynal qui ne se laisse pas facilement expliquer. Raynal ne cesse pas de traiter avec équité les missionnaires du Canada. Il reconnaît que, pendant la première guerre iroquoise, ils contribuent à sauver la colonie 2, et aussi quel service ils rendent à la France en la faisant aimer des sauvages ■•^. Mais de l'œuvre principale des Jésuites, des Sulpiciens et des Récollets, de la conversion des indigènes américains, Raynal ne veut rien dire.

Ainsi pendant trois quarts de siècle ce qui, sur le Canada, attire le plus l'attention de la France, de l'Europe catholique, c'est l'apostolat qu'y poursuivent les Jésuites. Sur la réalité des résultats qu'ils obtiennent on polémique avec acharnement. Champiain, Ptichelieu, Louis XIV, peut-être même Colbert, se persuadent qu'ils pourront à la fois convertir les sauvages et les franciser. Frontenac, les Récollets, les Jansénistes les accusent de dissimuler par les bulletins de victoire de leurs Relations une irréparable défaite. Et c'est Frontenac, les Réi-olii^îs et les Jansénistes qui ont raison. Tout cela ne compte pas pour un historien du Canada. Raynal avait pourtant la partie belle contre les convertisseurs des tribus américaines, il avait beau jeu à montrer l'inanité de ce grand effort. Que reste-t-il, au milieu du xvui* siècle,

1. Édit. nSo, -Netichàtel et Genève, t. VII, llv. XV, p. 187.

2- « Telle était la misère et la dégradation de la colonie qu'elle ne subsistait que par les aumônes que los missionnaires recevaient d'Kurope. » — Id., p. 170.

3. « Ces peuples avaient toujours la prédilection la plus marquée pour la France. C'était une sorte de retour (qu'ils croyaient devoir à la considération qu'on leur as 'ît témoignée en leur envoyant des mi^^^ionnaires qu'ils regardaient plutôt comme des arabassadeuîs du prince que comme dds envoyés de Dieu. Les missionnaiies, en étudiant la langue des sauvages, en se conformant à leur caracti're, à leurs inclinatiûiii, en usant de tous les moyens propres à gaguer leur confiance, avaient acquis un pouvoir absolu sur leur àiae... De l'att^ichement décidé pour les Français uaissait, dans ce» aations, l'aversion la plus iasurmonuble pour les .anglais. » — Id., liy. XVI, pp. 22i-295.

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des nations catéchisées par les Le Jeune, les Brébeuf, les LiillemeQtV Dans une demi-douzaine de bourgades, moins de mille « chrétiens domiciliés^ ».

Ce qu'il y a de certain, c'est que Raynal ne passe point sous silence l'œuvre des missionnaires de la Nouvelle-France par une hostilité de parti-pris. Une preuve d(^ son impartialité, une preuve éclatante, c'est qu'il a célébré, sur le ton de l'enthousiasme, les succès de ces mêmes Jésuites au Paraguay -.

Raynal n'exagère pas quand il montre la Nouvelle-France tombée à l'époque de la paix d'Utrecht « dans un état de faiblesse et de misère inconcevable ^ ». On peut parfaitement accepter les chiffres qu'il apporte pour justifier son appréciation pessimiste : une exportation qui ne dépasse pas cent mille écus et une contribution du gouvernement métropolitain qui n'est jamais au-dessus de trois cent cinquante mille livres ^ Voire, il est quelque peu généreux quand il attribue au Canada vingt mille habitants en 1713 •'■.

Mais où l'on p.r-nid îlaynal en faute c'est lorsqu'il recherche les raisons de cette détresse. Tout le mal vient de la guerre, une guerre de vingt-cinq ans^ et de cette malencontreuse tentative de monopoliser la traite qui ruine les principaux de la

1. HocQUART au Ministre, 3 octobre 1733. Arch. col. Canarla, Con-. géti. GO, 1733, fol. 37.

2. " Lorsqu'en 1768 les Missions du Paraguay sortirent des mains des Jésuiles, elles étaient arrivées a un point de civilisation le plus grand peut-être où l'on puisse conduire les nations nouvelles, et ce.-tainament fort supérieui* à tout ce ([ui existait dans le reste du nouvel hémisphère. On y observait les lois. Il y rc^^nait une police e.vacte. Les mœurs y étaient pures. Une heureuse fraternité y unissait les cœurs. Tous les ans de nécessité y étaient perfectionnés et Ton en connaissait ({uelques-uns d'agréables. L'abondance y était universelle... » — Edit. 17S3, Xeuchàtel et Gen: ve, t. IV, liv. XV, p. 153.

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