‹ Guillaume Raynal, historien du CanadaChapitre 35 sur 62 · Edii. 1780. Genève, in-8o, t. IX„ Uv. XVIII, pp · texte numérisé non relu

Edii. 1780. Genève, in-8o, t. IX„ Uv. XVIII, pp

4. « Nous n'avons point dans le royaume de province où le sang sort communénient si beau, U taille plus avantageuse et le corps mieux proportionné ». Journal d'un voyage dans l Aiaériiue supientrionule, 1744 in-12, Giil'art, t. V, let. X, p. 255.

Pliysique ou morale, la suj)ériorité des Américains est une récompense. Ils vivent la bonne vie. « cette vie champêtre qui fut la première destination de l'homme, la plus convenable à la santé, à la fécondité ».

La conséquence est qu'ils ont toutes les vertus; dans la famille l'économie, la propreté, le bon ordre qui aboutissent au bien-être universel; dans la société le sentiment profond et la pratique véritable de l'égalité et de fraternité.

Tandis que le seigneur et l'habitant de la Nouvelle-France courent les bois, l'Anglo-Américain se donne tout entier à sa tâche de colon, de planteur. Quant à la pauvre Canadienne, qui ne sait pas aimer, qu'elle prenne pour modèle sa sœur des Treize Colonies qui est « douce, modeste, compatissante et secourable. » qui « a ces vertus qui perpétue l'empire de ses charmes ! >» Et Raynal termine par une explosion de lyrisme sentimental. L'Amérique anglaise est la terre promise de l'amour, u de l'amour conjugal, cet amour si pur, si délicieux, pour qui sait le goûter et mépiiser les autres amours ».

A côté de ces Américains, cpji réalisent si parfaitement l'idéal d'un peuple sage, libre, heureux, comme les Canadiens font piètre figure!

Pour remettre les uns et les autres au rang cpi'ils méritent, un témoin s'avance à la barre qui ne se laisse pas récuser. Tandis que Raynal compose à douze cent lieues du Saint-Laurent et de l'Hudson ce parallèle inacceptable, Kalm n'apporte son témoignage qu'après avoir longuement visité les Nouvelles-Angleterres, et la Nouvelle-France '.Cet homme a toutes les raisons de voir juste et de juger avec équité. Entre les Français et les Anglais ce Suédois n'a point à avoir de parti pris. C'est de plus un savant et, pour donner

1. Voyage du Kalm eri Améfiqtt^ analvs*^ et traJuit par L.-W. .Marchand. Mémoires de la Suciét»^ hist.jri(|ue Je Montréal, 7 et 3' Uvr. Montré;d, 1880.

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l'impérieux besoin d'atteindre à la vérité, poiat» de discipline qui égale la science.

Kalm débarque à Philadelphie le 26 septembre 1748. Après avoir consacré neuf mois à l'exploration de la Pensylvanie et du New-Jersey, il va passer l'été de 1749 au Canada. Il retourne ensuite dans les colonies anglaises et y prolonge son séjour jusqu'au début de l'année 1751^.

Kalm n'a rien de l'écrivain. La relation de son voyage est une suite de notes où il consigne, au jour le jour, pêlemêle, ses appréciations sur les hommes et ses observations de zoologie et de botanique. Il ne donne point de jugement d'ensemble sur les colons des deux nations, mais, en toute circonstance, il est amené à les comparer et cette comparaison tourne le plus souvent à l'avantage des Canadiens. C'est ainsi que, encore qu'il ait la bonne fortune de connaître Franklin 3 et Bartram*, il est amené à proclamer la supériorité intellectuelle des Français d'Amérique. Même avant d'avoir subi le charme des entretiens de La Gralissonnière^, du médecin du roi G-uutier ° et des Jésuites de Québec'', dès Montréal, il trouve « que les gens d'instruction » dans la Nouvelle France ont « plus de goût pour l'histoire naturelle et les lettres C|ue dans les colonies anglaises où l'unique préoccupation de chacun semble être de faire une fortune rapide, tandis que les sciences sont tenues dans un mépris universel'^ » Kalm rend justice aux Canadiennes. Il leur pardonne de bonne grâce « d'être portées à rire des fautes de langage des étrangers'^ » et, s'il ne ménage pas la critique

1. K.u,M, 7" livr., Préface, pp. v, xi, xd, t-t 8' livr. passiin.

2. Rfsa liU Sorra Aineiicn, publié à Stockolm de 1753 à 1761, 1 vol. in-4.

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