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plus grave erreur de Raynal c'est d'étendre le reproche u tous les colons.^ Paresseux, ces rudes bûcherons qui, sur les deux rives du Saint-Laurent, ont-i^îté bas la forêt vierge! Raynal a-t-il oublié qu'il s'est, par avance, réfuté? Ces champs couverts de* moissons dont il vient de nous donner une si agréable description*, qui les a défrichés, qui les labouré? Ce ne sont point les indigènes, ce ne sont point 1 des esclaves africains. Toute cette richesse qui est si mani- J festement le résultat d'un efiort intelligent et opiniâtre, c'est | l'œuvre des colons, rien que des colons. j
Raypal n'est pourtant pas un de ces censeurs intraitables 1 que rien ne saurait satisfaire. Voire, quand il ne s'agit plus | des Français, il a l'enthousiasme facile. |
«De quel bonheur jouissent les habitants dans les colonies | anglaises de l'Amérique septentrionale^"^ » Tel est le titre .4 que. dans son édition de 1774, Raynal donne à son portrait dés colons américains. Celle édition de 1774, ou le verra plus loin, marque chez l'historien philosophe, la phase la plus aiguë de l'anglomanie. En 1780, il a biffé l'en-téte qui en dit si long sur la ferveur de son admiration. Il la remplace par une phrase toute simple : « Quelles sont dans l'Amérique septentrionale, les mœurs actuelles ^ ? » Mais, si le titre du chapitre varie, le chapitre lui-même ne subit aucun amendement'.
Et d'abord Raynal, qui s'est dispensé de répéter les appréciations flatteuses de Charlevoix sur le beau sang des Canadiens*, ne manque pas de célébrer la santé, la vigueur, la stature des ancêtres des Yankees.